CHAPITRE X
Complications en Allemagne. — M. de Bismarck à Biarritz. — Traité d^alliance entre la Prusse et Tltalie. — La guerre j
entre TAutriche d'une part, la Prusse et Tltalie de Vautre. ^
— Hésitations de la France. — Fatales conséquences de sa neutralité. — Sadowa. — Lettre de Napoléon III au roi d^Italie. — L'unité allemande. — Déplorable circulaire du marquis de la Valette.
Le retour à Tentente et à Tunion, entre le pouvoir et le pays, devenait d'autant plus désirable qu'on se trouvait en face des plus sérieuses complications extérieures. Le pays avait été justement ému des désastreux événements du Mexique; il allait bientôt recevoir un choc plus rude encore au point de vue de rintérét national.
Depuis quelques années, un antagonisme marqué existait entre la Prusse et T Autriche qui se disputaient la prépondérance en Allemagne^ et il était facile de prévoir que la guerre ne tarderait pas à éclater entre
ces deux puissances. L'Autriche, à la suite de ses défaites de 1859, s'était appliquée à reconstituer son armée ; elle avait mis à profit les legons de l'expérience et elle disposait désormais de forces imposantes . La Prusse le savait et elle ne se dissimulait pas, malgré les progrés de son armement, Timpossibilité pour elle de soutenir, seule, la lutte contre sa rivale, qui aurait incontestablement avec elle les princes souverains de la confédération germanique. Il lui fallait des alliances et elle avait, en M. de Bismarck, l'homme le plus capable de les lui obtenir. Dans plusieurs questions importantes déjà, le diplomate prussien avait montré sa valeur ; mais c'est de cette époque que date sa haute notoriété.
Il restait toujours, entre l'Autriche et l'Italie, un levain d'hostilité. M. de Bismarck exploita ce sentiment et il réussit sans peine à obtenir de l'Italie un traité d'alliance offensive et défensive avec la Prusse. Mais que ferait la France? C'était bien réellement en ses mains qu'était le nœud de la question. Quelles seraient à la fois son attitude et ses prétentions ? On ne pouvait évidemment espérer plus que sa neutralité; mais au prix de quelles concessions, de quels sacrifices pourrait-on l'obtenir ? C'était dans le but d'élucider ces divers points que M. de Bismarck s'était rendu à Biarritz où il devait rencontrer Napoléon III. S'il trouvait des dispositions favorables, il pourrait sinon arriver à des arrangements immédiats, au moins préparer les bases de négociations ultérieures. Que se dit-il, que se fit-il à Biarritz entre l'Empereur se chargeant^ seul, de la conduite de cette affaire si délicate
et le diplomate prussien qui mettait naturellement en œuvre toutes les ressources de son esprit? Le mystère de ces entrevues n'a pas encore été complètement pénétré ; mais il est acquis que M. de Bismarck fut encouragé dans ses projets; qu'on lui promit de favoriser son alliance avec Tltalie et qu'en échange il se montra coulant, généreux même, relativement aux compensations à offrir à la France pour prix de sa neutralité bienveillante et pour la consoler surtout de l'agrandissement éventuel de la Prusse. Rien n'avait été définitivement arrêté. M. de Bismarck crut néanmoins pouvoir payer d'audace et, de concert avec son allié le roi d'Italie, il engagea, contre l'Autriche et contre les Etats de la Confédération Germanique, cette terrible guerre dé 1866. Il avait pu voir, dans ses entretiens avec Napoléon III, quel serait le maximum de ses exigences, et il se tenait prêt à leur donner satisfaction à la première démonstration sérieuse qui serait faite par notre armée. Le souvenir de ses entretiens de Biarritz lui faisait écarter, comme invraisemblable, l'éventualité de l'intervention active de la France au profit de l'Autriche. Mais, en politique, les revirements sont toujours à prévoir. La présence d'un corps d'observation français sur le Rhin n'était pas hors de toute prévision, et si cette complication menaçait de se produire, il fallait la conjurer à tout prix. La Prusse, en effet, ne pouvait voir, à sa frontière occidentale, un corps de 50,000 ou 60,000 Français sans être condamnée à détacher, pour la placer en face de lui, une portion importante du gros de son armée militante, et on peut affirmer qu'aux premières
étapes de notre corps d'observation, les offres de M. de Bismarck fussent devenues pressantes pour en arrêter la marche. La France n'eût eu ainsi qu'à se laisser faire et à accepter ce qu'elle n'avait cessé d'ambitionner depuis les traités de 1815 : une rectification de frontière et un accroissement de territoire sur le Rhin (1).
Toutes ces choses étaient d'une telle évidence qu'elles étaient comprises par l'opinion éclairée du pays. Pourquoi ce que chacun voyait ainsi, ce que chacun disait, ce que chacun attendait, d'heure en heure, ne se réalisa-t-il pas? Pourquoi notre immobilité? Pourquoi notre inaction devant la marche rapide et victorieuse des Prussiens? Les conseils sages et prévoyants n'avaient cependant pas manqué autour du trône. Quelques amis dévoués avaient vive-
(1) Nous sommes en mesure d'affirmer qu'en mars 1866, et comme suite aux négociations de Biarritz, le comte de Goltz, ambassadeur de Prusse à Paris, était chargé de demander expressément à Napoléon III quels étaient les accroissements de territoire qu'il souhaitait obtenir. Il montrait son gouvernement prêt à céder à la France le pays compris entre la Sarre, la Moselle, et le Rhin, et une partie du Palalinat, s'il en était fait une condition absolue de neutralité.
Et si l'on veut savoir encore quelle portée M. de Bismarck accordait à Tintervention possible de la Franco, il faut se reporter aux paroles qu'il prononçait devant le parlement allemand après la guerre terminée. « Après la bataUle de Sadowa », disait M. de Bismarck, « l'Empereur Napoléon fit entrevoir son immixtion ; l'apparition de la France sur le théâtre de la guerre nous eût exposés à perdre nos succès. Bien que la France eût alors peu de forces disponibles, l'addition d'un corps français eût suffi pour nous forcer à couvrir Berlin et à renoncer à tous nos succès en Autriche. »>
188 MÉMOIRES sua LE SECOND EMPIRE
ment insisté près de TEmpereur pour qu'il se décidât à mettre un corps d'observation sur le Rhin. On a dit même que le ministre des affaires étrangères, M. Drouynde Lhuys, inclinait vers cette résolution.
Mais TEmpereur était-il absolument libre? On sait à quel point il était obsédé par la pensée que nous aurions inévitablement, un jour, la guerre sur le Rhin. Dans cette conviction, ce qu'il pouvait souhaiter déplus profitable à la France, c'était une guerre entre les deux grandes puissances allemandes : l'Autriche et la Prusse. Dans cette lutte, les forces des deux nations engagées devaient nécessairement s'amoindrir, et, pour le cas où nous aurions un jour à lutter contre elles, nous n'aurions trouvé en face de nous que des ennemis relativement affaiblis. Or, si M. de Bismarck n'eût eu l'espérance, l'assurance même de notre neutralité, aurait-il persisté à faire la guerre à l'Autriche? Napoléon III ne le pensait pas et il n'est pas impossible que pour encourager la Prusse, il n'ait fait luire, à ses yeux, la grande probabilité de l'abstention de la France. Si les choses s'étaient ainsi passées, il y avait là une cause sérieuse d'hésitation pour l'Empereur.
Mais il faut tout dire ici. L'Empereur ressentait déjà les premières atteintes de cette cruelle maladie qui devait le conduire prématurément au tombeau. On ne peut nier que les souffrances physiques n'aient réagi sur son moral. Il était moins accessible aux résolutions énergiques qu'il ne l'avait été dans les premières années de son- règne. La perspective d'une grande guerre ne s'offrait à son esprit qu'entourée de
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circonstances défavorables ou pénibles. D'une part, il ne croyait pas la France assez prête à la lutte pour que le succès de nos armes lui parût assuré, et, d'autre part, Tébranlement de sa santé semblait être un obstacle à ce qu'il prît, en personne, le commandement de ses armées. On peut affirmer que ces deux causes, la première surtout, très sérieuse en elle-même, prédisposaient sensiblement l'Empereur au parti de la non -intervention.
Un instant cependant, on put croire que la politique de prévoyance et d'énergie franchement acceptée par M. Drouyn de Lhuys et le maréchal Randon avait fini par prévaloir aux Tuileries. Le 5 juillet les décrets pour la convocation des Chambres, pour; la mobilisation de notre armée étaient préparés, signés peut-être, et ils allaient être envoyés au Journal Qfûciel quand de hautes influences, qui avaient accès près du Souverain, tentèrent sur lui un dernier effort. Au nombre des personnalités marquantes agissant à la dernière heure de cet émouvant épisode, se trouvait M. Rouher. Par l'influence considérable qu'il exerçait alors près du trône, c'était sa parole qui devait avoir le plus d'autorité, et ce fut son insistance qui se produisit sous les formes les plus vives.
A quel mobile pouvait donc obéir, en particulier, le ministre d'État pour s'opposer à la mise en marche d'un corps d'observation sur le Rhin? Il n'en faut pas chercher la cause dans des considérations d'un ordre supérieur, les seules cependant qui doivent, dans de semblables circonstances, déterminer un homme d'État. Plus humblement, M. Rouher céda
à rinfluence de ceux des amis fanatiques de rilalie qui appartenaient à son intimité, et il subit encore la pression de ce groupe de financiers et de grands industriels qui n'avaient cessé de l'entourer depuis son passage au ministère des travaux publics. Ces hommes, chez lesquels la passion des affaires paralysait le sentiment du patriotisme, voyaient, dans renvoi d'un corps d'observation sur le Rhin , ce qui était la conséquence évidente de la mobilisation de notre armée, Tessor des affaires pour longtemps compromis, et ils avaient réussi, à persuader à M. Rouher que le véritable intérêt du pays, c'était la neutralité absolue, c'était l'inaction (1).
Le ministre d'Etat avait, on le comprend, fait appel à des considérations d'un ordre plus élevé pour amener l'Empereur à partager son sentiment. M. Rouher qui, sans savoir précisément tout
(1) Nous ne voudrions pas que l'allusion que nous avons été forcé de faire ici aux fréquentes relations du ministre d'Etat avec les principaux financiers de cette époque pût con duire à de malveillantes suppositions sur son compte. Nous avons toujours fenu M, Rouher pour un parfait honnête homme et nous avons la conviction qu'il a traversé, sans y succomber jamais, les tentations qui ont dû se multiplier sur sa route, de faire en toute sécurité, une prompte et considérable fortune. M. Rouher vivait simplement, et en bon père de famille, au milieu des siens qui avaient pour lui autant d'admiration que de tendresse. Quelques rares et très sûrs amis pénétraient seuls quotidiennement dans son intimité; cette vie modeste lui permit de grossir, par l'épargne, son patrimoine de famille. M. Rouher était arrivé ainsi à jouir d'une honorable aisance. Elle fut, on peut l'affirmer, le fruit de son travail et la conséquence naturelle de la bonne gestion de sa fortune.
ce qui s'était dit dans les entretiens de Biarritz, avait néanmoins réussi à en pénétrer la donnée générale, M. Rouher disait : « Votre Majesté est-elle bien certaine d'être complètement libre vis-à-vis de la Prusse? N'a-t-elle pas encouragé M. de Bismarck à engager la lutte? N'a-t-elle pas favorisé l'alliance de la Prusse avec l'Italie? N'a-t-elle pas ainsi, en quelque sorte, pris parti contre l'Autriche, et l'eur voi d'un corps d'observation sur le Rhin, qui seraii tout à l'avantage de cette dernière puissance, ne serait-il pas l'abandon de promesses faites à la Prusse? »
Et l'Empereur restant muet en présence de ces sortes d'interrogations, le ministre d'État faisait appel à un autre argument qui méritait, il faut le reconnaître, une sérieuse attention; il disait :
« La guerre du Mexique a lourdement pesé sur notre effectif; nos arsenaux et nos magasins ont été soumis à de fortes réquisitions; le nécessaire y manque. Nous ne serions, à aucun point de vue, en état, aujourd'hui , de nous engager dans une grande guerre* Or, c'est en faire naître l'éventualité que de mettre un corps d'armée sur la frontière prussienne, et la prudence commande de ne pas s'exposer aux dangers d'une lutte dont Tissue serait incertaine. »
En s'exprimant ainsi, M. Rouher savait bien qu'il se mettait d'accord avec les impressions de l'Empereur. Son langage toutefois était empreint d'exagération. Notre situation militaire, sans doute, avait eu à souffrir de cette guerre du Mexique ; néanmoins, il reste établi que nous pouvions, sans efforts, placer,
sur le Rhin, un corps d'iirmée de 50 à 60,000 hommes; que, dans le délai de vingt jours, nous eussions eu 250,000 combattants prêts à se porter sur le Rhin et sur les Alpes, et que, très peu de jours après, la France eût eu 450,000 hommes sur pied. La Prusse le savait, et elle ne se fût, en aucun cas, exposée à faire la guerre à la France à cette époque. Voilà oe qu'il fallait savoir avant Sadowa.
La neutralité : telle avait été, jusqu'à Sadowa, la politique de l'Empereur, et si, un instant, le 5 juillet, notre intervention avait été résolue en principe, c'était finalement, quelques heures après, à cette même neutralité que s'arrêtait Napoléon IIL Notre immobilité avait eu les conséquences qu'il était facile de prévoir; elle avait permis aux Prussiens d'avoir plus de 200,000 hommes sur le champ de bataille de Sadowa, et d'écraser l'armée autrichienne dans cette sanglante rencontre.
En Italie, le sort des armes avait bien été favorable à l'Autriche : l'archiduc Albert avait remporté, à Gustozza, une brillante victoire sur Victor-Emmanuel, et l'amiral Tégétoff, dans la bataille de Lissa, avait anéanti la flotte italienne commandée par l'amiral Persane; mais ce n'était pas en Italie que se portaient les coups décisifs, et, après le désastre de Sadowa, la route de Vienne étant absolument ouverte aux Prussiens, et la France persistant, même à cette heure, dans son immobilité, il n'y avait plus, pour l'Autriche, qu'un seul parti à prendre- : demander un armistice et faire la paix à tout prix.
h^ Journal Officiel, dans son numéro du 4 juillet,
apprenait effeclivement à la France que l'Autriche se déclarait prête à traiter. La note officielle était ainsi conçue :
« Un fait important vient de se produire :
« Après avoir sauvegardé Thonneur de ses armes en Italie, l'Empereur d'Autriche, accédant aux idées de l'Empereur Napoléon, dans sa lettre adressée, le 11 juin, à son ministre des affaires étrangères, cède la Vénétie à l'Empereur des Français, et accepte sa médiation pour amener la paix entre les belligérants.
L'Empereur s'est empressé de répondre à cet appel, et s'est immédiatement adressé aux rois de Prusse et d'Italie pour amener un armistice. »
La paix se fît en effet. On s'occupa activement d'abord d'en établir les préliminaires, qui furent acceptés, le 26 juillet, à Nicholsbourg, et, le 23 août, se signait, à Prague, le traité de paix entre toutes les puissances engagées dans la lutte. L'Italie, malgré ses défaites, obtenait, parla volonté de la France, la superbe province de la Vénétie.
Napoléon III l'annonçait au roi d'Italie dans la lettre suivante.
« Monsieur mon Frère,
« J'ai appris avec plaisir que Votre Majesté avait adhéré à l'armistice et aux préliminaires de paix signés entre le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche. Il est donc probable qu'une nouvelle ère de tranquillité va s'ouvrir pour l'Europe. Votre Majesté sait que j'ai accepté l'offre de la Vénétie pour la pré-
server de toute dévastation et prévenir une effusion de sang inutile. Mon but a toujours été de la rendre à elle-même, afin que l'Italie fût libre des Alpes à l'Adriatique. Maîtresse de ses destinées, la Vénétie pourra bientôt, par le suffrage universel, exprimer sa volonté.
t Votre Majesté reconnaîtra que dans ces circonstances l'action de la France s'est encore exercée en faveur de l'humanité et de l'indépendance des peuples.
« Je vous renouvelle l'assurance des sentiments de haute estime et de sincère amitié avec lesquels je suis,
« De votre Majesté,
« le bon frère
t Napoléon. »
« Saint-Gloud, le 11 août 1866. «
Quant à l'Allemagne, elle eut plus qu'une province : elle eut la part qu'il lui convint de se faire : l'unité allemande, en ses mains, devint, en réalité, un fait accompli .
La France n'eut rien.
Par les fautes accumulées de notre politique étrangère, nous arrivions ainsi à compléter le cercle de fer qui étreignait nos principales frontières. Après l'unité de l'Italie, nous venions de faire l'unité allemande et de préparer inconsciemment ainsi la plus grande des catastrophes qu'ait eu jamais à traverser notre malheureuse patrie.
Au lendemain de Sadowa, une seule attitude con-
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venait au gouvernement en face de la nation : c'était le silence. S'engager dans la voie de la justification était chose impossible à entreprendre ; et cependant, il se trouva un ministre, M. le marquis de la Valette, qui ne recula point devant cette témérité. M. Drouyn de Lhuys, quelque temps après Sadowa, avait donné sa démission', et M^le marquis de Moustiér, ambassadeur à Constant inople, avait été ' choisi pour le remplacer. Mais, entre le jour de la démission de M. Drouyn de Lhuys et celui de Tàrrivée de M. de Moustiér, l'intérim des affaires étrangères avait été confié au marquis de la Valette, alors ministre de rintérieur. Placé à la tête de ce département miaistériel, sans beaucoup d'autres titrée que sa docile amitié pour M. Rouher et ses assiduités à la cour, M. de la Valette^ n'avait fait preuve dans ce .poste que d'une complète incompétence; il savait quel jugement sévère on portait sur lui, et c'est dans le trompeur espoir de se réhabiliter, peut-être seulement dans la pensée de donner à sa personne la notoriété politique qui lui faisait défaut, qu'il rédigea cette trop fameuse circulaire du 16 septembre 1866 qui célébrait l'unité allemande comme un bienfait pour la France et comme une condition de sécurité pour l'avenir.
Pour vanter les mérites de cette unité allemande, M, de la Valette disait :
...« La Prusse agrandie, libre' désormais de toute solidarité, assure l'indépendance de l'Allemagne. La France n'en doit prendre aucun ombrage. Fière de son admirable unité, de sa nationalité indestruc-
lible, elle ne saurait combattre ou regretter l'œuvré d'assimilation qui vient de s'accomplir et subordonner à des sentiments jaloux les principes de nationalité qu'elle représente et professe à l'égard des peuples. Le sentiment national de l'Allemagne satisfait, ses inquiétudes se dissipent, ses inimitiés s'éteignent. En imitant la France, elle fait un^pasqui la rapproche et non qui l'éloigné de nous. »
Plus loin, cherchant à faire partager au pays sa confiance dans le long avenir de paix que venait de nous assurer Sadowa, le ministre des affaires étrangères, par intérim, s'exprimait en ces termes :
...« En résumé, du point de vue élevé où le gouvernement impérial considère les destinées de l'Europe, l'horizon lui paraît dégagé d'éventualités menaçantes ; des problèmes redoutables, qui devaient être résolus parce qu'on ne les supprime pas, pesaient sur les destinées des peuples ; ils auraient pu s'imposer dans des temps plus difficiles ; ils ont reçu leur solution naturelle sans de trop violentes secousses et sans le concours dangereux des passions révolutionnaires. Une paix qui reposera sur de pareilles bases sera une paix durable »...
On reste confondu en présence d'un pareil langage! La jactance cherche parfois à masquer le dépit et à colorer un revers. Mais l'opinion publique était trop clairvoyante pour être dupe de semblables artifices, et la circulaire de M. de la Valette déchaîna de justes et unanimes sévérités. Ce document diplomatique restera comme un triste exemple de la condescendance à laquelle pouvait conduire l'empres-
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sèment d*un ministre de plaire à son Souverain. L'année 1866 avait été mauvaise pour TEmpire, tant à l'extérieur, nous venons de le voir, que dans la discussion des Chambres, nous l'avons montré plus haut. Comment le gouvernement sut-il comprendre la diffîx5ile situation qui lui était faite ? Nous allons l'examiner.