‹ Mémoires sur le Second EmpireChapitre 8 sur 54 · LA GUERRE DE GRIMEE 4S · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE GRIMEE 4S

voyait, au milieu d^uneaffluence de visiteurs venus de tous les points du monde, s'ouvrir l'Exposition universelle, cette fête somptueuse de l'industrie. Cette remarque significative, l'Empereur n'était pas homme à la passer sous silence et à en laisser échapper le profit. Il avait ce tact merveilleux de savoir, en toute circonstance, dire ce qu'il fallait dire, au pays et à l'Europe^ et il en donnait une preuve nouvelle dans le remarquable discours qu'il adressait aux exposants le jour de la distribution des récompenses. L'Empereur s'exprimait ainsi :

« Messieurs,

« L'Exposition qui va finir offre au monde un grand spectacle : c'est pendant une guerre sérieuse que de tous les points de l'univers sont accourus à Paris, pour y exposer leurs travaux, les. hommes les plus distingués de la science, de l'industrie et des beauxarts. Le concours de circonstances semblables est dû, j'aime à le croire, à cette conviction générale que la guerre entreprise ne menaçait que ceux qui l'ont provoquée ; qu'elle était poursuivie dans l'intérêt de tous, et que l'Europe, loin d'y voir un danger pour l'avenir, y trouvait plutôt un gage d'indépendance, de sécurité. Néanmoins, à la vue de tant de içerveillés étalées à nos yeux, la première impression est un désir de paix. La paix seule, en effet, peut développer encore ces remarquables produits de l'intelligence humaine. Vous devez donc tous souhaiter, comme moi, que cette paix soit prompte et durable.

« Mais pour être durable, elle doit résoudre nettement la question qui a fait entreprendre la guerre. Pour être prompte, il faut que l'Europe se prononce, car, sans la pression de Topinion générale, les luttes entre grandes puissances menacent de se prolonger, tandis qu'au contraire, si TEurope se décide à déclarer qui a tort ou qui a raison, ce sera un grand pas vers la solution. A l'époque de la civilisation où nous sommes, les succès des armées quelque brillants qu'ils soient, ne sont que passagers ; c'est en définitive l'opinion publique qui remporte toujours la dernière victoire.

« Vous tous donc qui pensez que les progrès de l'agriculture, de l'industrie, du commerce d'une nation contribuent au bien-être de toutes les autres, et que plus les rapports réciproques se multiplient, plus les préjugés nationaux tendent à s'effacer, dites à vos concitoyens, en retournant dans votre patrie :

« Que la France n'a de haine contre aucun peuple, qu'elle a de la sympathie pour tous ceux qui veulent, comme elle, le triomphe du droit et de la justice. Dites-leur que, s'ils désirent la paix, il faut qu'ouvertement ils fassent des vœux pour ou contre nous, car, au milieu d'un graye conflit européen, l'indifférence est un mauvais calcul et le silence une erreur.

« Quant à nous, peuples alliés pour le triomphe xl'une grande cause, forgeons des armes sans ralentir nos usines, sans arrêter nos métiers. Soyons grands par les arts de la paix comme par. ceux de la guerres soyons forts par la concorde ; mettons no-

LA GUEttRE DE CRIMÉE 47

tre confiance en Dieu, pour nous faire triompher des difficultés du jour et des chances de Tavenir. »

A quelque parti qu'on appartienne, on ne peut se refuser à admirer un pareil langage. Ce discours n'eslilpas l'œuvre d'un profond philosophe, d'un politique habile et d'un écrivain consommé? Et à ces ennemis haineux, à ces détracteurs systématiques de Napoléon III, à ces hommes jaloux de ses mérites et de sa gloire, qui, pour lui refuser justice, osaient prétendre qu'une main autre que la sienne avait écrit ses nombreuses et magnifiques harangues, nous dirons : Il faut être le chef d'une grande nation et avoir à la fois le cœur et l'esprit à la hauteur du rang suprême pour mettre de si superbes paroles au service de si nobles pensées.

Ainsi que nous l'avons vu, les vœux pacifiques de l'Empereur n'avaient pas tardé à être exaucés, et, comme pour combler la France de ses bienfaits, la Providence donnait à Napoléon III un héritier direct de son trône. Le 16 mars 1856,les cent-un coups de canon traditionnels des Invalides annonçaient , à Paris, la naissance du Prince Impérial et le pays, qui voulait voir se perpétuer la dynastie des Napoléon, assistait ainsi à la réalisation de l'un de ses rêves les plus chers.

On en était encore à l'âge d*or de l'Empire,

Page 1