‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 15 sur 30 · I •' L IL - - J II · texte numérisé non relu

I •' L IL - - J II

(i) Voyesk le Moniteur de Tépocpeu

( "9 ) ont pu lui rendre 4»inpte ûe Fétat dé la ïVance. Leurs lettres ont pu lup: exprimer des voeux pour son retour, de rintépètpour son sert. Hapueiitretenic ,. ai luumot , desinteOigenees très naturelles , niaiâ qu'on avait sointle tenir secrètes^, pour n'être pas. suspect à Fautknité. Ces îaDeHigmiees n'ont paft même àà se borner à Ik Frae^e. Bonaparte await soudbyé' tsuat d'homme éminens duos les ca-^ Imets étrangers, que millHnapporls ont dû exister entre lîîfe d?Ëlbe et lesccMirs && se trouvaient pki- ' sïeura de ses anc»exiB sftipendiaires. Aucun t^ité , aucune .mesure de précaution^ n'avaient prescrit à son &èsœ Joseph>, retiré en Suisse^ d^ab jurer de» afiections de femille; mais entre' ces relations de souvenir ou de parentév relations qui alors' ne pa^ raissaient pas mémecoupablesy et qui' ne se ratta«* chaient à aucun lien commun, à aucun centre ré* gulateur, et une conspiration', là différence est grandei

Si l'on prétendait représenter comme telle une tentative dent le but et les détaib sont toujburs^ sestésirès obscurs et très vagues, etdans laquelle^, à la mâtneépoque , quelques génâraux^ furait coih promis, il serait iacile de diknontrer que ce projet^ ^ quel<{u'il-sâtpuétre, loin d'avoir été oondàié avec h débarquement de Bonaparte, &xt au contraire dérangé par ce débarquement^ car il occasioana

la mission du duc de Trévise, qui empêcha le reste de l'armée du nord de prendre part au mouvement qu'elle devait, dit-on, seconder.

Les journaux de i8i5 ont beaucoup feit valoir un raisonnement qui parait i^lausible, et qui n'est que spécieux. « Les trois quarts des préfets, ont- » ils dit, n'étaient-il§ pas des préfets de Bona- )> parte? les conseillers d'état n'étaient-ils pas pris y> en^rand nombre parmi les anciens conseillers 0) de Bonaparte? les tribunaux n'étaient-ils pas » occupés par des juges que le Roi y avait trouvés , » et qui avaient été placés par ses ennemis? les » administrations civiles, financières, judiciaires ^ >) militaires , ne présentaient-elles pas toujours les 5) mêmes hommes, investis des mêmes fonctions? y> Bonaparte, en revenant, n'a-t-il pas retrouvé y> presque partout des fonctionnaires accoutumés y> à lui obéir, à ramper sous ses ordres ? et n'est-ce » pas là l'une des raisons de son fiicile et cruel sucy> cès(i)?^))

. Mais d'abord une résistance trop faible après l'événement, n'implique point une conspiration antérieure. En second lieu, les préfets, les maires,, les anciens instrumens de l'Empereur, ont si peu

(0 Foyez le Journal des Débats et le Joi^rnal générât de i8i5*

( 131 ) concouru à la réussite de son entreprise, que de l'aveu même des royalistes les plus exagérés, il a destitué, immédiatement après son arrivée, la presque totalité de ces magistrats. « Sur quatrey> vingt-trois préfets en place au 20 mars , dit le y> Moniteur de Gànd, dont l'autorité n'est pas susy> pecte, vingt-trois seulement restèrent en fonc- » tions. y> Il n'y a pas de réponse sensée à opposer à ce fait. Les magistrats que Bonaparte destituait, n'avaient sûrement pas conspiré en sa faveur. L'envoide commissaires extraordinaires dans toutes les provinces , ordonné peu de temps après son arrivée , afin de soumettre à leur examen la conduite des autorités locales, est encore une preuve de la défiance que lui inspiraient ces autorités ; elles n'avaient donc point préparé son triomphe. .

Si des preuves de raisonnement nous passons aux faits, je demanderai si l'on a trouvé une correspondance coupable chez un seul préfet, chez un seul maire. Certes, en i8i5 et 1816, l'on ne s'est ni épargné la peine, ni refusé le plaisir de chercher des pièces de conviction * Où sont-elles? peut-on les produire? croit-on que les pouvoirs de cette époque aient voulu jeter un voile officieux sur les hommes qu'ils poursuivaient? Toutes choses çgales , je leur fais assez d'honneur pour penser qu'ils auraient mieux aimé frapper des coupables

qu0 (fes mnoccM, et ccmvaiacre ceux qu'ils condanaDaieat. R^oiairqiies ^pe de tous les conseillers d'état flwjrrteiiw daiis Iburs fonctions en i8i4 par le IU)i^ ^ois seutefiwnt ont contiiuiié de si%er sous Bowparte* Ceux <fui?il n?a< pas admîsi daœ se» conseils, n'étaient donc pas ses compliees* Le» tFoiô quiseul^ ontétéfeyorisés, étaient-ife des conspicat^HTS? Je dois en douter, puisque, depuis le 8 juillet^ deui^ df entre east ont été^mintstpes.

Si une conspiiiatiom av-ait existé, commetït aucun des. coijqMibles ne s'mM^ serait^it at^tribué le mérite^, pendant que Bonapas^te élai4; sui> te tpàm ? et depuis, qu/il en^ est tombé-, eommes^t aucun de» pFoscfite^ n'aurailril pu être convaincu d'tm^ acte^ qu^onque antétieur à son r^k^jar? Puisque Fintérêt d'une part, lia vengeance de Fàutre, ont ^atemon^ échoué à rien prouver de pareil, c'est que rien dé pareiPn'a eu de réalité:

Dans^ les^ procédures qui ont signalé l'époque déplorable dë^ i8i5, Ton- n'a manqué ni de soin» ni die^zèlepour réunir tous lessindices^ et l'on n'a pu citer un mot^ produire une lettre, un témoin , une circonstance j qui dénotât un complot prémé-^ Até; On a poursuivi M. de Labédoyère j pour s'être déclaré en faveur de Bonaparte le & de mars; le maréchal iNey, pour avoir passé de son côté k i4; mais ni l'un ni l'autre n'ont été accuses

{ "3 ) d'avoir trempé dans une conspiration proprement Aie. La sentence de M. de Lavalette semble impliquer l'existence d'un complot; mais deux ques^ tions avaient été cumulées, et il est manifeste, par toute l'inâtruction, quel^ jurés n'ontpufNroQO{M}6r^ que sur h première, qui se rapportait uniquement à un acte postérieur au débarquement de Napoléon', att postérieur même au départ d^ Rpi. Le procès du général Drouot , et l.e jugei»ept (ji;iiVabsont, put encore CQii^taté siwabpnd^mqi^eat qu'il i^'y a'i^t poini; w de ccmspiir^lÂoni. Auasî, dan& «eux d^ généraux Bertrand et Gambrone , l'on a retrandié cette question , et Pon s'est borné à poser celle d'attaque contre le gouvernement (i). Quant à la prétendue trahison duministr^e de la guerre^ le Mémoire^ qu'il a pul^li^ d?pa.s soii,çxil,, le ]fi$^tifîe victor{i^U£feinçnt, de cette imputation.

Si des proclamations, ppstéiieures à Jf occupation des ifêpartemens, suffisent pour constater une conspiration, alors tout le monde a conspiré. Alors le premier des conspirateurs a été le maire de Lyon^^ qui, le 10 mars,acélébréla venuedeBonapartepar des pbrases pleine^s d'enthousiasme (2), et cepen^

(fl) P'cyez les Moniteurs des. 27 aivil.et a8 mai i8i6.

(i) Proclamation du maire de Lyon : « Habitans de la » ville de Lyon, Napoléon revient dans cette cité, dont U

dant les royalistes exagérés l'ont compté dans leurs rangs en i8i5. Il a siégé dans la majorité de la Chambre introuvable; il a été maire de Lyon juis-

» effaça les ruines , dont il releva les édifices , dont il protégea » le commercé et les arts. Il y retrouve à chaque pas les rao- » numens de sa munificence. Sur les champs de bataille » comme dans ses palais, toujours il veiDa sur vos intérêts » les plus chers ; toujours vos manufactures obtinrent des » marques de sa généreuse solliciQide. Habitans de Lyon , » vous revoyez dans ' vos murs celui qui vint arracher en » l'an VIII notre belle patrie aux horreurs de l'anarchie qui » la dévorait; qui, conduisant toujours nos phalanges à la >» victoire , éleva au plus haut degré la gloire de nos armes et » du nom français ; qui , joignant au tifre de grand capitaine » celui de législateur, donna à la France ces lois bienfaisantes » et tutélaires dont chaque jour elle apprécie les. avantages. » Citoyens de toutes les classes , au milieu des transports qui » vous animent, ne perdez pas de vue le maintien de Tordre » et de la tranquillité. C'est le plus sûr moyen d'obtenir qu'il » daigne vous continuer cette bienveillance particulière donl » il vous multiplia tant de fois les gages.

» Fait à l'hôtel-de-ville de Lyon, le 1 1 mars i8i5.' , » i^ Maiae de Lyon. »

Je ne puis m'empêcher de remarquer que le général Gruyère a été condamné à mort pour la même action pour laquellef le maire de Lyon n'a encouru aucun blâme , celle d'avoir publié des proclamations en faveur de Napoléon , avant le départ du Roi. Serait-ce que défendre la France contre l'étranger avait aggravé ce crime ?

qu'à sa mort*, et il a partagé avec le préfet et le commandant de la force armée , les éloges de son parti et le mérite des évènemens de 1 8 1 7.

Les listes rédigées après le retour du Roi , et destinées à désigner et à atteindre les conspirateurs , serviraient aubesoin à compléter la preuve qu'il n'y a pas eu de conspiration. Ces listes contiennent l'amalgame le plus bizarre de noms étonnés de se trouver ensemble. On y voit des députés qui étaient à cent lieues de Paris , et à trois cents lieues de l'endroit où Bonaparte a débarqué ; des députés qui s'étaient élevés contre lui à la tribune, delà manière la moins mesurée (i). L'on y a placé des littérateurs , des artistes , protèges autrefois par le maître de l'empire, mais étrangers à sa politique et ignorans de ses projets. L'on m'avait porté sur ces listes, et certes, quand, le 19 mars , ma voix était la dernière qui se fit entendre en faveur de la constitution , je ne conspirais pas avec celui qui venait la renverser. Si une exception a été prononcée en ma fcveur , je n'ai point dû cet avantage à mon innocence , car je n'étais ni plus innocent ni plus coupable que tous les^'autres. Je l'ai dû à la justice personnelle de Louis XVIlI , qui s'est montré plus équitable en- Ci) M. DurbaC'^ , par exemple.

vers un inccmnu qu'on lui peignait comme vtà ennemi) que dés amis envers leur ami , des col^ l^ues envers leur collègue , dès serviteurs de Bo^ naparte , quaûd i! opprimait la France et le monde, envers un hômmé qui s'est rallié à lui.quand il ne pouvait plus (primer ni le monde, ni la France,

On a confondu deux choses très diflerenties, tine assistÀnœ prêtée à une autorité , existait db fidl, contre l'invasion de l'étranger, et Une conspiration trùméé d'avance , pour ériger èette âtitoritç sur les ruitires de celle qui eidstait auparavant.

Il n'y a point éù de conspiration^ jô le tiéhà de Bonaparte lui-ménle, qui n'avait aucun intérêt à m'en imposer à cet égard. 11 en aurait eu plutôt à confirmer tous les soupçons, qui, en comprônïëttàilt ceux qui le Servaient, lies auraient at-' tachés plus étroitement à sa destinée. c( Je stds » venu, m'à-t-il dit, sans intelligence, sans con- >) cèrt, àans préparation aucune, tenant en màih 7> les journaux de JParis el le discours de M. Fer- » rànd. Lorsque J'ai vu ce que l'on écrivait sur 7> l'armée et sur les biens nationaux, et sur la ' » ligne droite et la ligné courbe,, je me suis (lit : » la France est à mdi. »

On trouvera peut-être que j'ai mis trop d'importance à prouver que le retour de Bonaparte n'a pas été la suite d'une conspiration', aujourdliui

(i?7) que l'o«]Ji est asâuré) même à ceux qui seraient coûvaincus d'y avoir pris part. Deux motifs m'ont fiiit croire <jHe cette question devait être apptofondie.

D'diord, c'est en Mipposant uftfe trame de celte nature, qu'on a dressé ces tables de proscripticto qui mettront obstacle à l'aflfermissement de la Charte, tant qu'eUes né seront pas basées : et Intérêt de nos concitoyens encore exilas , exilés injustanent , pmsque le prétexte des rigueurs qui pèsent sur eux n'était qu'une MAe , me semble comfiaander à tous ceux qui jouissent d'un sort plus be^reiix , d'entom^er cette vérité de toute l'évidence dont die est .susceptible.

La Charte , au moment de sa promulgation , avait jeté sur tout le passé tm voile que nulle puissance humaine n'avait le droit de soulever. Ce n'est donc que pour les Ëiutes commises depuis cette époque, que l'on a pu frapper des Français. S'il y avait eu, pour Êivoriser le retour de Bonaparte , une conspiration , les conspirateurs au^ raient pu se trouver, le 8 juillet, dans une catégorie particttlièlre,et les sévérités subséquentes pourraient se motiver. Mais puisqu'il n*y a pas eu de conspiration , le passé étajit nul , ceux que lea proscritions ont frappés, ne sont pas plus crimi* liels quç nous. ïb n'ont feit que ce que nous avons

fait. Ils ont reconnu le gouvernement de Napoléon j la France entière l'a reconnu. Ils l'ont servi; la moitié de la France. l'a servi comme eux. Ils ont accepté l'acte additionnel; un million quatre cent mUle français l'ont accepté. Us ont écrit, parlé 5 combattu contre l'étranger ; deux millions d'entre nous ont écrit, parlé, combattu de même. Li même loi» eût dû nous atteindre, ou la même justice doit tious réunir sur le sol natal. Car, encore une fois, ce qu'ils avaient fait avant la restauration ne doit pas compter. La Charte les avait constitués des hommes nouveaux, des hommes dans la même situation où sont les autres. S'ils sont coupables , nous ne sommes pas innoc|sns ; si nous sommes innocens , ils ne sont pas coupables. La vérité que j'ai démontrée n'est donc point stérile. Elle renverse tous les sophismes allégués pour justifier ou pour excuser l'arbitraire.

En second lieu, je mets beaucoup de prix , je l'avoue , à prouver que les amis de la liberté , qui , pour limiter le pouvoir d'un conquérant remontant sur le trône, se sont réunis à lui après son triomphe , sont restés purs de toute trahison. La trahison , je le sais , a été de nos jours érigée en vertu. Nous voyons des hommes qui la réclament comme on réclamerait un titre de gloire. Instru-^ mens du despotisme , durant sa puissance, ils pré-

( 1^9 ) tendent neFavoir servi que pour le livrer. Je désire qu'il soit constaté qu'à eux seuls appartient ce honteux mérite : qu'eux seuls ont mendié la confiance du pouvoir pour la tromper , ses secrets pour les vendre 5 ses faveurs pour les tourner contre lui ; tandis que . nous , forcés sans cesse de nous débattre au milieu d'épineuses circonstances, nous n'avons jamais professé qu'une opposition franche, quand l'opposition nous paraissait un devoir, sans porter, comme nos adversaires, la, duplicité dans l'administration, la perfidie dans les conseils, la désertion dans les camps.

J'ajouterai qu'il me semble utile que les gouvernemens sachent aujourd'hui que lorsqu'ils oppriment, ou qu'ils permettent à une minorité d'opprimer en leur nom , il n'est pas nécessaire de conspirer contre eux pour les renverser. A mesure que les lumières se répandent, et que les hommes connaissent mieux leurs droits et leurs intérêts , les peuples font leurs ajf&ires , pour ainsi dire, à part desgouvernemens. Us ne consentent à les soutenir ou à les défendre , que lorsqu'ils recueillent de leur conservation un avantage clair et positif En France sur-toijit, la révolution et la chute de six gouvernemens successifs ont donné à toute la nation une habitude à laquelle nous l'avons vue revenir sans cesse , d'autant plus volontiers , que cette habitude

(i3o) n'exige d'elle anccm eflfort, et la présence de tout danger. Elle n'atta<{ae point Bcm goavemement, mais elle s'écarte , et il tombe. C'est le parti qu'elle a pris contre FEmperenr en i8i4 j contre le go«H Temement royal en i8i5, lorsqu'il était dominé par une faction , et nous le montrerons, dans la suite de ces Lettres , déployant de nonreau , trois mois après, cette force d'inertie contre Napoléon, qui n'avait pas su regagner sa confiance m répondre À son espoir.

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