MÉMOIRE. DESCRIPTION
Genre Boltenia.
Exemple {a). Boltenia ovifera {Vorticella ovifera Linn.).
Le corps est ovoïde, suspendu à un pédicule cylindrique très -grêle et très -long; tous deux couverts d'un poil ras, dur et serré. Les orilices extérieurs ou les ©seules sont fendus en croix, peu proéniinens, placés du même côté, l'un très - près du pédicule, et Tautre vers l'extrémité opposée. C'est le premier qui répond à la cavité branchiale. L'entrée de cette cavité est garnie {}C\xwç, rangée de filets tentaculaires divisés à leur bout. Je ne connais pas les plis des branchies • je sais seulement que les gros vaisseaux forment entre eux des mailles carrées , et que ces mailles sont interceptées par des vaisseaux longitudinaux très- fins, croisés eux-mêmes par deux vaisseaux transverses de moyenne grandeur» Le pharynx est au fond de la cavité, plus bas quç l'orifice anal. Il conduit à un estomac simple, et privé de foie , à ce qu'il
îatalions du sac branchial, par des^ ligamens et des vaisseaux sanguins qui traversent sur leurs bases et enveloppent ce sac comme autant de cerceaux w,
(a) Planches i et v.
l^araît. L'iiitesliii niorile jusqu'au pédicule, mais il n'y péiièlre pas , et redescend aussitôt paral- Jrlcment à lui-même; il se termine par un anus <l(>nte]é. Il y a deux ovaires très-inégaux; le plus p; lit est du côté des intestins, entre l'estomac et le rectum, et le plus grand du côté opposé. Ils sont tous deux allongés, placés longitudinalement , et terminés par de courts oviductus, qui aboutissent , comme on le pense bien , à l'orilice anal. Tous ces viscères sont enveloppés dans une tunique dont le sommet se prolonge, s^amincit, cl renij^lit comme une moelle l'intérieur du pédicule. Les muscles dont elle est garnie sont d'étroites bandelettes , les unes longitudinales , se portant aux deux orifices ; les autres circulaires. Ces bandelettes se croisent à angles droits, et simulent ainsi un réseau branchial; mais le plus léger examen suffit pour dévoiler leur nature. L'insertion du pédicule se fait visiblement ici, non au milieu, mais sur le côté du sommet; et c'est ainsi qu'Edwards l'a représentée. On conçoit alors que le corps doit, par son poids, courber l'extrémité du pédicule, quand celui-ci s'élève verticalement, et se remettre ainsi dans sa position naturelle. Dans une autre espèce que Bolten a décrite, et que la distance qui existe entre ses ouvertures me fait rapporter à ce genre, le pédicule naît directement du sommet, et ne paraît pas disposé à perdre sa direction verticale.
t)0 o' MlÎMOIRE. DESCrtlPTION
Telle que celle espèce est représentée, le fond du sac branchial monte au lieu de descendre; de sorte que l'animal est, à proprement parler, dans une situation renversée.
Genre Cynthia.
Plusieurs espèces de ce genre ne se distinguent du précédent que par le défaut de pédicule. D'autres s'en éloignent encore par la présence d'un foie , d'autres par l'unité de l'ovaire , d'autres par l'interruption du tissu des branchies, etc. Elles doivent donc différer beaucoup entre elles. Le petit nombre de celles que j'ai examinées pourraient former quatre tribus, si l'on avait égard aux variétés d'organisation que présentent les exemples suivans.
Premier exemple {ci).
Cynthia Momus , — microcosmus, — panlex , — Gangelion, — claudicans , — pupa.
Les oscules, plus ou moins tubuleux, s'épanouissent en quatre festons non frangés. L'entrée de la cavité brancliiale est pourvue d'un cercle de fdets tcntaculaires composés, généralement pinnés ou sub-bipinnés. Celte cavité n'a pas
{ci) Planches i^ il, v^ vi.
DES ASCÎDIIS SIMPLES. ()1
moins de douze ])iis Ooltans dans son intérieur, et quelqueiois elle en a dix-huit trèscomplets, neuf de chaque côté, qui tous suivent parallèlement la courbure de la cavité, et vont aboutir à un petit espace lisse situé au-dessous du pharynx. Les gros vaisseaux longitudinaux sont les plus saillans de tous; ils forment, avec les gros vaisseaux demi-ciiculaires, des mailles en carré long, que trois autres vaisseaux moins gros subdivisent en quatre mailles transverses : ces dernières sont interceptées par des vaisseaux longitudinaux extrêmement fins. Le pharynx conduit à un estomac pourvu d'un foie verdàlre, grenu, ou feuilleté. Ce foie, qui adhère d'une manière intime à l'estomac, Fenveloppe en tout ou en partie, et y verse la bile par des trous distincts percés au fond de certaines cavités. L'intestin est peu glanduleux ; il forme une anse peu élevée , toujours écartée du rectum, qui se termine par un anus découpé ou entier. Il y a au moins deux ovaires; ils sont attachés à la tunique, et appliqués contre le sac branchial, l'un du côté des intestins, et l'autre du côté opposé. Ces ovaires sont terminés par de courts oviductus dirigés vers l'orifice anal.
Telle est l'organisation commune aux sept espèces indiquées ci-dessus, et que diversifient quelques caractères sujets à varier. i°. Le nombre des plis de la cavité branchiale : on en compte
9^ Û"^ MÉMOfRr. DESCRlPTIOrf
douze (]ans la Cjnthia Gangelion , quatorze clans ]cs C. microcosmus y pantex , pi/p a ; seize dans la C. papillata , dix-huit dans la C. Momus ; enfin, dix -sept ou même dix -neuf dans la C. claudicans , qui les a toujours en nombre impair. i^. La position du pharynx, qui s'éloigne plus ou moins du fond de la cavité, ce qui peut beaucoup cliangcr la proportion relative de ses plis. La C. Monius y où il est le plus élevé, a les plis postérieurs ou voisins des artères branchiales très-longs, et les plis voisins de la veine branchiale très-courts. 3°. La conformation de l'estomac , dont l'intérieur , ordinairement simple ,. est garni de plusieurs feuillets saillans dans la C. papillata. 4°. La disposition du foie, que les C. Momus y microcosmus , pantex et Gangelion ont divisé en deux masses , dont une est à gauche du sac branchial , et comme hors de Fabdomeii'. 5°. Le nombre, la forme et la situation des ovaires. Du côté de l'abdomen , l'ovaire est toujours iniique, mais tantôt compris dans l'anse de rinteslin sans y adhérer, tantôt couché sur l'intestin, et adhérant au rectum. Ce dernier cas est celui des C. papillata, claudicans et piipa. La C. microcosinus est la seule qui ait deux ovaires du côté gauche, et la C. papillata, la seule qui ait des deux côtés un oA'aire recourbé, et terminé par un oviductusà chaque bout. Je ne liens pas compte ici de difiérences
DES ASCIDIES SIMPLES. (j5
l^lus minutieuses qu'on trouveia d'ailleurs enumérées ci-après clans le tableau systématique des espèces.
Second exemple (a).
Cynthia Dione.
Cette espèce a les deux orifices extérieurs déloupés en quatre lobes ; les filets tentaculaires branchus et comme bipinnés; quatorze plis flottans au sac branchial ; l'estomac enveloppé dans un foie cannelé et verdàtre ; les ovaires au nombre de deux, un dans l'abdomen et contigu à l'intestin, quoique non compris dans son anse; l'autre du côté opposé. Elle semble donc partager la conformation des précédentes, et devrait en effet leur être réunie, si elle ne présentait deux caractères par lesquels elle se distingue , nonseulement de ses congénères , mais encore de toutes les Ascidies simples et composées qui me sont connues.
Le premier consiste en de petits fîlamens qui bordent les festons de ses oscules, et qui la font reconnaître pour l'espèce gravée dans Forskaol (tab. xxrii , Jig. E) , à laquelle on trouve ces singulières franges de filets. Le second , et le plus
(a) Plauclievii^ fig. i.
94 ^^ MÉMOIRE. DESCRIPTIOIV
important de ces caractères, réside dans la disposition du tissu branchial, qui n'est pas continu sur les plis, mais interrompu à des distances égales, et de manière à dessiner une suite de festons très -réguliers. Chaque })li en a un second à sa hase, qui n'est pas libre comme lui, et dont les points d'attache correspondent aux intervalles qui séparent les festons. La totalité des plis est ainsi de vingt -huit, quatorze de chaque côté; ils sont bordés par un égal nombre de grands vaisseaux longitudinaux. Les vaisseaux qui composent le tissu sont excessivement fins ; les transverses cependant moins déliés que les autres , moins serrés aussi, et s'accommodant très -bien par leur courbure à la' circonscription des festons. Ce dernier point est une légère exception à la loi qui veut que, dans cette famille, les vaisseaux des branchies s'unis-, sent en formant des angles droits entre eux.
Celle espèce est encore remarquable par la dispositiondes fibres charnues de sa tunique , dont les principaux trousseauxdechaquecôté descendent des deux orifices en convergeant, et se terminent brusquement avant de s'atteindre; ils sont peu nombreux , courts , et épaissis par le bout. La Cjnthia 7Ï/omw5 présente une oiganisation musculaire assez analogue; mais dans les autres espèces de ce genre, les muscles circulaires des orifices se répèlent concentriquement sur
(ont le corps en se croisant. Les muscles longitudinaux de ces incines orifices se prolongent aussi , et vont s'épanouir à la base ; ils s'unissent avec les autres; et tous se serrent tellement dans les deux tribus suivantes, que la tunique ne présente plus qu'un tissu continu sans distinction de faisceaux. A la vérité, les espèces d'Asil cidies dont la tunique intérieure est la plus jnusculeuse et la plus propre à lancer de longs lilets d'eau, appartiennent à ce genre.
Troisième exemple [a).
Cynthia Canopus, — polycarpa, — pomaria.
On trouve à ces espèces des orifices à qualie lobes non frangés ; des filets tentaculaires trèssimples ; des plis branchiaux au nombre de huit seulement, quatre de chaque coté, à réseau continu; un estomac feuilleté intérieurement, dépourvu de foie et de toute autre annexe à l'extérieur; enfin, un ou plusieurs ovaires sur chacun des côtés du corps.
L'organisation viscérale semble simplifiée; la cavité branchiale a moins de plis , et en outre des plis moins profonds ; plus de lilets tentaculaires divisés; plus de foie : les glandes, renferma) riunclicà II, vil et via.
gf) 5"^ MÉRfOIRE. I)i:SCRIPTIO]V
niées clans l'épaisseur des parois intestinales, | peuvent y suppléer. L'intérieur de l'intestin est ' pourvu d'une eôte eylindrique qui s'étend du pylore à l'anus , et qui se montre ici pour la première fois.
La conformation du tube alimentaire varie. La Cynthia Canupus a l'estomac très-grand , cylindrique, et un très-long rectum. Dans les C. polycarpa et pomaria^ l'estomac est très-petit, elliptique, et l'intestin très-court : il y a , de plus, un petit cœcum en avant du pylore.
Les organes de la génération montrent des différences plus frappantes et plus difficiles à concevoir. Les ovaires de la C. Canopus sont en nombre limité, deux ou quatre au plus; ceux du côté droit contigus au rectum ; tous terminés comme à l'ordinaire par des oviduclus ou des canaux propres à l'émission des œufs. A en croire les apparences, les ovaires des C. poljcarpa et pomaria seraient en nombre pour ainsi dire illimité, et n'auraient aucun oviductus. En effet, parmi les organes que possèdent ces espèces , les seuls qu'on puisse prendre pour des ovaires sont des corps hémisphériques ou coniques, adhérens à la tunique charnue , au nombre de plus de cinquante, et disposés sur huit rangs, qui correspondent à peu près aux huit plis du sac branchial. Ils sont formés d'un amas de grains semblables aux oeufs de quelques autres espèces,
très-serrés, et dont l'ensemble imite exactement une baie composée soutenue par un calice à cinq divisions. Ces ovaires , vrais ou faux, n'ont entre eux aucune communication visible, et paraissent ne posséder d'oviductus ni communs ni particuliers; ils sont accompagnés à leur base de vésicules gélatineuses, transparentes, sub-pédiculées : l'état de vacuité leur donne à eux-mêmes cette apparence vésiculeuse, La Cjnthia papillata ^ qui appartient à la première tribu, m'a ofiert aussi plusieurs rangées de vésicules gélatineuses, ridées, demi-transparentes, qui correspondent aux plis des branchies , et sont attachées à la base de leurs principaux ligamens , sur la tunique charnue (a). Ces vésicules, non moins isolées que les corps précédens, ont quelques vaisseaux sanguins, et paraissent organisées. On ne peut néanmoins les confondre avec les vérilables ovaires , qui en sont ici très-distincts. Dans la C. microcosmus , les ovaires , dont la nature n'est pas douteuse, se composent de lobes gélatineux séparés comme les grains d'une grappe j et après l'émission des œufs, ces lobes flétris deviennent difficiles à distinguer des vésicules ridées de la C. papillata. Je suis même porté à croire que ce sont les ovaires flétris du Microcosmus, que M. Cuvier, ne sachant quelle organisation leur attribuer, a pris pour des pro-
(a) Voyez planche vi, Cg. -i , a.
98 5* MÉMOIRE. DESCRIPTIOîf
visions de substance nutritive, comparables à la graisse des autres animaux {a).
Quelles que soient les fonctions de ces diverses parties, on doit se garder de confondre des cor];s si régulièrement organisés et disposés, avec ceitaines excroissances spongieuses ou charnues qui pullulent sans ordre sur les parois de la tunique, et jusque sur les intestins et les ovaires de quelques espèces. J'ai trouvé de semblables excroissances à une variété de la Çynthia clau^ dicans , dont elles enveloppaient entièrement l'inlestin 5 j'en ai même trouvé à la C. Canopus , qui fait partie de cette troisième tribu , et je les . ai fait dessiner (è). Au reste^ toutes ces productions paraissent étrangères aux espèces de la quatrième tribu , et elles ne se représentent plug dans les genres suivans.
Quatrième exemple (c).
Cynthia mytiligera, — solearis, — cinerea.
Lesdeux orifices sont plus ou moins sillonnés; ils ne s'épanouissent néanmoins qu'en quatre festons, indiqués par quatre angles intérieurs. Les filets tentaculaires sont très -simples; la
(rt) Mém, précit., pag, 28.
(è) Voyez planche viii, fig. i. / , J?.
(c) Planche vm. ^
DES ASCIDIES SIMPLES. GjQ
cavité branchiale pourvue de huit plis, quelquefois Irès-superliciels; le tissu respiratoire essentiellement conformé commeclans la première tribu; Testomac feuilleté au-declans, sans aucun foie à l'extérieur; l'intestin petit, glanduleux , jnuni à l'intérieur d'une côte qui s'étend du .pylore à l'anus. Tous ces caractères se trouvent déjà réunis dans les espèces de la troisième tribu , dont celles ci ne diffèrent en effet qlie par l'unité de l'ovaire, et sa situation dans l'anse intestinal qui l'embrasse exactement. C'est une différence de quelque valeur , parce qu'en séparant ces • espèces à branchies peu plissées, et les isolant i dans leur division, elle les rapproche en même j temps de la division suivante , où l'ovaire est toujours unique et étroitement embrassé par l'intestin.
Dans cette tribu, l'ovaire se présente sous^la forme d'une poche membraneuse, qui fournit des points d'attache aux branchies, et qui se fixe elle-même à la tunique et au pourtour de l'anse intestinale. Je n'y ai jamais aperçu que quelques grains ronds et épars, assez semblables à d'autres grains qui tapissent la tunique et le dehors de l'intestin; mais ces derniers ne sont que de petites glandes généralement très-noires. ! Cette poche envoie un prolongement qui s'atj tache au rectum, mais si frisé, si irrégulier, si mince , que je n'ose le donner pour un ovid uctus.
iOO D*^ MÉMOIRE. DESCRll'TrON
Les espèces en question sont celles dont les viscères abdominaux tiennent le moins déplace. Leur intestin est très-petit et très-maigre ; le sac branchial est généralement d'un tissu ferme, fortifié par des ligamens fibreux très-compactes, et attaché à la tunique charnue par des brides ou des expansions prolongées de ces mêmesligamens (a). On voit qu'en se contractant il pourrait se réduire à un petit volume , et laisser entre les côtés de la tunique et lui un assez grand espace, auquel l'orifice de l'anus ménagerait facilement quelque communication au-dehors. L'eau pénétrerait-elle ainsi dans cet intervalle , qui est souvent rempli de graviers assez gros, sans qu'il se manifeste aucune lésion au tissu des branchies (b) ? Des observateurs si dignes de foi [c] ont vu les Ascidies lancer l'eau en deux jets séparés , qu'on ne peut guère douter que ce fluide ne soit quelquefois absorbé et rejeté par l'oscule intestinal.
(a) Le sac branchial des Ascidies n'adhère immédiatement à la tunique que par ses deux arêtes antérieure et postérieure.
(b) On pourrait s'en assurer en injectant quelque liquide "* par l'orifice anal ; essai que l'état des individus que je possède ne m'a pas permis de tenter.
(c) Diquemare, Bruguiere, MùUer, Bosc, et plus anciennement Rondelet.
l)i:S ASCIDIES SIMPLES. 101
Genre Phallusfa.
On sait déjà que ce genre diffère desprécédens par ses branchies non plissées et tendues. A ce premier caractère elles en joignent un second plus difficile à observer : c'est que les mailles de leur tissu sont pourvues à chaque angle de petites bourses ou papilles coniques , qui marquent la jonction des vaisseaux longitudinaux aux vaisseaux transverses. Ces mailles sont d'ailleurs interceptées, comme à l'ordinaire, par d'autres vaisseaux longitudinaux 1res -déliés. Quant aux papilles , elles sont analogues aux filets qui bordent la veine branchiale dans beaucoup d'Ascidies, tant simples que composées, et qui indiquent aussi la réunion des vaisseaux transverses à cette veine.
Il semble d'abord que ce genre ne puisse se subdiviser aussi facilement que le précédent : des filets tentaculaires toujours simples ; des branchies toujours tendues, et dont les mailles sont toujours essenliellement les mêmes; un ovaire toujours unique; jamais de foie à l'estomac : cette annexe ne doit plus reparaître , mais une côte intestinale qui s'étend toujours du pylore à lanus. Il y a donc ici un grand fond d'uniformité; mais ce fond est varié par des couibinaisons absolument étrangères aux deux pre-