LETTRE IL
Première entrepne de l^auteiir de ces Lettres avec Bonaparte.
JLjes coiisidératlons Contenues dans ma Lettre précédeate s'offrirent à mon esprit, aussitôt .'que. le départ du Roi mWt ôté j'espéranciBL de concourir au maÎQtien de la monarchie constitutionnelle* Cependant, aucun projet fixe ne résultait de ces considérations; je n^avais nul désir de me rapprocher de Bonaparte. Quand j'en aurais vules moyens, je n'y apercevais aucune utilité, et mes premières a* Partie. â
(»8) ^ démarches eareaat pour bot UQi<|Uie d'éditer sa ]pré» seaice et dç me soustraire à son pou\^oitr.
Jobservais néanmoins avec att^ntiou les symp-*tomes isiaitendus de Uberté ^ &appftieBt me»
ro^rds. Les félicitations des miiwtres rfums^ la déclaration du Conseil d^état^ les adresses de liastituty du T|îbuaial de cassation, de la Goor desoomptes , de la Coiar impériale et du GosiseU mw^ nicipal de Paris^ étsâisnt rédigées dans w style ({ue nulle eorporattoa n'aiarait liasairdéy et que Napor léon n'aurait souffert d'aucuneamtarité sur la tercft durant son premier règne. Je reviendrai plus tard sur les principes manifestés, à cette époque, devant un dictateur qui a.¥ait si iong-temps imposé silenC;e au monde, par des hommes qu'on voudrait aujourd'hui travestir en suppôts du despotisme. Id, je ne dois rappeler leur profession de foi franche et courageuse que comme le premier avertissement donné à la nation, que toute possibilité de liberté n'était pas perdue.
J'étais pourtant surpris plus <pie rassuré. Trop de souvenirs, s'élevaient Contre des apparences qui pouvaient être trompeuses ^ et la tolérance de Bo* naparte pour une hardiesse à laquelle ni sa cour ni lés rois ses collègues ne l'avaient habitué pendant treize ans de prospérité,ne me semblait encore qu'un hommage forcé, rendu à «une nécessité passagère.
Toot à eoii|>, k x4 avrils jereçùs la lettre mv^ Tante : a Le GhambeUan de service a Ifiohneur de » préveiiir M. Benjamin Constant que 1^. M^ YEtor > pereur lui a donné Fordre de lui écrire, pour » l'ifliviter à se vendre de suite au palais des Tui« y> lerie$. Le flhanaheillMi de service pie M. Ben- » janitn CSonstant de recevoir l'assurance de sa % oon6idération£stîngttée.!l^ris,lei4avrili8i5.» 9 Si je désirais me ménager des excuses, je datais que, déjà convamco de la sincâité de Bonaparte |» jem'em]Mressai d'obéir au premier signe, ou que, trembknt devant sa puissance, j'avais regardé eette invitation comme un ordre dangereux à dédaigner; de la sorte, j'obttendrak grâce de beau«* coup de gens en alléguant la duperie ou la peur. Ceux qui se sont dits forcés d'aecq>ter les &veura qu'ils avaient mendiées, reecmnaîtraient en moi lem* langage, et ils m'absoudraient par sympathie j linais je n'ai pas ce droit à leur indulgence.
Je JQ^ croyais points comme je l'ai déjà dit, à la eonvcrsion subite d'un homme qui si long-temps avait exercé l'autorité la plus absolue; les habitudea 4udespotismeneseperdent guès^e. £n même temps ^ ye ne redoutais aucune persécution ; il m'était dé-^ montré que les ennemis Vie ft)naparte n'avaient pour fe moinent riçn à craindre/ Il sondait l'o^-4 aicQ et donnak a chacim le temps de s'échapp^f
il ne serait redevenu terrible qu'à Finstant où il aurait pris son parti et constitué sa dictature. Je me sentais donc parfaitement libre; je pouvais refuser la coopération quelconque que je prévoyais devoir m'être proposée. 11 dépendait de moi de ne point aller aux Ttdleries, de vivre solitaire, ou de quitter la France , et d'attendre en paixleà chances de l'avenir; ce fiit volontairement que j'acceptai l'invitation qui m'était adressée.
Je voulus savoir par moi-même ce que nouspouvions espérer encore, et ce que l'expérience avait opéré. Quelqu'incertaine que soit une chstnce pour la liberté d'un peuple, il n'est pas permis.de la reppusser; ma résolution fie pouvait avoir d'incon* véniens que pour moi. En cas de non succès, j'encouraislereprochedeversatilitéetd'inconséquence; mais .si je parvenais à faire adopter un seul bon principe, à mitiger une seule rigueur arbitraire , l'avantage était pour la France entière, qui certes, dans le labyrinthe où le 20 mars l'avait entraînée, n'avait pas trop de la réunion de tous ses citbyens> jdévoués.
Je me rendis donc aux Tuileries; je trouvai Bonaparte seul. Il commença le premier la con« versation. Elle fut longue ;. je n'en, donnerai qu'tme analyse, car je ne me propose point de mettre eu scène un homme malheureux. Je n'amuserai pa»
( ai ) tees' lecteurs aux dépens de k puissance déchue; je ne livrerai point à la curiosité malveiQante celui que j'ai servi par un motif quelconque, et je ne transcrirai de ses discours que ce qui sera indispensable ; mais dans ce que j'en transcrirai , je rapporterai ses propres paroles.
11 n'essaya de me tromper ni sur ses vues, m sur l'état deschoaes.il ne se présenta point comme corrigé par les leçons dé l'adversité. 11 ne voulut point se dôuier le mérite de revenir à la liberté par inclination. 11 examina, froidement dans son intérêt^ avec une impartiahté trop voisine de l'indiâ^ence, ce qui était possible et ce qui était préférable.
« La nation, me dit- il, s'est reposée douze ans j> de toute agitation poUtique, et depuis une année 7> elle se repose de la guerre. Ce double repos lu y> a rendu un besoin d'actijt^ité. Elle veut, ou o-oit » vouloir une tribune et des assemblées. Elle ne » les a pas toujours voulues. Elle s'est jetée à mes » pieds , quand je suis arrivé au gouvernement. y> Vous devez vous en souvenir , vous qui essayâtes 7> del'opposition. Où était votre appui, votre force? » Nulle part. J'ai pris moins d'autorité que l'on ne » m'invitait à en prendre • . • . . Aujourd'hui tout » est changé. Un gouvernement faible , contraire y> aux intérêts nationaux ^ a donné à ces intérêts.
y> rhabitnde d'âtre eà défense; et d« cYàaMar Tau^' ^ torité. Le goût des eonatitutions , des déhsta,
y> des harangues parait rerenu Gepmidant
D ce n'est que la mioeiité cpn les vmAj Jie vow y> y trompez pas. Le peuple, cm si Vdw l'rânesi » mieux , la multitude ne vei;^ qm moi. Vous ne » l'avez pas vue cette mukitode se pressant Sur y> mes pas, se précipitant du hairi; des moiilagMS, 3> m'appellant, me cherdiant^ iiie8alttaat(i). A iD ma rentrée de Canoës ici , je ^'ai pas oomtpiiS) -» }'ai administré. • • • • Je ne suis pas seulament | »> commeonradit,Vempereurd0S8<ddats,^)estiis » céliii des paysans , des plébéîena d^ la Franœ,.... I ' ■■ <■ ■ . ■■■■>
. ' (i) Bonaparte mettait im graad -pm à pcènver que son retour n'avait pas été u^moaTalnsnt xaUkaire. Je «i^ Beiché de n'avoir pas avec moi six pages qu'il avait ou écrites ou dictées à ce sujet , et qu'il avait soigneusametit corrigées. Il tee les reiàit lors de la comï&unicatîon que je rapporte id. H désirait que je répondisse à lord Castlereagh qui avait, iant tae harangue au parlement, attribué tout son succès àl'ai^ niée. No voulant rien écrire avant qae d'être sûr fus ce n'étaitpas Un despote que je rendais à la France , je me re«* fuç^i à ce travail] et, en i8i5, )e confiai l'esquisse que Na^ poléon m'avait remise , à un de mes amis qui partît pour l'An* igleterre , d'où j'ai négligé jusqu'à présent de la faire revenir. Il y avait beaucoup de diàleur ; des exprôssioâs bizslrres , nais fortes ; une grande rapidité de pensée ^ etqueiqae$ traits jd'iioe véritable éloquence.
^ Ausn^timlgrétotitle passé, VOUS voyez le peopk 9# revenir à moi. U y a sympathie eptre nom. Ce s> n'est pas cowmè^M^eie les privilégiés^ La noblesse d» m'a fiêm ^ cUe s'-cst laneé ^ei fimle da0s mes anm tîchatnbpes. Il n'y a pas de place «fOi'elle n'ait y> Mceptée/deniai^ée^soUiGÎtée. J'aieadésMont'iio xooFency ^ des KpaiUes, desRolian , des Beauvau> 31 des Mortemait. Mais il a'y a jamais eu analogie. 3» >Le (À^nal Êâsast des courbettes; il était bien :» (basse rasais je k sentais frémiar Avec le peuple, 3!> o'eat antiv chose. Là fibre pîQpulairo répond à ^ la mienfte. ^ ^w sorti des rangs du peuple : 3> ma vois agit sur Itiî. Yoîci ces conscrits , ces fils » de paysans : je oe les ilattaÎ3 pas : je les traitais ^ radement. Us ne m'eatouraieiàt pas moins, ils 0^ n'en criaient^pas moi^s : f^we VUmparmr / » (7est <|u^entre .enD^ et moi, iA y a D^s^me nature. » Bs tae règsident commue leuâr soutien, leur ^ sauveur «antre les noblBs...;. Je n'ai qu'à &ire a» «m sig^e, où plutèt à détourner lijs ye^ , les 9 nobies seront massacrés dans touti^ les pro- » vinces. ils ont si Uen mancmxvré depuis dix > mois !.«. mais je ne v^emi pas être le roi d'une ^ jat(ï(pieiie« S^il y a deâ moyens ^e gouverna ^ ^pa)^ ime donstitntion, à la bonne heut^.M. J'ai » vMiki l'empire du mande, et, pow me l'assu- ^ tet^ un potxvoîr sans bcame m'étak nécessaire^
5> Pour gouverner la France seule, il se peut
» qu'une constitution vaille mieux J'ai voulu
y> l'empire du monde, et qui ne Paurait pas » voulu à ma place ? Le monde m'invitait à le » régir. Sçuverainô et sujets se précipitai^it à y> l'envi sous mon sceptre. J'ai rarement trouvé » de la résistance en France ; mais j'en ai paur^ » tant rencontré davantage dans quelques Fran- » eàis cbscuirs et désarmés, que dans tous ces » rois si fiers aujourd'hui de n'avmr plus un '3> homme populaire pour égal..... ^^oyez donc ce » qui vous semble possible 5 apposiez -moi vos^' » idées. Des discussions publiques, des élections y> IiIh^s, des ministres respensâblés^ la libierte
3> de la pressç, je veux tout cela La liberté de
)> la presse «tir-tôut; Fétouifiwpj est absurde. Je » suis convaincu sur cet article..;* Je siiis l'homme » du peuplé; si le ppuple véutuéellement la li-^ y> berté, je la lui dois. J'ai, reconnu sa- souve^ 0) ' reînetç. II faut que je prête Poreillcà ses V€lour -^ tés , méiÀe à ses caprices. Je ni'ai jamais voulu >> l'oppriiner pour mon plaisir. J'avais de grands ^ desseins j le sort eu a décidé, Je hc suis plu6 p un conquérant j je ne puis phis l'être. Je saiç ?y ce qui est possible et ce qui ne l'eidL pas^ J^e n'ai j>i plus qu'une ^lission, relever là Franoiei et lùî if donner un gouvernement qm lui çouvieiMiç.,^
(^5) » Je ne hais point la liberté. Je Fai écartée lorsy> qu'elle obstruait ma routé; mais je la compreDds> » j'ai été nourri dans ses pensées... aussi bienl'ouy> vragé de quinze années est détruit, il ne peut » se recommencer. Il &ùdrait vingt ans et deux » millions d'hommes à sacrifia.... D'ailleurs je * » désire k paix, et je ne l'obtiendrai qu'à force y> de victoires. Je ne veux pas vous donner de y> Élusses espérances; je laisse dire qu'il y a des » négocUtions : il n'y. en a point. Je prévois une » lutte difficile, une guerre longue. Pour la sou^ J> tenir, il &ut que la nation m'appuie; mais en y> récompense, je le crois, elle exiga:a de la li^ » berté. Elle en aura...^ la* situation est neuve* » Je ne demande pas mieux que d'être éclairé. y> Je vieillis. On n'est plus à quarante-<îinq ans y> ce qu'on était à trente. Le repos d'un roi ccms- » titutionnel peut me convenir, 11 conviendra » plus sûrement encore à mon fils. »
Tel fut à peu près le sens de mon premier enh tretien avec Bonaparte.
Traiiscrire mes réponses serait superflu. Il est trop aisé de se &ire valoir , en s'attribuant une intrépidité ou une éloquence dont personne n'a été témoin. Le public doit être fatigué de tous ces discours , de toutes ces lettres qu'on prétend avoir adressées à un homme puissant , aujourd'hui (p'il çst tombé, \ - ;
Je me retirai sans nvoir pris une résolution dé^ cisive, sans avoir contracté d'engagement.
U était dair que , si l'expérience avait doiontré à Napoléon que momentanément k libartç lui était nécessaire ^ elle ne l'avait point convaincu que cette liberté qu'il voulait bien employer comme moyen fût le but principal, ou , pour parler plus exactememt, le sevd but des assoçiati<m8bumaines, but pour lequel les gouvememens existent , et auquel leur droit à l'existence est subordonné. Je savais trop que des déclaration vagues en Êiyêur de la souveraineté du peuple , n'opposent aux empiétemens de l'antorité aucune barrit. Gomme ce sont toujours les dépositaires de l'autorité , soit législative, soit executive, qui expriment la vf>lonté du «peuple souverain, il est &çile à tous les ^ouvomemens, et plus facile auic gouvernemeus représentatifs qu'aux autres^ quand les droits individuels ne sont, pas garantis par des institutions £>rtes, de &ire vouloir au souv^ain prétendu, tout ce qui peut servir à l'opprimer commç ^}^^y ou prenant la route oji^sée pour arriver à UA terine identique, deToppimâr comme sujet, pour lui Êdre sanctionner son escJlavage comme souverain : ^. Bonaparte lui-même nous avait légué plw^ d'un lixemple frappant dans ce genre.
Dans tousses discours, j'avais reconnucem^yis pour les discussions et pour les fom^es. délibé-
nntM, caractère inbéreixt aux himiiaes cpi ontl'instinct du pouvoir absolu. Il y avait plus de grandeur dans ses expresnons , )e ne aai» quoi de phss large dans son dédain , parce qu'il parlait s(prè» douée Mis.de victoires , et le fironit ombra^ d'immortels lauriers.; mais il rae rappekit pour* tanrt le système de ce ministre de i8i4 qni avait éonndéré la Oia^te comiae un leurre^ jeté au peuple français pour salis&ire une fantaisie d'tm jour, dcKDt ce peuple se dégoàterait bientôt lui^ Rléme.^ Comme il n'y a de raison, de justice^ d'élévation véritable que dam les principes de la liberté, il y a toujours quelque dmBe de &XLXy d'étroit, et même ^ ridicule dans les enuemîs de ces prmeipes , qu'ils soifstit abbés ou conquérans, et à quelque hauteur quQ le sort les place.
Enfin , je n'avais pu méconnattre des tirets étoufiiéa et non détruits^ pour un régime de guerre, de t?onquétes , et de suprématie européenne. Qui pouvait répondre de l'effet de ces regrets trop mal déguisée , si de rsqpîdes et de brillans succès rou^ traient à Bonaparte une carrière aventureuse de gloire et de périls, qm avait seule des dliarmes pour kd?
Je ne nâlérai point tdutefois que cette entrevue n'eut diminué, sous qnelques rapports, ma convio tien antérieure, que aa puissance et laliberté étaient
incompatibles. MOle nuances qui restent inaperw çues dans l'éloignement , se montrent à l'oeil attentif, quand la distance devient moins grande;* et il y a bien peu d'êtres , quelque redoutables qu'ils paraissent, dans lesquels on ne démêle de près quelque chose d'humain.
Il m'avait semblé d'ailleurs, dès cette première entrevue, que ce caractère trauchant dans les. fi)rmes, était, à quelques ^ards, flexible au fond^ et même irrésolu : il commençait par commander^ mais il avait besoin de convaincre; et,balloté> dans ces derniers temps sur-tout , par des incertitudes perpétuelles, il se rendait au silence de la dé* sapprobation , après avoir résisté à la contradiction directe. Cette observation , que je n'avais &ite que rapidement, m'a paru chaque jour plus vrai^, durant les trois mois de mes relations avec cet homme e^itraordinaipe. J'ai eu à regretter plus d'une'fois de n'en avoir pas tiré tout de suite des conséquences assez étendues-: mais cet aperçu , tout imparfait qu'il était encore , entra pour beau^ coup dans une détermination qui fut, après cet entretien , le résultat de réflexions assez longues.
Sans doute, il était difficile d'alHer Bonaparte et la liberté ; mais n'en est-il pas ainsi de presque tous les hommes qui ont en main la puissance? Prétendre qu'ils nous &sseut de la liberté un doii
(29) volontaire , est une négligence absurde et niaise» Guillaume ni s'était montré (tespoteen Hollande: il espérait bien le devenir en Angleterre, au mépris de ceux qui l'avaient appelé, et avec le secours de ses gardes hollandaises , dont on eut tant de peine à obtenir le renvoi. Ce fut en luttant obstinément contre lui, que les Wliigs empêchèrent la maison d'Orange d'imiter celle des Stuart qu'elle avait remplacée. Les T^rys servirent aussi par leur résistance : leur attachement à lin autre qu'à Guillaume décrédita, aux yeux dé ce dernier, des théories de pouvoir absolu , dont il se fût volontiers saisi pour son usage.
Ainsi, les causes justes profitent de tout,*des bonnes intentions comme des mauvaises, des calculs personnels comme des dévouemens courageux , de la démence enfin , comme de la raison.
LETTRE m.
Premières discussions avec Bonaparte sur la Constitution projetée , et première cause deè i^ices de cette Constitution.
«f 'ai dit, en finissant ma Lettre précédente, que Bonaparte m'avait demandé, lors de notre pre-
TrçMs mois après , il a motivé le même tefiis mr st haine pour f usurpation, et son dévouement à la légitimité%
. Après aevoir causé pendant qudque temps.de ce &tras de notions confuses , parmi lesquelles on n'entrevoyait pas une idée applicable qu*on pût emprunter, nous abordâmes les questions seprieuses. Soit que Napoléon se réservât de renverser, après la victoire , l'édifice qu'il laissait cpnstruii*e pour que la nation le soutînt dans la lutte , soit qu'il fut momentanément sincère dans l'essai qu'il voulait faire d'institutions libres, il ne disputa guère sur le fond des choses y et toutes les garanties nécessaires dans une constitution représentative, lurent convenues sans opposition»; mais il se monti'a inflexible sur la forme j et mes eflforts, pour le raïnener à mon opinion, furent inutiles.
J'avais dégagé ce que je lui proposais de tout vestige de ces constitutions impériales, et de ces sénatus-consultes organiques , qui avaient £dt peser sur la France pendant douze années un into** lérable despotisme , et j'avais évité toute mention de l'empire , comme antécédent du gouvernement qui allait s'établir- ce Ce n'est pas là ce que j'en- » tends , me dit-il j vous m'ôtez mon passé , jç }> veux le conserver. Que feites-vous donc de me^ y> onze ans de règne ? J'y ai quelques droits ^jç
( 55 ) ^ pense , llËurdpe le sait. U Ëiat que k nouvelle » constitution se rattache à l'ancienne. Elle aura >) la sanction de plusieurs années de gloire et de » succès. »
- Je luttai fortement éontre cette idée. Je ne déguisai point à Bonaparte qu'il avait plus besoin de popularité que de souvenirs , et que ceux dont il voulait se &ire des appuis étaient bien plutôt des obstacles.
Il persista. , et après l'avoir vu plusieurs fois disposé à renoncer à tout essai de gouvernement constitutionnel , je crus devoir céder.
Je craignais de reperdre, en disputant sur ime rédaction indifférente en réalité , ce que je consi-* dérais comme un avantage prodigieux , comme un gain presque inespéré, une. assemblée nombreuse, composée d^élémens très nationaux , et une indépendance complète dans la manifestaticm et lapu« bliçation des peui^ées. Ces deux choses me parais* saient assurer à k Frsuace des moyens in&illibles de ne pas retomber sous le joug de ces constitutions antérieures que je me proposais de détruire en les citant.
Il y avait d'ailleurs dans le système de Bonaparte , à cet égard , des argtudaens de &it trèsplau-; ^les et indépendans de l'intérêt personnel qui les dictait. Toutes nos lois, civiles et criminelles ^
a* Partie. 5
(54) inorganisation de toute notre administration intérieure, la hiérarchie et les attributions de tous les j>ouvoirs se rattachaielit de prqs ou de loin aux institutions qu'il avait imposées à la France depuis 1800 jusqu'en 1813. Déclarer toutes ces inètitutions abrogées , ssû^s rien mettre k leur plac^ était impraticable , et il n'était guère moins impossible de les remplacer dans un moment où la guerre à soutenir contre l'Europe entière devait remplir tous les infitans et absorber toutes les forcer. \
Les craintes que la simple mention des consti* tutions précédente^ et des $énatus-oonsultes organiques excitait dans beaucoup d'espriti^, étaient manifestement très exagérées. Toutes les disposi** tîohs astucieuses ou violentes ^ acdumvilées. daog les déci^s de l'eûipire on du sétmt impérial , se trouvaient virtuellement révoquées |)ftt» 4a nouvelle constitution , puisqu'elle ribhSfgéâit tout ce qui lui était contraire. Les màfidatairè^ de la France , imposais pi^v letfcr noftabre ^ dioisis dans le ^in du peuple 5 psir une élection vraiment na* tionale, investis de l'initiative et de là liberté dô la tribune , devaient in&illibkFmeol , à l'aidé de ces deux moyens irï^stibles , foudroyer l'oeuvM ténébreuse et surannée que la servitude avait auf éfois rédigée à huit tdos. Pour jugei* équitable-?
liuent Facile a(l£tioiaineI., iL/ne&ut jamais perdre de vue la puiâsance de 'ia Chambre des représenr* iâ&s , poifisànœ telle , (Qu'elle rendait tout despo^ ti&me impossible. j> Jamais tyran » a dit un arar teiifdont }é témoignage iielsera p^s soupçonné ^e bi^vi^Uatra»^ (i), » jamais tyran né résistera p) a tmemsetnblée forte de: son indépendance j et ^ qui pôÀiVa 3e faire. «nteodre ^ ^ électriser les ^ tètes de k TOultitude. » Qiie oet ' orateixr ait ^ondu de cette vérité- que tbup ceux qui ont «oopéré^à l'acte additic»iel étaient des instrument -serviles d^un xîonqWémat dont îb ne fiiisaîent que rédiger les voloiité$ absolues^ ce nTest pas.lala Ji^pieitton. Je prends ici acte âc l/aveu , sans miiur poser la, tàç^e inutile de réfixter des ocyxfêéquenœB ^ti se réfutent assez d'eUes^ooémes^ 'Je orta» donc, après plusieurs tentatives infruo^ ttienses ^ dev^ sur œ point céder à rinâ>rankr- -ble décimn que Bonaparte annonçait. Mais touft en exp(iqu^fit ma condescendance, je ne la recon* 4iais pas âioins* aujourd'hui , ^et je» n'ai pas tardé -même alor^ à la rec^i^Aître, pour une erreur et Un tbvt. \ ^
Je jugeai mal l'état de l'épinâon. ^e m'àveuglaii,
'(f^ Mi de la &iir<ik>iiaftjê 9 pr6{»06ition d'amhktie»
ainsi que Napoléon , et j'étais plus inexcusable^ puisque je devais être plus impartial que lui, sur la nécessité de captiver cette opinion dév^me ombrageuse. Je crus qu'on pouvait mettre toute une nation dans la confidence d'un secret , et qu'elle démêlerait , à travers une forme suspecte , la lijbéralité des principes et l'efficacité des sauve^rdes, oubliant que les dehors seuls firappent les masses^ et que les vices de la forme que ma réàgnation avait, adoptée y prêtaient une force immense à des adversaires adroits , acharnés et peu scrupuleux. £e fiit certainement une grande &ute que de réimprimer sur le pacte solennel qui pouvait rattacher -la France à son ancien chef, les stigmates de la i^annié exj^cée par lui à une auljre épocpxe*
J'eus donc tort dans cette occasion , et je reconnais ce tort d'autant plus firanchement , que ^'aurais dû être éclairé sur la possibilité de l'éviter par un trait de caractère de Bonaparte cpii m'avait -déjà ^ je crois l'avoir indiqué ailleurs, siiigulière^ 'mcsnt frappé. J'avais remarqué qu'une assertion positive , laconique , et apr^ laqueUe on n'oppo^ sait à ses objections^ que lé silence , produisait sur iui im effet qui allait toujours en ctmssant , et qu'il cherchait vainement à surmonter. J'en avais eu la pt^uve dès la première heure , et bien que l'^oxecdcte que je vais raconter ne se lie point au
(57) sujet principal de œtte Lettre, je la rapporte parce qu'elle aurait dû. m'indiquer la conduite à tenir, dans tqutes les circonstances oètil était désirable de forcer Bonaparte à renoncer à quelqu'un de ses projets.
U m'avait parlé des tentatives de toute espèce que l'on avait tramées contre lui, lors de son retour de l'île d'Ëlbe , et il avait nommé M. de Yitrolles , comme devant en porter la peine ; ce dernier m'était et pi'est encore par&itemeut inconnu. 11 ' ne m'iiita*essait que comme un individu dans les fers, et menacé de la mort. Mais j'avais saisi cette occasion de dire à Bonaparte qu'une seule goutte de àang versé par son ordre, dans les circonstances où nous nous trouvions, mettrait tous les hommes honorables hors d'état de le servir. U m'avait objecté de &UX moniteurs imprimés à Toulouse , et des assassins payés , disait-il , pour attenter à sa vie. Sans répondre à des faits de la vérité desr* quels je ne pouvais juger, j'avais répété mon asser* tion précédente. Il avait continué à la combattre par des raisons tirées de l'inégaUté de sa posi*tion et de la Intimité de la défense. Je n'avais pas répliqué , mais je le voyais agité de l'idée que toute rigueur politique lui enlèverait des soutiens nécessaires, et rejèterait sur son nouveau règne l'o^ ' 4i«ux des souvenirs du ^^i^emier* Après une cou-
▼ersatioti , ou , pour liiieax dire y an monologue de plus d'un quart d'heure j sans que j'y prisse , aucune part : ce JE0 ne pense plus à M. de Yitrol-» T> les , me dit-il ; je ne sais pas si je le fbrai juger j y> je n'en crois rien. Je pense au duc d'Àngouy> léme. J^ai déjà donné des ordres pour qu'il ne y> coure aucun dangerl Mais je crains la foreur :» des paysans et celle des soldats. Ils, ne veulent D pas de la capitulation qu'on a fiiite. J'enverrai » un courrier cette nuit .encore; je n'ai point de :» haine , je n^ai nul besoin de vengeance. Tout y> est changé , il faut que l'Europe le sache et le ï> Voie. »
• Je ne cite point ce feît particulijer pour réclamer un mérite qui ne m'appiartient en aucune manière; l'idée de M. le duc d'Angodlémêne s'était point offerte à inoi. J'ai voulu montrer seule* ment à quel point un mot suffisait pour frapper Bonaparte , et loi faire considérer les questions sous un nouveau joar, et cqmbien , par consé^ qfu^t , Voa avait eh l'approxàiant , de moyens d'influer sur ses déterminations , quand on luî parlait avec conviction , sans l'irriter ensuite pdr une dispute prolongée. Je raconterai une àutre^ anecdote du même genre, quand je traiterai de son abdication.
Il eèt donc mieux v^u , j'ein convient sana'
(59) peine , essayer ce qu'aurait produit sur lui le r^fuA positif de coopérer à toute rédaction qui n'aurait pas eu pour première base l'al^lition entière de ce qu'il avait institué jusqu'alors dans l'intérêt de son despotisme. La constitution nouvelle eut été jugée plus impartialement, et le mouvement na* tional y que l'acte additionnel sembla paralyser au moment où la France avait le besoin le plu^ impérieux de ce mouvement pour se défendre , Q'eùt pas éprouvé un échec irréparaUe qui a plus contribué à nos déÊiites, j'en suis convaincu, que l'inégalité du nombre et l'habilité prétendue des généraux «[inemis. .