‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 67 sur 100 · CHAPITRE XXIV LA JACQUERIE EN PROVINCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV LA JACQUERIE EN PROVINCE

L' insu rrecl ion dans Ica départements. — Troubles dans l'Allier. — Priée de La Palisse. — Assassioat des gendarmes.

— Le pillage et les orgies de Poligny. — L'occupation et les assassinats do Clamecy. — L'insurrection dans le Gers et l'Hérault. — Massacre des gendarmes, — Le Var et les Basses-Alpes, — Vols et rapines des insurgés, leur défaite.

— Ce qu'était, au Deus- Décembre, la force de la démogogio, ce qu'elle eût été ea iâSâ. — Le véritable but des anarchiistes. — Leurs appétits et leurs passions. — Quoi était le devoir de Louis-NapoUon et comment il l'a compris.

Si forte qu'eût été, à Paris, la résistance des révolutionnaires dans les journées des 3 et 4 décembre, ce n'était là qu'un spécimen très amoindri de la lutte qu'ils se préparaient à engager, en 1852, pour le triomphe de leurs abominables doctrines. Le Deux- Décembre les avait surpris en voie de préparation; leurs provisions d'armes et de munitions étaient loin d'être terminées; leurs cadres étaient incomplets; l'émigration qui devait venir combler les vides n'avait pu être avertie^en temps utile ; l'embouchage

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LA JACQCBRie EN PROVINCE SSd

surtout, qui ne pouvait être que l'œuvre de la dernière heure, n'avait pas été pratiqué sur une assez grande échelle, et, au milieu de l'effarement général, les chefs des sociétés secrètes n'étaient arrivés à réunir qu'une faible partie de leurs adhérents. On en avait vu assez cependant pour juger des périls qu'eût pu faire courir h. la cause de l'ordre l'armée démagogique préparée, disciplinée, complétée comme elle n'eût pas manqué de l'être pour un rendez-vous donné plusieurs mois A l'avance, pour l'échéance Hxedel852.

Eq province, comme à Paris, le Deux-Décembre surprenait les démagogues en voie de formation. On avait, depuis un an, tant parlé d'un coup d'Etat sans le voir venir qu'ils avaient cessé d'y croire, et qu'ils jugeaient partout la lutte ajournée à sa date constitutionnelle, au mois de mai J852. Néanmoins, quelle ne fut pas la révélation de leurs forces, de leurs passions anarchiques, et surtout de leurs abominables desseins! Si une terrible jacquerie n'a pas envahi la France entière au Deux-Décembre, c'est encore à notre brave armée, c'est à nos courageux administrateurs et magistrats qu'il faut en avoir la gratitude. Quelles douleurs cependant, quelles cruelles et sanglantes épreuves plusieurs de nos dépar{ements n'eurent-ils pas à traverser I Quels actes de barbarie et de férocité n'a-t-on pas eu à déplorer! Quels deuils sont encore vivants au cœur de respectables familles ! Quels souvenirs poignants pour l'Aonneur d'un paysl

Partout, en province, à la première nouvelle des

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événements, les démagogues avaient compris que le soulèvement de 185â se trouvait Tatalement avancé, que Paris prendrait les armes, et que leur devoir était de seconder ses efforts par une insurrection générale. Là où l'élément révolutionnaire était le plus vivace, la prise d'armes fut immédiate. Quelques jours furent nécessaires à d'autres départements, où l'organisation était moins avancée, pour commencer leur mouvement; mais, sur beaucoup de points, heureusement, les retards dans la préparation de la lutte conduisirent jusqu'à l'heure de la défaite ahsolue de l'insurrection de Paris, et le découragement suffit à faire déposeras armes. Cescontrée& privilégiées échappèrent ainsi aux dures épreuves delà guerre civile.

Les grandes villes étaient solidement occupées par l'armée; l'agitation y fut grande ; l'émeute toutefois n'osa s'y produire que sous forme de menace. Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Toulouse eurent leurs rassemblements séditieux. Quelques coups de feu isolés y furent tirés sur les officiers et les troupes, mais ce ne fut pas la bataille, et c'est à cette attitude, relativement pacifique, des grands centres qu'il faut attribuer la résistance de certaines popula> lions à écouter la voix des agitateurs et des recruteurs de l'insurrection.

Dans quelques départements, le terrain était si soigneusement préparé que le soulèvement fut immédiat. Les révolutionnaires purent surprendre les autorités, s'elfiparer de plusieurs villes, s'y établir en maîtres et y faire régner, durant plusieurs jours, la plus exécrable terreur. Le vol, le pillage, l'assassi-

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