LA JOURNÉE DU 4 DÉCEHBRE
étions informés des divisions qui existaient dans le camp des révolutionnaires.
Les uns, ceux qui ne se battaient pas et qui, durant ces deux journées, n'avaient donné à la cause qu'un concours moral et littéraire, continuaient à demander la lutte à outrance. La raison de leur insistance était celle-ci : c Nous ne combattrons plus pour vaincre, disaient-ils, mais pour tenir la province en haleine. Si nous résistons, le soulèvement se propagera dans les départements, et nous pourrons, par eux, reprendre ici nos avantages. Si, au contraire, nous mettons bas les armes, nous jetons le découragement dans les provinces; tout espoir est perdu; nous n'avons plus qu'à nous courber sous le joug du vainqueur et à subir sa loi (1). »
Les autres, ceux qui avaient assisté au combat, qui avaient pu mesurer la puissance et la solidité des forces dont disposait le gouvernement, déclaraient la lutte impossible et insistaient pour ajourner une action nouvelle à des temps plus propices. A leurs yeux, on n'avait plus aucune chance de succès.
(1) Dans des papiers saisis lors des arrestations faites, nons avions pu voir par quels procédés rapides les révolutionnaires de Pai'is et ceux des départements étaient en commnnicalion. Dès ta matin du S dëcembro, Paris avait dit à la province de préparer le soulèvement, ol, d'un grand nombre de pointe, du centre et du midt surtout, la province avait dit à Paris : « Noue sommes prête, nous nous eoulèverons au premier signal. > Ce sont ces assurances qui encourageaient certains meneurs à prolonger la lutte. Nous ne - tarderons pas à voir combien ceux qui les donnaient éiaient résolus à tenir parole, à prendre les armes et à engager viit l'avion.
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502 HÈHOIRES SUR LE 8SC0HD EJfPIRE
Bon nombre des chefs étaieot oa tués ou arrêtés. Les ouvriers de la banlieue avaient déclaré, en quittant les barricades, qu'on ne les reverrail plus le lendemain ; on se ferait écharper sans profit pour la cause. Quant à la province, on ne faisait aucun fonds sur elle. A la façon dont le gouvernement avait pris ses mesures à Paris, on devait peiiser qu'il était également prêt dans les départements; il ne restait aucun espoir de succès.
■ L'opinion qui prévalut fut une sorte de transaction. Il fut convenu que, de sept heures du matin à midi, on se porterait, par petits groupes, sur tous les points où on pourrait de nouveau tenter de refaire des barricades; là on observerait l'attitude que comptait prendre le gouvernement, et s'il laissait, comme dans la journée du 4, Paris sans troupes pendant la matinée, on se mettrait.à midi, à reconstruire les ouvrages et on se fortifierait de nouveau dans les quartiers où on rencontrerait le plus de sympathie. Des émissaires accrédités devaient tenir en rapport les groupes stationnant sur la voie publique et les comités dirigeants ; ces derniers devaient donner, à midi, le signal de la prise d'armes ou de la retraite définitive.
Tous les mouvements de l'armée, tous les incidents de la journée avaient été suivis attentivement à l'ÉIysée. Les dépêches du commandant en chef de l'armée de Paris et du préfet de police s'y succédaient à courts intervalles. En dehors de ces moyens d'information, les généraux engagés avaient, à diverses reprises, envoyé leurs aides de «amp pour rendre
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compte directement au Prince de la physionomie de la lutte. L'une de ces communications avait causé, à l'Elysée, une vive et explicable impression. Au moment où il était aux prises avec les barricades de la rue Saint-Denis, le général de Cotte, jugeant la résistance beaucoup plus forte qu'il ne l'avait supposé, avait signalé directement au Prince la force de l'insurrection. Le général demandait qu'on se souvint de ' 1830 et de 1848; il voyait l'attaque aussi sérieuse qu'elle l'avait été à ces deux époques; il faisait appel aux moyens les plus énei^iques et demandait, en même temps, qu'on se Unt sur ses gardes à l'Elysée où pouvaient arriver les insurgés, qu'on y prit des mesures solides de défense.
Le général ds Cotte était l'un des oiBciers les plus solides de l'armée. Brave entre les braves, Eon sang-froid dans l'action était assez connu pour qu'on n'eût pas à craindre que ses paroles fussent inspirées par l'émotion du moment. Ce qu'il disait devait être la vérité et il convenait d'en tenir compte. A peine l'aide de camp avait-il quitté l'Elysée que le colonel Fleury, le conseiller le plus intime du Prince, entrait dans son cabinet et lui soumettait toQt un plan de conduite qui se résumait ainsi : si l'insurrection arrivait jusqu'aux portes de l'Elysée, la défense du palais offrait de nombreuses difficultés; la sécurité n'y était pas suffisante. 11 ne fallait pas hésiter à quitter ce séjour, exposé par tous ses côtés, pour se retrancher dans un lieu où l'orgaaisation de la résistance fût possible et où on pût non seulement se mettre à l'abri d'un coup de
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tnaia, mais soutenir un véritable siège. Le colonel Fleury proposait d'aller occuper les Tuileries et d'en fortifier solidement les abords. De celte façon, loin de sembler fuir, on se rapprochait au contraire du centre de l'action et on pouvait s'établir dans des conditions qui offraient toute sécurité. Ce plan convenait au Prince et, sans plus tarder, il chargeait le colonel Fleury, son auteur, de se concerter avec le ministre de la guerre pour en assurer l'exécution.
Une heure après, le général Rollin était chargé de mettre les Tuileries en état de défense, et les pouvoirs les plus étendus lui étaient donnés pour accomplir sa mission. Il devait se rendre au fort du Mont-\'alérien et y prendre les canons et les engins de guerre nécessïdres. La nuit était utilisée à mettre tout ce matériel en mouvement. A la pointe du jour, ie 5 décembre, le général Rollin devait avoir installé ses moyens de défense, et le Prince- Président devait entrer aux Tuileries. Mais les nouvelles de la soirée, la défaite des insurgés, l'impossibilité, pour eux, de reprendre l'oiïensive avaient changé la face des choses. Le général de Cotte luimême venait dire : « Nous sommes maîtres de la position. > De semblables assurances partaient à la fois du quartier général et de la Préfecture de police. Vers deux heures du matin, et sur le conseil encore du colonel Fleury, conlre-ordre était donné au général Rollin, et le Prince-Président restait à l'ÉIysée. Tout," à partir de cette heure, faisait présager que les jours difficiles étaient passés.l
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