LA GUERRE DE CRIMÉE AS
Le général Pélissier était renommé, ajuste titre, pour son savoir, son énergie. On s'accordait à penser qu'il ne tarderait pas à frapper un coup décisif. Il avait trouvé à Sébastopoi un précieux auxiliaire, le général Niel, l'un des plus distingués des officiers du génie.. C'était là une puissante garantie de succès, car le général ajoutait à une science approfondie de l'art de la guerre un coup d'œil d'une telle sûreté que ses avis étaient pour ainsi dire placés au-dessus de toute discussion. C'est en se conformant à ses plans qu'on parvint à s'emparer des formidables travaux qu'avait fait élever, comme .par magie, l'habile général russe Totleben.
Un instant on put croire que la paix allait mettre fin à cette lutte terrible, dans laquelle venaient s'engloutir tant d'hommes et tant d'argent. Le Czar Nicolas, mortellement atteint par un mal resté inconnu, succombait après quelques jours seulement de souffrances. Son fils Alexandre II lui succédait. L'Europe enlière connaissait sa sagesse et ses dispositions pacifiques; mais le nouveau souverain trouvait, en face de lui, les exigences du vieux parti moscowite et force lui était de continuer la guerre. Ce ne fut qu'au prix de considérables efforts et de douloureux sacrifices que les armées alliées, auxquelles était venu se joindre un contingent de troupes sardes, parvinrent à triompher de la résistance opiniâtre des Russes. Le 8 septembre, le général Pélissier ordonnait l'assaut et Sébastopoi tombait en notre pouvoir. Le général Pélissier et, sous ses ordres, les généraux n 8
de Mac-Mahon et Bosquet se couvraient de gloire dans cette terrible journée.
Quoique le 8 septembre fût une nouvelle victoire pour nos drapeaux, on pouvait dire que des deux parts rhonneur était satisfait, car vainqueurs et vaincus s'étaient comportés avec un égal héroïsme. Aussi les efforts de la diplomatie européenne purent- ils enfin conduire à bien l'œuvre de la paciflcation. Le 30 mars 1856, se signait à Paris, à la suite d'un congrès, la paix entre la Russie et les quatre puissances qu elle avait eu à combattre : l'Angleterre, la Turquie, le Piémont et la France.
Cette paix était glorieuse. Le prestige de nos armes, relativement affaibli pendant quarante ans, reprenait, sans causer d'ombrage autour de nous, l'éclat de ses plus beaux jours. Nous avions combattu pour une cause juste. L'agression de la Russie nous avait seule forcés à descendre dans l'arène. C'était, pour ainsi dire, au nom de la paix que nous avions fait la guerre. L'Europe ne s'y trompait pas, et notre prestige s'augmentait autant par l'éclat de nos armes que par l'attitude à la fois résolue et modérée de notre politique. Le bon sens de la nation ne voyait point s'ébranler, par cette guerre nécessaire et heureuse, sa confiance dans la fidélité de l'Empereur à son programme de Bordeaux, et on peut dire que cette année 1856 devait compter parmi les plus heureuses du règne.
Ce qui témoignait en effet la confiance générale dans la localisation de la guerre en Crimée, dans le maintien de la paix européenne, c'est qu'à ces moments mômes où combattaient les armées en présence, Paris