‹ Mémoires sur le Second EmpireChapitre 5 sur 54 · LA GUERRE DE CRIMEE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE CRIMEE

la plus vaillante résistance. La flotte russe s'était rapidement portée sur Sinope. Elle y avait surpris l'escadre ottomane dans le port. Elle Tavait détruite et elle avait en même temps incendié la ville. Il fallait promptement agir. Les généraux alliés le comprirent et c'est plutôt pour sortir de Tinaction que pour atteindre un but sérieusement utile qu'ils résolurent, à la lin de juillet, la mise en marche d'une colonne de 10,000 hommes dans la Dobrutscha. Le général Espinasse, qui commandait cette petite armée, brûlait de rencontrer l'ennemi. Les soldats, comme leur chef, marchaient avec un joyeux entrain. Cette joie, hélas ! devait être de courte durée. Après quelques marches, on vit qu'on s'était engagé dans une sorte de désert marécageux où rien ne pouvait faire supposer la présence de l'ennemi. L'insalubrité de ces contrées maudites ne tarda pas à éprouver nos troupes ; une effrayante épidémie éclata et produisit, en quelques jours, les plus cruels ravages. Plus on avançait, plus augmentait Tintensité du mal. Pour atteindre les Russes, il eût fallu parcourir encore de longs espaces fangeux presque entièrement dépourvus de moyens de communication. Eût-on rencontré l'ennemi, on n'eût pu mettre en ligne qu'une poignée d'hommes exténués par les privations et les maladies. On s'aperçut trop tard qu'on avait agi avec une regrettable précipitation et on s'arrêta au seul parti qui restât à prendre : on embarqua, pour Constantinople, ce qui restait de nos malheureux soldats. Quelques semaines avaient suffi pour que plus de la moitié d'entre eux eussent succombé aux atteintes du fléau.

Il importait de ne laisser ni l'armée ni l'opinion sous le coup des. impressions pénibles qu'avait éveillées cette campagne de la Dobrutscha. Les généraux alliés le sentaient; aussi se résolurent-ils immédiatement à une autre entreprise, celle-là bien conçue, bien étudiée et d'une haute importance. Ils décidèrent que tout l'effort de nos troupes de terre et de mer se porterait sur les côtes de Crimée, en prenant comme principal objectif la ville et le port de Sébastopol, siège principal de la puissance maritime de la Russie. Les premiers jours de septembre voyaient débarquer, aux abords de Sébastopol, les armées alliées, et, le 20 de ce même mois, elles attaquaient l'armée russe, solidement retranchée sur les plateaux dominant la rivière de TAlma.

Des deux côtés, les armées en présence sentaient toute rinfluence qu'aurait, sur le sort de la campagne, le résultat de cette première bataille. L'action fut chaude ; le terrain se disputait pied à pied ; mais un mouvement tournant du général Bosquet jetait le trouble dans l'armée russe et l'attaque de front, vaillamment conduite par le général Ganrobert, le Prince Napoléon et lord Raglan, triomphait de toutes . les résistances. Les retranchements russes étaient enlevés, et, à la chute du jour, le maréchal de Saint Arnaud, qui avait fait preuve d'une rare habileté et d'un courage héroïque, plaçait sa tentelà où, quelques heures auparavant, était celle du Prince Mentschikoff. L'éclatante victoire que venaient de remporter les alliés avait jeté le trouble dans le camp ennemi. Peutêtre, par une marche hardie, pouvait-on se porter sur

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