LA JACQUERIE EN PROVINCE 5S
nat, le viol, l'incenâie, rien ne manqua à cette lugubre exhibition du programme de 1852. Il en fut ainsi dans l'Allier, la Nièvre, le Cher, l'Yonne, le Jura, le Gers, le Lot-et-Garonne, l'Hérault, le Var, la Drôme, les Hautes-Alpes et les Basses-Alpes, sans parler d'autres départements où, pour avoir été moins profonde, l'action révolutionnaire n'en laissa pas moins ses traces sanglantes.
C'est aux sources les plus authentiques que nous avons puisé les éléments du récit sommaire que nous allons donner. Nous avons eu, sous les yeux, pour chaque département, les rapports des procureurs généraux, ceux des préfets et ceux de la gendarmerie. Il y a entre eux une complète et triste concordance. Il faudrait plus d'un volume pour retracer les atrocités commises. Le cadre que nous nous sommes tracé ne comporte pas d'aussi longs développements. C'est seulement une analyse que nous faisons ici; mais elle suffira pour donner une juste idée de la haine et des passions féroces qui animaient les ennemis de la société, et pour faire, une fois de plus, tuchec du doigt les immenses périls auxquels le Deux-Décembre arrachait la France.
L'Allier était l'un des départements les plus travaillés par la propagande socialiste. A la première nouvelle des événements de Paris, dans la matinée du 3, des bandes d'insurgés armés de fusils, de pistolets, de faux, de fourches, de piques, de poignards, s'étaient formées dans la plupart des cantons ; elles se dirigeaient sur Moulins, Gannat, La Palisse et Montluçon. Des femmes et des enfants, munis de
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532 MEUOIRES SUR LE SECOND EHriRE
paniers et de] sacs, destinés à recueillir le fruit du pillage, marchaient à leur suite.
La Palisse eut le triste privilège d'être le premier point occupé par l'insurrection. Une colonne de véritables bandits s'était formée au Donjon. Comme prélude de ses exploits, ils avaient arrêté le maire, M, de La Boutresse, homme respectable entre tous, le juge de paix et quelques notables ; ils les avaient arrachés de leurs demeures au milieu de leur sommeil et les avaient jetés, à demi vêtus, sur une charrette qui, par un froid glacial, devait les conduire à la prison de La Palisse.
A son arrivée à La Palisse, la bande trouvait, pour en défendre l'entrée, le sous-préfet M. de Rochefort et quelques gendarmes; mais elle dirigeait sur eux une fusillade meurtrière, et ces coU' rageux soldats de l'ordre étaient forcés de se replier sur la sous-préfecture après avoir laissé plusieurs d'entre eux sur le terrain. A peine y étaient-ils arrivés, qu'ils y étaient rejoints par les insurgés qui s'emparaient du sous-préfet et lui faisaient subir les plus durs traitements. Là encore, un nouveau combat s'engageait, et plusieurs gendarmes, dont le lieutenant et le maréchal des logis, tombaient mortellement atteints.
Le malheureux maréchal des logis gisait, criblé de balles. Mais il respirait encore; un notaire, chef de bande, donne aux scélérats qu'il commande ie signal de la profanation; il lui décharge, dans la poitrine d'abord, dans la tête ensuite, plusieurs coups de pistolet, et c'est à coups de pieds, de pieraes, de
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