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proclame, il fait une impression profonde. » Puis, voulant tirer profit de ces déclarations du garde des sceaux, qui avaient à la fois si vivement ému la majorité et si fort réjoui la gauche, M. Bethmont ajoutait : « Le ministère a fait des promesses ; il a dit : « Je « n'interviendrai plus dans les éleclions ; ce sont là « des moyens mauvais, ce sont des moyens dange- « reux. » Je supprime le mot mauvais pour ne blesser personne. Mais peut-on le croire sincère, si on ne se trouve qu'en face d'élections partielles? Non, et voici pourquoi : c'est que dans les élections partielles, l'indifférence du gouvernement n'a aucune influence sur la politique ; et un membre de plus dans cette enceinte, ce n'est pas un changement dans l'attitude générale de l'assemblée, ni, par conséquent, dans la marche des affaires. » {Très bien ! à gauche.)
Puis plus loin M. Bethmont ajoutait encore : « Eh bien, Messieurs, je le répète, et j'insiste sur ce points vous ne serez réputés sincères qu'à une condition, c'est d'accepter la dissolution. Le gouvernement ne sera sincère dans ses déclarations que si.,, mon Dieu! comment dire les choses sans blesser personne?... le gouvernement ne sera cru sincère dans ses déclarations que s'il laisse faire les élections générales avec le système absolu de l'indépendance vraie et complète des électeurs vis-à-vis des candidats qui se présenteront. »
Sur celte question, pour le garde des sceaux, il n'y avait pas de pardon à espérer de la majorité s'il se séparait d'elle. Il ne pouvait, sans s'exposer h un vote de défiance, recommencer ses témérités
inléressées du 23 février. Cette fois, au risque de rompre encore avec la gauche, il fallait se lancer résolument du côté de la majorité. M. OUivier avait le souvenir trop présent des dangers que lui avait fait courir son aventureuse attitude du 23 février pour retomber dans la même faute. Aussi, en répondant à M. Bethmont, son langage était-il plein de précision et donnait-il à la majorité une complète satisfaction. « Ce n'est pas, disait le garde des sceaux, ce que conseille l'intérêt personnel que nous devons demander ; c'est ce que conseille l'intérêt du pays, l'intérêt de la sécurité sociale. Cet intérêt suprême, qui doit seulement nous préoccuper, exige-t-il ou n'exige-t-il pas que de nouvelles élections aient lieu? (Ces/ cola!) Or, quand je considère le double intérêt du pays, son intérêt conservateur aussi bien que son intérêt libéral, je crois que la dissolution n'est imposée ni par l'un ni par l'autre. Quand je considère l'intérêt conservateur du pays, que je pense que nous sortons des agitations et des émotions d'une élection générale, que nous sommes à la veille des agitations et des émotions d'élections municipales et d'élections des conseils généraux, il me semble qu'il y a eu assez de mouvement et qu'il n'est pas téméraire de supposer qu'un peu de calme et de recueillement est une satisfaction exigée par l'intérêt conservateur. » (Très bien ! très bien !) Quand, d'autre part, je me reporte à l'intérêt libéral, et que je me rappelle que toutes les grandes transformations qui ont été opérées n'ont pas été le résultat de l'improvisation solitaire et mystérieuse d'un
cabinet venant imposer ses volontés à une foule législative qui le suit par nécessité; quand je pense que toutes ces réformes considérables accomplies ont été votre œuvre, l'œuvre déprogrammes signés par vous et dont nous ne sommes que les fidèles et respectueux exécuteurs ; quand je songe qu'il n'est pas une réforme libérale qui, depuis le commencement de cette législature, n'ait trouvé accueil auprès de vous, et que peut-être le seul souci du ministère en ce moment-ci devait être de retenir les aspirations qui vous poussent en avant plutôt que de les exciter ; quand, résumant en moi-même toutes ces considérations, je me recueille sans aucune passion et que je recherche ce qu'exige en ce moment l'intérêt libéral, je n'hésite pas à répondre que pas plus que l'intérêt conservateur, il ne réclame une dissolution. » Cette fois, les efforts de la gauche avaient été sans succès ; M. OUivier était retourné à la droite; car il y avait danger à se séparer d'elle. »
Il faudrait suivre, dans toutes ses phases, ce ministère de M. Ollivier, pour se confirmer plus fortement encore dans cette pensée, suffisamment justifiée par nos citations, que sa politique n'était qu'une politique d'équilibre. Partagé entre la volonté de vivre à tout prix et par conséquent de s'assurer une majorité, et d'autre part le désir de s'éviter de trop amères injures de ses anciens amis de la gauche, M. Ollivier finissait par oublier qu'il y avait autre chose encore dont il devait prendre souci, et ce quelque chose, c'était le bien du pays. La préoccupation de son unique intérêt était si trans-
parente qu'elle ne pouvait manquer de frapper tous les esprits ; elle devenait bientôt une cause de diminulion et de telle faiblesse pour le garde des sceaux qu'elle ruinait son prestige d'un jour et anéantissait son autorité. A cette heure de l'Empire, au moment où il allait traverser cette épreuve importante d'un changement dans son système constitutionnel, il fallait, pour tenir le pouvoir, pour mettre la dynastie à l'abri de toute atteinte, de toute oscillation, il fallait un homme, et cet homme, M. OUivier ne Tétait pas.