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CHAPITRE II

hk GUERRE DE GRIMEE

La question d'Orient. — Un mot touchant du Prince Jérôme. — Le prince Meiitschikoff à Gonstantinople. — Rupture entre la Russie et la Turquie. — Alliance entre la France et TAngleterre. — Les troupes sardes se joignent aux armées anglaise et française. — Débarquement à Gonstantinople. — Expédilion de la Dobrutscha. — Les alliés en Grimée. — Bataille de TAlma. — Bataille d'Inkermann. — Souffrances de nos troupes. — Démission du général Ganrobert. — Le général Pélissier le remplace. — Prise de Sébastopol. — LeGongrès. — La paix de Paris, — L'Exposilion universelle. — Naissance du Prince Impérial.

Il fallait que Topulente situation de l'Empire eût de bien profondes racines pour qu'une grande guerre elle-même ne pût ni troubler la sérénité du pays ni altérer sa confiance. La guerre dont nous aurons bientôt à parler était celle qui se préparait avec la Russie et qui, en raison du théâtre principal des événements, a pris le nom de guerre de Crimée. Cette guerre qui s'était en quelque sorte imposée à Napoléon III, et qui le rendait soucieux au début, soûle-

vail de graves questions et il avait cru devoir, dès les premières difficultés en Orient, en entretenir le conseil des ministres .

J'ai précieusement conservé les notes que je prenais, pour mon compte, au cours de chacune de nos réunions. Je m'y suis souvent reporté, comme on le fait volontiers pour les événements qui rappellent la jeunesse, et j*ai toujours constaté avec quelle sagesse et quelle hauteur de vue l'Empereur avait dirigé les négociations préliminaires de la question d'Orient. L'Empereur parlait peu ; il s'exprimait assez difficilement ; mais, dans la discussion des grandes questiens d'Etat, il faisait preuve d'une remarquable pénétration.

Dans les cas graves, le Prince Jérôme était invité à venir prendre séance au conseil et ses avis étaient toujours très précieux à recueillir. Pressé de s'expliquer un jour, alors qu'il semblait vouloir se dérober à la responsabilité d'un conseil à donner, le Prince, Tex-roi de Westphalie, répondait à son neveu : € Vous voulez que je m'explique, eh bien !... Si mon frère vivait... voilà ce que ferait mon frère. » Il est impossible de dire quelle émotion avait jeté, parmi nous, cette évocation inattendue, ce mot... « mon frère ! » quand ce frère était le grand Napoléon ! Et cette émotion, je la retrouve en moi tout entière en écrivant ces lignes. Un murmure sympathique avait interrompu l'excellent roi Jérôme qui s'étonnait d'avoir pu nous impressionner autant avec cette parole qui avait coulé si naturellement de ses lèvres. Et l'inspiration qu'il avait demandée à ce frère, à ce

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