LA GUERRE DE GRIMEE
Sébastopol et en forcer rentrée. Les généraux anglais et français n'en jugèrent point ainsi et bientôt commença ce siège qui donna lieu à tant d'actes d'héroïsme de la part des armées en présence.
Le siège d'une place forte importante est toujours une entreprise de longue durée. Quelques grands épisodes en interrompent d'ordinaire la monotonie. La bataille d'Inkermann fut le principal événement du siège de Sébastopol. Tout ce que Tarmée russe avait de disponible en Grimée s'était massé, pendant la nuit du 5 novembre, aux abords du plateau d'Inkermann et, à la pointe du jour, ses bataillons compacts se ruaient sur Tarmée anglaise. Nos alliés n'étaient nullement préparés à une semblable agression ; aussi y eut-il, parmi eux , quelque confusion au début de l'action. Mais, avec autant de sang-froid que de bravoure, ils se reformèrent rapidement sous le feu de l'ennemi et soutinrent le choc avec héroïsme tout le temps qu'il fallut au général Bosquet pour arriver à leur secours.
Aux premiers coups de canon entendus, le général français avait compris qu'une affaire sérieuse était engagée et il s'était porté, avec toutes les forces dont il disposait, sur le lieu du combat. Placé, de sa personne, à la tête de ses colonnes. Bosquet s'élança sur l'ennemi avec une telle impétuosité qu'il lé mit presque immédiatement en déroute. Le poursuivant l'épée dans les reins, il en faisait un véritable massacre. Dans sa retraite, l'armée russe avait pris une mauvaise direction et elle ne tardait pas à être acculée à une série de précipices qui rendaient toute fuite
impossible. Là, s'engageait un terrible combat à l'arme blanche et tout ce qui n'avait pas été précipité dans Tabimo périssait en vendant courageusement sa vie. L'armée russe n'avait pas perdu moins de 6,000 hommes dans cette sanglante journée.
Ce n'était pas toutefois un succès décisif. Les mois s'écoulaient et, durant un hiver rigoureux, Tarmée assiégeante était en proie à de cruelles épreuves. Le choléra, le scorbut, le typhus faisaient de nombreuses victimes. Il faut rendre hommage au dévouement, à la sollicitude et à la prévoyance du général en chef Canrobert. Il se montra aussi habile administrateur qu'il avait été vaillant soldat sur le champ de bataille. On lui dut le salut de l'armée.
Et cependant, après de si grands services rendus, le général Canrobert croyait devoir résigner ses fonctions de commandant en chef. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail des circonstances qui amenèrent cette résolution toute spontanée de sa part. Il nous suffira de dire qu'il emportait la haute estime et la vive affection des armées alliées. Pour ne pas se séparer d'elles, il avait demandé et obtenu de servir au second rang, après avoir si dignement occupé le premier. Là, comme dans tous les actes de sa vie, le général, devenu depuis le maréchal Canrobert, a montré ce qu'étaient en lui la noblesse de caractère, le désintéressement et l'amour de la patrie. Le commandement qu'il avait reçu des mains du maréchal de Saint Arnaud, mort quelques jours après sa glorieuse victoire de l'Aima, il le remetlait au général Pélissier.