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lui fit pas défaut, il résista et put noa seulement soustraire à l'insurrection la moitié de son encaisse, mais encore sauvegarder les bureaux et les archives de la recette générale, en restant à son poste J usqu'à la fin. >
Pendant plusieurs jours, le département entier des Basses-Alpes fut au pouvoir de l'insurrection, et il ne fallut pas moins qu'une compagne en règle pour en reprendre possession. Les insurgés, cernés de toutes parts, n'abandonnèrent pas leur proie sans livrer bataille ; ils laissèrent un certain nombre de morts sur le terrain. Plus de huit cents prisonniers, parmi lesquels beaucoup de leurs chefs, tombèrent aux mains de nos soldais.
Le 11, Forcalquier était repris. Le 12, Digne était délivrée. Le 16 seulement, les colonnes mobiles avaient délogé les bandits de toutes leurs positions. L'insurrection avait, durant douze jours, occupé et terrorisé ce malheureux département.
Dans le Var, même ensemble dans le soulèvement, mêmes succès des insurgés aux premiersjours, mêmes vols, mêmes pillages, mêmes assassinats. A Cuers, où les gendarmes sont massacrés avec des raffinements de cruauté, le cadavre de l'un d'eux est mis en lambeaux, et, aux applaudissements de ses complices, l'un des chefs de la bande se lave les mains dans le sang tout fumant de la victime. Là «ncore l'armée vient rétablir l'ordre et châtier les coupables; dans une seule rencontre, quarante insurgés sont tués; un plus grand nombre sont blessés; des arrestations sont faites et on parvient à saisir
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des arraes, des munitions en abondance et quelques bribes des larcins commis par ces ^ands citoyens.
Dana les déparlements de Vaucluse, du Gard, de la Drôme, de l'Ardèche, et dans d'autres encore les mêmes atrocités se retrouvent.
Mais nous en avons dit assez sur ces temps de terreur. Nous n'avons évoqué de si honteux souvenirs que pour en tirer deux enseignements dont aucun homme de bonne foi ne méconnaîtra la valeur. Les scènes terribles que nous avons retracées nous montrent à la fois quel était le but réel de l'insorrection, quelle était sa force au Deux-Décembre et ce qu'elle eût été en 1852.
La force! nous en voyons la révélation par les départements où l'organisation révolutionnaire était le plus avancée. Quand les départements les moins peuplés de France, les Basses-Alpes, le Var, le Gers ont pu mettre chacun, au premier signal, plus de quinze mille combattants sur pied, qu'on juge par là de ce qu'eût été l'armée de la jacquerie, si, à cette date du 2 Décembre, la lutte se prolongeant quelques jours de plus, un contingent proportionnel eût pris les armes dans chacune des provinces.
Et si, au lieu de quelques jours seulement, les révolutionnaires eussent eu devant eux les six mois qui les séparaient de l'échéance fatale de Mai 1852, quelles proportions effrayantes n'eût pas pris leur organisation! Quel immense réseau de fer et de feu n'eût pas enlacé la France entière! «
Au Deux- Décembre, on n'avait même pas encore, nous l'avons dit, complété l'enrôlement. On n'avait
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cpe des armes imparfaites, de» munitions en faible quantité, et peu d'argent pour encourager le .soulèvement et solder les combattants.
Et en effet , l'enrôlement : il était gêné par la surveillance constante de l'autorité; il ne pouvait se faire que lentement; ce n'était pas trop des six mois que donnait 1852 pour achever cette lâche compromettante.
Les armes et les munitions : on ne pouvait, sans courir le danger de perquisitions, les placer en dépôt par quantités importantes, et, d'autre part, les distribuer aussi longtemps à l'avance, c'était donner l'éveil et exposer à la fois celui qui les offrait et celui qui les acceptait.
L'argent : on pouvait moins que te reste encore le répandre à l'avance. La nature des dépositaires permettait de penser qu'il eût servi à tout autre usage qu'à celui qu'on lui destinait; il n'en fût plus resté à l'heure où son action fût devenue nécessaire. L'argent était donc encore dans les bourses ; les armes et les munitions étaient à l'étranger chez ceux qui devaient les fournir.
Mais en 1852! l'enrôlement eût été complet, les cadres à leur poste, les armes et les munitions aux mains des insurgés, l'argent répandu en province comme il put l'être à Paris, et ces effroyables bandes de la démagogie, organisées, disciplinées eussent été prêtes à livrer bataille à la société et à accomplir sur ^lle ses exécrables attentats. Au lieu d'engagements isolés, ne pouvant aboutir qu'à des résultats partiels, on était menacé d'un soulèvement général ayant pour
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objectif raisoané l'occupation et ta domination du pays tout entier. L'armée, au lieu de pouvoir se concentrer sur des points déterminés, comme elle l'avait fait au Deux-Décembre, eût été contrainte â se disséminer. Au lieu du succès qu'elle avait obtenu, un échec éiait possible. Si donc la force de l'insurrection avait été puissante sur quelques points au Deux- Décembre, on ne saurait méconnaître qu'en 1852 elle devait être cent fois plus redoutable.
Et le but de l'insurrection, quel était-il? Le but n'eût point changé. Il eût été, en 1852, le même qu'au Deux-Décembre. Nous l'avons vu dans toute sa vérité, dans tout son cynisme.
Ce serait poétiser à faux la jacquerie de 1851, que de lui attribuer un but politique. Elle ne songeait point â changer la forme du gouvernement, puisque, dans tous les cas, on s'accordait à rester en République; elle ne se préoccupait pas même de substituer une doctrine à une autre, car ce n'était pas à l'aide de semblables subtilités qu'on eût réussi à exciter les masses. On ne pouvait les soulever qu'en faisan^ appel à leurs passions et à leurs appétits ; et c'est ce qu'on s'appliquait exclusivement i faire.
Leurs passions ! c'était la haine du riche, du prélre, du gendarme et de l'autorité ; parce que le riche possédait ce qu'on voulait avoir ; parce que le prélre enseignait la religion et la morale, les seuls freins propres à combattre la perversion sociale ; parce que le gendarme représentait la protection des honnêtes gens et celle de la propriété; parce que l'autorité était la sentinelle vigilante d'un pouvoir tutélaîre.
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C'est pour ces causes qu'on arrêtait et qu'on tuait tes riches.qu'on outrageait et qu'on assassinait les prêtres, qu'on égorgeait et qu'oa massacrait les gendarmes, et que, partout, on sq ruait sur les magistrats dépositaires de l'autorité, les injuriant, les emprisonnant, les punissant, par des tortures, de leur courage et de leur fidélité.
Leurs appétits ! c'était la possession de la chose d'autrui, et toute chose était bonne à prendre; l'argent d'abord, et on pillait les caisses, on formait les tiroirs. On emportait ce qui était transporUble, les vins et les liqueurs surtout, après s'en être gorgé. Leurs appétits, c'était donc le vol et le pillage ; voilà pourquoi les enfants et les femmes suivaient, avec leurs paniers et leurs sacs, les colonnes de combattants.
Dans ces actes de pillage soigneusement prémédités se trouve la plus exacte de toutes les définitions du but de la jacquerie de 1851 , comme de celle qui se préparait pour 185â.
Et maintenant, disons quelles sont, de tous ces faits, les conséquences, qui s'imposent.
Louis-Napoléon, comme chef de l'État, avait en ses mains tous les moyens d'informations pour connaître la situation vraie du pays. Les préfets, les procureurs généraux, les chefs de la gendarmerie centralisaient une série de rapports dans lesquels les projets, tes agissements de la démagogie étaient minutieusement dévoilés. La substance de ces rapports était incessamment placée sous les yeux du Prince. Louis-Napoléon savait donc, jusque dans
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leurs détails, quels étaient les plans de la démagogie, ses forces présentes, ses forces futures possibles, son but et les exécrables moyens qu'elle emploierait pour l'atteindre.
Quels devoirs imposait au chef de l'État la révélation certaine d'aussi redoutables périls? Devail-il se borner à l'action répressive de. la justice? Mais la jacquerie était l'hydre à mille têtes I Ce n'est point par des moyens ordinaires que d'aussi considérables entreprises s'arrêtent. S'en tenir à cette insufllsante poursuite d'un ennemi acharné, c'était s'acheminer, sans prévoyance, vers le bord de l'abime, où se fussent à la fols engloutis, en 1852, le chef de l'Etat, le gouvernement et la société. Était-ce ainsi , était-ce par une semblable incurie que Louis-Napoléon devait répondre à la confiance du pays qui, au 10 décembre, s'était jeté dans ses bras pour y trouver un sauveur! Existait-il une considération assez puissante pour te détourner de l'accomplissement du mandat qu'il tenait de la France entière ! Les intrigues des partis, leurs savantes machinations pour paralyser l'action du Chef de l'État et gagner ainsi le cataclysme de 1852 dans l'espoir d'en proliter, les entraves ingénieuses qu'on avait accumulées pour écarter toute solution pacifique et constitutionnelle, étaient-ce donc là des contraintes auxquelles il convenait de se soumettre et qui pussent entrer en balance avec les immenses intérêts que Louis-Napoléon avait charge de défendre!
Louis-Napoléon porta plus haut son regard ; il vit
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devant lui la Fraace éplorée, menacée d'un abominable vandalisme, et, écoutant à la fois son cœur et sa raison, il sentit en lui la force et la puissance de sauver le pays : il fit le Deux-Décembre, et le pays fut sauvé I
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