‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 12 sur 30 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

Ejffbrt du parti constitutionnel en faveur du Gouvernement royal.

J'ai décrit les causes du mécontentement cpû existait avant l'arrivée de Bonaparte, et sans nul rapport avec son arrivée. J'ai prouvé , malgré les^ dénégations des royalistes exagérés, que ce mécontentement avait des causes réelles et qu'il était leur ouvrage. Je pourrais en conclure que si le triomphe de Napoléon, débarquant de l'île d'Elbe, a été l'effet de ce mécontentement , les royalistes exagérés sont les premiers coupables. Mais je vevK être juste, même pour ceux qui ne le sont jamais envers nous. Je reconnaîtrai donc franchement que le mécontentement qui çxistait n'était pas assez grave pour menacer l'ordre établi d'un rien*versement prochain.

Les inconséquences d\i ministère et la jactance des royalistes exagérés, n'effrayaient pas outre mesure les esprits fermes et raisonnables. Les intentions étaient suspectes, mais les actes étaient encore modérés.

La liberté de la presse avait été violée par les lois 5 mais les restrictions étaient légères et peu sensibles dans l'exécution.

Les acquéreurs de biens nationaux étaient réprouvés par une opinion protégée, insultés par des journaux semi-officiels , mais leurs acquisitions . n'étaient point disputées.

On écartait df s places ceux qui les tenaient de Napoléon et qui se croyaient en droit de les conserver, mais c'était sous le prétexte de l'économie ou d'une classification nouvelle , et l'on priait aux fêtes de la cour ceux des partisans de l'Empereur dont l'attachement à leur ancien mai- • tre était le plus avoué..

On cherchait àcouvrir les mesures dirigées contre ce que la révolution avait créé, d'excuses ou de raisons étrangères à cette révolution. On expulsait les votans de l'Institut , mais c'était pour réorganiser l'Académie.

Les esprits éclairés regardaient ces oscillations comme naturelles et inévitables. Ils plaçaient leur espoir dans la sagesse et dans l'intérêt évident du

Roij ils croyaient à la profondeur des racines que des transactions fortifiées par un quart de siècle, avaient jetées dans la Nation ; ib pardonnaient à un parti toujours vaincu, des regrets excusables et des tentatives impuissautes , et se Élisaient un devoir d'accueillir les conversions vraies ou simi^lées.

Celle de M. deChateaubriant fut l'objet de leurs éloges. Ils prodiguèrent à son beau talent, gêné par les limites étroites d'un pamphlet constitutionnel, une approbation peut-être excessive. Je lus , s'il m'est permis de me citer comme une preuve entre plusieurs autres, l'un des plus empressés à proclamer que la liberté avait* fait une illustre conquête, et l'hommage que je rétidais à l'auteur du Génie du Christianisme fut allégué par les journaux du jour comme le signe d'une réconciliation générale entre les hommes de tous les partis.

U n'y avait donc pas, au commencement de 1 8 1 5, un seul bon citoyen doué de quelques lumières , qui ne reculât devant l'idée de renverser le Gouvernement. Les amis de la Qiarte, bien qu'ils eussent personnellement plutôt à se plaindre qu'à se louer de la cour, apercevaient dans la durée de ce qui existait, malgré les intentions de plusieurs conseillers aveugles ouperfideSj des chances presque

(6i) certaines dWè amélioration paisible et graduelle qu'ils préféraient à de nouvelles révolutions. Ils étaient convaincus que s'ils maintenaient à Louis XVIII son autorité , ses ministres , plus engagés chaque jour par des institutiôiis qu'afièrmirait 1 habitude, obéiraient tôt pu tard à l'esprit pubUc, et que la liberté trioinpherait des manœuvres des courtisans, dès intrigues dés coteries, et des puérihtés de;5 salons.

J*elaîs pénétré de cette ^rité autant que personne. J'ai toujours 6ru, et cette croyance rfÊiit la règle de ma conduite, qu'en fait de gouvernement, il faut partir du point où l'on est; que la liberté est possible souâ toutes les formes; qu'elle est le,but, et que les formes sont les moyens; qu'il y a des droits individuels , des droits sacrés, des garanties indispensable» que l'on doit placer sous la répubhqùe comme sous la monarchie , sans lesquelles la monarchie et la république sont également intolérables, et avec lesquelles l'une et l'autre sont également bonnes. En conséquence, ce n'est jamais contre une forme que j'ai disputé : îl n'y en à aucune que je prescrive , aucune que l'exige exclusivement. Celle qui existe a l'avantage d'être, et pour substituer ce qui n'est pîas à ce qui est, il faut des sacrifices qu'il est toujours bon d'éviter. J'avais raisonné ainsi sous le Directoire,

parce que le Directoire, ou pour mieux dire la constitution qui avait institué le Directoire, me paraissait susceptible d'amélioration. Je n'avais par raisonné de la sorte sous Bonaparte, parce que Bonaparte , très peu de temps après son avènement au trône , avait enlevé à la liberté toutes ses chances. J'étais revenu à mon système sous Louis XVIII, parce que ces chances se reproduisaient avec la Charte (i).

(i; Je ne puis m^mpêcher de rapporter ici quelques phrases d'un article où , revenant de Te^dl en 1 8 14 et trouvant en France la promesse d'une monarchie constitutionnelle , j'exprimais mes espérances sans déguiser les conditions qui me paraissaient indispensables pour que la restauration , qui pouvait être un bien , ne fût pas un fléau.

« Avant de parvenir à la liberté sous la monarchie, les » Anglais eurent deux révolutions : celle de 1G60 et celle » de 1688. Par la première , le pouvoir royal fut rétabli; par >) la seconde , il fut heureusement et habilement organisé.

»> Le changement qui vient de s'opérer doit être une com- » binaison des deux révolutions anglaises.

» Que désiraient les défenseurs fidèles d'une dynastie an- « tique? Revoir sur le trône les descend ans des rois qu'avaient » servis leiftrs ayeux; mais certes , ils ne peuvent s'affliger de • *> ce que ce trône est appuyé de corps respectables qui feront » entendre la voix de la Nation, et de ce que cette Nation n jouira des biens que procurent la liberté laissée aux con- » sciences , la carrière ouverte au talent et l'adoninistration

J'ose <£re que mon sentiment était celui de la Nation presque entière , et c'est ici le Heu de feire ressortir une distinction que la mauvaise foi cherche à obscurcir, et qui peut échapper à la simpKcité. Les erreurs , les £iutes du gouvernement royal, les foKes,,les menaces des royahslfes exagérés, étaient des torts graves, dfes griefe fondés*, mais non des raisons de bouleverser la France. Aussi nul ne pensait à la bouleverser. Quand Bonaparte srriva, le premier mouvement de tous les ■' ■ I ' ■ I ■ « I II I...I I I I 1 1 » Il 11 1 1 ■

» impartiale et inviolable de la justice. Que voulaient les >» hommes qui, eu 1789, furent plutôt les causes que les M auteurs d'une révolution trop violente ? Que l'autorité ne » pût ni étpuffer les représentations du peuple , ni gêner les » consciences ou entraver la pensée , ni soustraire les citoyens » à leurs juges naturels ; mais ils étaient loin de vouloir le » déplacement de cette autorité , et plusieurs d'entre eux » furent ses défenseurs dès qu'elle fut menacée. Que voii- » laient enfin les républicains? les mêmes choses spus d'au- » très formes. Mais ils ont appris que les formes né garan- » tissaient pas le fond... Ils seraient bien coupables ceux qui » pousseraient des cris de vengeance : ils se montreraient » ennemis de l'ordre comme de la liberté , et perfides envers » les rois non moins qu'envers les peuples. >>

Telle a toujours été ma pensée : elle n'a besoin d'être déguisée sous aucun gouvernement, si cep'estla tyrannie, parce qu'en prenant la liberté pour base , elle n'attaque aucun des gouvememens qui sont compatiblç; avec te liberté.

liotnmes sages fut de déplorer son arrivée. Le premier désir des vrais amis de la liberté, fiit de s'opposer à son succès. Aucun d'entre eux ne fut arrêté soit par le souvenir des fautes passées, soit par la perspective des diangers futurs.

. Lés étrangers^ les moins, favol^ables à la cause française durant les'Cent Jours , ont unanimement rendu ce témoignage aux constitutionnels de 1 8 1 4» Je citerai , parmi beaucoup d'autres preuves , un ouvrage anglais dont le titre seul démontre assez que Fauteur n*était pas un partisan xie Napoléon , puiiscju'il est intitulé : Histoire de la seconde usutpation de Bonaparte en iSi5, ce Les amis » éclairés de la liberté, dit cet écrivain, et papti- » culièrement ceux qui étaient alors connus à y> Paris sôus la dénomination de libéraux, «ntou- •> rèrent avec empressement le Roi et la Charte. y) Quoiqu'ils eussent désapprouvé quelques arti- )> clés de la constitution établie ; quoiqu'ils entre- » tinssent des défiances sérieuses sur l'esprit d'après » lec[uel cette constitution s'exécutait et sur les y> opinions qui dominaient à la cour j enfin quoiy> quîils eussent essuyé ^lus d'iiiie insulte non y> méritée de la part de cette fimle d'émigrés qui » remplissaieift le château et séparaient le Roi dé » ses amis véritables, ils se rangèrent du côté de » la loyauté et de îa justice. L'appel suivant, sorti

(65) y) de la plutnie de Benjamin Constant , qui peut . J) être regardé comme le représentant de ce parti, y> mérite d'être conservé. » L'auteur traduit ensuite tm article inséré par moi dani* le Journal de Paris le lî mars i8i5 (i).

' Un autre anglais, témoin oculaire de cette disposition des constitutionnels en faveur du Gouvernement royal, Ta décrite avec une chaleur éloquente, et je me plais à transcrire ses paroles., «c L'on vit alors, dit-il, parmi quels hommes les ^ 3D monarques prudçns doivent choisir leurs amis j

^i) « Those of the enUghtenedfriends of rational liberty, n and partiçulaiiy those who were known in Paris at thaHime n uhder the dénomination of libérales , eageriy rallied » round the king. Though they disapproved of some parts w of the constitution established by Lewis , and seriously » distrusted Ihe spirit in which it was executed , and the opin nions prévalent at courte though they had been treated >» with undeserved insuit by tLe crowds of emigrants who » fiUed every apartment and prevented the best friends oï » the Monarch from approaching his présence , they now » ranged themselves on the side of loyalty and justice. The » foUowiag éloquent appeal from the peu of Benjamin jf Constant, Vhomay be considered as the littératy repre- "M sentative of the party , merits pMservationv » Boyces His tory of ihe last usurpation^ of Bonaparte, i, nff». tîomme je l'ai dit, le titre seul de cet ouvrage exclut l'idée de toute partialité de l'auteur.

^ tout ce qu^ était timide avait d^çrtc rétç^dan} }) ro j,al . Les partisans de la çp^^ ^\ 4^^ '^^'^'^^^^ ii étaieçit a^y m^^ ^aps leurs irrççolutiqçis. et IjÇiir^ » cimDt^s# Quel &it l'écnvain qui , et^ ^^\ 4^' » préjuges, au risque de parç^î^rç^ ip^cpii^^é^ei\t^ y> makré le^ menaces des ennews , lies, ^i^pcons

» se preseiite cour défeftd^e If ^^^ pojç pl^id^ :^sa cause, pour %)^p^ler le peuple à ço^a aide » contre radyersfidre invincjjble quj iji^^^dj^i^i^^ ppu^ y> le renverser? Çç n^e ftiÇ (|pji^^^ VP ^\Pî?> ^SÎfe^^. >) dé Féclat des bontés de son maître, ayant à re- » douter de partager sa chute et d'étrèTâ victime » dii nouveau pouvoir : ce ne rat point un des » s^nes, des pi^sionoaires. des serviteurs, du

^ d^;^opç<p.pqur sçii înd^psacbuioe;, son courage, 2> ses réclaipl^tionacûntne les moindres &utes de la y> puissance et les moincfres atteintes portées à la 7> liberté ded dtbyens. Hegardant un despotisme » militaire comme la conséquence nécessaire du

^.VéfSky M iftXft% PWfefera^ÇÇpt h Erar\çe et les SI B^çak àpardcmner aux ministres de leur Roi » é^ erreurs dont«la réparation était facile, et à >) se réunir contre un fléau plus forinidable quç j> ceé ioiinîstres'pbur leiurs droits et leur sûreté.

( 6? ) "S) H pnUia, dans Cfitte îi|teatioii, un ÊsBai auf^ J> timposeUdUU d*éiabUr mi. g^âMmement cçn^ ^ êtiiutimmel\80U8. uttch^ militaire, etpc^cu^ > Uèraaeat aoua NapoJéfm (i)^ U erat que. cens )» qui Fâv^ientr tDiqaur» vu radrficsaâe intoépade ^ de Fantmité^ fe(»3niiialjtnuient aa veau et k suL^. )» ?raiettt a¥ee qittlqofiC(M[iâmce ooiàtDeunkaDiiiiec

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