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LA GUERRE D'ITALIE

Après de si rapides succès, Tarmée française était tout à l'enthousiasme ; elle brûlait de rencontrer, dans une action décisive, Tennemi qu'elle avait déjà plusieurs fois vaincu. Solférino allait nous montrer, une dernière fois, les armées de la France et celles du Piémont ^*éunies, aux prises avec toutes les forces dont pouvait disposer TAutriche. Là encore, nous étions si imparfaitement éclairés que c'était seulement les premiers coups de canon des Autrichiens qui nous révélaient l'imminence de la bataille. Le soldat suppléait à tout; en un instant, l'armée était sur pied et se précipitait sur l'ennemi. Pendantvde longues heures, la lutte fut acharnée. Des deux côtés, même courage, même dévouement a son drapeau. Il ne fallut pas moins qu'un dernier élan de nos vaillantes légions pour nous donner la victoire. Solférino terminait la campagne.

Mais l'Europe attentive se demandait où s'arrêteraient de si rapides succès et quel parti voudrait en tirer la France. La Prusse était particulièrement

nière à lui faire passer Je Pô à Casala^ dans sa partie supérieure, et à gagner rapidement la ville de Verceil pour opérer sur la route de Turin à Milan. C'est ce grand mouvement habilement exécuté qui, tournant les Autrichiens par leur gauche, rendit inutiles la plupart de leurs projets actifs de défense. » Cette combinaison eut évidemment une influence heureuse sur le sort de la campagne. Nous avons dit déjà, et nous le répétons, que nous n'entendions donner ici qu'une indication très sommaire des principaux événements de la guerre d'Italie. On s'expliquera ainsi que nous nous soyons borné à citer, comme nous venons de le faire, sans l'approfondir et la discuter, l'opinion, fortcompétente d'ailleurs, qui avait été émise devant nous.

émue, et Napoléon III ne tardait pas à comprendre que prolonger la guerre était s'exposer à avoir, devant soi, d'autres et redoutables ennemis à combattre. La sagesse l'emporta, dans son esprit, sur la tentation de nouveaux triomphes, et, le 11 juillet, les souverains signaient, à Villafranca^ les préliminaires de la paix. Ces préliminaires étaient ainsi conçus :

- « Entre Sa Majesté l'Empereur d'Autriche et Sa Majesté l'Empereur des Français, il a été convenu ce qui suit :

« Les deux Souverains favoriseront la création d'une confédération Italienne.

« Cette cojifédération sera sous la présidence honoraire du Saint-Père.

- « L'Empereur d'Autriche cède à l'Empereur des Français ses droits sur la Lombardie; à l'exception des forteresses de Mantoue et de Peschiera, de manière que la frontière des possessions autrichiennes partirait du rayon extrême de la forteresse de Peschiera, et s'étendrait en ligne droite le long du Mincio jusqu'à le Grazie; de là, à Szarzarola et Suzanaau Pô, d'où les frontières actuelles continueront a former les limites de l'Autriche. L'Empereur des Français remettra le territoire cédé au Roi de Sardaîgne.

« La Vénétie fera partie de la confédération italienne, tout en restant sous la couronne de l'Empereur d'Autriche.

« Le grand-duc de Toscane et le duc de Modène rentreront dans leurs Etats, en donnant une amnistie générale.

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« Les deux Empereurs demanderont au Saint-Père d'introduire dans ses États des réformes indispensables.

« Amnistie pleine et entière est accordée de part et d'autre aux personnes à l'occasion des derniers événements dans les territoires des parties belligérantes. »

Il n'était pas nécessaire d'une grande pénétration pour comprendre qu'un semblable traité n'était autre chose que la première assise de l'unité italienne. La révolution allait continuer notre œuvre. A la voix de Garibaldi, tout le centre et le midi de- l'Italie se soulevaient, et Victor-Emmanuel échangeait son titre de roi de Sardaigne pour celui de roi d'Italie. Quel était, pour nous, le résultat de cette guerre? Quelles conséquences devait-elle fatalement engendrer? La France, sans doute, voyait encore s'accroître son prestige militaire. Elle ajoutait à son territoire deux provinces : celle de Nice et celle de la Savoie. Mais ces satisfactions étaient trop chèrement achetées.

Tant que le Roi Victor- Emmanuel régnerait; tant qu'il conserverait son autorité sur son peuple, l'entente était à espérer avec l'Italie. Mais après lui, ce serait se faire une illusion dangereuse que de compter sur une reconnaissance durable de la part d'une nation. Si grands qu'aient été les services qu'on lui a rendus, tôt ou tard, la préoccupation de ses intérêts l'emporte sur les devoirs de la gratitude; le souvenir lui-même du bienfait pèse à l'orgueil de celui qui l'a reçu ; il faut à peine la durée d'une génération pour en

effacer la trace. Si donc la France avait créé l'Italie dans le seul espoir de trouver en elle une sorte de puissance vassale, ou tout au moins une alliée à long terme, elle s'était fait une dangereuse illusion. L'avenir était gros de mécomptes et le présent était loin d'offrir de suffisantes compensations.

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