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comme je devais le faire, l'offre de mon employé, il me sera permis de dire ici que M*" de Maupas, ma mère et ma sœur, qui se letiaienl dans une pièce ■voisine de mon cabinet, et auxquelles j'avais dû conseiller de se mettre à l'abri du danger, protestèrent énergiquemenl et ne voulurent, à aucun prix, se séparer de moi dans ces périlleux instants.
Mais je ne voulais pas que l'esprit de défaillance pût gagner le personnel de la Préfecture au moment où il allait avoir besoin de toute son énei^e, et celte préoccupation m'imposait un devoir.
Depuis le matin, les nouvelles devenant assez alarmantes, il était visible pour moi que l'employé qui m'avait conseillé la fuite était impressionné d'une façon fort exagérée. Ses offres pour un départ me confirmaient dans mes premières impressions; je pris immédiatement le pat-tî de le remplacer et je voulus qu'on sût la cause d'une si brusque disgrâce.
Plusieurs commissaires de police, plusieurs officiers de paix étaient en ce moment à la Préfecture : les uns pour y attendre mes ordres, les autres pour me renseigner sur les incidents de leur quartier ; je les fis entrer dans mon cabinet ; quelques chefs de service s'étaient joints à eux. Par une étrange coïncidence, au moment où j'allais prendre la parole, et comme une sorte d'exorde à ce qnc j'avais à dire, une déchargs vigoureuse de feu de peloton faisait trembler les vitres. « Vous voyez, dis-je à mes subordonnés, que le danger approche; je sais que je n'ai pas à stimuler votre courage ; mais je veux que vous sachiez que, dussions-nous nous ensevelir sous
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nos murs, nous ne devons, à aucun prix, rendre à l'ennemi le poste con&é à notre honneur. Un seul ici a pensé à la fuite. Il in'a fait l'injure de m'en indiquer le chemin ; celui-4à n'est plus digne de figurer dans vos rangs, je le destitue de ses fonctions ; » et, m'adresRant à celui que je donnais pour succèsseur à l'employé révoqué, j'ajoutais : < Vous, que je sais ferme et résolu, prenez la place de celui qui la voulait abandonner. À vos postes, Messieurs, pas un instant à perdre. Que chacun fasse son devoir. Je saurai, plus tard, récompenser le dévouement et le courage. >
J'aurais peine à rendre l'émotion causée par cet incident, imprévu pour tous ceux qui en étaient les témoins ; chacun, en me quittant, alla prendre son poste de combat.
A peine les derniers de mes commissaires avaientils quitté mon cabinet, qu'an mouvement inaccoutumé se faisait entendre dans la direction de l'escalier qui donne sur la cour de la Sainte-Chapelle. En m'y portant, je rencontrais, dans l'un des salons, le brigadier de service ; il m'apprenait que la rue de la Barillerie était envahie par l'émeute, que les insurgés étaient maîtres de la rue de Constantine, qu'ils étaient embusqués dans les maisons d'où ils tiraient sur les gendarmes mobiles qui s'étaient repliés devant eux, et qu'ils seraient, dans quelques instants, devant ma grille. Il n'avait pas achevé que ses prévisions se réalisaient. En ouvrant les fenêtres de l'un des salons donnant sur la cour de la Sainte-Chapelle, je pus y voir entrer les premiers insui^s.
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La surprise avait été si rapide que le poste placé au bas de mon escalier, et qui était en ce moment à son repas, avait à peine eu le temps de prendre les armes; au moment où il se formait il était accueilli par une décharge des insurgés. Les gardes municipaux ripostaient, et, chargeant à la baïonnette, ils refoulaient ces hardis assaillants. Le premier entré dans la cour de la Sainte-Chapelle avait payé de sa vie son audacieuse agression. Je l'avais vu tomber au moment où volait en éclats la fenêtre à laquelle je me tenais pour me rendre compte de ce qui se passait. Uneheure après, la Cité était libre, la Préfecture dégagée, et chacun recevait l'éloge de sa conduite et de son courage.
En écrivant ces lignes, mon souvenir se porte involontairement sur certaines publications où le mensonge le dispute au ridicule. Je les ai d'abord méprisées, me trouvant au-dessus de pareils outrages ; mais les circonstances me forcèrent un jour à livrer à la justice de mon pays ceux des journaux qui avaient reproduit ces pamphlets. La justice les a condamnés. L'un de ces pamphlétaires s'appelait M. Véron, l'autre est, hélas 1 le poète égaré dans la politique, M. Victor Hugo.
Ce qu'était M. Véron, on se le rappelle encore. II avait amasisé une grosse fortune dont il faisait jouir largement un groupe d'habitués, gens de plaisirs et gens d'alTaires. Là étaient ses préférences comme relations ; mais il n'en faisait pas moins ses efforts pour attirer à lui quelques hommes politiques. Je devais naturellement me tenir éloigné d'un semblable
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milieu, aussi M. Véron me voyait- il d'un mauvais œil occuper, à la Préfecture de police, la place de SOQ ami M. Carlier. A cela était venu s'ajouter plus tard une circonstance qui m'avait plus particulièrement aliéné ses bonnes grâces. J'avais dû, alors que j'étais au ministère, lui retirer la direction du journal le Constitutionnel, pour la confier à un éminent publicistc, M. le vicomte de La Gnéronnière. En agissant ainsi j'avais Tait mon devoir; mais M. Véron jura de se venger, et il jugea ne pouvoir trouver une occasion plus favorable qu'en parlant, à sa façon, du Deux-Décembre dans un assez pauvre livre qu'il intitula :les Mémoires d'un bourgeois de Paris. Les inventions calomnieuses ne lui coûtaient pas et c'est autant pour satisfaire ses rancunes que pour donner à sa publication l'attrait de prétendues révélations inédiles qu'il fabriqua les dépêches, fausses, absolument fausses, dont il agrémenta son pamphlet. Il faut ajouter encore qu'il ne fut pas seul à faire cette honorable besogne et qu'il eut pour auxiliaires certaines individualités qui avaient eu à se plaindre de mon attiduteet de ma fermeté. Il eut, par elles, quelques-unes des dépèches télégraphiques vraies ; il ne s'agissait plus qpe de les travestir, et la tâche était facile pour une conscience aussi élastique que l'était celle de M. Véron.
Donnons ici, en regard les unes des autres, les dépêches authentiques, et les dépèches apocryphes.
Au moment où on m'enlevait les troupes préposées à la défense de l'île de la Cité, et où commençait l'attaque de la Préfecture de police, mon devoir me
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commandait de réclamer avec insistance les troupes indispensables à la défense de cette posilioD importante placée sous ma responsabilité. J'écbangeais à ce sujet les dépêches suivantes avec M. de Morny et le général Magnan.
€ Préfet de police à Minisire de Vintérieur et à Général Magnan.
1 4 décembre, i h. E>0 m.
< Un symptôme fâcheux se produit sur toute la ligne; les habits noirs se mettent aux barricades. Les gardes nationaux portent leurs fusils; les honnêtes gens se plaignent amèrement de l'abandon dans lequel te gouvernement les laisse ; il faut agir, et avec le canon.
f Nous sommes entourés d'émeutiers, on tire à ma porte.
f La mairie du 6' arrondissement est prise. Pas un instant à perdre ; envoyez des troupes. Envoyez à la Préfecture un régiment et quatre canons.
t de Maupas. »
Cette dépêche était suivie de près par la suivante. < Préfet de police à Général Magnan, - 4 décembre, 3 h. 16 m,
f Je crains que les ordres ne soient mal donnés ou mal compris ; les canons rentraient, à midi, à Vincennes, croyant tout terminé à Paris ; c'est à celte heure même que tout commençait.
< Voici le plan : occuper la troupe par les barricades
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du quartier Saint-Martin, puis l'abandonner subitement, venir prendre la Préfecture de police et se fortifier dans l'île.
c Nous sommes cernés, on se bat à nos quatre angles. On m'enlève mes forces et mon canon quand j'en réclame et quandj'en ai si grand besoin. Y a-t-il donc malentendu? Envoyez-moi ce que je vous de-
- < Les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marceau sont sous les armes.
€ de Maupas. »
« Ministre de l'intérieur à Préfet de police.
I 4 décembre, S h. 60 m.
• Vous a-t-on attaqué?
c DE MORNY. >
< Préfet de police à Ministre de l'intérieur. c 4 décembre, S li.
« Oui, mais les insurgés ont pris la fuite à notre première déchai^ ; plusieurs ont été tués.
« de Maupas. »
' Ce sont ces dépèches, celles que je donne ici et ceUesquej'ai précédemment données que MM. Véron %t Victor Hugo se sont plu à travestir, chacun à sa manière. Quand un document authentique est cité, il est évident qu'il doit être le même dans toutes les citations faites. Or les dépêches de M. Véron et celles de M. Victor Hugo sont, sur le même fait, absolument différentes. Là est déjà la preuve que l'une ou l'autre de ces versions est apocryphe; il suffira d'en lire la SI
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reproduction pour se convaincre qu'elles le sont toutes deux.
Laissons d'abord parler M. Véron; voici ses prétendues dépêches : * Préfet de police à Ministre de l'intérieur. Jeudi 4 décembre. Rassemblements aa Pont-Neuf, coups de fusil au quai aux Fleurs, masses compactes aux environs de la Prérecture de police; on tire par ma grille, que faire ? > — Réponse fabriquée par M. Véron et attribuée à M. de Morny ; t Répondez en tirant par votre grille. *
M. Victor Hugo a donné plus libre carrière à son génie inventif. Voici sa variante : t Préfet de police à Ministre de l'intérieur. Jeudi 4 décembre. Barricades rue Dauphine; je suis cerné, prévenez te général Sauboul. Je suis sans forces, c'est à n'y rien comprendre. Maupas. »
Autres dépèches, toujours de l'invention de M. Victor Hugo :« Préfet de police à Ministre de l'inténeair. « Je suis cerné : que faire? Maupas. » — Réponse. « Couchez-vous, si vous êtes malade. Mobnv. »
« Je vais être pris entre deux feux. Maupas. » — Réponse: ■ Couchez-vous. Morny. >
■ Je suis abandonné. Maupas. » — Réponse : « Couchez-vous, j... f..... Morny. »
On se demande, après ces diverses citations, comment les inventeurs de ces fausses dépêches ne se sont pas aperçus qu'ils s'écartaient par trop impudemment de toute vraisemblance en mettant un pareil langage dans la bouche de M. de Morny. On le calomnie plus que Ton ne m'atteint en lui prêtant de semblables groasiôretéa.
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Il faut le répéter, les seules dépêches vraies et au* thenliques, sur ce moment de l'action, sont celles que j'ai données. Copie en a été prise par mes ordres et sous mes yeux (1). En fabri({uanl les leurs au gré de leurs rancunes, MM. Véron et Victor Hugo ont commis une mauvaise action. M. Véron a fait acte de vengeance, sans s'occuper de l'outrage qu'il infligeait à la vérité. M. Victor Hugo a mis, la comme ailleurs, son imi^iaation à la place des documents officiels dont aucun, est-il besoin de le dire, n'avait jamais souillé son regard.
Quel spectacle douloureux que celui d'une semblable décadence ! Voir cette belle intelligence, cette plume féconde en riches créations, voir cet ancien dignitaire de la royauté, cet ancien pair de France, réduit, pour exhaler sa haine de vaincu d'alors, à descendre au rang de pamphlétaire et à travestir ainsi la vérité ! Quelle tristesse ! Et dans ce pamphlet où tout est imposture et désordre, le poète, à force (le mal parler de tout et de tous, ne s'est pas même aperçu qu'il finissait par mal parler de luimême. En publiant soa Histoire d'un Crime le but
(i) Le service télé^aphique était fait, à la Frèfâctare de police, aveo un soin particulier. Il était placé dans une pièca voisine du cabinet du préret. Quand j'avais à expédier une d^ pêche, deux de mes seorétaires venaient l'écrire aous ma dictée. Quand il en arrivait une, ils venaient également en prendre double copie. Deux minutes étaient ainsi faites : l'une était envoyée aux archives de la Préfecture ; l'autre restait dans les bureaux du cabinet du préfet. Il était expédié ensuite autant de copies qu'il y avait de destinataires ; une en plus était faite pour moi personnellement.
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de M. Victor Hugo était de prouver que, dans les journées de décembre, il avait été l'organisateur de la résistance, le héros de l'insurrection. Or, par une étrange contradiction, il nous montre, sans le vouloir, qu'en ces jours de combat son courage s'arrêtait à demander aux autres le sacrifice de leur vie quand il mettait précieusement la sienne à l'abri de tout danger. Mais, à notre tour de le mettre en scène, et de l'interroger !
Le 4 décembre, quand ces bandes d'émeutlers, qu'il avait appelées aux armes, venaient attaquer noire demeure, l'un des sièges essentiels de la force du gouvernement, pourquoi M. Victor Hugo n'étaitil pas à leur tête? Pourquoi n'était-il pas' au poste de péril qu'il devait, dans sa langue nouvelle^ appeler le poste d'honneur? Quelque autre point de l'émeute avait-il pour lui plus d'importance et offraitil im danger plus pressant ? Non, il nous révèle luimême ses prudentes pérégrinations; il cherchait la gloire à talons dans les obscurités de quelque arrière-boutique des faubourgs. Au lieu d'aller au feu, nous le répétons, M. Victor Hugo se cachait. C'est lui qui nous l'apprend. « Depuis la surveille >, ditil, c nous avions changé dix-sept fois d'asile, allant parfois d'une extrémité de Paris à l'autre, i De pareilles agitations ne révèlent pas précisément , chez le poète pamphlétaire, cette humeur belliqueuse dont il cherche à faire parade tt chaque page de son livre.
Écoutons cependant avec quelle allure résolue il promet, à ses compagnons, son concours personnel. S'adressant, dans cette même amëre-boutique, à un
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ouvrier, armé jusqu'aux dents, qui venait y cherclier le mot d'ordre :
• Êtes-vous sûr de votre mouvement pour cette nuit? «dit M. Victor Hugo.
« Nous l'avons préparé et nous y comptons », dit l'ouvrier.
( En ce cas >,dit encore l'illustre poète, < sitôt la première barricade faite, je veux être derrière, venez me chercher. »
• Où?
• Partout où je serai (1). »
La réponse était vague, aussi ne Irouva-t-on jamais M. Victor Hugo pour lui offrir les honneurs du combat (2). Nous aurions voulu croire que son' persistant éloignement des barricades tenait à ce qu'il en ignorait le lieu; mais tout au moins cette attaque de la Préfecture de police, il en était parfaitement averti et averti à l'avance : il va nous l'apprendre luimême-
• Vers neuf heures, dit M. Victor Hugo, un ancien capitaine de la 8° légion de la garde nationale de 1818, nommé Jourdan, vint s'offrir à nous.
€ C'était un homme hardi, un de ceux qui avaient exécuté, le 24 février au matin, le léoiéraire coup de main sur l'Hôtel de ville. Nous le chargeâmes de recommencer ce coup de main et de l'étendre jusqu'à la Préfecture de police. Il savait comment s'y prendre.
(1) Victor Hugo, Histoire d'un Crime, tome I", pag» 168.
(2) L'arrière-boutique dont parle M. Victor Huf^o, et dont nous avons parte nouB-môme, celle du nommé Augnste, marchand de vin, située rue de la Roquette, parait avoir joué
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Il nous annonça qu'il avait peu d'hommes, mais qu'il ferait occuper silencieusement, dans ta journée, certaines maisons stratégiques du quai de Gévres, da quai Lepellelier et de la nie de la Cité, et que, s'il arrivait que les gens du Coup d'État, le combat du centre de Paris grandissant, fussent forcés de dégarnir de troupes l'Hôtel de ville et la Préfecture, l'attaque commencerait immédiatement sur ces deux points. Le capitaine Jourdan, disons-le tout de suite, fit ce qu'il nous avait promis ; malheureusement, comme nous l'apprîmes le soir, il commença peut-être un peu trop tôt. Ainsi qu'il l'avait prévu, il arriva un moment où la place de l'Hôtel de ville fut presque vide de troupes, le général Herbillon ayant été obligé de la quitter avec la cavalerie pour aller prendre à revers les barricades du centre. L'attaque des repu-
un rdie important dans les démarches faites par l'iltaslre poète pour organiser l'insurrection. M. Victor Hugo raconte, en ces termes, son expédition ciicz ce nommé Auguste. « J'eus quelque peine », dil-il, » à retrouver, rue de la Roquette, la porte d'Auguste. Presque toutes les boutiques étaient fermées, ce qui faisait la rue très sombre. EnAn, à travers une devanture en vitres, j'aperçus une lumière qui éclairait ua comptoir d'étain. Au delà du comptoir, à travers une cloison également vitrée et garnie de rideaux blancs, on distinguait vaguement une autre lumière et deux ou trois ombres d'hommes attablés. C'était là, j'entrai. La porte en s'ouvrant ébranla une sonnette. Au bruit, la porte de la cloison vitrée qui séparait la boutique da l'arrière-boutique s'ouvrit, et Auguste parut. Il me reconnut sur-le-champ el vint à moi..., etc. * C'est & quelques expéditions de ce genre, «t à une participation sans péril à des réunions qui avaient pour but de provoquer la résistance, que s'est limitée la part prise par M. Victor Hugo aux événements de décembre.
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blicains éclata à l'instant même, les coups de feu partirent des croisées du quai Lepelletier ; mais la gauche de la colonne était encore au pont d'Àrcole, une ligne de tirailleurs avait été placée par un chef de bataillon, nommé Larochette, en avant de l'Hôtel de ville, le 44° revint sur ses pas, et la tentative échoua. >
Grâce, ea elïet, à l'énergique résistance que rencontrèrent les insurgés, dans la cour même de la Préfecture de police, leur tentative échoua.
Un mot encore pour en finir ici avec M. Victor Hugo. Dans son Histoire d'un Crime, tome 11, page 162, le poète prétend que sa tête était mise à prix; il commet, pour grossir son importance révolutionnaire, une complète erreur. Nous connaissions la demeure de M. Victor Hugo; nous eussions pu le faire arrêter dix fois pendant les trois journées de décembre; nous n'avions nul intérêt à le faire, et c'est de notre consentement qu'il a pu, comme M. de Girardin et quelques autres idéologues, se livrer librement à ses agitations.
Pendant que l'insurrection tentait de s'emparer de la Cité et de la Préfecture de police^ le mouvement savamment combiné du général Magnan se continuait. A cinq heures, il était complètement exécuté; il l'avait été avec autant de précision que d'habileté.
Les deux divisions Carrelet et Levasseur avaient opéré leur jonction, renversé tous les obstacles, poursuivi les insurgés en fuite et rétabli la circulation. Le général Renaud avait maintenu la rive gauche
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et le général de Courtigis avait mis le fauboui^ Saint-Antoine à l'abri d'un nouvel envahissement.
Durant près de trois heures, Paris avait pu entendre nn roulement non interrompu de canonnade et de feux de mousqueterie. La lutte avait été acharnée, mais elle était inégale. Nulle force ne pouvait résister à l'armée du général Magnan, à son courage, à son intrépidité, et il fallait même que l'insurrection eût une bien puissante organisation, qu'elle eût, â son service, de vigoureux combattants pour avoir, aussi longtemps, prolongé la résistance. Ce qui prouve de quelle ardeur ces combattants étaient animés, c'est qu'à peine la troupe avait-elle quitté ses positions pour rentrer dans ses casernes qu'ils se réunissaient de nouveau, s'emparaient, en toute hâte, des matériaux épars de leurs ouvrages détruits, et relevaient encore leurs barricades.
Cette fois, les quartiers Saint-Denis, Saint-Marti» et du Temple n'avaient plus le triste privilège d'être le foyer de l'émeute ; son centre d'action tendait sensiblement à se rapprocher du siège du gouvernement. On se conformait en cela à la tradition révolutionnaire. En 1830 et en 1848, les quartiers Saint-Antoine et Saint-Martin avaient eu les honneurs des premiers engagements ; on s'était ensuite porté sur la Banque , sur le Louvre, sur le Palais- Royal et enfin sur les Tuileries.
Le 4 décembre, il fallait faire un pas de plus. Des Tuileries, il fallait arriver à l'Elysée. C'est dans ce but que l'insurrection laissait derrière elle le théâtre de ses derniers combats pour se porter sur la rue
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Sainl-Honoré, la place Notre-Dame des Victoires, le quartier de la Bourse et la Banque. Elle conservait toutefois sa base d'opérations à la rue du Petit-Carreau et à la rue Montoi^ueil. Mais un régiment, le 19" de ligne, était en position au Palais- Royal et, par une marche hardie, il balayait la place Notre-Dame des Victoires, couvrait à la fois la Banque et la Bourse et enlevait au pas de course les retranchements des mes Pagevin et Bourbon- Villeneuve.
Ainsi délogés de leurs avant-posfes, les insurgés regagnaient la pointe Saint-Eustache, les rues Montorgueil et du Petil4^arreau où le fanatique Dussoubs haranguait le peuple et dirigeait le combat. Dans ces deux rues, se trouvait une série de solides ouvrages et une attaque de nuit offrait des périls d'autant plus redoutables que tes maisons étaient occupées par l'émeute. On tirait sur la troupe des fenêtres et des larmiers de caves. La position n'était pas tenable;le colonel de Lourmel le comprit; il s'étança à la tête de ses hommes et parvint à enlever les derniers abris des insurgés.
Un résultat si complet et si rapide n'avait pu s'obtenir sans de sérieux sacrifices. Les morts et les blessés étaient nombreux de part et d'autre. Dussoubs s'était fait tuer, comme Baudin, à la tête des émeutiers. Les autres engagements ne furent plus que les pâles reflets de la résistance énergique de cette soirée. Quelques barricades étaient encore enlevées çà et là; mais les chefs avaient cessé de combattre ; ils avaient remis au lendemain, 5 dé-
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&00 UEUÛIRES SUR LE SXCOHI) EKHRE
cembre, la reprise de la lutte. Quelques enfanta perdus entretenaient seuls l'agitation et tiraient, de quelques réduits obscurs, sur nos soldats ou nos sergents de ville en patrouille.
Nous avions prévu le sort de cette dernière prise d'armes des insurgés; elle était condamnée â un échecinévitable,et il était certain que le moment viendrait, à la Tm de la soirée, oi^, la débandade se mettant dans] leur camp, ils s'enfuiraient pour regagner leurs logis ou les lieux ordinaires de leurs réunions. Ces lieux de réunions nous étaient connus. Nous avions posté, à leurs abords, des piquets de nos agents. Ils devaient observer les allées et venues et surtout arrêter les gens à allures suspectes qui porteraient sur eux la trace d'une participation au combat. Grâce à ces mesures, de nombreuses arrestations purent être faites dans cette soirée, et l'insurrection fut ainsi privée de plusieurs de ses dxets. Ces arrestations ne s'opéraient pas sans danger pour ceux qui en étaient chargés. La plupart des individus dont on se saisissait étaient encore armés et luttaient avec la dernière énergie pour écbapper à nos agents; trois de ces courageux serviteurs étaient grièvement
Une grande partie des meneurs, ceux qui ne s'étaient pas associés à la seconde prise d'armes, étaient réunis en conciliabules pour décider de ce qui serait fait le lendemain. Si nous n'avions pas dans chacune de ces réunions un homme à notre solde, nous en comptions au moins dans les plus importantes d'entre elles. C'est par eux que nous
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