LÀ GUERRE DE GRIMEE
colossal génie, qui avait étonné et dominé le monde, cette inspiration fut si juste, si vraie, si parfaitement dans là situation, qu'elle fut prise pour règle de conduite et qu'elle devint comme la boussole qui devait diriger la France dans cette lointaine et glorieuse entreprise.
Ce serait pénétrer trop avant dans le domaine de la politique étrangère de la France que de développer longuement ici les origines de cette guerre de 1854. Nous nous bornerons à les résumer et nous jetterons en même temps un coup d'œil rapide sur les principaux événements militaires de cette mémorable campagne.
La question d'Orient, ce qui dans la langue diplomatique a toujours signifié le maintien ou le partage de l'Empire ottoman, était, depuis quelque temps, entre la Russie d'une part, l'Angleterre et la France de l'autre, l'objet de désaccords sérieux. La secrète pensée de la Russie était de s'emparer de toute la Turquie d'Europe, de devenir ainsi maîtresse de Gonstantinople, du détroit des Dardanelles et de réduire enfin la mer Noire à n'être plus qu'un grand lac moscowite. En poursuivant ce but, l'Empereur Nicolas ne faisait qu'appliquer la politique traditionnelle des Gzars ses prédécesseurs. La France et l'Angleterre surtout considéraient au contraire le maintien de l'Empire ottoman comme une nécessité de premier ordre dans l'intérêt de l'équilibre européen. De longues et laborieuses négociations n'eurent d'autre résultat que d'accentuer le dissentiment. Le Gzar, qui s'était depuis longtemps préparé à cette guerre et
qui voulait en faire la gloire de son règne, avait envoyé, comme ambassadeur extraordinaire à Constantinople, un des personnages les plus considérables de son empire, le 'prince Mentschikoff. Les allures, le langage de ce diplomate trahissaient visiblement le but vrai de sa mission. Il était chargé moins de négocier en vue d'une entente que de colorer une rupture et d'atténuer aux yeux de l'Europe les torts de la Russie. Le 25 mai 1853, en effet, après les plus violentes menaces, le Prince quittait Gonstanlinople et, le 2 juillet suivant , les Russes franchissaient le Pruth. Ils mettaient ainsi le pied sur les provinces danubiennes. C/était la guerre.
L'alliance qui s'était faite entre l'Angleterre et la France ne tardait pas à se révéler par un fait considérable. Leurs flottes unies passaient le détroit des Dardanelles et donnaient ainsi à la Turquie un premier et puissant appui. L'envoi de forces de terre imposantes devait suivre de près la mise en -marche des flottes et, le 27 mars, en réponse à un manifeste du Gzar qui apprenait à son peuple que la Russie allait soutenir la guerre contre les puissances alliées, la. Reine d'Angleterre et l'Empereur Napoléon III annonçaient aux Chambres l'état de guerre dans lequel les deux nations entraient avec la Russie. Dès le mois de mai, les troupes anglaises sous les ordres de lord Raglan et les troupes françaises sous le commandement du maréchal de Saint Arnaud débarquaient à Gonstanlinople. Les troupes russes avaient déjà passé le Danube et faisaient le siège de Silistrie où elles rencontraient, de la part de l'armée ottomane,