‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 10 sur 30 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

I)e Vétat fie la Frunee au moment du débar^ guemeni de Bonaparte en iSitS.

Jlour nous feire une juste idée des. causes du retour et du triomphe de Boiiapârte au 20 mars, il fiiut commencer, ce me semble, par rechercher dans quel état se trouvait la France au moment

6û rhomiiie qui, durant quatorze années , Favait gouvernée despotiquement, reparût sur ses côtes suivi d'un petit nombre de eompagnons d'armes. Mais comme l'état de la Franoe, à cc^te époque ,, tenait essentieHement au ^Btèu^ adopté par les Ministres du Roi depuis 18149 quelques observations sur ce système sont indispensables.

. Je crois, ne rien dire d'inconvenant ou de téme* raire^ en affirmant que, lorsque par suite des dé* &ites de nos armées, la cbance du rétablissement des Bourbons sur un trône qu'Us avaient cessé d'occuper depuis vingt ans, s'pfirit pour la première fois à la pensée des Français, le sentiment de la grande majorité de la Nation fut de l'étonnement et de l'inquiétude.

Cette assertion, je le sais , pourra exciter beaucoup de clameurs. H y a plusieurs manières de flatter les rois. L'une de ces manières , san^ doute , c'est de prétçndre qu'ils ont toujours été regrettés, que lé peuple dont ils étaient éloignés a gémi sans interruption de leur absence, et qu'au milieu de luttes terribles, de révolutions épouvantables , de guerres smiglantès, ils étaient encore présens à iMMi souvenir. Mais on leur ofte, j'ose le penser, un hommage non moins digne ^çaX çt aussi fIat-> teur, quand on leur dit qu'ils qvX regagné , par une l^nduite prudentç et par deS; mesures nationales %

des esprits qu'une longue séparation avait dA leur rendre étrangers. La stabilité dW gouverna* ment dépend bien moins de la manière dont il s'établit que de celle dont il gouverne. Si, après avoir inspiré beaucoup de défiances et alarmé beaucoup d'intérêts , il parvient à se rattacher ces intérêts et à dissiper ces défiances, les obstacles qu'il à eu à surmonter se tournent en éloges ; et je ne concevrais pas qu'en démontrant que Louis XVIII est plus populaire aujourd'hui, grâce ^u 5 septembre et à la loi des élections , qu'il ne l'était lors de son arrivée d'Angleterre, on pût être considéré comme uû écrivain séditieux ou u» citoyen mal intentionné.

J'ajouterai que, si par hasard mon assertion scandalisait ceux qui s'intitulent les royalistes par excelleç^ce, je demanderjaas à tel d'entre eux si, quand il célébrait le nouveau Cyrus et le berceau dépositaire du destin du monde, il avait en vue le retour de la dynastie dépossédée j à tel autre si , en correspondant avec Bonaparte, il songeait à rappeler cette dynastie j à tel autre encore, si lorsqu'il conduisait ctontre les Vendéens des troupes républicaines , dont il n'amortissait pas le zèle et n'adpueissaijt; pas les mœurs, l'intérêt des Bour-^ }>ons pré^id^it à ses proclams^tions patriotiques eX

(13) lui suggérait les mesures rigoureuses donila Vendée , ^rde k mémoire.

Laissant donc de côté tout système de déception et d'emphase^ je pose en fait, qu'au moment où lé Sénat, en présence des alliés, et sur l'invitation d'un.Ministre qui avait secondé jadis et le , Directoire et BcCnaparte, proclama la restauration de la dynastie , il y eut incertitude et même anxiété dans l'armée^ dans les acquéreurs de biens nationaux, dans cette population nombreuse, en un mot, qui avait fondé ses calculs, ses transac^ tions, sa î^ie publique bu privée sur les principes d'une révolution que cette dynastie avait plus , d'une fois réprouvée et proscrite.

Cette disposition dura peu : toute la France avait besoin de repos. A peiné la dynastie rappelée eut-elle prononcé quekjues paroles de paix et contracté quelques engagemens &vorables à la liberté, dont treize années de despotisme n'avaient point . dégoûté la Nation française , que tous ceux qui n'étaient pas aigris par des pertes récentes ou dominés par des affections particulières , se trouvèrent heureux de reprendre confiance et de rouvrir leur âme à la sécurité.

Mais bientôt des &utes ftœent commises dé part et d!autre, qui semèrent d'écueils la route encore peu frayée où le pouvoir et le peuple auraient dû

marcher de ccmcerti La première dô ces fautesl ipeut être attribuée au parti qu'aujourd'hui Fon iMNïuxïerait libéral, H ipie ye désigcte ainsi prématurémeat pour ne pas^aiployer de circonlocution» Êitiguantes. Le Sénat.crat pouvoir insérer dans la constitution qu'il rédigea, des clauses-qui ne pro^ fitaient qu'à lui, et qiii donnèrent à son ouvrage une fôcheuse appaanence d'égoïsme. Ce ftit un mal-" lieur. Le Sénat, nialgré les torts qu'on pouvait justement lui reprocher durant douze années de servitude, était, à cette époque, l'unique autorité nationale. Le Corps lé^latif jntiet n'avait pu acquérir «ucune influence. Un acte de courage qui avait signalé ses derniers mcMtnenk , avait entouré quelques^^ins de ses membresde l'estime publique ; mais la popularité doit avoir du temps pour jeter des racines , et un' acte isolé ne suffit pas.

Ce fut dom;, je le répète, un malheur que la déconsâdlératioBi dont une clause imprudente et déplacée environna le Sénat, qui était par le Mt le seul corps dépositaire des intérêts de la révolu^ tion. Les ennemis de cette révohtlioii en profr* tèreut. Ils eshuraèrent toi» ks 'Souvenirs qui pouvaient flétrir ou décréditer ces mêmes séna-^ teurs qu'ils avaient flattés, naguère pour obtenir leur protection, leurs siifirages, leurs recomman^^ dations auprès de celui qui dii^nsait du haut de

son trône les Êiveurs, les richesses, et ce <{a'alots on appelait les honjoeurs.

Mon plan n'exige point que je redberche à qui doit s'attribuer cette &usse démarche d'une assem* jblée dan& laquelle^ijégeaient tant d'individus pleine de l^innes intentions et df huoières. On a voulu en rejeter la Ëujte sur un Ministre célèbre qui la présidait, et qui^ dit-on, lui tendit ce piège. Un iait est certain. Ce Ministre , entré dans la carrièra de la liberté sous les; plus briUans auspices, a tour purs .porté malheur à la liberté. 3on nom se rat^ tache à toutes les journées qui on^ £iit triompher le despotisme depuis 1797 j.usqu'ea j8i5. £st-ee vsxe perfidie de la fortune, qui sous d'autres rap^ ports n'a pom^tant pas été sévère, envers lui? Ëst^e Vin eflet de son caractère? Est-<;e une œuvre de ses calculs ? Je l'ignorej et n'ayant point à porter de sentence,, j^ n'ai nul désir de ïne livrer à im examen. Je dois seulement observer, parée que c'est une vérité historique qui sera nécessaire à i^appeler plus tard., que dons le méaae temps où 1/& Sénat,. e^pianl; sa &ute, dispanit conrnie une ombre et laissa la Nation sans corp^ constitué, le Ministre, son président, demeura à k tête des affaires et en possessioiai de l'autorité.

. Le Sénat n'existant plus^ d'autres hommes, choisie parmi 1^ nH>ins. aWmans de l'émi^^atiou^

fet lés pluâ ïnôdérés j je ne dirai pas du parti popù-* kire, mais du parti qui semblait intéressé à cô ijue la contre^révolution n'eût paà lieu, furent chargés de préparer une constitution pour là France. La constitution qu'ils rédigèrent est de-* venue la Charte. Dès-lprs un examen détaillé dô ses dispositions serait déplacé. Je ne crois ppint la Charte par&itej mais je crois <}u'elle nous laisse toute faculté d'établir les garanties et les institutions nécessaires aux peuples modernes. Je croià que lès formes défectueuses se corrigent par la pratique j que Ce qu'il est indispensable de faire ee fait; que ce qu'il est essentiel de conquérir se conquiert; et par Conséquent je ne partage point ces scrupules des esprits roides et ombrageux, qui éprouvent le besoin de refondre tout ce qui ne leur semble pas sans déâiut , et le bespin plus fâcheux encore de proclamer qu'ils procèdent à une refonte générale.

Achevée dans le courant du ihois de mai , la Charte fut promulguée lé 4 j^^^y et nous entrâmes ' ounous dûmes entrer en constitution ce jour là même. Mais en promulgant cette Charte, la cour avait commis une faute pareille, sous quelques rapports, à celle que j'ai précédemment reprochée au Sénat. Au lieu de présenter la Cliarte à Fac- «ptation du peuple, on l'avait imposée et octroyée*

(ï7) EûlHlftpiôskîitVôh là privait dé Fappiiî que Pâssèûtilh^t populaire conféré à ce qu'il sanctionne ; <fti bl&sàît les idées reçues, lès traditions consacrées (fèpùî^ viligt-cihq atis. Quélqfûès courtisans s'éïf à'jiJ)ÈiUdissâi€fnï jfeut-ètre. H' y eh a, dans tWtitéS tes cours, àôtA îa mission setrible être 4d*iMtèrïé]^ëu^lè, et délaisser ensuite à d autres le' sSifi^ de se tîïer dii peuplé irrité; à peu près cbMiae' dàîis les cottîbàts de taureau , iî y a dés' ^ris' charma' de piqùêr ce terrible adversaire à" c^û^â de' làticé , éï quand il se lève, ils cêdèhf la jflkcé ih Torféiiâdry qui souvent' jeté eii l'air où' foulé aux pieds,portela peine des provocations dont' lés auteurs oïit dîspaVu. Eu octroyant la CSiarte^ isÀ fbUMiîàSâît^a^ ennemis du gouvernement <jùr 6-étâbfe^SÏ', dé* jtiéf es motifs où du moins' des pré^ tëxtëà plàiisiMés de craiiité. Ce qu'un pi'incè' octroie, xxd sucëeéséuf peut*lie retirer. La' révocatiôiî'ite Fédft de' Pîantës est lui' précédent grave. tivéà' tfést donc foiidé dans uii tel' système, rien* hVst'irrëvdèàlble*, et* en admettant dans un mo-' ifl*(Jtîë lés intentions les plus nàtioniedes et là*^ loyauté la' nidiûs équivoque', rien n'est encore que viager:

Sinàdôùtè, ce dèriiîër ràisbiùiemënt, qui est' îfitbûlé^tàBlê'én'mëtajpliysîqùë, a' dans la réalité" ïAoîhs; dfe valeuï c^ù'oia ùîi lé suppose. Lé rèàpëct

Ci8) du pouvoir envers les oonstitutions tient bien pliyî à la force de l'opinion publique qu'aux engageniens explicites que ce pouvoir a contractés. La Charte n'aurait pas été octroyée , on eût déclaré formellement qu'elle était, non point une concession de la couronne, mais une reconnaissance des droits de la Nation, qu'un prince trop ambitieux pour s'y soumettre et assez puissant pouf la renverser, ne l'en aurait pas plus ménagée. Quand un peuple ne veille pas sur ses garanties, il doit ne pas croire que des sermens compenseront son insouciance et protégeront ce qu'il néglige die protéger.

Quant à la formule de l'acceptation^ il n'y a maU[^eureusement pas d'exemple en France que le peuple ait refiisé une constitution qu'on luioflrait , et cet acte de souveraineté n'a été en lui, depuis trente ans , qu'un acte .d'obéissance. ♦

Cependant, et précisément parce que l'acceptalion de toute constitution est infaillible quand l'autorité la propose, il eût fallu, dans l'intérel même de l'autorité, respecter cette délicatesse de l'opinion. Si j'avais été un conseiller du peuple, je lui aurais dit : Ne disputez pas sur le mode de présentation j emparez -Vous de la Charte; cramponnez-y tous vos intérêts j appuyez -la de toute la force de votre volonté. Bien qu'elle paraisse

Vôuà être imposée , c'est un hommage iqu^oh voiid i^end. Elle vous servira tout autant que si voua l'aviez librement consentie; et quoiqu'ellie vous soit octroyée, ne craignez point qu'on essaie de vous Tôter. Mais si j'avais été le conseiller di% prince, j'aurais supplié le prince de revêtir une Oiarte qui devait sen'^ir de base à son gouvernement et d'arche d'alliance entre lui et son peuple , de tout ce qui pouvait lui donner un appui, une •sanction , des racines nationales.

Cela ne se fit point. Lés amis scrupuleux des principes murmurèrent j la cour entendit leurs murmures, et conçut de secrètes inquiétudes; et dès le premier jour de la mise en exécution du nouveau pacte, il y eut des germes trop visibles de défiance et de division.

Toutefois la jforce des choses était encore telle \ • qUe ces germes ne. menaçaient point. ia France, d'un développement rapide ou d'une explosion violente. Personne , soit au dehors , soit dans l'in- ' térieur du Gouvernement, ne se sentait assez fort pour vouloir courir le risque d'une bataille. Per-» sonne ne connaissait les ressources de ses adversaires. Des hommes étrangers les uns aux autres depuis un quart de siècle, s'observaient, se mesuraient, et ne parvenaient ni à se juger, ni à se comprendre. Un instiact sourd avertissait les par-

ti^ que ce^n'était pas le moment d^URe ej(|)licatiQjÇ| qvd n'eût pas été franche,, lors même qu^eUe fût devenue hostile. Il n'y avait point de centre d'op-^ pçsition qui pût alanner l'autorité , et d'une autre^ part,, la prolongation d'une Chambre de députés a laquelle les intérêts de. la révolution devaient être chers, et la composition même du minisd^re étaii^nt rassurantes*

Certes, je nç veux, point me.constijt.uc]:: ici lîar pologiste dû ministère de i8i4, Peu de, ministère^ ont comn^is autant.de &utes j mais ja n'en sui:} pas mpins^convaipcuque ce»n'e9t point avec inteuition qu'il a gouverné comme il l'a ^it. La grande màJQr rite de ses membres, avait donné ee qji'on^ e^l co^venu de npmmer des, g^ges au r^me.étabÙ par la révolution. Dans cette majorité,. 1^& un^. avaient; suivi d^leur mieux cette révolution, spu» toutes ses formes ,^en y conformant non-sçulemeut. kVir vie pubhque, mais leur vie privée , eu çisçociauft Jeurs Bomi^ à toutes se& crises remarqijabile^.. I^ au);re3 avaient servi avec moins d'éclat ^ n\stis avec autant de zèle le'gouvememen^ impçi:ial.

Un tel ministère pouvait, H^n concevoir l'idée très fausse d'étouffer^ la liberté pçir Fa^^souffisse^ ment, {ie me sers de l'expression inventée si in:* génieusement pjar l'un des ministres.) Q^pauvai^ espérer qu^ les déçrcï^ impçnajui:^, \^ loi^,imp^7

rialtô sîbien Calculées pdur niairitèiiîrfe repos par ià prttsioû et pûtûàr cohâtiatet IWaiiiriuté par le SileiMiè, Itii servit^Lrétft â gdàtemei* liû pëtiple qui âVi^ pâm s'y 'résigner quatorze jans. ïl pouvait TWii^e^ qoe ce peuple , fetîgtié par les malheurs dé la gaèrre , vcftidràît à tofût prix )ottk Ae la pùix , et i'y ^ttâcfrtiiirâit âvéô dôhffflaisaiice. 11 né songeait pas (Jùfe Vhaintûàt (te Factivîté reùd ïînaètion péïiMc; c(tiH! fallait suppléer â Vagîtdtioû belliqueuse par le mcmvement patriotique , et rémplàiBeflès^emvemrs dé la ^oirepar fcs espérances de la Kbcrté ; qtie ^affleura Tamotit dû tépôs est précisément ée iqui dôît arirter «côntt*é te despotisme wie JMrtïoli éclaîî'éè, puisque le pfo^ré de f aibi- #tkité èsl de trofublèr te tépàé; qâe lés ptogrès de îa dtVilisaf ion font etitter l'avenir dans tes calèùls dès boîPnmes ; qu'en éonséiqpencé ils ne veïdéfa't pâ* ^èlâeny^at dès j(>uissances, mais dés garanties ; et que, s'fl est pûssibte par dès mesurés tyranniques et atroces, exécutées inopinément et avec vibleûce, de réjétcir pour un temps plus Dû moitis long une naticm daîts la tyrantiie, ii he Test pas de Vf tàtrienér doucement quand on lui laisse une tribune et sur-tout la presse, dont iWage, qtielqiié restreint qu'il soit, tient la pensée vîvâhte et tui IràppcUé ses droits pât tes enttaves ttiêftlëé ^uW teut lui imposéi^* Maià de tes ei*rém*s itop Ûâtu-

relies à des ministres qui avaient fait leur éducation y les uns dans un exil où ils n'avaient d'autre tâche que de conserver, autant que le permettaient les circonstances , quelques-unes des étiquettes de la royauté ; les autres , sous un maître qui ne laissait à ses instrumens d'autres facultés qu'une obéissance aveugle et mécanique; de ces erreurs, dis-je , au projet hasardeux d'une contre-révolution complète , l'intervalle "était vaste, et le ministère de 18 1 4 ne l'avait point franchi.

Je dirai plus; si cette contre-révolution, se fut présentée à lui de front, ma conviction profonde est qu'il ne l'aurait point voulue. Tel ministre se fut alarmé pour ses propriétés nationales , toi autre pour son origine plébéienne. Le serment d^ clergé, le mariage des prêtres, miUe circonjstances individuelleis auraient rattaché le ministère de cette époque à une révolution dont il sacrifiait le$ principes, mais dont il ne pouvait renier les résultats .

Malheureusement, en dehors du ministère était une faction peu nombreuse , mais forte en apparence de l'éclat du rang; fière de l'élégance de ses formes; croyant que l'autorité est son droit , parce que le bon goût est sa prétention ; se trompant sur son impuissance, parce qu'^e s'étourdit par s^ vanité; et destinée à ignorer éternellement Igt

Nation, parce que, trouvant la iNation mauvaise Compagnie, elle ne croit pas que ce soit la peine de s'en occuper.

LETTRE ni.

Manœuvres de la faction contre-révolutionnaire juaqu^à cette époque.

U NE faction contre-révolutionnaire s'agitait donc en i8i4) autour du gouvernement du Roi.

Ce sont les Ëiutes de cette faction que j'ai maintenant à retracer. Mais précisément parce qu'elle se verra seule attaquée, elle voudra, comme elle le veut toujours, rendre l'autorité royale solidaire de ses erreurs. Je répète donc ici que, non- seule-' ment pour me conformer aux principes fondamentaux de toute monarchie constitutionnelle , mais ce que telle est ma conviction profonde et cère , je n'attribue les imprudences et les &usses miesures de i8i4 qu'à un ministère faible dominé par une fection violente. Tout ce qui, dans les

ordo^^ances9 daiis les proclarnatiqns , dans les actes (Ju Gwyçniement, a paru ÊiT:prise3r I9 can; tre- révolution ou s'écai^er de la jCharte, é^^ï contraire aux intentions du Monarque. Le 5 septembre et la loi des élections le prouvent assez. Le mal est venu des dépositaires subalternes du pouvoir; la réparation est venue du Roi,

Si la faction quji, en 1^14? i^ci^açait les libertés nationales , se fïit composée'uniquement d'hommes restés étrangers, depuis l'origine de nos troubles, a tous les gouvernemens qui av^iept régi 1^ Françp, elle eût été très peiji Redoutable. Sçparée du reste de la Nation par les souvenirs et les habitudes, parlant une autre langue, ayant d'autres mœur;s, professant d'autres doctrines, elle eût paru dans son petit nombre, sa caducité, sa faiblesse, et xi'^ût été que ridicule au lieu d'être alarmante. Mais àès les premiers momens du retotir des Bourbons, et sous les auspices du président provisoire, cette faction s'était recrutée de plusieurs apostats du régime qui venait d'être d&ruit , gens qui n'avaient trahi le despote que sous la condition expresse de ne pas renoncer au despotisme , et qui y avec le zèle d'une servilité qu'ils ne voulaient poink laisser oisive, &isaient hommage à un pouvoir constitutionnel des traditions et des expériences tf un pouvoir arbitraire, Durantles dernières années

de JBoaaparte, les principes impâriaux s'étaient t^Uenieut papprpehés des principes contre-revolutictiçiqa^es , qu^ était assez difficile de les distin-* guer. Le disco^s diji coiiqiiavai)^ contre ridéol(^e fi ^qn ft^tqw 4^ Moscou, figurerait très bien aujoufd'li^ p^Tffà les artides .de k Quotidienne , çt n^ 4%)9X^^^i^t aucune livraison 4u Cenêèrpa" te^jT (i)^ l^s adorateurs du pos^oir avaient re- {tçi^u a qe sigipi^l , et comme dans leurs rangs se trpuysL^e^ 4f ^ mèn)i];)re3 de pcescpie tocites les ÊtmiUes privilégiées, la restauration avait rétajbli naturellement Fanion dans ^es &milles, et fb^du en un seul parti les ennemis de la li})ç;rté ^Vl i 7^89 et en 1814.

(i) « G'e^ à rvdépljQgie , à cette ténébreuse ii\étaphysique » qiû , çn repkerc^ant avec sw^iljé Stes causés premières , » veijït sur ces bases Cço^ier la Ijs^^tio» i/s$ peuples, au » lieu d'approprier les lois à 2^ connai^saiice du cœur buipain >» et aux leçons de l'Histqire , qu'il faut attribuer tous les » malheurs qu'a éprouvés notre belle France. Ces erreurs s» devaient et ont effeptivement amené le régime des hommes » 4p $99g* & ^Sëî , qui a proclamée le principe d'insurrection » c^^mme uç dévo^f ? Qiû^dulé 1^ peuple, en le proclamant » à uîje souveraineté qij'a était iocfijp^le d'exprcer? Qui a » détruit la sainteté et le respect ^es Jpfs ? » ( Di^cqurs au Conseil d'Etat du ao décembre i8iâ.) M. de Bpnald pu M* Frayssinous oQt-ils jam^ pen dit de plus fort?

Formée ainsi de deux cksses dliommes \mî»

d'intérêts et de système, et dont les uns ayaient toujours prêché l'arbitraire, tandis que les autres l'avaient pratiqué, la faction opposée à la Charte exerçait sur le Gouvernement et le ministère un empire indirect et interrompu, mais qui n'était pas méconnaissable. Plusieurs des ministres en disaient beaucoup de mal ; mais elle n'en arrachait pas moins à l'autorité des actes contraires à sa conviction et destructif de la confiance pubhque.

Elle avait commmencé par lui feire commettre une grande faute, en l'engageant à repousser des couleurs que les plus belles époques de la liberté et les plus glorieux souvenirs de la victoire rendaient nationales. Cette réprobation d'un signe qui avait présidé à la destruction de la Bastille , et qui, avait flotté sur les remparts de toutes les capitales conquises , Simit profondément affligé l'armée; et, ce qui était plus fâcheux pour la stabilité du Gouvernement, il en était résulté que ces cou-^ leurs proscrites étaient en quelque sorte un talisman d'insurrection , dont le premier factieux pouvait s'emparer. On a eu l'occasion de se convaincre des suites funestes de cette imprudence , lors de l'arrivée de Bonaparte.

Daus l'administration joumaUère, la même &c^

( ^7 ) lion forçait sans cesse les ministres à se plier mal* gré eux à ses caprices.

Ainsi, pour en citer au hasard quelques exemples , les orphelines de la Légion d'honneur se virent disputer les hiens qui étaient le prix du sang de leurs pères. Une ordonnance remit en question leurs droits à la reconnaissance nationale, et cette ordonnance néanmoins n'était point conforme au système ministériel j car le ministère la fit iucontinent révoquer. . .

Lesinvahdes, objet de la même malveillance, fiirent moins heureux que les familles des légionnaires. Plus dé mille de ces braves Inutiles furent chassés de France, sous le prétexte que le pays de leur naissance était redevenu étranger. Quinze cents autres , nés sur notre sol , fiirent renvoyés dans leurs foyers avec des pensions honteusement modiques. On osa proposer la réductioA de plusieurs succursales de ce respectable établissement; ce ne fut qu'en s'appuyant sur l'indignation publique que le ministère put s'y refiiser.

U eut encore moins de succès dans son oppo- ' sition à une autre ordonnance, qui attribuait les places de l'Ecole miUtaire à là fidèle noblesse, c'est-à-dire, à celle qui, pendant vingt ans, s'était déclarée en état de guerre contre la France.

Louis XVI n'avait eu que q|îatre compagnies

( ^8 ) de gardes du corps : on ^n trréa six. Ce prince^, long-temps avant la révolution, avait supprimé les compagnies irouges : on les rétablit.

Ce que la faction obtenait pour le militaire ^ elle l'obtenait de même pour le civil- ,

Les règlemeus relatifs aux fêtes religieuses., règlemens^ui empiétaient sur le domaine de la loi , furent imposés à un ministre qui ne les signa qu'avec répugnance. Les restrictions à la liberté de la presse, ces restrictions qui semUaient déceler des intentions si peu libérales , et qui, par une coïncidence ipalheureuse, furent à la fois la première proposition du Gouvernement et la première violation de la Charte, ne prirent point naissance dans le ministère. Si l'un dés ministres s'y attacha ensuite par amour-propre de rédacteur, plusieurs de ses collègues les avaient hautement désapprouvées. Mais leur désapprobation même démontrait qu'une influence plus forte qu'eux l'avait emporté sur leur opinion. Le public n'était point rassuré par des épigrammeâ , quelque spirituelles qu'elles fussent, et l'on aurait voulu, pour le maintien de la constitution, un ministère qui sut empêcher ce qu'il blâmait.

D'ailleurs, il y avait, dans ce ministère, une minorité qui sei^ait partager^ les désirs et les

(?9») opinionade^la ËietîoB cpie jfai indiquée, et c^te minorité devenait quelquefois majorité.

Deux. ministres , dont ruxL^apcâs surdiF publié ^ durant son àmg^atioaj des ou;^rages trop &niteu& par leur violence, av^ ccMEttinxié sous- Bonaparte à recommander les principes du pouvoir absoluj, et dontrafutre, resté dans sa patrie, y avait professé plus, obscurément les mêmes dbotrines, sair^ sissaient toutes lê^^ôGea6ioBS• d'attaquer, pap des' insimiationsrassoBpeadetouitiées^, le nouvelordre de cbose&^tabli en France.

Taxitôt-ils compai^aient la^ Charte, résultat de^ lumièreset delà. philps<^hi» du- siècle ; la> Charte , . hjeureuse» et : sagp conJoânaison» de la prérogativeN royaleet dies drDits.civiqifiesv ^»sa^ordeimaaG6s«dea* rois de France dans^les-tempsrde laféodaEté; et> la Nation, sous.LouisXiYJiilt,, après 178^;, aiu ser& affia^dâsr gtr Louis^^WCros.: TsaitoV ila> remplissaient le. préambule deB l0is{i) d'allusions r propf esit^branler ksoIiditédesTentes natiûnales^>> et divisaient le peu^de. français en. deu& parties,, dont Vxme avait suivi exclusivement la ligne di^oite et irréprochable, tandÎE que Fitutre, composée de ^tous . les citoyens^ qui/ n'avaient . pas^ adopjbé , ■ I I I II ■ I I 1 ■ I-.

(1) /^oypft9le>%pféaiDlgAe diila^lo» rdàtt^ awrbieiiS'XKnir-

pendant une révolution de vingt -cinq annéeâ, lé système égoïste d'une inaction presque impossible^ était firappée de réprobation et de défaveur; et, après un pareil outrage à l'opinion publique , Fauteur de cette insulté était décoré du titre de comte* ;

Un troisième ministre , bomme d'esprit , discret , adroit, quand la colère ne Fégare pas , itnais affectant pour les lumières tout le dédain d'un homme de (j)ur, et perdant par une extrême irritabilité le fruit de son adresse, secondait fréquemment les intentions de cette minorité , sans partager en tout son absurde théorie, et seulement parce que cette théorie flattait les haines individuelles qu'il avait nourries, pendant vingt ans d'ambition mé- . contente et d'amour-propre blessé.

La faction se sentaiir donc appuyée , et voyant qu'elle dominait trop souvent le ministère, elle ' marchait en avant dans son imprudence et dans son audace , cherchant à rendre tout retour vers la modération impossible, en compromettant l'autorité. . '

Dans ses pamphlets et daqs ses journaux , elle énonçait des doctrines ou inquiétantes, ou offensantes pour la majorité du peuple français. Les * propriétaires de la moitié dç notre sol étaient alarmés. Nos guerriers qui, sans doute, avaient

pris part contre leur gré à des expéditions injustes ^ mais qtii, néanmoins , ne pouvaient regarder leur obéissance aux ordres de leur chef comme un crime , ni leurs victoires comme une honte, nt)S guerriers dont les plus illustres, ayant concouru à la dépo-sition de Bonaparte, se croyaient des droits aux ménagemens de l'autorité qui l'avait remplacé, se voyaient dénoncés par des lihelliâtes accréditée, comme un ramas d'hommes sans morale^ dévorés par un féroce égoïsme. Les premiers auteurs du mouvement national de 1789, qui avaient l^ conscience de leurs intentions, la mémoire de leurs sacrifices et celle de leurs efforts courageux pour que ce mouvement restât pur de tout excès , étaient injuriés , calomniés, voués à une proscription morale, présage d'une persécution plus active , dans des ouvrages dédiés à la famille royale (i).

Les royalistes exagérés Élisaient plus : ils jetaient du doute sur les intentions du Roi lui-même ; ils semaient la défiance entre lui et le peuple, et troublaient ainsi l'heureuse harmoi^ie qui aurait pu exister entre la Nation et le Monarque.

Le Roi sentait cette triste vérité mieux que personne. Long -temps avant l'instant de la crise, il avait tâché, par plusieurs déclarations rassu-

(0 ^oyw les écrits de M. Hue.

(3:.) rd<)tte5> ^'apaiser le mécontentemehtqa^ifoç'aiêti^ c^K^ter tsmt de^ démarches inconsidérées. Mais lës^ royalistes exs^erâ ètaierît toujoQfS' emj^riessés à^ protester eoBlre les efforts de sa sâge^ë. Èè oppd-*' sai^t à'sês paroles^ publiques* des révéktioùs sé^' crêtes , et poar llrpltis grande gloit^^ de la ihonar--' cHe, ilë accu^ient oorerCcfmeSït' k m^ûarqtië'dé' duplicité (i).

(^i) L'expérience du 226 mars ne les a pas corrigés. Ils ont^ p'étsiSte dans' leurs iiiiprùdences en 181 5 et 181 6, comme aèpkraTànt'; iMse'soAta^jJliquésà rendre lé Prince suspect à:?l« Nmirtf-, pbUîr qâe^la I^aWoh fût'sUspbcté au Ptîncè. Je* parcours les séances de la. Gbsbùitê intrôtivaHéy et jé'lîaf atf sujet de la restitution des biens du clergé^ les pïitâsbs &Ui« vantes : « Il y a des pensées qui eâdstent entre uû père et' » son fils, entre un bon peuple et son roi. <^uand je lis lé >» tes\an^ent de Louis XVl; quand je vois les regrets qu'il >» eij^iîtoè d'avôît' appose sa signature à des actes qui ont »»'dé^(Mlé l'Epie'; qhaàd je -sdrig&*qùè touîs'xVïU nous' >. a lui'Amènw'faif Astdawiet lè^^'^miffe de cet adiiiîtâBlë ' » testanieiit , je sens qoeHë est la 'i;m^&&^ pensée dii ïliôi: » * (Séance du 22 avrit iSiS.) « Est-il' bien sage et bien » prudent de forcer , dans leurs derniers retranchemens , » ceux qui aimeraient mieux suivre en silence la carrière » de rè^tàiiràtion qii^a ouverte devant eux la confiance pu- » Mqtte? Êst-il sage de' forcer à dite tout haut ce que tout » le m^nêe- sak-^ et-cegn^ncherchait^à ne pas dire? V £st*ce lorsqu'il s'agit dein%tièl:èt'ecclésia$fiqiie$j*dé 1^

t^uland il réitériait Fassurancé <jué les propriété* Nationales seraient inviolables, ils imprimaient xfu^aùcui^ puissance hûmainene^ut sanctîobhèr ce (jui^st iUègitiûie (i). Quiaticl il promettait la

A réstituticm des biéhs ie l'Eglise , de là àotation de ses 9 ministres y qu'il e3t convenable de supposer que lés ardôns » défenseurs dé ces principes sont en opposition avec là- ve* » ritahle vobnté royale ? Ils ont quelques raisons de croire i> que ces idées , qui ne sont pas celles de ce qu'oti appelle te le siècle, scmt celles de la famille royale et du Roi lui^mêmB, » Ils croient mênàe le savoir par des révélations exactes et >> sihcères. » Ainsi , dans tous les temps , ces hommes se sont placés en hostilité iavec la volonté déclarée du feoi, et en dénonciation de sa volonté secrète^ Ils l'ont fait à la trîbutie , ^uand l'accès de la tribune leur était ouvert; ils l'ont fai& dans leurs journaux^ quand ils étaient repoussés de la tn^ bunè; et ce sont eux qui accusent les révolutionnaires > comme ils affectent de les noàmier, d'avoir calonmié les infeèntions du Mônarquiè !

(i) Ployez plusieurs articles du Journal des Débais de 1814 et i8i5. Je n'ai ^as les plus violens de ces articles ett kna possession I mais j'en prends un que le hasard me fait retrouver, et )e lis : « Le Roi a istatué, à l'égard des bienJ M nationaux, tout ce qu'il pouvait statuer ■ il a déclaré irrè^ » vocables les ventes qui eh ont été faites; elles le sont..,.«. » Nous respectons Isa parole sacrée ; mais ne demandez rien » de plus. Nulle puissance humaine ne saurait légitither ' »*cc qui est illégitixiie. » (^Journal des Débats du 9 octobre .1814. ) Qu'a-t-on dû penser quand on a vu ces mêmes

justice et TouBli , ils réveillaient tous les souvenirs , ils menaçaient toutes les classes, là leur exceptée , de toutes les rigueurs , sous tous les prétextes* Quand il ei^ageait M. de Chateaubriand à calmer les esprits en proclamant la nécessité d'un attachement scrupuleux pour la Charte, et qu'il ac^ cordai t publiquement à cet ouvrage son approbation la plus illimitée, ils professaient avec affectation lieur dissentiment et leur blâme (i). Rebelles à

jèumalistes se récrier, depuis les évènemens du 20 mars, sur les craintes inspirées aux acquéreurs de biens nationaux f et attribuer ces craintes aux amis de la révolution, comme ceux qui brûlaient les châteaux en 1789 , prétendaient que les propriétaires les incendiaient eux-mêmes poi^ avoir occasion d'accuser le peuple.

(i) Cette protestation des royalistes exagérés contre l'ouvrage de M. de Châteaubriant, se trouve dan^ le Journal Royal dé novembre ou décembre i8i4- *« M. de Château- » briant , dit ce journal , fait tenir aux royalistes un langage M bien extraordinaire. Quelques propos inconsidérés tenus N dans les salons , ont donné lieu à cette fiction qui n'est w point heureuse. Nous y répondrons en disant que les fidèles * sujets du Roi , émigrés ou restés en France , ne s'occupen* » ni de liberté , ni d'égalité , ni du progrès des lumières. » Us oublient la révd^ution et ses crimes ^ la philosophie et » ses 'erreurs, leurs malheurs particuliers, les injustices pu- >> bliques. Ils s'honorent de leur détresse , et la vue du Roi^ %> assis sur le trône de ses ancêtres , en adoucit les rigueurs.... » Confondus dans la foule de 5^ sujets , ils n'examinent

ï^àùtonté qui véulait réparer leurs &utès, èûjEiiétitô ^ temps qtfelle répugnait à les en punir, ils persé^

i - ■ fî -J*^^ ;^-.--f fr-, . 1^ — . ' ■' ..ir.

^» point si la France avait ^ dans les temps reculés , le gou** ^ vemement qu'elle a aujourd'hui; s'il convient mieux aux ^ Anglais qu'à nous ; si la balancé des trois pouvoirs était ^ regardée par "tous les grandes hommes de l'antiquité comûie » le chef-d'œuvre de* la polirique ;. si nos auteurs célèbre) » ont eu tort ou raisoti d'exalter lès avantages du gouverne^ » nteti't représentatif ;. si l'on en retrouve l'ori^e dans lès » sortes en Espagne, les états -généraux en France^ les » parl^neos en Angleterre; s'H est un bieâiait àe']aK:iV^ » lisation ; si après les journées de Crécy , de Poitiers et ^ d'Azincônrt , dont lés champs furent arzt»sés du àang des V gentiâiommes français, la noblesse devint inutile; sil-ébgft » qu'en fait Gibbon, dans son ouvrage de la décadence de >» l'empire romain , est bien, mérité; ils obéissent au Roi.... >» M. de Ghâteaubriant voudrait, ^ur éviter des récrimi)ia<* ^ tions, effkcér des souvenirs, détruire jusqu'à c€% noms » d'émigrés, de re}>^stes , de faïiatiqués, de révoiutioa-» » naires, de phil<)s(^es..w II viçut cotifondrè lés hommes M les plus. vertueux et les plus honnêtes avec le^ plus grands «> coupables.... Nous avons expiimé les vœux des émigrés » et des royalistes : ils ne veulent point d^amalgame. » J'ai' cru' cette protestation curieuse à rapporter, parce qu^dle montre à la fois ces royalis^s^ar excellence flétrissant d'un, blâme sévère dès principes approuvés par le Monarque , et ces défenseurs^ dé la Charte et du goUtememen.t représen^ tatif , pit>diguânt à ce gouvernement ul'L sorte de dédain chevaleresque parodié du moyen âge. Mais dans cette paro««

véraieùt dans une marche qui conduisait là monarchie aux bords d'un abyme.

Et ce qu'ils &isaient ainsi dans la capitale, n'était rien à côté de Ce qu'ils essayaient en province. Ils réclamaient des droits, des préséances, des prérogatives que les nouvelles lois avaient abrogées (i). Ils annonçaient hautement l'époque prochaine qui devait les voir rentrer dans leurs biens (2).

die sérieuse , on aperçoit l'influence du temps qui modi§e tout. Lès prétentions littéraires s-y trahissent ; l'amour propre du 19^ siècle s'applaudit de rédiger si bien ce qu'il croit être les principes du i5*. Je dis ce qu'il croit être ces principes ^ car- en réalité , le i3f siècle, intolérant, grosssier, mais sincère eténei^que , ne professait point les doctrines de servilité qu'on voudrait lui attribuer. Dans le même journal , M. de Châteaubriant est attaqué plus vivement encore. « Ou il » rétractera , y est-il dit, ces lignes à jamais coupables , ou » il doit encourir le blam<à général , quelles qu'aient été les » considérations qui l'ont engagé à tenir ce dangereux lan- » gage. »>

(i)«Le& journaux de i8i4 ont tous raconté le scandale cauisé dans une église par un ci^deyant ^eigçeur de village , qui ^^oulait se faire apporter le pain béni avant qu'il ne fût présenté au maire.

(2) J'ai trouvé , dans un journal.&ançai8 qui se publie en Angleterre , quelques extraits d!une correspondance de Paris , qui viennent telle: >at à l'appui de toutes mes assertions , que jA oc puis me refuser à les transcrire. On ne soupçonnera

( 3? ■) A ces imprudences politiques, se joignirent des insolences sociales aussi fâcheuses , quoique moin

pas ce journal d'avoir été rédigé sous l'influence soit de Bo^ naparte , soit de la liberté. Son auteur a de tout temps con- . sacré sa plume à insulter l^un et à combattre l'autre. Mais son correspondant voyait juste sur les fautes de la cour , et ce qu'il en dit a d'autant plus de poids, qu'il stf montre toujours zélé partisan de la monarchie et de la légitimité. « Je vous i> ai déjà parlé depuis long '^ temps, écrit -^ il, de l'actloii » d'une puissance obscure qui pesait sur la Frsmce , dans un >» sens diamétralement opposé à la volonté du Roi ; qui tendait » sans cesse à rétablir le trône comme il était assis avant 178g, » ou plutôt sous Louis XIV.... De là une régence occulte » inceâlKanmicnt contraire à la doctrine dont la France entière s réclamait l'exclusive adoption.... De là cette marche équi«- » voque dans 1q Gouvernement, que cette faction dominait D à son insii; de là l'inexécution de toutes les promesses; de » là les entraves mystérieuses qui ont anéanti tous les moyens » de préservation.... Le Roi est rentré pour un petit nombre , )» suivant les royalistes exclusifs. H est remonté sur le trône , » non pas en faveur de ceux qui l'y ont appelé , mais unique- » ment pour ceux qui sont rentrés , étonnés plutôt que ravis » de revoir la France. Ceux-là , qui ne considèrent le Roi » que conune un^accident dans la révolution qui vient de se - » faire , ne lui obéissent que lorsqu'il leur donne. Us ne le » considèrent conune roi, que lorsqu'il voudra tonner, fou- » droyer les autres , et détruire une paix publique fondée » sur l'union de tous.... Ils traversent ses ordres, invalident •^ %.es instruction^ , et tp.ut en criant respect au Hoi , que le

coupables , parce qu'elles étaient plutôt Teflèl. 4'une habitude d'impertinence que d'ua desseiii prémédité.

Les classes que, dans notre état de civilisation,, nous sommes convenus de nonuner supérieures, soAt entraînées malgré elles ^ et indépendamment de tout système ^ à se considérer comme d'une autre espèce «que le reste des hommes. L'atmosphère factioe qui lesentmire, leu^paraît plus pure que celle où la nature ^ace le vulgaire. Elles prennent leurs préjugés pour des règles incontestables ; leurs conventions pour de la morale ; les aentences prononcées dédai^eus^nent par leur petit nombrepour des'arr^ts de la justice étemelle^ Les ppinions hbérales elles -mânes, ne les gué^ rissent pas toujoxirâ de cette manière de voir étroite ^t hautaine. Il reste aux privilégiés convertis des traditions d'arrogance qui leur coûteraient plus à d^oser que leurs privilèges , et j'en ai vu qui se croyaient de ll^onQe foi les plus ardens amis de l'égaUté, et qui, au sein de leur démocn^tie de fraîche date, avaient conservé un ton de condescendance protectrice singulièrement en contra-r diction avec leurs principes.

» règne du Roi vienne , ils donnent des ordres sous main e^ » répandent des instructions clandestines. » ( Ambigu à\ mois de mars i8i5. )

(39> ^ A plus forte raison , ces airs d'tine supériorité inaultante devaient -ils caractériser lès hommeà restés fidèles aux maximes de l'aristocratie renversée; Tintroduction de généraux, de ministres sortis des rangs du peuple, leur seitihlait flétrir la pompe des palais rendus à leurs anciens maîtres ; et en recevant les auxiliaires que leur imposaient les circonstances, ils ne pouvaient se défendre de traiter ces auxiliaires comme des intvW^ Quel dommage^ disait tend^eméht Un duc de l'ancien r^me à l'un dé nos guerriers les plus admirés , guel dommage que pousn^ayez/pàsy cortime Vun de nous, ce gi^ ne se donne point ! Noim nie connaissons pas ces femmes, disait une daîmede la cour à làdy Jersey, qui lui demandait le nom d'une duishesse de création récente , ce sont des maréchales^

Ainsi s'établissait, entre les hommes de la révolution et les contre-révolutionnairejj, une divi- . sion permanente dont les syinptôines éclataient à chaque instant, et qui préf)araient une guerre à mort entre l'insolence et la fdrce, la vaiiité et l'oi^ueil.

Quoi! devait se dire et se disait ^n effet lallation blessée , c'est à ces classes privilégiées que nous devons les maux dont nous avons tant souffert j Ipurs scandales , leurs déprédations , leurs rési*

Page 1