‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 18 sur 30 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

£taï, (té la Francfi et situçLiiori des amis de la r liberté . après le départ du Roi. , •

LiE Rbî ëtàit parti. Les' iiiîdistfes avaient disparu. l^ékïSiâiîibiWiëtaLïent sp|)at'ëe6: Céuk qui VéîaïeriidéV^u^s pôdr la MoïaVtïiîe dôiistîtatîo^^ "iietlé', 'àttettcfeîënt en éilérièe jbt'rfesarmës lë'sort qu*uii vainqueur (jù^s avaient brùvéiéuf rèsèryait . Bèvaîent-ils, trahissant ïè depôtfqii'îï est dkhs leur mission dé deferi]lrë, ensevelir , dans quelqu'pbscWe Retraite , une vie que dès fautes, dont ils n éîaîeni pas coiipabres/ rendaient inutile à leur 2* Parité, x

pays? dév aient-ils , se glissant vers la frontière , cortège dédaigné , auxiliaires suspects, suivre sur le sol étranger ceux qui, malgré le Roi, les avaient çmpçchés de sauver Jo^Rançe?. Ou l^ir était-il permis de se rafiier à ^naparie, aprè^ fe$ éÉTQrtti qu'ils venaient de tenter contre lui , et malgré la réprobation qu'ils lui avaient prodiguée ? De tous côtés se laissaient apercevoir des périls d'espèce nouvelle. .. . , , f..

Le premier était la continuation de la dictature que Bonaparte exerçait. Tous les organes de la nation étaient dispersés. Il n'y avait plus de corps intermédiaires, plus dereprésenta^oti pationale. Les proclamations du golfe de Juan , les décrets de Lyon semblaient annoncer une terreur militaire,conabipée avec des proscriptio ns anarcbiques . C^était lé langage de la conventioti dans la bouche d'un prétorien ; et ce langage, il faut en convenir, jae répondait qu^^trçp aux s^utiça^s.d'i^ne clasde qo^eje, cuis plus Ipia ^ue jam<9Lis (le }ugi?r séyereme^t^f uj9p<j'hw.<j[\ïç ;j df np les i;angssi|çérieYrs, rinjuftjce et la fureur sont égales , et par çpi^séque^,. le crime bien plus, ^andj car le besoin, rigporaoce^ l'absenoB des lumières ne leur servent pas d'excuse. Mais cependant cette classe peu éçlair yéep violente, profondement blessée par dix mois d'insulte, pouvait menacer toutes les institutions

(3) aoGv^feflt. Les mots de servi^ et de glèbe aràisiift. échauffé les esffrits. La hsine universelle contre là noblesse prétait à Bonaparte un aj^ui redoutable y et s'il eàt voulu encourager la vengeance ^ un peuple ncmifareux eàt pris volontiers la ven-^ geance pour la liberté.

Mettre par la ferce un terme à ce mélange de démagogie et de de^yotisme était impossible. On ne pouvait dépouiller violemmient Bonaparte do la dictature. Il Ëdlait donc c^enir de lui qu'il fat déposât. Mais comment l'engager à ce sacrifice ^ ^ on ne lui pisésentait une diance de succès dan» Fétablissement d'un gouvernement constitutioiv^ nél? L'aurait--on décidé à un essai qui n'était point dans risque pdur sa puissance , si l'on eÀt rdusé de le seconder? L'y décider néanmoins, c^était rendre à la France des représ^itans y des int^^^ prêtes y des défensemrs. Céfait borner , en le divisant, le pouvoir <^iMicentré dans la main d'un seul homme. C'était rompre le silence auquel la na-* tion était rédifirte.

Avec la tendance de Fespril public , le sucoàft était infaillible. Autant la portibn inférieure de la société était dévouée à Bonapàr^, aiftant la portioh mitoyenne était défiante. 11 était certain que des Chand)res, de quelque manière qu'elles fussent composées, formeraient un contre-poids

et même Un centre d'opposition vigouretise/ Le» éVènemens ont confirmé la justesse de ces C(m« jectùres. Les Giambresont, dès Porigine, limité k pouvoir de Bonaparte, Elles ont réclamé pour la liherté individuelle ; elles ont entravé toutes les mesures despotiques , repoussé avec indignation toutes les propositions arbitraires. Elles ont de lai sorte empêché beaucoup de mal, et, dans les cir^ constances où ni»is nous. trouvions, c'était &ire assez de bien. Le mal qu'elles ont empêché ne peut s'indiquer avec précision^ parce qu'on ne peut détecminer ce qui est négatif. Mais tout homme sensé doit le sentir, et tout homme impartial le reconnaître. Les Chambres ont été bien plus loin encore. Quand elles ont cru que l'abdication de l^naparte était un moyen de salut et de paix , ce sont elles qui l'ont contraint d'abdiquer. A Dieu ne plaise, que pour ma part, je m'arroge le mérite d'avoir prévu cette infiuence des Qiambres dans toute son étendue ! Ce mérite serait à mes yeux une inexcusable perfidie. Je ne tendais point un piège à l'homme que je consentais à servir; je i^e désirais' point son renv^sement ; mais je cheih chais à entourer son pouvoir de barrières constitu-tionnelles, parce que je crois que, dans tous les systèmes , les barrières de ce genre sont nécessaires pour le salut du peuple , et pour celui du pouvoir*

Je trouvais quesiBonaparte était debonné foidana ses ofiGres de se plier à la liberté^ il méritait d'être soutenu, etque s'iln'étaitpas debonne foi, il feUait profiter de ce qu'il offirait pour tourner contre lui son propre artifice et pour briser entre ses mains rînstrument qu'il offrait de déposer.

La dictature n'était paâ le seul péril. Un secxmd danger était à redouter , qui devait suifire pour déterminer tous les finançais • c'était l'ass^rks^r jn^t de la France par les étrangers.

G>mment repousser les étrangers sans se rallier à Bonaparte? (je départ dix Roi , la soumission imi^ verçelle qoe ce départ avait entraînée , semblaient rendre chimérique tout ' espoir de relever , soûs Louis XYIII, l'étendard de lalaonarchie cMistitu* tionnelle. J'ai toujours conçu toutes les opinions. J'ai compris qu'on voulût k monarchie ou la ré^ publiqiie , la légitimité émanant de la naissance^ ou la liberté fondée sur. un- pacte : mais il y a une concUtion prapière, essentielle y devant laquelle tout disparaît :cettec(mdition,c'estl'indépendanoe nationale, c'est l'éloignement de toute interven-* lion étrangère, parce que sans cette indépendance, avec cette intervention, iln'y a plus ni monarchie^ ïii république, ni suocessioi^ régulière, ni pacte, xxi constitution, ni liberté. J'en appelle à tous les peuples I à tous les p^ilis; J'eçi appelle à ces Piw-:

MHS qui, loog^imps opprima y se sont relevés «vec u& A noUe endiDusîasiiie ; à ces Frussieiis ftuxqiids md né pcHirait r^isar sdo hommage , • quand iear cause était juste et le résultat de kurs «SbrtB incertains. Quel était le but de ces efforts magnanimes ? n'était-ce pas de briser le joug des jétnaigers?Mai8silefrintdeceseffi>rts eut été de rok leurs places ^ivdl^ies^.leur capitale occupée, ieurs'propriétés publiques et particulières dévastées, n'auraient-îls pas détesté <^ succès ftn^este? LrargouvememeM cond^ttait avec dès Prussiens contre des éti^angers. Auôun parti de Tintérieur tiWait été diercfaer àes étrangers pour envahir la Prusse. C'était malgré tous les Prussiens que les ennaais s'étairaA 'emparés de leurs fortearesses : €ft Ton ne leFur avait pas livré Cô&erg ou l^>andati pour qu'ils aidassent 4 Veconqttéiir Be)^n.

Les Russes , par PMEtbrasemactt de Moscou y ont donné au monde i^ya igrand exemple. Mais^ pourquoi ce sacrifice héroïque ? Pour que l'agréa aoiir fàt puni , pour que l'étranger • fôt r^odssé. - i Que ces Anglais , dôctt i'e^prk nalDional est heii^ reuaement auniessus ^ete^ur poj^ique extérieure ; que ces Anglais auxqttôls Jacques II, repoussé par eux, ne pouvait refuser son admiration; que ces Anglais s'intetTdgent : qu'éprouveraient-fls à Fttspect de Londnîs Hïemc, des Jbâuteurs occupées ,

deslMmèregmVeBtjea^etd^mc aii a fe mmÊOà^âi»

tantdes lob à leBTS ChambreBdes ocmuanm d des pairs? Si cette seule iàét fait boniHoiin<r dt&s leurs veines le SMg initanniq», certes, iisnesau* i^«Qt s'étomier ^pe nous ^yoûs da ang friuaçaie dans les nôtreSv

Quant à fidoi, je l'avoue, iptdie qu'eàt été mon optniaiTMr Kapeiécu, la seule attaque dePétrani^ ger m'aurait fidti»4f^voirdele eouleuir. L(M«qcie j'avais, par mes écrits , dé É m du le Roi jusqilfau dernier moment deeon séJMfir à Bim, il était en-» touré d'autres français qui , comme moi , promet» taient de le dâS^dre. Le drs^eou national n'é« tait associé à aucune couleur étrangère. Quasid je me suis réuni k Bonapatte^ des l^russiens, ^ Anglais, des Auti^biens, dea Russes, manjudent en armes contre ht France.

<c PannilesciakmitésqmmenaoenftceroifM^ y> disait M. Laine, dans son discoui» du rOmsi^, ^ celle dont le cœur tout français du Rd 48t te j> plus vivement ému , c^est la crainte <fHé 4m % artnées étrangères ne se pf^éparent à venger des y> in&actiotis inattendues , et k porter le fer et la :^ flamme au milieu de noi». La France veut c(m«* 7> jurer «lere^»/ le fléau dtme guérie ^rangère et j> se sauver an nouveau msdbeur de voir des pba- » langes ennemies sur le territoire Mcré de la pa*-

(8) }f) trie. y> En prononçant ces pardbS) M. L&iné exprimait le sentiinent qui a engagé tant de bona eitoyens à se réuninà Bonaparte,

^xfin un troisième ipéril était kanatiant : c'était la contre^révolution* Ajuftant j'avais été.coAvaineor (et je le suis encore ) que si nous avions repoussé Kapoleon avant son triomphe y la cour eût été subjuguée par Fopinion etla oonstitation aflfermie^ •utant il m'était démontré qu'une cônixe -révolution' violoote serait lé résultat inévitable d'une vi^oire étraî^^, au profit de la action qui avait préféré la fuite à tout rapptôdiement avec les aitais de la liberté* L^ vues de cette fikjÇtion ne iMMftraient être doulwses* Si la fiwicbîse àms^ la: kéneestm mérite, ^m ne aaïawt le lui oc^tester.

On m'a &it un crime d'avoir àté^ dans des ouvrages publiés il y a. vingt ana> W mmiaces dn çea bomme^ alwa sans puissance* On aptélendu qm €^élait se montrw peu généraux envers le nalbeur. Je n'avais 6^ touli^ns qcie raj^pwlei^ kur^piopres paroles. Auj|!Oiird%iift ee ne sont plus eox qui se«it offarimé»» Tan m peuft dc»c me blay»w de répéter maîntwant ce que j'ata^ator» fuftuoneésiur leurs pcofet^ <i Ot ne sait pas assea^ > m Frwc^, 4^saisr.je^ aveequel seînies royaliste» » purs^> même dans leur détresse actu^le, rejir Ciwillent tou^ les so^p|)f(n>&2 sépairaLt toutes lea

(9) :^ xfuances et rejetait tout <^ qui fl pu dévier un » instant de ce qu'ils appellent les principes fon- 3> damentai:^ de 1^ monardiie. Us relisent avec :k> soin toutes les pages de la révolution , pour ao prendre la;date de iôus leurs griefs. Pour eux^ >> il n!y a pas de prescription* Leur haine s'es^ » aigrie en vieillissant , et leur besoin de vengeance 7i est dévi»iu plus impérieux en proportion de^ce » qu'il à été. plus longrtamps :c<Hnprimé. ils^ re^ » descendit dans toutes les ramifications des » divers systèmes qui se^ontireHiplacés et détruits^ .» et comme leur vengeance est à la fois politique » et pjjurticblière, les victimes né seraient pas. pro-« » tégées^ par leur nombre. . Dans chaque village^ ^ quelques municipaux^ quelques ' prêtres -assert » menlés y quelques anciens: memlnres de sociétés «) populaires ) qudques acquéreurs de biens ina^ . j> tionaux, quelqises volontaires, irmiveraient un ^ persécuteur dont la haine > itigéiiieuse en dis- » tinctioîxs, les priverait lot- ou. tard du honteux >) privilège d'une trompeuse amnistie. »

<c Parcourâz.) . continuais^ je ^ leMétablissemeiii ^Je^tzilfâfmrc^e^ouvragepubhéàLondreseni ^ .

vous y verrez la classificatioude ceux qu'U fioidi^* punir à là conti^e-^révokitian : i* ceux qui demandèrent les états -^éraux^aP les aâûs des nou^^ veautés; SMes méconteûa^ 4^1 les ingrats; 5"^- le%

(ÏO)

|>failo6oplies ou nâxéeB ; 6* les protesboiSv^ 7* lèi spéculateurs ab^mts ; d* les partisans des devA Oiambres; 9* le parti d'Orléans ; to* celui de Meeker; II** les rqmblicains ; 12* tous ù&ax sans exception qui prébereot k serment du jeu de panme^iS^i^monavchieus*; i4*les mcnàrehistes; jS"* les femllans; lô"" les ministériels; 17* les ad*soinistratenrs ; 18* les memiDres des sodétés et <^lvb8; 19* les débris de la première l^blatwe ; 30® les successeurs qu'dle se choisit. A{mà cette léniimératiooa dont k forme même appartient i TauteuT) qui a^a fiât que la numéroter diverse^ ttient, parce qu'il Ta r^andue dans son ouvrage y fc J'ai Êdt, dit-t-il, la part du crime petite : je l'ài %» ti^îté avec pammonie. ]»

Je dtais encore, en 1797, ^ plirasès smvantes du même ou;irrage : oc Tous ceux qui prêtant k D serraient du jfep de paume'saBp ejEçeptien, tra- » lurent l'Etat, étaient coupables de lèse^majesté y> et devaient être pilmis comme tels. Ce ne sera » pas à des Brissbt, à des Manuel, à des Ihiarat que 3^ k postérité demandera compte..*, de sera à ceux , ;)) dont les noms ont figuré danskspresÊers mo^ X) mens de la i^olulian.

» Ce n'est pas tout d'axracher ks fruits de ce( ^ arbre planté par ks oonstituticmneis et paor eux » arrosé de sâi^ : il &at l'abattre, il fiait couper

1> jusqa'à h dêmi^ racine, et bieei loin de se }» servir de la moindre de ses branches pour l'enter » sur un tronc antique et vénéré, il fant fouiller j^Uml autour et ne pas lui laisser la poss&ilité y> d'un rejeton.

» S'il reste le moindre germe de cette race » exécrée, le plus léger souffle du mécontentement » ira le porter sur la plage infortunée où mille D drcenstanees imprévues le dévdoj^ront pour D le malheur du genre humain. Après avoir reçu » de toutes les puissances européennes le Henfeit » inapfHréckiMe de k destruction d'une secte im^ ^ pie , nous manquerions à la dette sacrée de la ^ reconnaissance en gardant volontairement au D milieu de nous un venin caché qui pourrait les ^ infecter un jour. » (Pag. 89 , go. )

Avais -je tort, quand, en m'appuyant de ces citations, je m^écriais : Ces hommes ne d^nisent point leurs ressentimens , tant ils comptent sur Yos {passions aveu^ées , vous que traîne à leurs ]^eds un tardif et vain repartir.... ; vous tous qui "pendant tin jour, pendant une heure, avez espéré de la révolution ; vous qui l'avez applaudie ou secondée , ou souillée , constiiuans , législatifsr, conventionnés , feuillans, jacobins, criminels d'ac* damations ou coupables de sUence , vot&s êtes frap pés d'un égal anathècne.

Or, ces principes que lescontre-rérolùtionnaires professaient alors, ils les professent, encore aujour» d'hui. Des magistrats émigrésimprimaient, en 1 794^ que la clémence était la seule prérogative royale qu'on dût limiter. On a de nos jours établi, dans des propositions d'amnistie, que le Roi, rentrant dans sa capitale, armé d'un pouvoir dictatorial , pouvait à son gré i^ire punir les rebelles, mftia qu'une amnistie est par-delà les attributions delà royauté. C'est la première fois , je le pense , qu'on pose en axiome de jurisprudence politique, que le monarque a le droit de frapper sans jugement, et qu'il n'a pas le droit de faire grâce. Et ce n'est pas le seul trait de ressemblance qui éclate entre les royalistes exagérés d'aujourd'hui et leurs prédécesseurs de 1 793. On retrouve les maximes et l'esprit de ces derniers dans ces phrases^ dignes également du jacobinisme populaire et du jacobinisme des cours. <c II Ë^ut des fers, des bourreaux, des y> supplices.... Tous rougisses de l'inactivité dans y> laquelle pn vous retient, .et , vous âevant aui^ :o dessus des faibles considérations qu'on vous op* >> pose , vous vous armerez de rigueur , vous n^ 3) cesserez de frapper l'hydre qu'après avoir abattu y> ses cent tétes^ et Ëdt disparaître son corps aussi 7) hideux que sa puissance. » Et ces phrases ooyt été prononcées dans la Chambre de >x 8 15. Pouvaitr

on, au prix du triomphe d^une pareille doctrine,' désirer un second rétablissement du Roi? je le confesse, je ne le voulais pas à ce prix, et je ne l'aurais pas voulu dans l'intérêt du Roi lui-même. Quel sort, grand Dieu ! pour un prince éclairé, équitable et doux, que de gouverner une nation dont il froisserait tous lès, intérêts , dont il blesserait toutes lés opinions , dont il humilierait la fierté , dont il détruirait Tindépendance; que de marcher sur des cadavres , pour r^ner sur des sujets indignés j sacrifiant à sept ou huit mille privilégiés vieillis dans la haine de leur soi natal, l'espoir de toutes les générations , la sécurité de tous les citoyens , la garantie de toutes les propriétés, la liberté de toutes les pensées, la gloire de tous les souvenirs qui honorent un peuple , et le consolent de ses malheurs! Tel serait néanmoins l'effet inévitable d'une contre-* révolution. Non , je ne voulais, ni pour mon pays, ni pour son roi , un fléau pareil. S'isoler du gouvernement que Bonaparte instituait , c'était donc exposer la France à trois chances également désastreuses. Mais il &ut observer de plus, qiie l'une des trois ne nous garantissait pas des deux autres. Il était possible ^e Napoléon , tout en conservant la dictature , fit beaucoup de mal, et cependant ne repoussât pas les étrangers; àla tyranie d'un despote, eût alors succédérenva^

blâsement dn tenitoire , et ce double majheur au^ rait été, suivi d'un troisième) d'ime réaction sanguinaire , effrénée , subvOTsive de tous les principes^ destructive de toutes les fois, telle que les contrepévolutionnairesFont annoncée depms vingt-cinq ans, et telle qu'ils l'ont essayée en i8i5 , malgré k modération du Èoi et le scandale de l'Europe^ Il fstUait , pour conjurer ces divers périls , se réunir au gouvernement nouveau , et le limiter eo Tappuyant. Ce n'était pas un faible sacrifice, un effort feciie, pour des hommes qiii avaient résisté à Bonaparte^ ou du moins s'étaient éloignés de lui du^ rant treize années. Il devait en coûter au général Lafayette qui avait repoi^ssé le consulat à vie, et dédaigné toutes les fcveurs de l'empire, il devait lui en coûter de siéger dans une Chambre convoquée par Napoléon. M. d'Aigaison, persécuté par kd pour son inflexible intégrité, avait des répugnances à vaincre avant desanctionner son autorite en la reconnaissant comme constitutionnelle. Si j?ose enfin me nommer aussi* ce ne pouvait être sans peine que j'abjtirais une opposition qui disait partie en quekpie sorte de mon caractère politique. Je m'étais rangé parmi les adversaires de Bonaparte, dès l'origine de sa puissance. J^avais renoncé, pour ne pas subir son joug, aux seules fimctions que jatnais j'aie ambitionnées sur la terre, celles de dé-*

feitaenr de h: Hberté et de la jiistice^ ^kûA tme ïn^ bune nationale. J'avais perabté àne paç lui raidm hommage ^quasid le ]»(M»}e étaitàsespîeds. «Pavai» subi, durant uo^longespace de temps^ toas les in^ convénieœ de c^teoppc^silionopiniâtre. Je m'étais Vil traiter d'ennemi iiiusensé die son pouvoir par ceux qui, depuis, m'ont traité de compKce deçà tyrannie. PluB d'une foia, je nWads traversé FEu*i^e ^'avee inquiétude et péril. Les royaumea sasbkicaakt tenu& à bail de sa volonté, et iews cbd^a'cteipressaient de repousser de leursdomainea asaervis tous ceux qm poufraiept Falarmer ou lui déplaire.

Tout à coup je me rais rallié à Fhomme que si lofig-temps j'avais attaqué ; œlui , sous lequel j'avais refisse de servir, quand l'assentimoit universel l'appuyak^je l'ai servi, quand il élait l'objet de la haine evirofkéenne^ celni , dont je m'étai» éloigné, quand il disposait des trésors du monde, je m'en suis rapproche, lorsquHl n'avait plus que des pé* riJs è partager avec ceux qui s'associaient à sa destinée. Assurément, si ma conduite n'e6t étedlrigée que psB* des motiâ d'întârét personnel, j['aurais fait Lb calcul le plus absurde , et j'aurais agi non-^eulewtut en citoyen coiq>able, mais en insaisé.

D'autres considérations me décidèrent, comme jeUes décidèrent une foule de bopa citoyens. Nous

crûmes qu'il ne fiiltait pas^ en refusant tiM^t Côn^ cours à Bonaparte, maître de Tempire, le contraindre à rester dictateur et a recommencer le despotisme de i8i3» Nous pensâmes qu'il n'était ni permis de &ciliter aux étrangers l'entrée de la France, ni désirable de voir la faction qui avait entraîné le Roi dans sa fiûte, devenir tyrannique, quand d'autres auraientété victorieux. J'avais d'ait leurs toujours pensé que si , dès l'origine , Bonaparte eût rencontré dans ses alentours des hommes indépendans, il aurait transigé avec eux, il aurait accepté tm pouvoir Iknité aux conditions qu'on lui aurait prescrites, et que son despotisme a été biepi moins son propre ouvrage que celui dé la bassesse spontanée qui lui demandait un salaire et des fers. Le mépris même qu'U affectait pour l'c^spèce humaine, le conduisait à des transactions. Il ne regardait pas les hommes comme des êtres moraux, mais comme des choses, et U n'^y avait > pas d'irritation dans l'abus qu'il &isait de sa puis^ sance. U croyait pouvoir tout commander et il l'essayait ; mais s'il eût rencontré de la résistance y il l'eût considérée comme un obstacle physique, et il eût cédé. Même en considérant, ce qu'à Dieu ne plaise, et ce que je ne puis faire en con-: science, même en considérant la France comme un domaiae royal, lorsque le maître d'une maison

^( «7 ) «dt aboient, au nûlieu d'un incendie, eeux qui dé< meurent après lui dans l'édifice embrasé, fiissent^ ils^ses èn&ns ou ses «sclaves , ont bien le droit d'é*> l^eindre' l'incendie <lu mieux qu'ils peuvent.

Je me conforme , en pensant ainsi , à d'augustes exemples; c»r j'imite tous les souverains. Tous ontifeconbu Bonaparte ; l'un des plus illustres lui a donné sa fille. Qui donc oserait blâmer des indivi*** dus qui n'ont fait que suivre les traces de tant de monarques, plus intéressés à résister et plus puis» sans pour combattre?

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