‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 71 sur 100 · MEMOIRES SUR LE E · texte numérisé non relu

MEMOIRES SUR LE E

vement. Le tocsin sonnait dans les villages, et, en peu d'heures les colonnes d'insurgés se réunissaient en armes aux points déterminés à l'avance. Les armes étaient, comme ailleurs, des fusils, des pistolets, des haches, des sabres, des faux, des fourches, des piques et tous les instruments dont se servent, pour leurs travaux, les ouvriers des campagnes. Les paniers et les sacs n'étaient point oubliés ; ce sont loi^jours ces engins de rapine qui donnent à l'héroïsme démagogique son véritable caractère.

A Forcalquier, l'horloger Escofller prend le commandement de l'insurrection. A Manosque, le membre du conseil général du canton, le citoyen Buisson, se met à la tête des bandes .

C'est par Forcalquier qu'on commence. La ville est sans troupes et hors d'état de so défendre; deux mille insurgés s'en emparent et se rangent en bataille devant la sous-préfecture. On somme le souspréfet, M. Paillard, de se constituer prisonnier; il résiste énergiquement et proteste contre les \iolences qu'on veut exercer sur le représentant da gouvernement. 11 donne courageusement, et à haute voix, aux quelques gendarmes qui l'entourent, l'ordre de résister; mais il est immédiatement saisi; cent fusils sont braqués sur lui et on le somme encore de se rendre.

« Tuez-moi » répond-il, • mais je ne trahirai jamais mon devoir, je ne me rendrai pas. ■ Un affreux tumulte se produit; un immense cri de mort se &it entendre; mais le chef, Escoffier, est ému d'un si grand courage ; il relève les armes d'où la mort

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LA JACQUERIE KN PROVINCE 54o

allait sortir et parvient un instant à arrêter ces forcenés.

Od ne veut pas cependant abandonner une semblable proie ; on se rue sur M. Paillard ; par respect p«ur l'ordre du chef, on ne tue pas ce vaillant magistrat; mais on le frappe, on l'outrage; des coups de crosse de fusil lui font d'affreuses meurtrissures , des coups de batoonelte déchirent ses vêtements, l'un d'eux lui traverse la jambe et le sang jaillit à flots. On pensait à tout;. le laisser à Forcalquier, c'était s'exposer à voir la réaction l'y délivrer; on va le conduire dans un village distant de plusieurs kilomètres. Si brisé qu'il soit, il faut qu'il marche, et on le traîne, les menottes aux mains, la corde au cou, au milieu d'une haie de bandits devisant, près de lui, sur le genre de supplice qu'on lui réserve. Le soir, en arrivant au village des Encontres, dans une tanière dont on faisait sa prison, M. Paillard tombait évanoui eu proie aux plus vives Bouflrances. Il fallait que chez lui le corps fût trempé comme le cœur pour n'avoir pas succombé aux tortures qu'il venait d'endurer. Loin de se laisser abattre, il ne songeait qu'à venir en aide à ses malheureux administrés. Après quelques moments de repos, il faisait un suprême effort et réussissait à s'enfuir pour aller chercher des secours.

Presqu'au même moment, Manosque, Sisterop et d'autres localités importantes étaient également occupées par les bandes, et, de tous les points du département, on marchait sur Digne qui, n'étant dé-

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fendue que par quelques recrues, tombait au pouvoir de l'insurreclion. A Digne comme à Sisteron, comme à Forcalquier, comme partout, le premier soin des bandits était de piller. Les caisses publiques étaient naturellement les mieux garnies et les premières ouvertes.

Une note communiquée par le ministère de l'intérieur aux journaux ofiicieux nous apprend comment le courageux receveur général de Digne, le vicomte de Matharel , parvint à sauver une partie des deniers de l'État.

< Dès l'approche des bandes insurgées qui marchaient sur Oigne >, est-il dit dans cette note, « M. de Matharel fit déposer à la caserne, par mesure de prudence, une partie de son encaisse (15,000 francs), et il se chargea d'une somme égale en billets de banque. La caserne, qui n'était gardée que par quelques conscrits du 25* léger, dut, pour éviter le désarmement dont ils étaient menacés, faire des concessions aux chefs de l'insurrection, et parliculidremeat celle de remettre l'argent du Trésor, qu'ils réclamaient au nom de sept mille paysans armés jusqu'aux dents. Un refus eût nécessairement amené des contributions forcées, et probablement' te pillage et l'incendie de la ville.

f Le lendemain, non satisfaits des ressources trouvées à la caserne, les chefs de la révolte revinrent auprès du receveur général pour lui demander une somme de 14,000 francs qu'il fallait encore, disaientils, pour la solde des hommes.

< Heureusement le sang-froid de M. de Matharel ne

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