LETTRE IV
u^peu des fautes du Gouuemement royal par 8ês minisires mêmes,
J|^£. mécontentement qui régnait en France était -il 9 comme on, a voulu nous le pa^suader en i8i5) l'ouvrage de quelques malveillans qui, 9'appuyant moins sur des feits que sur des hypoth^es y excitaient des soupçons mal fondés et semaient des alarmes chimériques?
La majorité de la Nation était -elle étrangère à ce mécontentement 9 et environnait- elle de sar confiance le gouvernement qu'au 20 mars elle n'a pas su défendre?
Enfin, les Êiutes de ce gouvernement sa composaient -elles d'actes de Êdblesse en Êireur des hommes de la révolution, et n'aurait-il eu hesoin que d'être plus sévère pour n'être pas renversé? TeDes sont les questions que je vais traiter.
La réponse aux deux premières est simple et facile.
Sans doute les craintes qui, à cette époque, agitaient la France, se fondaient sur des proba-* bilités , sur des conjectixres , plutôt que sur des
faits positif. Mais on peut exciter du ^oonten^ tement par des insinuatioxis e^par des menaces^ aussi bien que par des actes.
Quand les îouraaua: ptibliaiçnt que le maréchal Bertfaier , ayant Êiit hommage au Roi de sa terre de Gros -Bois comme au propriétaire légitime, le Roi la lui avait rendue , et qu'il Pavait reçue comme un <}on; quand les mêmes journaux refusaient au maréchal d'insérer sa protestaition contre cette fable, ce n'était pas un acte du Gouvernement, IVIais n'était -ice pas une atteinte portée presque officiellement à l'inviolabilité de%blens nationaux? Le prince de Neufchâtel racontait à qui voulait l'entendre, sa s;urprise, ses efforts pour détruire un bruit qui le cômproihèf tait aux yeux du public , ^t l'adresse avec laquelle on avait éludé ses ré-* clamations.
Quand toutes les feuilles périodiques aimon- ^ientFépuration prochaine de l'Institut, ce n'était pas non plus un acte ; mais oh y voyait avec justice une manière de sonder l'opinion publique par des aiiicles commandés ; et deâ désaveitx tardîÊ, qui a> aient l'air de* la contrainte, ne réparaient en rien l'effet de ces démonstrations inconsidérées.
Le mécontentement existait donc , et il était en entier l'ouvrage des royalistes exagérés, dea ^utçs qu'Us commettaient malgré le GouvemCT
ment, ou de celles qu'ils lui faisaient commettre, et qui, par cela m|pae, avaient des résultats plus fâcheux encore.
Ce n'est jamais volontairement qu'une nation est n^écontente : la majorité, chez tous les peuples, n'aspire qu'au repos, parce que le repos est pour elle la condition indispensable à l'exercice de ses facultés et au développement de son industrie.
Pour disposer cette majorité à troubler l'ordre public , il feut que l'autorité, ou ceux qui se disent protégés par elle, exercent des vexations o\\ sèment des alarmes. La cjainte d'un mal chimérique peut être aussi fi^ieste, dans «es conséquences, que l'existence d'un mal réel. Mais c'est encore à Tautorité qu'on doit s'en prendre. Si cette crainte se répand , c'est que l'autorité n'a pas su donner aux citoyens paisibles assez de garanties de sa loyauté ou de sa force. Toutes les fois qu'on voit un peuple agité,, l'on peut, avant même de connaître ses griefe, décider hardiment, noii qu'il a raison, mais que son gouvernement a tort^
En réfutait les deux premières assertions, j'ai déjà opposé à la troisième une réponse assez' péreniptoire. Sur ce point , toutefois , ce n'est pas au seul raisonnement que je veux avoir recours.
Pour confondre ceux qtii nient aujourd'hui les iautes commises par le gouvernement royal à une
îiutre époque , persuadés qu'ils sont que les dépositaires de la puissance ne doivent jamais reconnaître leurs erreurs , comme si la franchise n'était pas dans tous les cas le meilleur moyen de réparation, je citerai des aveux formels , qu'on ne peut interpréter que^ar ces mêmes fautes, et qu'on ne peut détruire. Ces aveux se trouvent dans les discours et dans les écrits des royalistes les plus zélés , dans les ordonnances royales , dans les prodamations ministérielles avant le 20 mars.
Ce fat le 5 que la nouvelle du débarquement de Bonaparte parvint à Pans. Dès le surlendemain , dans un ordredu jour adressé à la garde nationale, on voit qu'en tachant d'affaiblir les chances de succès de' Napoléon , l'on reconnaissait que s'il pouvait se flatter de réussir, c'était par une suite de défiances que le gouvernement royal avait inspirées. Dans une ordonnance du 9, pour la mise en activité immédiate de la même garde nationale, le Roi s'exprime ainsi : « Nous avons » trouvé le point général de ralliement dans la )) Charte constitutionnelle, qiie nous avons pro- » mis d'observer et de fidre .observer à jamais , y> qui est notre ouvragé libre et personnel, le » résultat de notre expérience, etc. » N'aperçoiton pas dans ce soin de déclarer que la Charte est l'ouvrage libre et personnel dvi Roi , un^ réponse
à rassertion habituelle des royalistes exagérés j qui représeutai^at la Charte comme l'efifet de la violence exercée sur le Monarque, et qui en ti-^ raient cette conséquence , que n'ayant pas été. libre en la donnant, il n'était pas astreint à k Élire dbserver? Le Roi continua : ce Nous vou^ y> Ions que la Charte constitutionnelle soit le point » de ralliement et le signe d'aUiance de tous les » Français ; nous regardons comme nous étant y> seuls véritablement affectionnés ceux qui défé-* y> reront à cette injonction ; nous envisagerons y> comme un attei^tat à notre autorité et comme » un moyen de favoriser la rébdOion , toute entre- :» prise directe ou indirecte, par actions, écrits » ou propos publics , qui tendrait à ébranler la » confiance des gar4ea nationales en la Charte » constitutiipnneUb, ou à les diviser en dictions » par deadiatinctions que la Charte repousse. » Y eut-il jamais rïeù. de plus clair que ces paroles? A qui le Roi s'adressait-^ il , quand il disait qu'il r^rdait comme lui étant seuls véritablement a^ctionnés ceux qui déféreraient à son injonction? Ce ne pouvait être à ceux qui attaquaient la Charte dans le sens impérial, révolutionnaire ou démocratique : ceuxf-là. ne feignaient pas de lui être véritablement affectionnés. Ce n'était pas leur affection fausse qu'il yoidait distinguer d'une affee*
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(47) tioQ véritable. Les hommes dont il parlait n'étaient autres que ces courtisans, ces zélateurs du pou- , voir qui, sous le spécieuxprétexted'un dévouement . sans bornes à son autorité, insultaient aux limites que la Charte avait tracées. Ceux-là setJs pou-* valent déférer à son injonction. Ceux-là seuls aussi pouvaient être soupçonnés de travailler à . diviser k garde nationale en factions par des diî^ tinctions que la constitution repoussait. L'invitation royale avait évidemmeht exclusivement en vue les royalistes exagérés.
Quand, dans une proclamation qui suivit de près cette ordonnance, le Roi disait aux armées: <c Je m'associais à la gloire de vos triomphes, alors y> même qu'ils n'étaient pas pour ma cause », ne voulait-il pas effacer les traces de ces reproches si follement adressés à nos guerriers par des hommes qui leur faisaient un crime de leurs exploits, n'es- • limant de valeur que celle qui est dirigée contre * îa patrie, et de gloire que la gloire acquise sous les drapeaux étrangers? •
La Chambre des députés s'étant réunie, chargea son présiclent de présenter au Roi son hommage. 11 ne faut pas oublier quel était ce président : c'était M. Laine, que nous verrons opposer à Bonaparte, jusqu'au dernier instant, la résistance la plus invincible j M. Laine, que nul ne
( 48 ) V)upçonnera de tiédeur, de malveillance contre Louis XVIII, ou d'uae intelligence secrète avec les ieniiemis du Monarque. Comment s'exprimaitil dans cette adresse dont il fut à la fois le rédac-* teur et l'organe?
c( Quelles que soient, disait -il, les fiiutes corn-* )) mises, ce n'est pas le moment de Jes examiner* y> Nous devons tous nous réunir contre l'ennemi >) commun , et chercher à rendre cette crise profiy> tableàla sûreté dutrôneeit à la liberté pubUque.» Il y avait donc eu dés Êtutes commises? A qui fallait -il les attribuer? De quel genre étaient ces fiiutes? Pourquoi n'était-ce pas le moment de les examiner? Si elles . avaient dû retomber sur les adliérens de Bonaparte , certes l'e:^sgaien n'eût pas été déplacé; mais elles retombaient sur une portion des hommes qui se disaient les amis du Ptoi. L'assemblée, témoin de ces Êiutes, voulait les .couvrir d'un voile d'indulgence, pour ralUer autour du trône tous les défenseurs de la monarchie. Cependant elle éprouvait le besoin d'indiquer cette indulgence, pour que ceux qui en profiteraient n'oubUassent ni le mal qu'ils avaient causé, ni le pardon qu'on leur accordait. Si elle annonçait que cette crise devait tourner au profit de la liberté pubhque, c'est que la liberté publique avait été menacée j c'est que les alarmes conçues
pour la liberté publique aggravaient le âauger de ï'invasion qu'on voulait repousser , et que pour que la Nation protégeât le gouvernement royal, il était urgent cjpe ces alarmes fussent dissipées.
11 y a encore dans cette adresse une phrase remarquable : « Nous vous conjurons, Sire, disent y> les députés, d^user de tous les moyens que la y> Qîarte constitutionnelle et les lois ont mis entre )> vos mains. » Mais Téxplicatiôn de cette phrase trouvera sa place quand je traiterai des projets des royalistes exagérés , projets contraires aux lois et à la Qiarte constitutionnelle.
Le discours de M.Xainé, lors de Fouverture des délibérations, n^estpas moins-important à étudier. Il annonce plusieurs améliorations, et toutes les améliorations annoncées sont autant de répara^ lions promises.
Les restrictions attentatoires à la liberté de la presse, avaient produit une impression désastreuse. Aussi M.Laiiié assurait-il à la Chambre qu'on travaillait (c à des rêgléniens qlii promettaient sans y> danger à l'impatience toute la liberté de la presse, » dont l'histoire dira , conlinuait-il , ' que nous » jouissons déjà beaucoup. »
Le droit de pétition avait été méconnu. Aussi M. le président disait-il ce qu'on se proposait d'ay> doptér quelques charigemens au règlement, suiv-
» tout en ce qui concernait le droit de pétition » qu'on voulait consacrer de nouveau et conso- » lidfer. y>
L'opinion s'était affligée ou indignée des ordonnances imprudentes dirigées contre la Légion d'honneur, et du mépris plus imprudent encore versé par les habitués de la cour sur ipi établissement que les zélateurs ombrageux de la liberté avaient vu jadis d'un œil mécontent, mais que les partisans des privilèges ne pouvaient avoir envie de détruire qu'en haine de la révolution et des institutions qu'elle avait créées. L'orateur insistait donc (( sur les regrets qu'éprouvait la Qiambre de » n'avoir pu changer en résolution cette proposiy> tion qui devait maintenir à jamais la Légion- » d'Honneur que J'on voulait doter irrévocable- » ment. »
Enfin la faiblesse du ministère avait fatigué toute la Nation , et M. Laine rappelait en finissant^ que (( de toutes les lois dont on s'était occupé y> dans la session dernière, la proposition relative y> à la responsabilité des ministres était l'objet de y> la plus vive sollicitude; et ce n'est pas, ajoutait^ y> il, dans les circonstances actuelles que le préy> sident doit développer les raisons qui la font » plus vivement regretter. »
J'omets une foule de détails; pour px'occuper
. (50 «Tun second discours de M. Laine, prononce le 16 mars, après la séance royale. Ce discours est plus r^narquable encore , s'il se peut, que le premier, et les passages que je vais citer ne laissent subsister aucune équivoque : <c Ce n'est pas le • » moment de rechercher les fautes , de découvrir » toutes les causes de cette agitation inattendue, » La France obtiendra bientôt, par ses représeny> tans, justice et réparation.... Ce ^'est plus de ^ la cour <jue peuvent venir les inquiétudes sur y> la liberté et les droits reconnus,... Dès que la » France «era délivrée , nous aurons toutes les ï) garanties qui assurent à jamais la sage liberté » des peuples. Non -seulement le Roi, mais les » princes qui sont sur les marches du trône, ont ^) fait des promesses solennelles. Ils n'aïu'ont ja- » mais ni la volonté , ni le pouvoir de les violer.... » Les corps de l'Etat et tous les Français ont de- » mandé ime Charte qui assurât les libertés pu- » Uiques. Le Roi l'a donnée : elle a reçu l'assen- » timent général j et vous savez s^il a voulu qu'elle » lut partout et toujours fidèlement observée. Il y> s^est étudié à étouffer les passions et les veny> geances toujours prêtes à se rallumer.... Si la » terre fi:-saiçaise engloutit son oppresseur, des y> jours brillans se lèveront sur un peuple réconcilié » avec son gouvernement. »
Ce n'était point tin membre de l'opposition qui s'exprimait ainsi : c'était le président de l'assemblée', l'ennemi le plus déclaré de Bonaparte , celui que l'adversité n'a point abattu , dont la fidélité ne s'est point démentie, dont l'intrépidité s'est accrue par le danger. J'aime à lui rendre ce témoignage. Pour être sévère quand je condamne , j'ai besoin à'être juste quand j'approuve.
Or, jelelvd demande, lorsqu'il parlait des réparations que la France devait obtenir par ses représentans, de qui pensait-il que ces réparations pouvaieiit être exigées? Quand il indiquait que l'agitation qui régnait avait des causes secrètes, où cherchait -il ces causes? Ses propres paroles révèlent sa pensée : ce Ce n'est plus de ïa cour, y> dit -il, que peuvent venir les inquiétudes, yf Elles étaient donc venues de la cour? (c Les prin- » ces assis sur les marches du trône ont fait des y> promesses solennelles qu'ils n'auront jamais ni y> la volonté, ni le pouvoir de violer. » On avait donc craint qu'ils n'en eussent ou la volonté, ou le pouvoir? « Le Roi a voulu que la Cliarte jfïit )) partout et toujours fidèlement observée. » Il l'a voulu, dit M. Laine, et certes mon opinion sur ce point est d'accord avec la sienne. Mais M. Laine ne dit pas que la volonté royale eût été accomplie , et son éloge des intentions est une reconnaissance
indirecte que l'exécution nWait pas répondu àçe^r intentions loyales. « Des jours brillans se lèveront » sur un peuple réconcilié avec son gouvernement.» Réconcilié ! il y avait donc eu. division , éloignement, rupture? Et le blâme de cette rupture ne pouvait retomber sur la Nation, puisque de l'aveu, de M. Laine c'était la Nation qui avait droit d'obtenir réparation et justice.
Si des harangues d'apparat, où cependant la gravité des circonstances avait introduit, conune on le voit, une sincérité peu commune, nous passons aux délibérations des Chambres, aux propositions émises et aux sermens prêtés dans leur sein, nous retrouverons à chaque instant le désir de réparer les &utes dont le président avait fait deux fois une mention si sévère.
Tantôt c'est un député qui veut que le dépôt de la Charte constitulionneDe soit confié à la fidéUté et au courage de l'armée, de la garde natiSnale, de tous les citoyens ; et le ministre s'empressQ d'adlîérer à cette proposition.
Tantôt on insère dans un projet de 4oi un article portant que tous les écrits et tous les discours contraires à l'inviolabilité des biens natio* naux, ou provoquant le rétabUssement des droits féodaux, des dîmes ou des rentes seigneuriales j^ seraient considérés comme des attentats à la sûreté
puBIiqne. Le motif de cet article n'est -il pas évident? Ne voit -on pas qu'on avait inspiré des inquiétudes aux acquéreurs des biens nationaux ; qu'on avait répandu le biTiit du rétablissement de la dime, des droits féodaux et des autres privil^es vexatoires abolis par la révolution? Il faut remarquer que, par une disposition de ce même article, les peines attachées à ce délit étaient aggravées dans le cas^où les coupables seraient des fonctionnaires publics. N'était-ce pas un aveu que des fonctionnaires publics s'en étaient rendus coupables?
La séance royale toute entière fat une tentative pour rassurer la France. Le serment prêté par le * Monarque n'avait pas d'autre butj et si dans la même séance on jugea nécessaire que l'héritier présomptif de la couronne se réunît à ce germent solennel, qui maintenant l'enchaîne à jamais, ce fut évidemment pour dissiper des alarmes plus vives encore et plus répandues, bien que peu fondées, j'aime à le croire , pour notre avenir et pour celui âa trône.
Deux jours avant le départ du Roi , nous ^yons la Chambré approuver un considérant , où rendant hommage au mouvement national de 178g, aux droite naturels et imprescriptibles de tous les peuples^ à V acceptation libre des constitu-^
fions de /7^/ et de Van 3, et à la Charte de i8i4^ comme n^ étant qi/un développement des principes de ces constitutions antérieures , elle proclamait que depuis 1791 tous les gouvernemens qui avaient méconnu les droits de la Nation avaient été renversés, et qu'aucuJT/ie pouvait se soutenir en France hors des maximes constitutionnelles. Profession de foi qui malheureusement fut inutile, parce qu'elle était tardive; mais qui ne demeure pas moins aux yeux de l'Histoire un acte de résipiscence et un aveu de repentir»
Enfin, s'il m'est permis de rapporter une circonstance minutieuse , mais qui toutefois a son importance comme symptœne de l'opinion qur régnait, quand M. Laine écrivait à M. l'ahhé de Montesquiou un hillet que j'ai vu, dans lequel il lui proposait de &ire nommer commissaires du Roi près de la Chambre des députés, des hommes connus par des principes et des écrits libéraux,. parce qu^il était temps , disait-il, que la Nation entendit des voix populaires qui n^ inspirassent pas de défiances ^ quel sentiment Ijii dictait cette démarche? Il agissait delà sorte, parce qu'il savait assez que les Êiutes de la coiu* consistaient dans une opposition sourde à la liberté.
Cette conviction subsista dans l'esprit du Monarque et de ceux qui^ en son nom, parlaient à la
(' 56 ) France j long -temps après la. catastrophe mêmç du 20 mars. Il est fâcheux que le triomphe Tait Élit oubUer à ses ministres. « Mon gouvernement y> devait feire des fautes , disait Louis XVIII dans » sa proclamation de Cambrai, peut-ètrîe eii a-t-il y> Élit. y> L'une des premièçes ordonnances qui suivirent le retour de Gand, fut Fabolition de toutes les entraves mises précédemment à la liberté de la presse. Le Gouvernement déclare dans cette ordonnance avoir reconnu que les restrictions établies par la loi du 5/ octobre 181 4 , avaient plus d^inconvéniens que d* avantages. Néanmoins, le n mars précédent, M. Dambray, fidèle à son système , avait annoncé que le ministère sentait la nécessité de lois plus sévères. Assurément, depuis le II mars Jusqu'au^ 20 Jiiillet, aucune expérience n'avait pu éclairer le gouver^ nement royal ^ur les inconvéniens de ces mesures^ puisque durant cet intervalle , il n'y avait pas eu de gouvernement royal, et que le 11 mars il songeait à étendre les restrictions au lieu d'y renoncer» La vérité, c'est que le souvenir de ses fautes s'était prolongé, et l'ordonnance du 20 juillet en était ' l'effet et la preuve. Plus tard , lorsque la réaction s'est développée dans toute sa violence , les roj'^alistes exagérés ont préfendu que le gouvernemeîit de Louis XVIII n'avait eu à se reprocher que de
( 57 ) la faiblesse, et qu'uae indulgence excessive était la seule JÊiute qu'U eût avouée dans ses proclamations. Le lecteur est à même de juger du degré de .croyance que cette assertion mérite. Certes-, qu^nd M. Laine disait, dans le discours que j'ai rapporte plus haut, qu'après cette grande crise Iç peuple Siérait réconcilié avec son gouvernement, il n'entendait pas indiquer que C€ peuple était méeon-. tent de l'indulgence qu^n lui avait témoignée, et que la réconciliation s'opérerait par la sévérité. L'interprétation serait trop absiu'de. Il a fallu , . pour la soutenir, toute l'impudeur de la victoire, et aujourd'hui M. Laine la désavouerait.
Je l'affirme donc , il ne peut y avoir d'équivoque sur la nature des &utes que les royalistes es^agérés avaient fait commettre au gouvernement du Roi. Ces fentes étaient les mêmes que celles qu'Us ont commises en i8i5. C'était la révocation de toutes les lois que la révolution avait établies 5 c'était l'ébranlement de toutes les propriétés qu'elle avait consacrées ; c'était la proscription de tous les. hommes qui avaient pris part à cette révolution depuis vingt-cinq ans; c'était en un mot le même système vers lequel ils se sont précipités uiia seconde fois, sans être retenus soit par la prudence, soit par les engagemens antérieurs, soit par le danger de bouleverser de nouveau Jia France, soit
par la désapprobation manifeste de ITEiirope, soit par les efforts d'un ministère trop long- temps indulgent pour leurs fureurs , soit par les représentations du Roi 5 -dont l'autorité seule , exercée enfin , a pu mettre une digue k ce torrent q[uî menaçait de tout submerger.