RAPPORT
/ la Classe des Sciences de l'Institut, sur deux Mémoires relatifs a divers animaux composés placés jus qu a présent parmi les Alcyons j et a d autres animaux analogues .
vv Vo u s nous avez charges , M. de Lamarck et moi , )) d'examiner un Mémoire de M. Savigny , intitulé : » Observations sur VAlcyonium ficus , et sur quelques » autres espèces d' Alcyons a six tentacules simples; » et le même naturaliste vous ayant présenté depuis un )) deuxième Mémoire , intitulé : Observations sur V Al- » cyonium ascldioides et les autres Alcyons à deux » oscules apparens , sur les Botrylles et sitr les Pyro~ )) soines, vous nous les avez également renvoyées. Nous » ferons de ces deux Mémoires, traitant d'êtres ana- » logues, l'objet d'un seul rapport. Et comme les obser- » vations de M. S. sont de nature à faire époque dans )> l'histoire des animaux composés, nous remonterons » plus haut, et nous réunirons sous un seul point de vue » les observations de ses prédécesseurs, où l'on aurait pu » trouver les premiers indices des idées qu'il expose et )> développe avec plus d'élendue, en même temps qu'il » les appuie sur des faits plus détaillés et plus précis.
)) Tous les naturalistes savent qu'un médecin de Mar- »seille, nommé Peysonel, qui avait voyagé dans le
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» Levant et en Barbarie, fut le premier qui avança » nettement la nature animale du Corail et des autres 1 )) Lithophy'ies ; mais que son opinion ne commença à ' )> prendre du crédit que lorsque le Genevois Aijraîiam )> Trembley eut découvert la végétation du Polype ii »bra.s, et que Bernard de Jussieu et EUis eurent fait l » voir de véritables Polypes dans un grand nombre de » Lithophytes et de Zoopliytos de nos côtes. Depuis lors , » il parut naturel de supposer que tous les animaux I )) végétans, el portant sur un corps commun plusieur,^ » têles, plusieurs parties mobiles indépendamment l'une » de l'autre, étaient des Polypiers. Aussi est-ce là l'idée )> que s'en sont fuite à peu près tous les naturalistes, et » qui est encore exprimée presque sans restriclion dans » les meilleurs ouvrages; et même lorsque Linné donne » des Néréides pour animaux aux Tubipores , et des » Méduses aux Madrépores, il se trompe, et, pour ce » dernier genre , il cite à faux EUis et Donati , qui n'ont j) rien dit de semblable. Donati dit même tout le con- )) traire. Hist. iiatur, de V Adriat. , tab. VII, trad. » franc., pag. 02.
» On a associé, à juste titre, aux vrais Polypiers cer- » taines espèces d'animaux composés , dont la masse » générale est de substance cbarnue ou fibreuse, et que » l'on a appelé Alcyons. Ceux que depuis long-temps » on connaît bien , tels que VAlcyoniurn exos et VAl~ » cyonium digilaium , sont en effet certainement des » êtres composés, dont les têles sont des Polypes; on les » reconnaît aisément dans l'état de vie, et même dans )) les morceaux conservés par l'alcool , à lein's huit bras » ciliés, à leur ouverture simple, et aux autres circou-
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tances de leur organisation. Mais on s'est trop litUé » de leur adjoindre d'autres êtres composés ^ qui ont bien » en gros la même texture charnue dans leur masse ?) immobile, mais dont les parties mobiles où, comme Y) l'on parle communément , les animaux particuliers » ont denx ouvertures chacun, et des tentacules, ou » plutôt des rayons plus simples , plus courts et moins )) nombreux.
)) 11 paraît que la première espèce qui ait fait aper- » cevoir une siruclure différente de celle qui est ordinaire » aux Polypes, est Y Alcyoniiini Sdilosseri Ao. Pallas et » de Gmelin, ou ce que nous appelons aujourd'hui 2»'o- ^> Iryllus d'après Gœrtner. On pouvait déjà présumer ;> cette différence d'après la description et les figures un peu grossières de Schlosser ( Traîis. phil. XLix) ; )) mais les observations délicates de Gsertner, rapportées » par Pallas ( Spicileg. X , oâ), achevèrent de démon- )) trer que chaque étoile de ce prétendu Polypier est, M lion pas un seul Polype, mais un assemblage d'autant » d'animaux qu'il y a de branches. Néanmoins Gœrtnei' » ne fit point connaître l'organisation particulière de ces » animaux.
» Ce même Gaertner, qui s'était beaucoup occupé de » zoologie avant de se consacrer enlièi-ement à ce grand » et célèbre ouvrage sur les fruits qui l'a immortalisé , » observa une autre prétendue espèce d'Alcyons, VAlryycyojiiuui ascidioïdes de Pallas et de Gmelin, qui » recouvre les tiges de certains fucus comme une croule, » et dont chaque papille a deux petites ouvertures. Cette » circonstance ne lui laissa pas de doute que ce ne îvX » encore là un êlre diiTéient des autres Polypiers, et il
no 2= MEMOIRE. SUITE
» proposa d'eu faire un genre sous le nom de Dislomvs. » C'est aussi à Pallas que l'on doit la publication de cette. )) idëe : mais la descriptio«i de Gœrlner ne présente rien )) qui nous indique la structure intime de son nouveau » genre.
» Cependant Ellis, de son côte {Corail., pi. xr/J, y>fig. h, B CD), avait remarqué que les tentacules qui » entourent les b niches des animaux dans les Alcyons » ne sont pas toujours en même nombre. 11 en représenta » ujie espèce à six rayons, qu'il appela Figue de mer ; » mais il ne poussa pas la comparaison plus loin. Le » peu d'anatomie qu'il donna fut très- grossier, et cette >» production fut enregistrée, comme les autres, parmi )) les Alcyons, sous le nom ^ Alcyoniuîn ficus.
» Tel se trouvait l'état des connaissances à l'époque » où Gmelin rt'digea sa grande compilation. Pendant )) les vingt-cinq années suivantes, on s'occupa peu de » l'examen des Zoopliy tes. Quelques zoologistes se bor- )) nèrent à adopter le genre Botrylle, mais sans prendre » une plus ample connaissance de sa structure intérieure. » L'un de nous fit de \ Alcyonium epipetruni un genre » particulier, qu'il appela V^eretille. Les autres change- » mens, s'il y en eût, se bornèrent de même à la nomen- » clature.
» Dans ces derniers temps, MM. Pérou et Le Sueur )) firent connaître un genre nouveau très-remarquable, «qu'ils appelèrent Pyroscme; mais ils ne le eonsidé- » rèrent d'abord que comme un animal simple.
)) En un mol , l'on peut dire qu'au commencement de » l'année dernière, personne ne se doutait encore qu'il »y eiit des animaux composés, dont chaque animal
DrS ASCIDIES COMPOSÉES, 7 1
» parîîculier jouit d'une organisation plus compliquée ?> que celle des Zoophytes ordinaires; par exemple, que » celle de VAlcjoniian exos , des Pennatules, etc.
» C'est depuis celte époque seulement (a) que M. S. de » son côté, et MM. Desmarets et Le Sueur du leur, ont » ouvert un nouveau champ de recherches , en nous » faisant connaître de ces- animaux beaucoup plus élevés »dans l'échelle que ne le sont les Polypes, et que Ton » pourrait même , à bon di'oit , revendiquer pour la > classe des Mollusques.
» M. S. en décrivant , pour le grand ouvrage sur «l'Egypte, les Zoophytes qu'il avait recueillis dans la » Méditerranée et dans la mer Rouge, fut frappé de » cette complication d'organisation dans quelques pro- » ductions en forme de croûte gélatineuse, qu'il consi- » dérait comme des Alcyoris. 11 remarqua que les petites » bouches de ces êtres plus compliqués étaient toutes à » six rayons, et il crut pouvoir attribuer la compli- » cation qu'il observait à toutes les espèces qui ont ce » nombre-là.
)) En effet , elle se trouve plus ou moins dans les quatre » sortes qu'il a disséquées, et dont il nous a donné la » description dans son premier xMémoire.
» La première sorte qu'il a supposée à peu piès la )) même que X Alcyonium fixons , lui offrit les petits )) animaux presque cylindriques , logés parallèlement »les uns aux autres, el seri'és dans autant de loges pra- » tiquoes dans l'épaisseur de !a croûte. Chacun d'eux a
{({) Los dessins qui accom]\ignaicnt mon pinnicr Rlémoir' oi'f «^lé cxcciités en i8;o.
>>une première cavité, que M. S. nomme tltorax , «dans laquelle donne la bouche, ou plutôt l'ouverture » primiliveet extérieure , et quiest marquée de vaisseaux » et de fibres musculaires, ou , comme s'exprime M. S., » de nervures longitudinales et transverses. M. S. a cru y » Voir un sac ou une tunique intérieure, qu'il a nommée y> ventricule tJioracique i il a supposé que la première >) digestion s'y fai' , attendu qu'il y a tu quelquefois de )) petites Chevrettes ou autres animalcules qui avaient » Fair d'y avoir été avalés. Au fond de cette première i) cavité est suspendu, par un petit canal, un autre sac )) moindre, que M. 8. nomme ventricule abdominal, » et qui est en eflÀ^t l'estomac. Il est profondément di- » vi. é , et ainsi paraît former deux cellules latérales; un » très-petit rœcum vient bientôt après; ensuite l'intestin, » après être un peu descendu, se recourbe, et va se » terminer vers le côté de la cavité thoracique, très-près )) de l'entrée primitive. Dans l'intérieur du thorax se » voient, d'un côté, deux vaisseaux bruns parallèles, )) aboutissant à un tubercule voisin de l'entrée; et à » l'extérieur, ce même thorax émet une petite produc- » tion qui communique dans la substance deTenveloppe )) générale où tous ces petits animaux sont logés. Enfin, )) chacun de ces animaux particuliexs est terminé par » un paquet de grains, que M. S. a considéré avec vra;- )>semblance comme un ovaire.
» Une seconde sorte de ces prétendus Alcyons frappa )> M. S. , parce que \çs petits animaux sont comme » groupés autour de certains sillons qui aboutissent à de » grands pores, dont la fonction semble être d'agiter ;; l'eau eu l'aspirant et en l'expulsant par leur conUac-
DES ASCIDIES COMPOSÉES. rj
wtion; ilisposiliou qui marquait une analogie éviderile
«avec les jîolrylles Ces animaux de la seconde
» sorte offraient en outre ce caractère, que leur thorax, » leur abdomen et leur ovaire étaient séparés par des » étranglemens, et que , l'enveloppe générale se moulant »sur ces inégalités, chaque individu ou animal parti- » culier avait l'air d'y occuper trois cellules. Nous ne » parlerons pas de différences plus minutieuses.
)) Dans une troisième et dans une quatrième sortes qui «recouvrent des tiges de fucus, l'ovaire est rapproché » du ventricule abdominal; en sorte que la totalité de » l'animal occupe au plus deux cellules ^ et dans la der- » nière de ces sortes , l'ouverture où aboutit l'anus est y> apparente à l'extérieur. Cette dernière circonstance fit » supposer à M. S. que , dans les trois premières espèces, î) il y a aussi pour l'anus quelque orifice extérieur qu'il » n'avait pu découvrir, et qu'en conséquence tous ces » animaux composés doivent se rapprocher beaucoup » des Distomes de Gaertner, et avoir ensuite, dans les » Botrylles du même naturaliste , leurs analogues les » plus prochains.
» Ce premier Mémoire de M. S., lu le 6 février 181 5, )) était terminé par un tableau de nomenclature sur » lequel nous reviendrons.
» A cette époque , l'un de vos commissaires venait » précisément de faire et de vous communiquer des » recherches anatomiques sur les Ascidies. Les figures et » les descriptions de M. S. offrirent une ressemblance si » frappante avec ce qui venait d'être dit et montré sur )> les Ascidies, que l'on put juger aussitôt que ces èlres, » viris pour des Alcyons et pour des Polypes, ne pou-
» vaient que représenter très en petit les mêmes coinbT- » naisons d'organes qui s'observaient en grand dans le* » Ascidies. UAscidia clavata Gmel. , ou V ortlcella Y) Bolteni de Lin., offre même une disposition tout- » à-fait pareille dans le groupement des viscères. Mai». » comment croire c|ue des êtres aussi compliqués que )> des Ascidies, pussent jouir de celte coramunicatioa )> intime dont les seuls Polypes avaient jusqu'alors )) donné l'exemple ?
» De nouvelles observations, que M. S. a consignées i> dans son second Mémoire, vinrent donner de ce fait » des preuves encore plus palpables , parce qu'elles por- » tèrent sur des espèces aussi grandes que plusieurs- » Ascidies, et où tous les organes se distinguent san» » aucune peine. La première surtout, qui avait élé rap- » portée il y a quelque temps de la Méditerranée par » M. Delaroche, jeune médecin trop tôt enlevé aux >> sciences, forme un groupe orbiculaire de quelques » pouces de diamètre, et a des animaux de plus de deux >) pouces de longueur. Cette enveloppe cartilagineuse , » ou plutôt gélatineuse, parfaitement organisée comme » celle de l'x^scidie mamelonnée ou de l'Ascidie intes- «tinale, est libre par l'extrémité où sont les orifices, » qui tous deux sont facilement visibles : on distingue )) même une tunique intérieure musculaire, comme dans » les Ascidies. Le reste de l'enveloppe extérieure ou » gélatineuse est uni, avec ses semblables, en une seule «masse commune à tous les animaux particuliers, et » qui sert de base à l'êti-e total , tandis que l'ensemble » de ses parties proéminentes, disposées sur plusieurs ); cercles concentriques , représente assez bien une fltur
T)i:S ASriîHES COMPOSÉES. y.'i
)) double, et mieux encore une Aclinie on An(?raoiTe de » mer , surtout les extrémités saillantes des animaux » étant toutes d'un beau lilas.
» Dans les animaux particuliers de cette espèce, le » paquet abdominal, qui comprend aussi Tovaire, est » uni au thorax par une partie longue et grêle; en sorte » qu'il a l'air pédicule , et que l'on peut dire que l'animal » occupe comme deux loges dans la masse gélatineuse. » On distingue un foie tapissant en dehors Feslomac , » le même ganglion nerveux que dans l'Ascidie , les » mêmes vaisseaux : seulement M. S. n'a pu encore » l'econnaître le cœur ^ mais on sait maintenant, par » les recherches de l'un de nous, qu'il est très-difficile à » voir dans plusieurs Ascidies, et que quelques-nues » paraissent même être entièrement privées de cette » dilatation musculaire.
» Une autre sorte de prétendus Alcyons, rapportée » de la Nouvelle-Hollande par MM. Pérou et Le Sueur, » et examinée par M. S. , est en forme de longs cônes » gélatineux, portés chacun sur un pédicule cylindrique » et plus mince. La surface de ces branches est creusée » de cavités ovales, dont chacune répond à un animal » particulier, et a son fond peicé par les deux orifices » de cet animal. La cavité thoracique est ici très-courte. » le ventricule abdominal en est fort voisin , et les replis » de l'intestin s'en éloignent peu ; mais l'ovaire est grêle, >> et tient au reste de l'animal par un filet qui occupe )) presque toute la longueur de la masse commune et de » son pédicule cylindrique.
» Telles sont les six sortes d'animaux composés de la i)iïimille des Ascidies oui ont été observés exclusivement
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» par M. S., et dont il a constaté, avec une rare exac- »litucle, l'organisation compliquée. Il en existe deux «autres sortes non moins jemai^uables , dont la struc- » ture a élé aussi examinée avec beaucoup de soin par ^> MM. Le Sueur et Desmarets, et dont M. S. a vérifié » l'analogie avec les siennes; de façon que nous réunis- »sons, à leur ('gard, le triple témoignage de ces natu- » ralistes.
» L'une de ces sortes est le Botryllus stellaius de » Gœrtner, ou W'ilcyonium Schlosseri de Pal las, déjà » aperçu par Rondelet. Les animaux particuliers en sont >' groupés circulairement autour de certains centres » creusés d'une cavité, ou prolongés en un tube com- )) mun à tous les individus du même cercle. Un des » orifices de cbaqne animal donne dans ce tube, et ré- » pond à l'anus : l'autre est à l'exlrémilé opposée ou ver* )) la circonférence du cercle , et donne dans la cavité » ihoracique. Tous deux manquent de tentacules, selon » xM. S. : mais l'extérieur en aurait huit, selon MM. Des- » marels et Le Sueur. L'estomac et l'intestin sont vers » le fond de la cavité Ihoracique ; les ovaires, au nombre » de deux, sur les côtés; le ganglion, à sa place ordi- » naire.
)) L'autre espèce est le Pyrosome. Cet être, que l'on » pourrait presque appeler merveilleux , tant il réunit >) de propriétés étonnantes, a été découvert et décrit pour » la première fois par MM. Péron et Le Sueur [u4nn». )) du Mas., tom. ir). Il est commun dans l'Océan et » dans la Méditerranée. La lueur phosphorique qu'il » répand est si vive, qu'elle peut se comparer à celle » d'une bougie. Sa forme générale est celle d'un lon^
^ cylindre creux, de substance gélalineu e , arrondi et )> fermé par un bout, et donl la surfltce extérieure serait )> toute hérissée de pointes gélatineuses comme lui, sail- » lantes et inégales. Les observateurs que noua venons » de citer le décrivirent d'abord comme si c'eût été un )) animal simple de la classe des Polypes ; mais il paraît » qu'ils ont reconnu depuis sa composition, et vos com- » missaires ont entre les mains un Mémoire lu par » M. Le Sueur à la Société philoniatique, où cet artiste » habile et zélé pour la science donne de grands détails » sur la slruclure des animaux particuliers de la réunion «desquels le Pyrosome est formé. L'un de nous, qui n s'était procuré un Pyrosome à Florence, et qui en » avait reçu d'autres de Nice par les soins de M. Risso , » en ayant remis un à M. S. , celui-ci en a fait l'anatomie )) avec son exactitude ordinaire.
» Chacune des pointes extérieures du Pyrosome fait » partie de l'enveloppe d'un animal particulier. Une des » ouvertures, percée un peu au-dessous du sommet de la » pointe, donne dans l'intérieur de la cavité thoracique, » et, par une circonstance propre au Pyrosome, la cavité » thoracique a son fond ouvert; en sorte que l'eau peut » la traverser et sortir par une ouverture opposée à la » première, et qui est percée à la surface interne du tube » général. Il est possible que cette eau prenne alternatif » vement les deux directions; ce qui expliquei^ait com- » ment M. Le Sueur, ayant rempli d'eau le tube général, » a vu ce liquide s'échapper par les ouvertures extérieures » de toutes les pointes appartenant aux animaux parti- » culiers. Quoi qu'il en soit, la cavité thoracique a des )) parois garnies de vaisseaux treillissés, comme tous les
»aulres animaux de cette famille^ les gros vaisseaux y )) sont disposés de même , ainsi que le ganglion nerveux. » Dans le fond de cette cavité le plus voisin de la cavil»- » commune du tube général, s'ouvre le petit conduit » qui mène à Testomac. L'intestin est court, et sou «extrémité, ou l'anus, regarde l'ouverture qui donne » dans l'intérieur du tube général; ce qui complète » l'analogie avec les Bolrylles.
)> On pourrait donc dire qu'un Pyrosome est com- » parable à un tube formé par un grand nombre de » cercles de Eotrylles empilés les uns sur les autres. » Cela serait surtout vrai du Pyrosome élégant décrit » par M. Le Sueur [Nouu. Bull, des Sciences) , où les » animaux particuliers sont disposés très-régulièremenl )>par anneaux, ou de la manière que les botanistes » nomment verticillée.
» Ce qui est le plus remarquable dans les animaux » particuliers du Pyrosome, c'est leur manière de se » propager. On trouve dans le fond de leur cavité abdo- » minale de petits germes où l'on dislingue déjà trois ou » quatre petits animalcules réunis en anneau; de sorte » qu'ils paraissent déjà groupés dans le sein de leur » mère , et ne se montrent au jour que dans cet assem- » blage , qui ne doit sans doute qu'augmenter par la » multiplication des individus.
» La Classe a pu remarquer que, dans le compte que » nous venons de lui rendre des intéressans travaux de » M. S. , nous avons évité de nous servir de la nomen- » clature de ce naturaliste.
)> Eu effet , il ne nous semble pas que les animaux )) particuliers qu'il a si bien fait connaître doivent porter
DrS ASCIDIES CO^ÎPOSLLS. 79
; le nom de Polypes, ni leur assemblage le nom de » Polypier. Depuis long-temps, le nom de Polype en 7) français, celui à'Hydra en latin, sont aifectés aux: )) animaux de nos eaux douces, dont Trembley a fait » 1 "étonnante histoire, et à ceux des animaux des Zoo- »phytes,qui leur sont analogues par l'organisation; » caractère qui assurément ne convient en aucune Hiçon >> à ceux que M. S. vient de décrire. Si Ton veut attribuer » à ces derniers un nom générique qui en donne une >) idée juste, on ne peut guère employer que celui d'-^-s- )) cidîe. 11 leur convient beaucoup mieux encore qu'aux » animaux des coquilles bivalves auxquels Pallas et Linné » le donnent.
» M. S. voudrait aussi réserver le nom d'Alcyons et » d'Alcyonées aux êtres composés de ces animaux voisins » des Ascidies; mais il faudrait l'ôter alors à V^lcyoniutn » digitaiuni, à V ^Icyonium. exos, qui depuis long-temps M le possèdent, et sont beaucoup plus connus sous ce » nom que les nouvelles espèces dont M. S. vient de «faire l'histoire. Le nom de Disiotniis , donné à une » espèce analogue par Gœrtner , peut fort bien être » conservé ; il nous paraît même devoir suffire , comme » nom générique, aux quatre premières espèces que nous )> avons indiquées ci-dessus, et dont M. S. voudrait faire » des genres sous les noms d^^plidium, de Polyclinum, )) de Dideninum et ô^Eucœlium. Les deux espèces plus » grandes qu'il établit aussi en genres , appelant, l'une » Diazona, et l'autre Sigillina, nous paraissent même » à peine devoir être distinguées des Distomes. Tous ces )) animaux ont les mêmes parties essentielles; et si l'on » devait fiire des genres d'après les diverses manières
8o 2^ MÉMOIRE. SUITE
» donl les iuteslins sont groupés , chaque espèce de «Mollusque prendrait presque un nom générique, ce )) qui fatiguerait la mémoire outre mesure.
» Quant aux Bolrylles et aux Pyrosomes, comme » leurs animaux ont les orifices différemment situés , » comme ils sont disposés dans un ordre particulier et : )> fixe, on peut leur laisser leur nom généri([ue; encore »n'a-t-on de motif pour distinguer le Pyrosome du » Botrylle que parce que le premier est libre , et le » second fixé ; car on voit déjà dans le Botryilus con- » glonieralus plusieurs cercles d'animaux empilés, ce » qui conduit manifestement au caractère du P3a'0- » some.
» Au reste , ces remarques n'ôtent absolument rien au » mérite du travail de M. S. , mérite qui consiste à nous » avoir fait connaîti-e un ordre tout nouveau d'animaux » composés, dont les individus particuliers ont une struc- » ture beaucoup plus compliquée que celle des Polypes, » et infiniment voisine de celle des Mollusques; et à nous » l'avoir fait connaître, d'une manière très-exacte, par » des descriptions bien détaillées et de bonnes figures , )) ce qui était fort difficile , surtout pour les espèces que » M. S. a eu d'abord à décrire, et qui étaient extrême- » ment petites.
» MM. Le Sueur et Desraarets l'avaient prévenu par » rapport au Pyrosome et au Botrylle (a) ; mais il a » soin de leur rendre à cet égard la justice qui leur » est due.
(a) Voyez cependant l'article du Botrylle ci-dcYant , page 46 j note a.
DES ASCIDIES COMPOSÉES. 8l
» Vos Commissaires ont vérifié , sur les objets mêmes , » une grande partie des observations de M. S.; ils croient » pouvoir en garantir l'exactitude en tout ce qu'elles ont V) d'essentiel. Ils pensent que la Classe doit témoigner à »ce naturaliste la satisfaction qu'elle a éprouvée de son » travail, et l'engager à l'étendre, comme il le promet, »aux autres sortes d'animaux composés, afin de déter- » miner jusqu'à quel point cliacun d'eux se rapproche ♦)Ou s'éloigne de ceux qu'il a déjà décrits. Aucune «recherche ne peut être maintenant d'un plus grand «intérêt pour la connaissance des animaux sans ver- » tèbres ».
Fait au paiais de l'Institut, le 8 mai i8i5.
Signé G. CUVIER.