‹ Mémoires sur le système nerveux des mollusques acéphales lamellibranches ou bivalves ;Chapitre 5 sur 15 · PREMIER RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

PREMIER RÉSUMÉ

SL‘. Le système nerveux des Mollusques acéphales lamellibranches peut se diviser, comme celui de tout autre animal, en parties centrales et en parties périphériques.

$ IT. Les parties centrales se composent généralement de trois paires de ganglions et de cordons nerveux qui les réunissent pour constituer deux colliers ou deux anneaux, un grand et un petit.

$ IT. Les trois paires de ganglions de ce système central ont toujours la même position relative entre eux, et le plus souvent avec les autres parties de l'organisme.

$ IV. L'une est antérieure et située le plus souvent de chaque côté de la bouche, près des palpes labiaux, ou même à leur base ou un peu plus en arrière. Les ganglions qui la forment sont toujours séparés, plutôt distancés que rapprochés.

Un cordon de commissure les réunit au-devant de l’orifice buccal (2).

$ V. La seconde paire de ganglions est située dans les parois abdominales ; elle n'existe que lorsque ces parois se séparent des viscères pour former un pied distinct. Cette paire

(1) Du 25 novembre 1844 et du 24 février 1845.

(2) J'avais ajouté, à tort, « plus rarement en arrière de ces orifices, »

est toujours située dans un plan inférieur aux deux autres. Elle peut être remplacée par un seul ganglion (lOnguline), ou du moins paraître fondue en un ganglion unique.

Quand il y en a deux, et c'est le cas le plus fréquent, ils sont toujours rapprochés, se touchent au moins, et se soudent souvent en partie.

$S VI. La troisième paire est la postérieure. Elle est en même temps supérieure, puisqu elle est constamment placée contre la face inférieure et un peu antérieure du muscle adducteur de ce côté, quand il y a deux adducteurs; ou du seul muscle adducteur qui existe dans les Monomyaires.

Les ganglions de cette troisième paire sont plus généralement rapprochés et plus ou moins soudés ensemble ; rarement les deux ganglions sont-ils distants, comme dans la Moule comestible et le Lithodome caudigère.

Ainsi que les ganglions moyens, ils peuvent être confondus en un seul.

$ VII. Les ganglions antérieurs et leur cordon de commissure forment avec les ganglions postérieurs, au moyen du cordon nerveux qui réunit le ganglion antérieur et le ganglion postérieur du même côté, un grand anneau entourant, comme une ceinture, le haut de la masse viscérale abdominale, dans laquelle il est plus ou moins enfoncé.

$ VIII. Les mêmes ganglions antérieurs forment avec les ganglions pédieux un petit anneau ou un petit collier, au moyen de deux cordons qui réunissent les ganglions du même côté.

Ce collier a d'autant plus d’ampleur que le pied est luimème plus volumineux.

Il existe, ainsi que les ganglions pédieux, chez tous les

Bivalves qui ont un pied, qu'ils soient monomyaires, les Peignes, ou dimyaires, ou trimyaires , l’Ænomuie.

S IX. Les Bivalves qui n'ont pas de pied n’ont que le grand collier (1).

$S X. Lorsqu'il n'y a qu'un grand collier, les ganglions postérieurs forment la partie centrale du système nerveux, la plus importante par son volume et par le nombre de nerfs qui en sortent, comme chez les Auitres.

$ XI. Les parties périphériques du système nerveux des Bivalves proviennent généralement des trois paires de ganglions centraux, lorsque ce système a son plus haut degré de composition (2).

S XIT. Les cordons qui forment le grand et le petit collier ne produisent aucun filet nerveux apparent. (Il aurait fallu ajouter, à l'œil non armé et sans préparation chimique qui rende visibles les filets les plus déliés. Mais par l’action, entre autres, d’une solution de chlorure de zine, nous sommes parvenu à découvrir plusieurs de ces filets fins partant du cordon du grand collier. Voir en particulier la Monograpluie de l'Huitre.)

$ XII. Le premier nerf que donne le cordon postérieur, en dehors du cordon du grand collier, est le nerf branchial qui gagne le bord supérieur et adhérent des branchies, soit directement, soit en faisant un coude plus ou moins prolongé en avant, pour prendre ensuite sa direction du côté

oppose.

(1) Ce paragraphe avait besoin d'être expliqué par ce que je dis $ II du second résumé; ou corrigé, relativement aux nerfs viscéraux, par ce qui est dit $ XX de ce second résumé.

(2) Voir encore le $ XX du second résumé.

Ce nerf est constant ; il a pour caractère de ne pas se diviser en branches jusqu’à sa terminaison, vers laquelle il est cependant plus délié qu’à son origine.

Ce nerf est d'autant plus long que le muscle adducteur auquel il s’applique est plus en avant, comme dans les Honomyaires, et qu'il y a une plus grande portion de branchies, en arrière de son origine.

(On peut le distinguer en deux parties : l’une antérieure formant un coude en avant, ainsi qu'il vient d’être dit, duquel nous verrons, dans le résumé suivant, que partent un grand nombre de filets très-fins qui se rendent dans la partie de la branchie qui est en avant du muscle adducteur postérieur ; l’autre qui suit le bord dorsal des branchies jusqu'a leur extrémité postérieure. Il en sort de courts et fins filets qui vont aux cloisons musculaires interbranchiales.)

$ XIV. Après le nerf branchial, et sur le côté, ces mêmes ganglions produisent un nerf palléal latéral, et plus en arrière un nerf palléal postérieur; troncs nerveux plus ou moins considérables, plus ou moins divisés, dont les branches et les rameaux se distribuent exclusivement au manteau pour le premier, à ce même manteau, aux tubes quand ils existent, et au muscle adducteur de ce côté, pour le dernier.

Souvent ces troncs nerveux sont réunis en un seul.

Dans le Peigne, le nerf palléal latéral sort du ganglion sur les côtés, et se divise dichotomiquement de manière à former douze rameaux principaux qui envoient leurs ramuscules aux trois quarts de la circonférence de chaque hémicycle du manteau.

Dans l’Huitre, on peut compter jusqu’à huit nerfs qui sortent de toute la circonférence extérieure du ganglion, et se

portent en rayonnant, soit en se divisant, soit directement dans toute la circonférence du manteau.

$ XV. En avant, les ganglions labiaux produisent un nerf palléal antérieur qui se distribue au manteau, à l’adducteur antérieur et aux palpes. Plusieurs de ces nerfs, au lieu de sortir d’un seul tronc, peuvent avoir leur origine immédiate dans les ganglions : tels sont les nerfs qui vont aux palpes.

Quelquefois (dans l’Auitre) un petit filet se rend à la partie antérieure des branchies et un autre à l'estomac.

$ XVI. Lorsque les ganglions pédieux existent, les nerfs qui en sortent, en nombre variable (pour chaque espèce, genre ou famille), de deux au moins, quelquefois de six (les Unio), se distribuent particulièrement aux parois musculeuses de l’abdomen et au pied. Il est toujours rare et difficile de pouvoir distinguer ceux qui appartiennent aux viscères, à l'ovaire, au foie, au canal intestinal. (Ils ont plutôt leur origine dans le cordon du grand collier ou dans le ganglion buccal.)

$S XVIL Nous avons vu que les nerfs qui se distribuent aux organes moteurs ou sensitifs, ou aux viscères abdominaux, remplissant l’une ou l’autre fonction de nutrition ou de génération, ont tous leur origine dans l’un ou l’autre des ganglions centraux (1). Ces nerfs vont directement de leurs diverses origines centrales aux parties auxquelles ils sont destinés.

$S XVIII, Le système nerveux du Peigne fait exception à

(1) Ges derniers proviennent du cordon du grand collier, $ XX du second résumé.

la règle précédente. Tous les nerfs sensitifs ou moteurs qui appartiennent aux ganglions antérieurs et aux ganglions postérieurs aboutissent par leurs dernières divisions dans un ample cordon, complétement circulaire, qui suit le bord du manteau dans tous ses replis.

Ce cordon produit ensuite, parson côté externe, une quantité de filets qui vont animer les tentacules ou les pédicules oculaires qui garnissent ce même bord du manteau.

Ce cordon périphérique est comme un ganglion de renforcement et de concentration, qui était sans doule nécessaire, pour donner à cette partie toute la puissance nerveuse dont elle avait besoin, et peut-être l'unité nécessaire d'action ou de sensation.

J'ai tout lieu de croire que ce cordon circulaire existe chez tous les Mollusques qui ont le manteau largement ouvert, comme le Peigne, et son bord libre garni d'organes tactiles.

J'ai découvert un segment de ce nerf en avant du manteau chez le Zithodome caudigere. (Voy. la planche 5, fig. 1.)

(Ce cordon ganglionnaire czreumpadlléal existe, comme nous l’avions présumé, dans les //uîtres, dans l’Ænomia ephippium, dans la Lima glacialis, ete.) (1).

$S XIX. Un des caractères du système nerveux des Bivalves est le peu de développement des nerfs viscéraux et l’extrême difficulté que l’on éprouve pour en reconnaître quelques traces.

Chez tous les Bivalves à double collier, ils ne semblent

(1) Voir le compte rendu de la séance du 24 février 1845.

guère provenir que (du cordon du grand collier) des ganglions pédieux (et buccaux). Il y en a encore qui se détachent des ganglions postérieurs ( pour l'ovaire, pour le rectum et pour le cœur.

Les deux nerfs branchiaux, toujours considérables, sem blent faire exception à cette petite proportion des nerfs de la vie de nutrition; mais ils sont encore ici, en grande partie du moins, des nerfs moteurs, et ils donnent aux branchies et à leur mécanisme musculaire la faculté de se contracter.)

La très-grande partie des nerfs du système nerveux des Bivalves sont des nerfs moteurs ou sensitifs.

Cette grande proportion de la partie du système nerveux qui appartient aux fonctions du mouvement etaux sensations, relativement aux nerfs qui président à la vie de nutrition ou de propagation, est sans doute générale dans tout le règne animal ; mais elle est surtout très-sensible chez les Bivalves. Dans cette classe, comme dans toutes les autres, se mouvoir et sentir exige une puissance nerveuse beaucoup plus grande que la nutrition etles sécrétions.

$ XX. Comme on devait s'y attendre, le système nerveux des Bivalves montre des différences dans sa composition, qui sont en rapport avec l'existence ou la présence de certains organes, ou avec leur degré de développement, leur forme et leur composition, ainsi qu'avec la forme générale du corps.

$S XXI. La présence ou l'absence d’un pied a entrainé la présence ou l’absence des ganglions ou du ganglion pédieux , et le développement de ces ganglions est en raison directe du développement du pied.

Cette circonstance démontre encore que les nerfs qui sor-

tent des ganglions pédieux sont, pour les principaux, des nerfs moteurs.

$ XXII. Les ganglions postérieurs sont en général les plus importants.

C’est ce que prouvent :

1° Leur existence constante, tandis que les autres parties du système nerveux central sont réduites à l’état rudimentaire (les ganglions labiaux), où manquent absolument (les ganglions pédieux) ;

20 Leur concentration en un seul dans beaucoup de cas;

3° Leur rapprochement sur la ligne médiane;

4° Leur plus grand développement chez les Mollusques qui n’ont qu'un muscle adducteur postérieur, contre lequel ils sont toujours placés ;

5° L'importance et le nombre des nerfs qui en partent, soit moteurs, soit sensitifs, soit respirateurs;

6° La constance de ces derniers.

S XXIIT. Le développement des ganglions antérieurs est inverse de celui des ganglions postérieurs. Ils deviennent extrèmement petits chez les Monomyaires (les Auitres, les Peignes). Leur développement est en raison de celui de la partie antérieure du manteau, des palpes et du muscle adducteur antérieur qu'ils doivent animer. Nous avons évité de les appeler cérébraux, afin de ne pas leur donner une importance qui ne nous est pas démontrée.

Dans le Peigne et l’Huitre, le grand développement des ganglions postérieurs, et la grande proportion des nerfs moteurs et sensitifs qui en partent, forment de ces ganglions un véritable cerveau , plutôt que des ganglions buccaux ou pédieux , qui sont rudimentaires.

$S XXIV. Le système nerveux des Acéphales bivalves est presque toujours symétrique, pour la forme de ses parties centrales. Il l’est encore très-généraiement pour la forme et la distribution de ses parties périphériques. Mais il peut ètre asymétrique pour le volume ou le développement de ces mêmes parties centrales ou périphériques, lorsque les organes auxquels ces dernières se distribuent sont asymétriques.

Cette asymétrie exceptionnelle est bien remarquable dans le système nerveux de l’Æromia ephippium (1).

S XXV. J'ai retrouvé dans le système nerveux des Bivalves, étudié dans sa structure intime, les cellules que M. Hannover à signalées dans celui des Gastéropodes. Les nerfs montrent des stries parallèles, longitudinales, interrompues irrégulièrement.

Le plus généralement les ganglions sont colorés en jaune de différentes nuances. Cette couleur est due à la partie médullaire (2); elle s'étend quelquefois dans une petite portion des troncs nerveux. Le plus ordinairement ces troncs ou Îles filets dans lesquels ils se séparent sont blancs.

Dans un exemplaire d’Unio pictorum , j'ai vu les nerfs qui partent de chaque ganglion pédieux commencer dans ces ganglions par une dilatation vésiculeuse qui se distinguait, comme le nerf, par sa couleur blanche ; tandis que le gan-

(x) Voir notre PI. 1, fig. 3 et 4, et PI. 2, fig. 2.

(2) Nous comprenons ici par partie medullairele contenu du névrilemme; mais ce contenu se compose de globules médullaires proprement dits et de globules graisseux. Ce sont plus particulièrement ces derniers qui sont colorés. (Voir notre second résumé, $ XXII.)

glion était jaune. C'était comme une portion du cylindre conducteur d'une machine électrique avec une de ses extrémités dilatée en demi-sphère.

En général, chez les Mollusques bivalves comme chez les animaux inférieurs , les nerfs et les ganglions se composent d’un névrilemme peu résistant et d’une partie médullaire presque liquide. C’est ce qui a fait prendre par Pol le système nerveux des Bivalves pour leur système lymphatique. C’est cette même circonstance, sans doute, qui a fait hésiter, chez quelques animaux inférieurs, sur la détermination de leurs cordons nerveux; ils semblent être tout aussi bien des troncs vasculaires.

$ XXVI. Relativement à la classification des Acéphales lamellibranches, selon la méthode naturelle, nous avons dit, dans notre communication du 24 février 1845, que ceux de ces Mollusques qui ont le manteau largement ouvert et garni de nombreux appendices tactiles et de tubercules qui paraissent propres à la vision, sont les plus avancés ou les plus élevés dans le degré d’animalité ; tandis que ceux qui ont le manteau complétement fermé, sauf l'ouverture antérieure unique pour l'entrée de l’eau et des aliments, et les deux ouvertures postérieüres des tubes respirateur et excréteur des fèces, sont les plus inférieurs (1).

(1) Quelques additions que nous avons faites à ce premier résumé pour le mettre en harmonie avec le suivant , qui est du 3 mai et du 26 juillet 1852, ont été placées entre deux parenthèses, afin de les distinguer de

l’ancien texte et de conserver ainsi la vérité historique.

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