LETTRE VL
Du genre de popularité jle Napoléon à son retour de l'île d'Elbe.
JLjes chances de succès qui s'offraient à Bonaparte, indépendamment des Êiusses mesures, de l'apathie et du' découragement de ses adversaires, tenaient à la^ature delà popularité gui l'environnait,, au moiïienf de son a{]f)arition sur. les. cotes da
(75) France. U- faut donc, pour apprécier à sa juste, valeur l'influence que devait avoir cette popularité , rechercher auprès de quelles classes il était populaire.
En commençant cette recherche, je me «ens gêné par deux impressions contraires. Je ne puis expUquer pourquoi, dans mon opinion, Bona^ parte avait à son retour plusieurs classes de la Nation contre lui, sans rappeler ses Êiutes; et je ne 'voudrais néanmoins , à aucun prix , moi qui ne l'ai jamais flatté pendant sa puissance, me classer parmi ceux qui l'insultent après l'avgir encensé.
Heureusement , j'aurai des occasions naturelles de prouver que la vérité seule me dirige, quand j'exphquôrai en quoi Napoléon , après le 20 mars, me parut diflférent du Napoléon qui avait asservi la France et l'Europe j je ferai ressortir ces. différences avec la. même francMse avec laquelle je vais m'exprimer sur son administration antérieure. Je dirai alors pourquoi , après son retour, j'ai cru la liberté possible , sous le Gouvernement qu'on l'obligeait d'établir, comme j'explique maintenant pourquoi, lorsqu'il reparut, l'on dut redouter-^ tyrannie.
. Bonaparte, lors de son abdication , n'était certainement pas populaire auprès des citoyens éclaîp
( 74 ) res. IHes avait blessés dans Fexercîce de leurs fectdtés les plUà précfetyëà, dans Findépetidancede leurs bpihibhis j dans Tk maiiiféstatibn dé leurs pensées. Il avait , comme en la frappàtii d'un scqitrt înâgiqne, élti^ë^ ïtk progrès politiques et moratik de réspècô htnnaiiife , qU ; durant les doùi^ annéé^ de son 5?lBgiie , brilîkiii d'ailleurs d'uhè gîoitè immense ^ â'étàit ^efaliè eôfaiprimée 66vk lin pbîdîi âiSrtiié, ël rcftënûte SAih iiiife doulôttt'eiîsë iâniibBilitè.
' Les àtiiis de £i ï^vbltttioil , ^ lie cb^kis^ieht pdinl ëiicbt-ë par feJtpéHéntee 1^ fitfeiif^ b'iinti'e-révolutionnaires y avaient su peu de gré à Bonaparte de fefrôtëaî8iia6&lil^ntbùtkkfeyres^^^^ riâS de celte févdfutibîi , qu'ils n^ aboyaient point BÎcfiabfë, et s'étaient ihitéà de voîK^héâiitîr ses résultslts &btàtn^ , et ti*bth|iei' Sitiîéi lèiM plus belles é§jiéràncfe(i):
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(i) fi est à rentarcpier <|ue cette distinction, entre les résultats matériels et les résultats moraux de la révolution , aisHncSon pfocîainée avec tajit d'entphase par ses ennemis dbtùèis , ^st imé mvenBon de Bonaparte. En lait de déspotfefiïè, lès SbmâW â*àû)b<iri*littî tfotot )^àji meisiè le triste itférire db tùtlffA^té. KidicUHfè ct^iàteâ d'un teiriblé modèle , ils n'ont aucune de ses qualités brillantes , ni Ibl force , ni le talent; tii retendue ; ni la profoifdeuT / ni le succès , ^i^ pour le moment du moins, supplée à tout : il ne leur reste que les princtpes. L'on con^endra que c'ett avoir mal choisi •e qu'on voulait garder.
;(75) Ilànepouvaieiltdonc se félidter d'dn rétour qtd 1sty>$ïitttait à im lenhemi fkiMeel âécrépit ( je veux pàllef de Polîgàrtiiîe dfe Kuiciai régime ) , l^dverisèité rôdoubblê et trioMphànt de tàiis les pHiîcipës Tjfii'iîs éhèrfissâïent. Lèà tnàSté^ èl îéà ihjùsticfès de i8î5 ï)ïit aflàM le sofateûbr de cëttfe dîè^ositiôti. Quaiid on à tu k Frtiiieë couverte àla fôiâ dé bataillons êtraiigfers et de bàvth préy'atàlëé , dé èôttiifiâhdailè WsfeiBb et jifriisjôens -, et de préfets français dénonçant des fraïlçais à deâ commandant {itiissiens et Hièi^é, Fdii a oiiblié «quels sentiment f apparition de Bbfaàpàrtè aMit excités. Tttàià je croîs lié tbniifer dâiid àucimè exagération, éii âlîîkïiànt (Jtie, pàrfid lés ceiisèuf^ IcmJ pltis sévères dùgbUi^èrhetnent rdyal^ Kmmefitsè majorité eut votdu i^livèyèf Nà^blêén dknè sôiî fié, sauf à opposer àéi moyens légaux dé iTéslâfâncfe aux projets dont lis sOiipÇbûiikièïit là côiir.
Les âè((^érëtti's de biens natibiiaux eux* mêmes , li'ilâ réVirélat avec xm fcerîaiïi plàiéir tin hômnié <|ûi f(Spfésentàit, sdils un rapport, lés intérêts de îâ i^ét6ltltî6Ii, ïïè le revirent cependant qu'avec îlitiûlétùde, partie qii'il en rejirésébtait j sôùs xxh ailtré rapport, et en VBxrtèaàit tous leâ danger^. l!s étaîgiiàiêm lés dlffictiltés péeuâiairéa auxquéUés son systèiiiÈf gtiërtiét, àœ lètpLtl perïMi)niïe n'èM fàsstxfé, Péxpbsait sans cessé, bien
;qu'il y eut remédié ^u jour le jour, par les COntrî butions étrangères , par d'excessifs impôts, et par son arriéré qui lui procurait la ressource d'une banqueroute en permanence. Un sentiment secret avertit les hommes qu'il n'y a point de garanties réelles soùs le despotisme. Les ïaits ont prouvé cç que j'affirme. La Qiàmbre des représentans, composée en grande partie d'acquéreurs de biens nationaux , n'a rien eu de plus pressé que de renverser Bonaparte.
Ce n'était pas non plus , je, le maintiens ^ quelque bizarre que l'assertion, paraisse au premier coup-d'œil , ce n'était pas dans l'armée que Bonaparte avaitsesadhérensles plusdévoués. Lèssouffrances que cette armée avait éprouvées dans ses expéditions lointaines et gigantesques, avaient fatigué les plus distingués des compagnons d^armes de cet infatigable conquérant. Les généraux, que la victoire avait enrichis, qu'elle avait comblés d'honneurs , reprochaient à celui qui abusait de ses faveurs , de retarder indéfiniment l'époque où ils pourraient jouir de leurs dignités et de leurs tré- . sors. Cçs sentimens avaient pénétré sous diverses ;nuances dans l'âme des soldats, et lorsqu'ils prononçaient, sous les Bourbons, le nom de Bonaparte, c'était bien moins \m hommage au second, qu'une plainte contre les premiers. Sans doute Iç^
(77) souvenir des travaux entrepris, des exploits exécutés spus un chef illustre, ne laissait pas tous les coeurs sans émotion. Dix mois d'une existencie équivoque et humiliée sous die nouveaux maîtres , avaient affaibU Fimpressibn dé&vorable produite par les erreurs, les fautes et l'obstination de 1814. ^L'armée regrettait, comnie j'ai déjà eu l'occasion de l'observer , ces couleurs nationales , emblèmes d'abord de la liberté, piiiis de la victoire, et Napoléon tirait un avantage immense du déploiement de ces couleurs, imprudemment rejetées pas les royaUstes dans leur exagération scrupiideuse. Il est defeit, toutefois, que cette armée ne s'est point déclarée pour Bonaparte, à la nouvelle ^e son débarquement. Indifférente même à ses progrès, elle envoyait encore de. toutes parts, des adresses d'adhésion à Louis XVIII. Celles d'Oudinot , de Masséna , de Jourdan, de Dumoucèau , soiit postétérieures à la prise de Grenoble; la lettre dugénéral Pacthod estdu 10 mars; la proclamation du général Decaenestdu 1:2. Rapp, Miolis, Belliard, ofiraient leurs services à la cour le i5. LeMoni-^ teur du 19 contient une adresse signée par le général Letort, tué à Fleuras le 16 juin suivant, parce que de même que tant d'autres bons ifrançais^ après avoir voulu combrttre pour le trône conâtitutioiwel, il a combattu contre l'étranger.
Ces acte» qoût ijti^ preuve que ces génératlJé n'étaimt pfia ^VQlsési ^ SpMP^^e. U/» ^'^siient pas excité l'opinvito pofttife h»; ils ajur^eçit au, ' moins gacdé le s}tei«?^. ÀMûf^ pflSfiiei; s^énçur ,, ai Poa eu exceptj^ q$u:% <j%iii Sjç sçftt tisî s«jÀjagvi&^ par des cifîCQustajgtç^s^ ^i^i-^s^i^r de ^ fQi;<^ humaiue^ ue déUi^»0r<^t Iç^Ç^uveii^içent a¥;a;a|t I« moixteub ou,ii s«t débPl^^ 1^^
La ca^^b«il6 dos ^^f^b^ips #I{i Fère^et: de Cam-, brai e&l 1i^e iiiâîc«ili<m i^U é^y^fpip de ce qp,'é*; laitakr«.ea<;^ip la ^^p^îiltjkw 4eSf sokfel^ B^tiaparte oCNaziaîssip^ sibi^ çetjle cfî^Q^îti^ïu^ cff^ye ne repcésênte.pa^ cwwe bQ$^)it. i^utljobserv^,. mais c^ninsie. incertaine , que daps l^s pr^spèçes journées, et jusqu!à Gvmohh^ ii évita. toutes: |es> placesc gardée^ pat àe& tooiipes^ et qu^il av^i» fiut quaipante^Iieues dwas^ leâ temes , avantsde rencontrer uçë.forçeTâjnaéeiqualoaaque^
1?isoi9;dliia8e&; non^brëuaeft^ ckint on ezi a<i»gardé deu|L comme aoJbièreifaent dis[ouâe& à Napoléon^ éteûeni àoDfi à aon.t^fjcd dans, dda senttmens au moins douteuaL. Deux autrest dâsae& lui étaient en-* cot^ plus opposées, la. luJ^Sô.et le oqnuneiice.
U &ul^ dist3pgue^ k^ commerce^ d'avec les ma* nu&ctuf es pr(^>i:«ment (Êtes* Lorsque le&pfianu- Ê(ctares sont encore dans un étatdHznper^ction et d'enfitnce ;J elles peuvent gagnqr mopîentané^
(79) ment k l'exercice d'iua pouvoir sans I>omes, qtd ies prptége pa^r de^ décrets rigoureusement éxécu^ tes. Cçt,teprQ^Qp£Û>ii eâ tûujaur& accoqtpagnéede beaupQ^yp d^ if^i^trf^ capride^se^ , vexàtaires y cont^ajuj^es. av% 9^mes ma^knes de l'éconond^ poliUquf. ]!%is çqi i]pLesm*e& peuvent cependant avoi^ r^fi^ 4^^ donneE aux «anu&etures indi^ gènes ]fi teq3p3. de focm^. des étaldisemens que la CQCiçup^çe. dtt dehors, si ellç était admise, étô^2^f ^i^ 4^. les preuners pas. Ce service (je sui» loÎQ d^^ç ço^çatca^), Bonaparte Fa rendu aux ma-* n\^9^i)rf^ ^apLÇ9Î6es.Le développement dont s'énof^^li ajiïjomd'hu^ notre indus|rie , est dA , en gras^4^. pallie,, ^ ^^ r^puie prohi]}itif. Bfeis lé çom;[(ierce9 en.pcenaj^tcemot dans son acception pli^ ^néx^^j hi. comn\erce, qui repose sur les rel^tifxg^ |]#i$ible3 et libres des^ nations entr'elfes , troi^X^lil ^ irône» dansi un système guerrier, traînant à sai gpitp liiaterruptipn des communications, l'int^^çtip^ des correspondances, les séquestres ^ les confiaiç^tions çt les Uocus.
Ve^^t de conquête est incompatible avec Fesi^tçffic/s 4u commerce , ^el qu'U résulte de Fêta» actp/eV.de. 1» civiïgation , et tel qu'il est devenu lo besoin de tous les peuples. G>smopolites indus-^ trieux, le?, comiuerçans ont fiiit, des diverses peuplade^ çurppé^mxe^^ une grande fianiHe) peu db-'
semblable dans ses mœurs et tout-à-feit identique dans ses intérêts. Cette identité présente l'obstacle le plus insurmontable aux desseins d'un conquérajttt , qui , pour subjugueir les parties de cette grande fanûlle, a besoin de les diviser et de les maintenir en inimitié , jusqu'à ce qu'il les ait asservies. Le commerce renoue les fils que le conquérant veut briser. Napoléon le savait, et, tant qu'il a eu des projets de conquête , il a été , et dans ses^discpiirs., et. dans ses actes, l'ennçmi du commerce , ; qu'il accusait publiquement d'énerver le sentiment national et le patriotisme, n'osant lui reprocher ce qui était son véritable crime à ses yeux, l'adresse avec laquelle il se dérobait à ses volontés et se jouait de ses précautions. Le retour de Bonaparte fut un coup mortel pour les commerçaiis de France qui avaient recommencé des spéculations lointaines , dont la réussite dépendait de la paix qu'il ne pouvait point ne pas troubler , et certainement ce ne fat ni dans les ports de mer, ni à la bourse, ni dans aucune maison de banque ayant avec l'étranger des rapports étendus , qu'on put remarquer , à la nouvelle de son arrivée , de l'allégresse ou de l'en- , tbousiasme.
L'ancienne noblesse n'avait pas été plus satisfaite de cet événement. Les relations de cette ancienne
tioUesse avec le chef de Fempire , avaient de tout t temps été bizarres . Son instinct ayant démêlé, dans l'auteur du i8 brumaire, un ennemi de la liberté, elle s'était ralliée à lui, d'abord en applaudissant à tout ce qui; dans ses mesures , ressemblfiit au despotisme, puis en sanctionnant son autorité, par l'acceptation des places , des titres et des salaires dont il disposait. Elle avait , de la sorte , contribué . puissamment à la consolidation de son pouvoir , . dans l'intérieur, en lui prêtant l'appui de la mode , au dehors ^1 l'entourant de cet éclat traditionnel et chevaleresque , qui charme encore les cours -étrangères. Elle avait, pour ainsi dire, revêtu celui qui supplantait les Bourbons, de ce qu'elle nomme exclusivement légitimité : car, comment supposer illégitime , l'homme que servaient toutes les faluilles qui avaient «ervi soixante-six rois ?
EUe avait fait plus ; un grand attentat politique ^vait eflfrayé la Frajice et l'Europe, 'et cependant les salons de service n'étaient point devenus dé- . serts de noms historiques^
De son côté , Bonaparte qui, par une suite du système auquel on peut attribuer sa perte ^ considérait les préjugés nobiliaires comme utiles à encourager, s'était toujours empressé d'accueillir les . nobles. Il leur avait rendu presque tous les biens qu'il pouvait leur rendre ^ ayant soin de constater
«eulement qu^il agissait àmsi , .non par juâtice, msoBi par tin acte de sa volonté. Ules avait appelés dam ses conseils. U leur avait accordé la supériorité dama ses palais , l'égalité dans ses camps : et comme la bravoure est inhér^te à tous les Fran^ds^ tel qui avait débuté obséquieux dhambellan, s'était montré bientôt guerri^ iiatréj^âde.
Toutefois, l'union n'avait jan^àis été complète entre le maître issu dii nouveau régime et ses serviteurs empruntés de l'ancien. Sdit qu^Us fw^ sant doimnés par des regrets, iflie dafi» ce c^, on doit en convenir, as savaient mermUeusement cacher, soit que Ijà créalâon d'une autM noblesse les importunât., parce qu'œ ét^adant kprivilége^ eUe nuisait au monopdie , il est cisrtein^que les andens nobles avaient salué k chute de BMijEtgarte par de$ eris de jpie. Restés dans le palais, par droit de naissance, ils. se croyaient piiÉ?i^, et le dédain qu'ils professaient poinr les jlkvei^ passées*^ auxqueUes ils prétendaieagit ne s être que résignés , leur servait à mériter et à obtenir lés &vetn*s prê^ sentes. Le retour àvipaf^enu dont ils ^tÊàeski longtemps porté les cosdeui^s, leur raj^làit péniblement k firaibiUté qa^ils avaient traimillé^à fiôre oubËer; et comme, en les attacham à son char^ Bonaparte^ qni^ dans ses jours prospères, humi^ jiait tnut 9 les avait ; de temps à aatre^ bittniiiéS|
ils inatidissaient son appaiitîoû , et s^quiétaîent peut-être aussi de la pensée secrète que, s'il s'affermisnait, sur lé trène^ il &udrait , une seconde fois, trouver des raisotos pour rentrer dans ses salons de service.
EnjQn , parmi les plus ardens ennemis de Napo» léon^l'on pouvait eoinpter quelques-uns de ses anciens instrumens. Cet hommle extraordinaire avait très bien senti, dès l'origine de son pouvoir, que pour résister à k foià aux principes de là liberté que les sept huitièmes de la nation prbfes-* saient, et aux préjugés de Fancien régime que le dernier hmtième nourrissait eh silence , il devait former, s'il lui était possible, une génération qui appartînt eldusivement à son empire. L'éclat de la gloire milifâfee, les jouissances du luxe et celle$ du pouvoir ,*le dédain des idées abstraites, la coûvictioU que l'espèce humaine n'est dévouée qu'à son intérêt, n'(rf)éit qu'à là forcé, ne mérite que le mq>ris , tels étaient les dogmes adaptés à cette nouvelle école. Le tort de l'avoir créée remonte, .par-delà Pfepoléon , jusqu'à la monarchie absolue et arbitraire qui avait précédé 1789. L'^oïsme était cônsidé comme le mobile de toutes les actions; l'exaltation en tout genre était tournée en dérision , sous le nont d'enthousiasmé ; l'insouàsOice érigée en sagesse , et le plaisir du moméiii^t
(84) déckré l'unique but de la vie. Cette espèce de philosophie n'était pas autant celle de Bonapartç qu'il le croyait peut-être lui-même. Il n'eût pas exécuté de si grandes choses, s'il n'eût été supérieur au système qu'il adoptait. Mais ce systèmeconvenait parfaitement a ses vues, en y ajoutant l'humeur belliqueuse et l'ambition des places, ce qui n'était pas très difficile. Il se fit donc le représentant de cette doctrine ainsi perfectionnée.
Quand l'autorité donne le signal , elle ne manque pas de gens qui lui répondent. La génération que voulait Bonaparte» ne tarda pas à paraître.
Certes, l'on sent bien que je ne comprends nullement, dans cette catégorie, cette infinité de citoyens zélésetintègres,quiontrempliaveclionn€ur, dans son règne, des fonctions éminentes et utiles. L'Histoire attestera leurs services, rendrahommage à leurs vertus publiques, et louera même, parmi leurs vertus privées, leur scrupuleuse fidélité.
Je n'ai en vue ici que certains machiavélistes, alors imberbes, qui, entrant dans le pouvoir au sortir des collèges , mirent leurs &cultés naissantes au service de la force , et s'évertuèrent de leur mieux à raisonner contre la raison , ne voulant qu'obéissance passive, dociles à tous les caprices , se dirigeant dans tous les sens, opérant dans toutes les places ^ se montrant aptes à tous les usages.
Tant que Napoléon fut heureiuc tout alla bien; Mais , entre la puissance et de tels hommes , il existe toujours une condition tacite, c'est le succès* L'adversité leur semble de droit une clause résolutoire.
Napoléon tombant , ils avaient porté ailleurs leur intelligence, leur activité,* leur zèle. Comme la conscience seule est modérée, ils n'avaient pu l'être ; et parmi les agens les plus ferugueux de la faction contre-révolutionnaire, on pouvait, avant le io mars , compter d«s agens non moins fougueux du despotisme impérial. Ceu5^-là témoignèrent une horreur profonde à l'idée que le régime sous lequel ils s'étaient formés, se rétablirait : et y comme je l'ai dit ailleurs, des Tigellins de douze ans se réveillèrent des Traséas de trois mois. Je ne décide point si ce fut le fruit d'un repentir sin- . cère. J'aime à croire tout ce qui est honorable pour notre nature, et je me fais un plaisir de passer par dessus les vraisemblances. J'admets donc qu'ils* craignaient de redevenir les exécuteurs de ce qu'ils avaient blâmé si amèrement. L'un d'eux me disait à ce sujet : ccll ne faut plus que cet homme r^ne : y> il me ferait faire encore cinquante infamies. >>
Bonaparte n'avait donc pour lui, ni la totalité de l'armée, ni les amis des lumières , ni les nobles , ni les négocians, ni même la majorité des iacqué^
reurs de bieiis nationaux , ni enfin le plus grand noiDJ^re de ceux qui avaient commencé sous lui leuF carrière , mais qui aiu*aient voulu la poursuivre sous le Roi. Ses partisans véritables étaient les habitans des campagnes, qui avaient peu sou^ . fert de$ vices de son administration antérieure, la cçû^scription èi^ceptée , et.qui avaient eu à snppor^ ter, plus que toute autre classe, les outrages de la ç^blesse , doat l'arroga^ace , durant sa oDurte prospérité, venait de réyeillçr des haines un p^amorlies par ses longs malbewrs. Ce fut par ces campa^ gnards que Bonaparte se vit entouré , porté en triomphe, dès qu'il euttouchélesol de laFrance(i). La popularité de Bonaparte laissait doQC beau-
(i) Si Ton croyait voir une contradiction entre ce que je dis maintenant et ce que )'ai dit dans une lettre antérieure, du mécontentement universel que le Çouveiroenient avait excité , ce serait à tort. J'ai déjà observé que ce méconten-^ tement n'avait aucun rapport avec l'arrivée de Bonaparte» La gravité des circonstances créées par son retour^ frappait tous ceux qui se voyaient jetés inopinément au milieu d'in* €alcttla}>ies orages. La fable de la Mort et du Buchercm se réalisait pour beaucoup de gens qui , dans leur irritation qui était iu&te^ dans leur crainte qui était exagérée, dans leur impatience qui était ini^yrudeaite;. avaient formé vaguement des voeux asseï: confus, dont l'acc^mplissemeat produisait en eux, au lieu d^espéroAces » dQs ajiarmes ^ au lieu dis ^tisfac-^ tiom dç Teffroû
(87) fcoup de ckances à une résiâtance combinée avec tous les ac^es de réparation et de justice qui auiraient apaisé la classe mécontente ; et les consti* tutioimds^ qui eroyaîeBl que le triomphe de Bonaparte serait un maUieur, purent, sans oi>stinatioii et sans fei^^ vouloir mettre à profit ces moyens de résistances Le âuccès n^ leur paraissait pas as* 5Ui*é, mais il leur sembkk désirable et possible.
D'ailleurs admettons qu'il y eût difficulté et incertitude : ne &ut-il donc rien risquer dans la vie, et dès qu'il j a panl, doit-^il y avoir débandade? Je ne le pense pas. Faire dans chaque cir-^ comtancece qu'il y a de mîéux^ Qiéiîter lé succès^ si on ne l'obtàent pas , el, si l'on eBt vaincu , paiidr de sa dé&ite même pour ^»re encore utile , telle a été, telle sera toujours ma règle de conduite^
LETTRE Vn.
Conduite dupartl constitutionnel dans le rûomeni du danger.
4 'ai diiqu^^ se dévouant pour soutenir le trôné constitutionnel^ lesamis de la libei^ demandèrent Wnïesures quileur semblaient indi^pasisablespoux' qi]0 leur dévouement ne && ]^as inutile»
(88) . La première de ces mesures était de changer le ministère.4ja nécessité de ce changement était universellement reconnue.
Mes Lettres précédentes ont, je crois, suffisamment indiqué pourquoi les ministres d^alors ne possédaient pas la confiance publique. Mais, dans la circonstance particulière qui donnait lieu à tant d'inquiétudes , ils avaient , de plus , encouru le' soupçon d'une négligence impardonnable. L'opinion , peut-être exagérée , peut-être injuste , les accusait , tantôt, d'avoir laissé l'administration des postes devenir l'instrument, pour ainsi dire officiel, de l'ennemi^ tantôt, d'avoir souffert que Bonaparte arrivât sur des bateaux de pêcheurs, quand une seule frégate aurait empêché son débarquement. • *
Le ministère s'était encore détérioré , chose étrange, par l'accession d'un homme que sa vie antérieure , la carrière qu'il avait fournie, les services qu'il avait rendus, les récompenses qu'il avait reçues, semblaient lier étroitement à la cause de là révolution, ou du moins à celle dugouveriiement que la restauration avait renversé. On prévoit qu6 je veiix parler du marédial Souk : et certes c'est avec regret que j'en parle pour blâmer certaines portions de sa conduite ministérielle. Je n'oublierai jamais qu'il a long-temps et vaiUam-
(89^) ihent combattu pour la France. Je lui saurai gré toujours de cette mémorable bataille de Toulouse, précieuse sur-tout parce qu'elle a montré qu'il n'était pas impossible de vaincre un général que là fortune avait pris à tache de j&voriser, pour constater mieux qu'elle dispose de la gloire à elle seule, et que sa main capricieuse place les lauriers partout où elle veut. Enfin , le maréchal Soult est devenu en quelque sorte sacré par la longue et injuste proscription qu'il a subie. Si cette proscription n'eût pas trouvé son terme, nul n'aurait aujourd'hui le droit de le juger. Le devoir de tous serait de le plain(h*e'et de le défendre. Mais il est de retour dans sa patrie, et l'Histoire a repris, sur ses actes publics , sa juridiction imprescriptible* D'ailleiirs, je suis loin d'inculper ou ses intentions ou son caractère. J'aurai même plus tard l'occasion de réfuter des imputations de trahison dont l'absurdité m'a toujours frappé. Je ne lui reproche que deux imprudences dont les conséquences furent déplorables. L'une est le projet du monn-=» ment de Quiberon , l'autre la persécution du général Ëxcelmans.
L'ejQfet que produisit, sur tous les partisans de Ja révolution , le projet du monument de Quiberon, doit être assez présent à la mémoire de nies lec-? leurs, pour que je ne m'arrête pas à le détailler j
(go)
et le procès du général Ej^celmans , fondé sur la violation du secret des lettres y menaçant pour les droits et pour la liberté de tous les militaires, avait eu, en outre, le tort de frapper l'un des officiers de l'armée, le fikas recoomiandable par la bravoure, la loyauté, les qualités domestiques et sociales^
Il était résulté de ces deux actes, que jusqu'à l'arrivée de Bonaparte , Yim avait soupçonné le maréchal Soult de servir les vues des, royalistes exagérés^ et à cette opinion de la partie libérale de la nation, ojnnion antérieure au débarquement de CaiMnes, avait succédé, aU moment de ce dé* b^rquanent , une q>inion toute contraire , que j'ai toujours crue fausse, mais qui u'en devint pas moins Êitale. On pensa que le^ démonstrations du ministre n'avaient été que des {ô^es pour ren* dire la cour plus impopubire, et que secrètement il était d'accord avec !Napoléon«
Le remplacement du ministère était donc une opération urgente , si l'on voulait ranimer Fesprit pubbc C'était trop d'avoir porté atteinte à la liberté de la presse, alarmé les propriétaires , mé« contenté les villes, efl&rouché les campagnes , cou-^ roucé Farmée^ et de n'avoir pas su garantir le pay« dfune invasion de.mîUe à douze cents hommes. Qa nspiraitàsedélivrer à la fois^ et des intentions (pu
étaient ioquiétantes, et de l'iDcapacité qui était pernicieux. Un ministère nouveau était Tespérançe de tous les citoyens, le ^ésir des Chambres, le vœu unanime de tous les amis dt la liberté el de la patrie. L'expression de ce vœu se trouve dans l'adresse de la Chambre des Députés , pour de* mander une audience au Roi, et dans les mesures ConseiUées par le président lors de cette audience. <c Yos fidèles sujets, était -il dit dai^s l'adresse , y> sont convaincus queleGouvemementconcourra » au salut public , en se confiant à des homnîes » énergiques à la fi)is et modérés , dont les noms ^ seuls soiait une garantie pour tous les intérêts, » une réponse à toutes les inquiétudes; à. des » hanmies qui, ayant été, à diverses reprises , les » défenseurs des principes de justice et de liberté » qui sont dans votre cœur^ et forment le patri- » moine ée la nation, sont tous également soli^ » daires de la stabilité du trône, et des principes ' >) que l'ennemi public veut anéantir. »
(£ Noua proposerons à l'intime confiance de y> V. M, , (c dit le président, »des mesures propres » à ranimer Fespérance publique. » J'en appellc^ à ce président pour qu'il déclare si ces mesures ne farent pas le changement du ministère , et l'éloignement des hommes qu'on soupçonnait de haine ctmtre k eonstîtution.
De mon côté, dans un article du 19 mars, je faisais d<es allusions manifestes aux promesses de la cour, et je fondais en entier mes exhortations et mes espérances sur ces promesses. J'annonçais que nous allions être rassurés sur nos inquiétudes, et que, maintenant heureux et fiers de la sincérité de notre Monarque, nous pouvions redoubler d^efîbrts ; je disais que Louis XVIII allait rendre la constitution plus libérale encore ; je censurais les fautes des ministres, autant que la générosité, envers des hommes que je regardais colnme renvoyés me le permettait, et je parlais de ces fautes ' comme si elles étaient déjà réparées. Je présentais, comme adoptées, des mesures qui devaient ralUer tous les partis et faire cesser toutes les dé&inces, en associant aux destinées de la France les hommes qui, depuis vingt-cinq années yavaient^à diverses époques, défendu la patrie, la gloire et la liberté française, en entourant le Roi constitutionnel de ses véritables appuis, de ceux qui, en 1 789^ vowlaient faire fleurir la liberté sous la monarchie , eteni8i5, consolider la monarchie par la liberté.
Si je rappelle cet article, ce n'est point que j'attache à une pubHcation de ce genre, une iinportance exagérée. Cependant à l'époque où il parut, l'avant-Veille du triomphe complet de Napoléon, lorsque toutes les espérances des constitutiopneLi
t93) tenaient à un dernier fil, il avait bien son importance, à laquelle j'oserai dire qile ]^ nom de son auteur ajoutait. Ma persistance à défendre, depuis la restauration de i8i4 j tous les principes d'une constitution libre , la modération que, dans cette défense, j'avais alliée à quelque fermeté, avaient donné à mon opinion un certain poids. Mes ennemis eux-mêmes Font reconnu, et s'en sont apîpuyés pour m'attaquer (i). Ceci m'est arrivé plus ti'une fois dans ma vie. Des hommes avec lesquels j'avais feit alliance, parce qu'ils avaient raison, ont cru que j'étais engagé , par cette alliance, à les sou-, tenir même quand ils avaient tort. Le cas n'est
(i) « Rappelez-Yous , dit un anonyme en parlant de moil
> ,» article du 19 mars, son éloquente philippique publiée l'a-.
»> vant veille de l'entrée de Napoléon, presque sous les
» baïonnettes de son avant -garde. Pensez -vous qu'oubliant
» à la fois te qu'il doit à l'opinion publique , isur laquelle il a
•» exercé une si noble influence, à ce Monarque qu'il a peint
• » sous des couleurs si vraies et si intéressantes, à lui-même
M çt à ce haut rang auquel il s'est' élevé , il déserte la cause
» d'un Monarque bon , sensible , etc. jî Voyez un recueil
intitulé ÎAmi du trône , et imprimé après la secoiide restaur
ration. Je prouverai, je le pense , que les constitutionnels
n'ont pas déserté une cause , mais qu'ils ont été désertés par
mie cause. Je ne transcris maintenant ce paragraphe qu0
' pour montrer que je ne suis point aveuglé par la vanité ,
.i|uand je pense qu'alors mon opiniop n'était pas indijfFérente.
(94) pas rare en poKtique. Pendant quelque temps , les sages et les insensés marchent ensemble; il vient un moment où les insensés s'élancent et crient à l'abandon y quand on ne les smt pas. Les sages continuent leur route sans s'en inquiéter»
Le Roi ne s'opposait point au changement du min^tère; les ministres eux-mêmes s'ofiraient en sacrifice expiatoire j et ce fut de leur part que la première proposition de leur retraite parvint aux constitutionnels. •
Deux jours après la nouvelle de l'apparition de Bonaparte à Cannes , deux personnes, que je ncnnmerai pour peu que mon assertion soit révoquée en doute, se présentèrent chez M. Lain4 L'une d'entre eUes déclara, et toutes ses expressions annonçaient que c'était au nom des ministres, que plusieurs de ces derniers reconnaissaient qu'à tort ou à raison, ils avaient inspiré des défiances; qu'ils ne pouvaient pas préserver la France des dangers qui la menaçaient ; qu'ils offiraient leur démission et qu'ils désiraient leur remplacement. Les ministres ou fonctionnaire^ éminens dont la démission fiit partictdièrement annoncée, forent Tabbé de Montesquiou, M. Ferrand, M. Dambray, M. de Blacas et M. d'André. On promit qu'on exigerait de plus celle du maréchal Soultt
l*Dat ^t donc convenu (i). Les constîtationnek acceptèrent ces promesses qu'ils n'avaient point provoquées. Ce n'étdit point par éjgolkne qu'ils les acceptaient : ils QfsA assez prouvé, à bien des reprises , qu'ils ne sont point avides de pkdes. Le plus iflustre d'entre eux n'a-t-il pas re&isé d'eu remplir durant 1^ douze années du règne de Bonaparte, tandis que, parmi nos persécuteiû'S de fraîche date, je vois d'anciens préfets, d'anciens conseillers d'état et d'anciens ministres?
J'ajouterai, et ceci né me paraît pas sans im* portance, que les eonstitutionneis étaient loin de vouloir imposer au Rdl un minbtère de leur choix.. Ils étaient loin, sur-tout, de proposer un nûiûstère qu'on aurait pU nommer lévolutionnaire*
Une vérité quia tr^ k»ig-temps été méconnue ,
(i) « Le Roi reconnaît la faiblesse et même lè danger de . » ses premiers choix, écrivait-on de Paris à Londres , dans » \m jouxiial dent j^i^i déjà fait mention ; tous les intérêts par^» » ticUliers s'évanouissent devaht lès grands intérêts qui s'où- » Trent; tous le3 ministres , sans exception aucune , vont être» » dèstilués, » {jimbigmàaAo au 1 6 mars.) Jlg ne cite poiiÀ un journal étranger pour coaroborer de& accusatîDns centtB les ministres : je veux seulement démontrer que, dans tous lés partis , le changement de ministère était annoncé comme une mesure salutaire, indispensable^ réclamée par Topinion, espérée par tousies bons citoyens, etpromise par les royalistes rai$oiiQalftes^ irtitÂnt q[ue demdiidée par les amis de lalîberte.
(96) est bonne enfin à établir. Ce sont toujours led royalistes exagérés qui ont voulu faire entrer dans les conseils des hommes notés par d'anciais excès et par des violences anarchiques. Nous trouvons, dans les écrits de M. de Châteaubriant, la preuve qu'au 8 juillet i8i5 , ce fîit cette faction qiii im-r posa à Louijs XVIII le duc d'Otrante. « Je n'ai y> jamais vu, dit le noble pair en parlant de ceux y> qui étaient avec lui à Arnouville , un vertige y> plus étrange. On criait de toutes parts que , sans ».le ministre proposé, il n'y avait ni sûreté pour » le Roi, ni salut pour la France; jue lui seul >> avait empêché une grande bataille ; que lui seul )> avait sauvé Paris; que lui seul pouvait achever y> son ouvrage.... U fiit presque impossible aux y> meilleurs esprits d'échapper à la force des choses » et à l'illusion du moment. y> {De la Monarchie 'selon la Charte, chap. 45.) Je ne demanderai pas> à M. de Ghâteaubriant si lui-même, avant le 20 mars, s'était toujours préservé de ce vertige. Ce que je sais , c'est qu'antérieurement à cette époque , . les royalistes exagérés réclamaient déjà du duc d'Otrante. Ils lui attribuaient l'affermissement du despotisme impérial , et ils le voulaient comme un habile constructeur de despotisme. Au moment du danger, ils redoublèrent d'efforts pour le pprter au pouvoir* M* Jiainé partageait seul, avec les
(97) tobsiitutionnels , une répugnance que les aiii^À traitaient de vain scrupule et de niaiserie. J'étais entièrement de l'opinion de M. Laine. Je n'ai jamais pu concevoir l'un des hommes qui ont condamné Louis XVI au nombre des conseillers de Louis XVIII. Je m'en étais expliqué avec le duc .d'Otrante lui-même, ctiet madame de S|aèl, qui était de mon avis. Je pense, d'ailleurs, que ce qu'on nomme lés gages donnée à la liberté, sont des garanties trompeuses. Les véritables garanties se puisent bien plus dans le caractère que danâ les intérêts apparens. Les hommes ambitieult^ B'aveuglent facilement sur leurs intérêts. Quand, pour conquérir la Êiveur d'un parti, ils se jettent dans l'apostasie, le soin qu'ils prennent de mettre leurs personnes sous la sauve-garde d'une exôep-r tion les occupe en entier ; et pour mériter l'excepi' tion , ils servent avec d'autant plus de fiireur leur nouveau système. D'ordmaire ils sont la dupe de tpe calcul. Ce ne serait qu'un demi-mal si la liberté ne portait comme eux, avec eux, et souvent plus qu'eux la peine de leur folie*
Puisque j'ai fait ici mention du duc d^Otraute, je raconterai une anecdote bizarre qui donne mie idée assez exacte de l'esprit des royalistes exagérés au milieu de cette crise. Après avoir ouvert l'avisi de recourir à ice ministre fameux,. ils lui avaient •
(98) procuré des entrevues avec les personnages ïe* plus augustes; mais par une suite de leurs velléités d'arbitraire dont je parlerai plus tard, ils' sollicitèrent et ils obtinrent presque en même temps l'ordre de l'arrêter. J'avais combattu sa nomination, je combattis son arrestation également, et l'on parut se rendre à mes conseils. Je le rencontrai le lendemain. Ses longues habitudes de police lui avaient donné quelques inquiétudes, bien qu'il sortît à l'instant d'une conversation qui aurait dû le rassurer. Il me demanda si je croyais qu'il y eût des incarcérations illégales : je l'assurai que non; et, deux^ heures après, la garde nationale vint pour l'arrêter.
En insistant sur un changement de ministère , les constitutionnels n'agissaient donc point comme une Êiction qui aurait voulu profiter d'un péril imminent pour saisir le pouvoir et pour l'exercer. Ils voyaient l'état des choses et la disposition des esprits ; ils n'avaient point créé cette disposition; ils n'en étaient point responsables; c'était un fait qu'ils déclaraient; ils disaient au Gouvernement une chose éminemment raisonnable : Vous voules; que la Nation vous soutienne, prenez pour auxir Uairesdes hommes que la Nation considère comme ses amis.
L'idée de ce renouvellement du ministère fut ;^
tK>mme je Pai <ïit, l'espoir des deux Chami)res et la base de leurs délibérations, jusqu'à l'époque du départ du Roi* Le ministère était encore, le 1 8 du soir, en négociation avec les députés d^apçès cette hypothèse. M. l'abbé de Montesquiou et M. Fer-^ irand , se rappelleront sans doute les comités secrets des derniers jours, les instances qui leur ftirent adressées, et leurs réponses évasives, que je n'at* tribue point précisément à de la mauvaise foi personnelle, mais à rembarras où les jetait l'indécision-de la coul**
Ceux qui ont retardé une opération indispensable, la seule qui laissât quelque espoir de salut; ceux qui ont mieux aimé courir la chance de tout ce qui est arrivé ; ceux qui ont opposé à la v(donté bien déclarée du Roi l'intérêt prétendu que fau- ^orité croit avoir quelquefois à se montrer inflexi* ble, choisissaient mal leur temps pour élever une . question d'amour^propre. Je ne sais s'il est beau ^ pour les serviteurs d'un prince, dans un système de monarchie qui assurément ipi'est plus le nôtre > de préférer la Êitigue d'un voyage au désagrément de céder à l'opinion. Mais, certainement , la préférence n'est excusable que lorsque la &tigue du voyage n'entraîne pas la diute du trône et la destruction :du pays y et ce n'est pas dans un parti^ quoique l'on en dise, un si grand mérite que de
flOO)
£dpâtaîtrç sans résistance pour revenir ensuite vaincire sans combat.
A cette mesure solennellement et itérativement promise^ on en ajouta d'autres qui Àirent également approuvées» Un ministre de la jguerre , à la fois loyal et constitutionnel, devait profiter des réssources militaires^ des commissaires patriotes devaient traverser les départemens en unissant le nom du Roi à toutes les idées de liberté; le choix des hommes devait garantir la réalité des choses et la sincérité des intentions; des proclamations royalesdevaâent parlerau peuple lelangage de 1 789. ÏM^ime de ces proclamations fut rédigée devant un homme actuellement pair de France. Elle contenait les «assurances les plus formelles que le Roi se réunissait non •^seulement aux intérêts, mais aux ^nincipes de la liberté. Cette proclamation fut, cUit-on, soumise au Roi, et son approbation lui fut accordée» On proposa, de plus, de compléter la Chambre des députés, déconsidérée depuis qu'eUe avait violé la constitution dans la question de la liberté de la pressse , et d'augmenter le nombre des pairs en élevant àcette dignité les membres les plus éminens de l'assemblée constituante, et en fortifiant ainsi, de l'appui des souvenirs les plus purs, la monarchie menacée* Les traces de ces propositions $e retrottr^iat dans le projet de loi.
présenté par le ministre de Fintérieur le i3 mar^ ( Moniteur du 1 4 )• Le complément de la Chambre des députés pouvait au moins, pour Paris et pour les départemens voisins, s'effectuer en peu de jours, et ranimer l'esprit public dans les provinces éloignées où cette opération eût été plus lente. La Chambre des pairs pouvait être renforcée en peu d'heures par des hommes courageux dont la voix populaire eût donné à la France cet ébranlement unanime que réloquence et la vérité impriment toujours aux nations sensibles et généreuses.
Quant aux précautions et aux opérations purement défensives, il était naturel de penser que le Gouvernement s'en occuperait de kd-méme ^ et l'on se borna à le solliciter de donner pour cheÊ aux soldats des hommes: associés à leurs anciens triomphes, et qui leur im^irassent cette confiance morale ,^arantieou supplément de la subordination miUtaire. Mais on espérait aussi que ces che& ne resteraient pas sans instructions., sans directions , astreints, par des injonctions formelles, à n'agir que d'après des ordres qui ne leur étaient point transmis, et forcés à une inaction fiuieste par Vçfcbse^ce, le retard ou l'insuffisance de ces ordres( i ).
> III. I i.i ...i - i I I I II .1 ■ ■ I m il ,11 II ipwpiiii|>,
{\\ Voyez, le pçocès du maréchal Ney^
Ces diverses mesures, qui devaient s'exécuter rimultanément , et qui étaient essentiellement liéea les unes aux autres, auraient-elles suffi pouf sauver le trône et la liberté? Je ne puis m'empêcher de remarquer que le doute qu*on exprime à cet égard, ne feit qu'attester le dévouement des constitutionnels, puisqu'il en résulte qu'As exposaient leur viepouruncchancefortincertaiiie. Quant àla question en elle-même, oi^ne petit maintenant la résoudre ni dire ce qui serait arrivé, si l'on eût ^ piit^cç qu'pn a négligé de faire. Beaucoup de gêna sont intéressés à prétendre que le mal était sans yemèdej et ceux qui se sont enfuis, et qui, comme on le verra , ont fercé le Roi à les suivre malgré lui, doivent, pour leur honneur, établir que la fuite était ce qu'il y avait de mieux. Toutefois y ce qui rend vraisemblable qu'une conduite con^ forme au vœu général aurait pu obtenir qaelque succès, c'est l'effet que produisit le p&u qu'on essaya dans ce sens f par exemple, la séancç royale du ï6 mars. Si la confiance eût été complète, si le maréchal Sou)| eût été remplacé par quelque ministre connu par son attachement à la liberté, qui peut affirmer que cette conduite loyale n'eût pas été d'un heiu'eux effet? Quoi qu'il en soit,^ ces mesures, efficaces ou non, étaient les seules qu'on pût essayer. On s'était engagé à lesadoptery
( IÔ5 ) Lors^e je dirai comment l'engagement fut rèm« pli, l'on verra que ce nefiit pasle Roi, que ce ne lurent pas les amis de la liberté qui manquèrent à leurparole«
LETTRE Vni.
Départ du Moi.
J 'ai retracé, dans ma dernière lettre, les efforts des constitutionnels qui se dévouaient pour une cause à peu près désespérée. J'ai maintenant à parler d'un autre parti, qui n'agissait point pour sauver la France, mais qui, au contraire, semblait vouloir rendre le mal sans remède, afin de recourir à un remède plus aflSreux que le mal.
Pour concevoir la marche dont ce parti fit choix avec un genre d'habileté qui n'est accordé qu'aux hommes indiffîsrens au sort de l'hiunanité et de leur pattrie, il faut suivre cette mavche pas à pas, jour par jour, heure par heure. En l'examinant de la sorte, on découvre deux époques bien distinctes, deux mouvemens successi& et en apparence opposés.
*Le premier de ces mouvemens eut évidemment pour but de profiter du retour de Bonaparte, pour
( io4 )
cletruîre tout ce que k restauratién de 1 8i 4 avait été forcée de conserver de la révolution de 1789* Au lieu d'adopter des mesures populaires et pyé» servatriees, les royalistes exagérés en propesèrent d'injustes et d'illégales. Tandis que les constilu-* tionnels étaient réunis autour du trône, en feveupde la liberté , et eherchaiçjït à sauver la France en satisfaisant au vœu national, sans sacrifier Pautorite nécessaire du Monarque ^les hommes dont je viens de parler ne concevaient que des coups d'état; ils voyaient dans l'événement qui plaçait la patrie au bord d'un abyme, une heureuse occasion de déchirer la Charte , et ils ne voulaient pas laisser échapper cette occasion* Us répétaient que^eeux (Qu'ils nommaient les JBonapartistes, devaient être combattus avec ks méme& armes que Bonaparte avait employées, comme si Bonaparte n'était pas tombé précisément pour avoir employé ces armes. Ils recommandaient une dictature , une^suspensioi» de tous les droits individuels , des arrestations innombrables, des tribunaux, extraordinaires et tout le cortège de la tyrannie qui aQecte de trem-f hier afin de pouvoir sévir.
C'est à oes propositions vît)lentes, propres à' redoubler le mécontentement universel en traitant les suspects comme des condamnés, et les ionocena; comine des coupables, que je &isais illusion daqa^
( io5 ) un joumaf^ quand j'écrivais que le Gouvernement n'avait besoin ni de mesures extraordinaires, ni de précautions orageuses, iii d'extension de pouvoir , et que la constitution suffisait à tout (i). Je me suis vu plus d'une fois en butte aux reproches des royalistes exagérés , parce que. tout ce qui était illégal me semblait inadndssible. Ils taxaient ce scrupule de faiblesse; ils me soupçonnaient même de complicité ; et dans une des cent cinquante lettres anonymes que j'ai reçues,. ma fidélité aux principes était all^;uée comme une preuve, de (conspiration.
Les constitutionnels qui s'étaient réunis au gouvernement royal précisément dans l'espoir d'éviter les violences et la tyrannie d'im chef investi d'un pouvoir sans bornes , ne pouvaient consentir k cç que .le gouvernement qu'ils oflSraiient de défendre sç rendit coupable de ces mêmes vio-* lences et s'arrogeât ce même pouvoir. Us préféraient Louis XVIII à Bonaparte , parce, qu'ils croyaient voir sou^ Louis XVIII plus de chances pour la liberté ; niais sanctionner le despotisme sous Louis XYIII pour échapper à Bonaparte, eût été poiarcher J^s w^ but opposé s^xx leur par des jpioyens que dans leur opinion rien ne légitime.
(0 jQumal de Paris âu u mars*
C io6 ) Leur résistance fat efficace j aucune extension ill^ale des pouvoirs créés^ et limités par la Charte ne fat proposée. Le Roi sembla n'en désirer aucune; les Chambres manifestèrent leur détermination de n'en point accorder. Celle des députés promit au Monarque son appui, mais en ne mettant à sa disposition que les pouvoirs qui dérivaient de la Charte et des his, protestation implicite contre tout projet de dictature et de suspension du régimç
constitutionnel.
En agissant ainsi, les amis de la liberté se mon-» traient non-seulement plus scrupuleux, mais plus éclairés que leurs adversaires. Quel aurait pu être en eflFet le résultat d'une marche diflférente? N'était-ce pas déjà en violant la Charte, qu'on s'était aliéné l'opinion? La tiédeur, l'incertitude, l'indifférence, qui ajoutaient au danger, ou pour mieux dire, qui le créaient ( car si le gouvernement royal avait eu l'affection du peuple, qu'auraient pu contre lui douze cents hommes?), n'étaient-elles pas les tristes effets de la duplicité piinistérielle et d'une complaisance inexcusable envers le^ clie& d'une faction arrogante? et , pour yemédier à ces effetis ^ on voulait aggi'aver la cause, réaliser les soupçons, confirmer les craintes, ravir à la nation les biens dont la jouissance pouvait seule l'engager à se défendre, et lui déclarer ainsi
qa'elle n'avait rien à perdre, quel que fût le possesseur del'autorité! Les amis aveugles des mesures violentes tombent sans cesse dans la même erreur; c'est au despotisme qu'ik demandent la r^^aration des maUx que le despotisme a causés. Quand un état est prêt à périr, &ute de liberté, ils appel* lent à leur secours plus de servitude encore, et c'est, par un accroissement d'arbitraire, qu'ils croient apaiser le besoin des garanties. Mais le pouvoir absolu n'est pas comme la lance d'Achille , | il ne guérit point les blessures qu'il a £iites; il les envenime et les rend incurables.
Vaincus dans leurs projets absurdes et illégaux , les royalistes exagérés changèrent subitement de tactique. Us |>assèrent soudain de la jactance la plus insensée, des prépositions les plus furieuse», k l'affectation de l'abattement le plus complet, de l'apathie la plus obstinée; ils affichèrent le décou^ ragement; ils proclamèrent l'épouvante. Leurs écrivains refiisèrent d'écrire, leurs orateurs de parler. Dans tous leurs salons, l'impossibilité de la défense se professait coinme un dogme, et ils trai^ taient de factieux et de rebelle quiconque disputait cette impossibilité. Ils groississaient ainsi les obstacles; ils en créaient qui n'existaient point; ils paralysaient les forces matérielles, ils frappaient à^ Stupeur les forces morales, Ils rejetaient les ope-
< io8 )
rations militaires, parce que, disaientriïs, ïés ubr clinations de l'armée étaient suçotes j les précautions administratives, parce (|ue le^èle des administrateurs était douteux ^l'emploi dès garàea nationales, parce qu'dles étaient peu Êdtes au métier des armes; les appels à l'opinion ,' parce qu'elle n'était pas affectionnée. Dans chaque détail, l'on rencontrait une opposition sourde ek avouée, et leur force d'inertie était invincible.
Ce lurent eux, par exemplje, qui, en retardant lavdémission du maréchal Soult, encouragèrent la malveillance et multiplièrent les hésitations. La faction contre-révolutionnaire était tellenientaftachée à ce ministre, qu'elle engagea le Roi à, Iw écrire une lettre approbative de toute sa conduite, lettre qui désorienta l'opinion, et produisit l'effet le plus déplorable. Je suis convaincu que les accusations portées contre le duc de Dalmatie étaient fausses. Tout ce qui implique l'existenqe d'une conspiration antérieure au retour de Bonaparte est dénuée de fondement; j'en fournirai les preuves ailleurs. Mais, puisqu'on soupçonnait ce ministre > puisque sa présence dans le ministère excitait la défiance des citoyens et alarmait la représentation nationale, pourquoi sa démission, promise le 7, n'eut-elle Heu que le 12 ? le temps était précieux dans cette crise. Le^ amis de la liberté;^ la nation;^
( ï09 ) les députés ses oi^anes rédam&ient avec injuâ* tice, je crois, mais impiérieusement, Téloignement d'un seul homme. Qui donc le protégeait? qui s'obstinait à le conserver ? ceux dont sa nomination avait été l'ouvrage, les royalistes es^gérés. Ils con* sumèrent ainsi quinze jours, que leur importance égalait à quinze siècles, entravant toutes les mesures, mettant obstacle à tous les préparatifs de défense, repoussant sur-tout, avec un mélange bizarre de ftffeur et de découragement y tout ce qui aurait pu donner à la cause royale l'appui de la liberté; et Bonaparte était à Fontaiuebleau^ que l'inaction dans laquelle ils retenaient le Roi, se prolongeait encore.
< Et cependant, s'il faut en croire une autorité qu'eux au moins doivent reconnaître comme res* pectable, des forces imposantes étaient à leur dis^ position jusqu'au dernier moment. M. de CMteau-* bnant , dans le rapport qu'il a &it au Roi , se complaît dans l'énmnéràtion de ces forces. Elles consistaient, suivant lui, au 20 mars, ce en trente » mille gardesnationales, ai trois mille volontaires, » en dix mille étudians de toute espèce. » Aiifôi, le 30 mars , ils pouvaient disposer de quarantetrois mille hommes; et c'est le ao mars qu'ils sont partis , et c'est le 20 mars qu'ils ont forcé le Roi à les suivre. Je dis forcé , car je prouverai tout h
Hieure que la volonté du Roi n'était pour riëtl dans son départ, et qu'il n'a Mt que céder à ded circonstances habilement arrangées autour de lui par une &ction qui voulait le séparer du peuple et de la France.
Démentiront-ils M. de Ghateaubriant? Dirontils que son assertion était une de ces ruses légitimes qu'on emploie pour ranimer le courage d'une nation effrayée? Mais Fauteur du rapport au Roi écrivait à une époque et dans un lieu où toute ruse pareille était superflue : il écrivait deux mois après le 20 mars; il écrivait à Gand. Son parti doit croire à sa véracité j et il en résulte, je le répète, qu'ils ont abandonné le trône et la patrie quand ils avaient pour les défendre quarante-trois mille hommes.
Je sais que le même écrivain motive la détermination de renoncer à toute résistance sur la défection du marédiial Ney. Mais le procès de ce guerrier malheureux et illustre, prouve assez que sa défection, amenée avec un art si perfide ^ représentée sous des couleurs si &usses et punie si rigoureusement , fiit l'effet et non la cause de l'obstination que l'on avait apportée à désoi^aniser tous les moyens militaires.
En voyant cette marche ibizarre d'une Ëiction dont la prétention habituelle est de se dévouer
pour la monarchie, des esprits cmibrageux ont accusé les royalistes exagérés d'un, calcul abomi« nable. <c Nourrie dans l'étranger, ont-ils dit , con- 7) servant avec lui d'anciennes et constantes rela- J> tiens , accouti^née à l'implorer à chaque défaite , » la &ction des royalistes exagérés connaissait » la disposition de toute l'Europe , eUe était sûre y> que les souverains ne déposeraient les armes » que lorsque Bonaparte serait renversé. EUe a y> voulu courir cette chance qui devait coûter la » vie à quatre -vingt mille Français, qui devait » attirer im million d'étrangers dans fe royaume; » elle ,5'est flattée que la France , asservie par ses )) vainqueurs, offrirait à la contre -révolution une » proie &cile; que la modération du Roi serait » déçue ou subjuguée, et qu'alors se réaliseraient » en un instant ces rêves de retour au despotisme , D de rétablissement du pouvoir absolu dont elle » s'était bercée pendant une année. C'était dans >) ce but qu'elle s'opposait aux derniers moyens )> qui pouvaient sauver le trône ; c'était dans ce y> but qu'elle l'isolait de ses véritables défenseurs^ » qu'elle le livrait désarmé à l'agresseur qui s'aT » vançait, et dont ses cris de déia*esse et d'alarme » semblaient destinés à presser la marche. Elle. » voulait que le Roi se vit réduit ^ quitter la » Frajace^ pour que k France fût pivahie, parce
>i qti^eix la préservant de l'être par les ressources » nobles et franches que présentent Fesprit na- » tional, cet esprit national eût eU même- temps j> affermi la liberté. Il valait Jbien mieux revenir^ » à l'aide de l'étranger , déchirer la Charte et » consommer en 1 8 1 5 la côntre-révolution méditée » depuis 1789. 3>
Je ne veus: point adopter légèrement Uiie accut' sation si grave, et malheureusement corroborée^ au moins en apparence, par toUt ce qui s'est passé , et plus encore par tout ce qui a été proposé à la seconde restauration. Les combinaisons hu'maines ne vont ai loin «ni en bien ^ ni en ^naL L'instinct de ces hommes contre la liberté a pu les guider plutôt quW plan fixe. Mais il n'en est pas moins vrai qu'à cette époque ils ont tout p^rdu j et quand on considère quelle â été leur conduite après un triomphe achçté par des flots de saog français, Ton doit reconnaître que s'ils avaient agi avant le ao mars d'après un calcul aussi coupable^ ils n'auraient pu , depuis le second retour du Roi , ^[gir autrement qu'ils ne l'ont &it.
J'ajouterai toutefois , par esprit de justice ^ que le blâme que me semblent avoir mérité les véritables auteurs du départ du Roi, ne doit pad s'étendre à tous ceux qui l'ont suivi après ce dé-, pact. JL^s serviteurs qui ; dans cette circonstance^
tmt écouté leurs sentimens et leurs opinions, sottt respectables à mes yeux, bien que j'aie bbéi'à des sentimens et profe'ssé des opinions opposés. Tous les genres d'enthousiasme ont droit à Testime, et tous les sacrifices <jue les hommes font à leurs affeo tions ont quelque chose de noble et d'honorable. Je reprends Ja suite des faits. Aucune mesuré réparatrice né fiit adoptée j le ministère ne fut point changé j la Chambre des députés ne fut point complétée j la Chambre des pairs ne reçut dans son sein aucun des homnies dont la noi^nation aurait prouvé la volonté de confondre les intérêts du Roi avec ceux du peuple^ les citoyens virent que leurs destinées continuaient à être confiées à des mains inhabiles; la défiance, le mécontentement, le découragement redoublèrent, et les moyens de salut qu'on aurait puisés dans le sen^ timent national , furent paralysés et détruits; le Roi n'eut plus de ressources que dans un démrt précipité, et ce départ fut la cause de toutes les calamités qui ont accablé la France.
Dira-t-on que les royahstes exagérés ne furent pas seuls coupables du départ du Roi? Qu'oq indique alors à qui ce départ doit être attribué*? Au.Roi lui-même? Non, certes : le'i6, il déclarait sa resolution de mourir, s'il le fellait, au milieu de son peuple. II se refusait encore à quitter Paris •
le 19, car le 19 il fit inVitar les ambassàdeu» étrangers pour le 31 , et nul assurément n'osera le soupçonner d'avoir veuki kkser au milieu du péril les mixustres de tous ses alliés, en les trompsâit y par un tel artxfioe , sur une déterrain^tion déjà prise. Même en s'éloignant de la capitale , il ne se proposait point de passer k frontière ; car dans sa denûère prodamation , il promettait de convoquer les deux Qiambres le plus procliaineDient qu'il lui serait possible , dans quelque ville de son royaume» , Alille, encorej^il répugnait à sortir de France : il inclinait pour se reodrea Dnnkerque^ et, dans cette hjTpothése, l'on aurait essayé de se maintenir sur le sol français (i). '
11 est difficile, et je crds qu'il serait injuste, d'attribut au ministère d'alors cette résolution^ qui ne laissait à Louis XYIllpour auxiliaires que les étrangers. Les ministres de 181 4 avaient , pour la plupart, préféré dans leur canière antérieure l'obéissance à Napoléon à Fabandon de leur patrie y
(i) « Puisque nous ne pouroas pas défendre la capilale ^ ^ nous irons plus loin rassembler des forces et chercher, 9nx\ • un autre point du royaume, non pas des sujets plus aimans » et plus fidèles que nos bons Parisiens , mais des Français M plus avantageusement placés pour^e déclarer pour la bonne % cause, p (Proclanuitîmi da Boi da 19 mars i8t5. )
( "5 ) et ils n'âuràîeht pks adopté un plan dont Fémi« gratîon était le moyen et pouvait être le terme*
Àttribuêrâ-t-on îe départ du Roi aux Chambres? filais M. Laiiié était si loin de regarder ce départ eoïnnife possible ^ qu'il s'écriait dans un des discours que j'ai cités : De quels traits noUs pein-* droit VHistoifè} »i noué laissions enlever le Roi du lûilièù dis hôUs /•••. Quând^ le 17, le même bratéllr disait que la Chambre des députés propo^ serait à l'intime cfôhfiané^ de Sa Majesté deS me* §ure^ dlibacës, sùpposerà-t-6n que ces mesures îiissènl qtiè le Ri(A î)ârtît \» ig? Quand, lé 18, M. SaHeîbâ et te général Augiér vôidàiént que là guerre fôt déclarée nationale ; quand un autre dé-^ pùté retraçait avec énergie tout ce qui pouvait êloignël: lés Français de Bonaparte, pensè-t-*on qu^ s'àltèhdiisénl à lé voir entrer le surlendemain dans Paris abandonné?
A qui faut-il donc remonter , si ce n'est au parti qui s'était placé comihe ime barrière de fer entre te Monarque et là INatibh? Ce parti a plané comme tin mauvais "génie i^ur les délibérations de la cour; il â ttbmpé les intentions royales; il a vaincu la Volonté d'un prince qu'il cernait obstinément ; il a pro&té de soh influencé pour entraîner ce prihce dans «n dépari contraire à ses intérêts, et qui devait livr^la France à huit cent miUe étrangers.
( "6 )• . M. de Châteaubriant appelle ce parti les vétérans de l'exil. Il y.a des vétérans de la ftiite. Ceux cpii avaient abandonné Louis XVI, ont entraîné Louis XVIII. Us peuvent être des sujets fidèles ; mais ce sont des serviteurs déplorables. Ce parti seul, jusqu'au dernier moment, fut instruit de, ce départ qu'il avait rendu nécessaire. Le 1 8 même , le Moniteur parlait encore de l'organisation rapide de la compagnie des gardes du Roi et des postes assignés aux troupes. Le Moniteur du 19, dans lin article ofiiciel, mettait le départ du Monarque au rang des fables absurdes et des mensonges coupables répandus par les adhêrens de Bonaparte. Enfin, M. de Forbin, lieutenant -général, raconte dans le Mémoire justificatif qu'il a publié en faveur de son fils, banni de France après le 8 juillet, que le 20 mars, en sa qualité de, commandant des volontaires royaux, il se rendit aux Tuileries à une heure après midi pour demander à M. de Latour-Mauboui^, commandant-général, les ordres du I^i, et qu'on lui répondit qu'il n'y avait point d'ordres. Ainsi ceux mêmes qui s'étaient armés pour sa cause n'éiaient pas instruits, le 20 mars à midi, qu'il était parti dans la nuit du 19. Les vœux de ceux qui avaient désiré le départ du Roi lurent accomplis. L'effet fut immédiat; les conséquences irréparables. La ques^jiou changea.
("7) Ceux qui avaient voulu entourer le Hoi constitutionnel, virent que le sol allait être envahi-, et que c'était le* sol qu'il fallait préserver*
On m'a reproché , dans un libelle , de ne m'être pas feit tuer auprès du trône oue, le 19 mars, j'avais défendu j c'est que, le 20, ]'ai levé les yeux, j'ai vu que le trône avait disparu, et que la France restait encore.
Ce sentiment qui était le mien, était et devait être le sentiment universel, (c Les nouvelles de* » l'occupation deParis,écrivaitlepréfetdesHautes- )) Alpes , ont rangé la population du côté de Bo- )) naparte. » Celui de Toulouse, en déposant ses pouvoirs , exhortait ses administrés à ne pas essayer une résistance superflue. c( L'antique trône » des Bourbons est tombé, disait-il; le chef de^ » cette auguste famille a quitté la France. »
Le drapeau tricolore lui-même, que tant de sou-^ venirs rendaient cher à la nation , ne fut arboré dans la plupart des villes qu'après la certitude du départ du Roi. Cette vérité résulte du Moniteur, et l'on peut s'en convaincre en calculant les distances, sauf un très petit nombre d'exceptions , tenant à des circonstances particulières. Il flotta sur les murs d'Evreux le 22 mars, mais il ne fut arboré à Bayonne que le 3, et à Draguignan que le
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10 avril, de ne &A que le i i , tpue l'étentiard royal disparut 4e tout l'anpire (i).
Qu'il ny a point eu de conspiration ayant le ao mqrê.
Xj^^ auteurs du^dçpart du Roi, pour repousseijla req)ousabilité terrible qui résulte des fiiits qup j'ai Retracés dai^s ma dernière Lettre, ont prétenfîu qu'une vaste conspiration, préparée avec art, purdifî en silence, avait pré^dé à Fentreprise de Bonaparte et assuré son succès ; mais Fexamen des. faits leur ôte encore cette dernière ressource.
Je ne veux point nier qu'un homme qui avait gouverné durantquatorze années un immense empire, qi;i avait créé tant d'existences, distribué tant de trésors, auquel, tant d'espérances s'étaient rattadiées^ n'ait dû conserver, malgré ses malheurs et malgré ses fautes , parmi ses obligés in- ^Bombrables,, un petit nombre d'amis fidèles et de cœurs reconnaissans. Des correspondans assidus