LETTRE VI
Impressions fâcheuses que les vices de VActe additionnel produisirent sûr Vopinicfh.
J E crois avoir présenté à mes lecteurs Fénumération complète des vices qui devaient décréditer l'acte additionnel ; de ces vices , les uns ne peuvent s'attribuer à aucun des Ixpmmes qui forent consultés sur sa rédaction ; les autres forent Feflet naturel de la précipitation , du défaut du temps et de la difficulté des circonstances.
Sous le rapport des principes, cette constitution, bien qu'imparfaite, n'était inférieure à aucune de celles qu^elle semblait destinée à remplacer.
La liberté religieuse clairement reconnue, n'avait rien à craindre d'un privU^e menaçant ou d'une inégalité injuste (i)."
La liberté individuelle était à l'abri des vexations des subalternes , plfts communes et plus oppressives que celle des che& (2). Une modification
(i) Art. 62. La liberté des cultes est garantie à tous. (3) Arl. 61.
|>rociiaine était solennellement promise à ce tér^ i*ible article de la constitution de Fan 8, qui aujourdTiui eûcpre crée deux cent miUe inviolables en France , depuis le garde champêtre jusqu'au liiiuistre , et livre à l'arbitraire de ces privilégiés d'espèces si diverses , la personne et la propriété de tous les citoyens (i).
Au hombre des mesures illégales, intefr dites à l'autqrité, se trouvait l'exil, eeWe peine cruelle,^ malgré son apparente douceur ^ et que Bonaparte avait si capricieusement et si impitoyablement prodiguée (a)*
La liberté de la presse obtenait , pour la première fois, l'indispensable sauve^garde du jury (3). Elle l'obtenait même, dans les cas où la peine infligée n'était que correctionnelle; disposition importante, puisque nous voyons aujourd'hui, faute de cette garantie, les écrivains rédamer sans cesse , et quelquefois inutilement, le bébéfifce des tiotacB d'assises, et regarder comme uhé fâreur, dans cette législation singulière, l'avantage de pouvoii* Be faire juger criminellement. n
Que si l'dn prétendait que l^otligâtion imposée
(i) Art; So.
(a) Art. 6i; (3) Art. 64; . 2i^ Partiét S
aux auteurs dé signer leurs ouvrages , nuîsak à leur Hberté légitime, j'observerai qu'aucune peine n'étant prononcée contre ceux qui s'aflfranchiraient de cette obligation , ime loi ultérieure étant nécessaire, et devant subir une discussion publique dans une assemblée très indépendante , et les procès pour délit de la presse ayant toujours des jurés pour juges , l'anonyme n'aurait jamais été regardé ' que comme une drconstance aggravante, dans le cas seul d'un délit, et alors la disposition semble aussi juste que celle de beaucoup d'autres lois qui punissent certains crimes avec d'autant plus de rigueur , qu'ils sont plus faciles à commettre , et, que le criminel court d'autant moins de risque en les commeltant.
Le pouvoir judiciaire était revêtu d'une solide et réelle inviolabilité (i).
Un article soigneusanent rédigé écartait la pos-»sibilité de ces tribunaux militaires qui se réintroduisent, avec une facilité si désastreuse, sous toutes les formes de gouvernement, et soutles ins* trumens favoris de toutes les tyrannies (2)*
(i) Art. 5i. Les juges devaient tous être inslitués avant le premier janvier 181 6,
(2) Art. 54 at 55. Les délits militaires seuls sont du
( 67 ) - Âiîfeunie levée dliommés ne pouvait avoir liéii Sans le concours dek puissiancelégislative (i). Cétlè précaution manque dans les constitutions mêmes qui réservent aux rieprèsentans de la nation le vote de l'impôt ; et ces deux garanties sont pourtant également nécessaires pour assurer Téconomie et la paix. * ^
L'interprétation des lois n'était pa& un Jiriviiég0 de la pvdssancé executive, et cette armedangereusë échappait aux mains des ininistres (2).
Une responsabilité forte et claire était orgaïuaée^. telle qu'aucun, s^ent coupable ne pouvait s'envelopper des subterfuges d'une loi écrite ^ mais trouvait son accusation dans l'énergie d'une as-^ semblée animée du sentiment populaire y et son jugement dans la conscience d'une autre assemblée mbins passionnée et plus impartiale ^3).
La Chambre des représentans^ investie de prérogatives importantes, veillait sur ces institutions protectrices^ elle était trop nombreuse, et composée
^ressort des tribunaux nâlitaires. Tous les autres délits, même commis par des militaires, sont de la coiO{>étetice des tribu-'
haux civils, (i) Art. â5r
(2) Art. 58.
(3) Art. %^ jusqu'à 40-
d^élémctis trop nationaux , pour qu^oneât à redou^^ ter que la majorité de ses membres ne tombât dan» la dépendance en acceptant des places, ou se laissât corrompre par des séductions plus secrètes à la fois et plus ignobles.
Une route directe, tracée à l'expression des besoins ou des plaintes , les portait rapidement et dans le public et vers le trône (i). Car, bien qu'on ait reproché à l'acte additionnel de n^ayoir pas rendu à la représentation nationale une initiative assez complète, tant ses adversaires d'alors étaient délicats sur les privilèges populaires , les chambres instituées sous Bonaparte , en i8i5, possédaient en réalité cette prérogative autant que la chambre des communes d'Angleterre, avec cette seule différence, qu'en Angleterre le roi est obligé de projioncer son dissentiment, tandis qu'ici le silencç en tenait lieu.
Telle était la nouvelle constitution de la France. Si Je ne citais en sa feveur que l'autorité d'un des plus anciens et des plus purs amis de la liberté (2), l'on pourrait m'accuser de chercher , pour une ceuvre à laquelle j'ai coopéré , des juges parmi les hommes dont je me Ëds' gloire de partager les prin-«
(i) Art. 24.
(3) M. L^juinais , Gonstitutioii de ji« France , 1. 1 ^ p. 84*
(69) ^ ëipes. Mais j'irai dans les rangs ennemis, et Téloge sera moins suspect.
M. de Chateaubriand, dans son rapport au Roi, fait à Gand , appelle l'acte additioimel la Charte améliorée , et Ton ne peut s'empêcher de sourire en voyant l'esprit de parti Êiire à Napoléon un crime d^ cette amélioration. <cLa nouvelle constitution » de Bonaparte, » dit*il à Louis XVIII, ce est un » hommage à votre sagesse; c'est, à quelques difie- » rences près , la Charte constitutionnelle. Bona- » parte à seulement devancé , avec ésl pétulance » accoutumée,' les améliorations etlescomplé- » mens que votf e prudence méditait. y> M. de Chateaubriand ajouté ailleurs: ce Bonaparte s'estémba- » rassé dans ses propres adresses ; l'acte addition- » nel lui sera fatal : si cet acte est observé , il y a y> dans son ensemble assez de liberté pour ren* y> verser le tyran. » Un autre de nos ennemis, non moins acharné, a rendu aux coopérateurs de ce projet de constitution un plus bel hommage encore, ce II est impossible', » dit M' de la Bourdonnaie,dans ses propositions d'amnistie J" ce qu'entre » les mains d'un soldat parvenu , le gouvernement y> ne fût pas devenu militaire et absôlti , si Tary> toée seule eût opéré son retour ; à mes yeux , la y> preuve la plus évidente d'une conspiration gé- )) nérale de tout le parti révolutionnaire, c'est la
(70) , >) foiime du gouvernement j c'est le pouvoir de I^ p Chambre des représentans. »
Ainsi , laissaDit de côté cette hypothèse d'une conspiration , hypothèse cent fcis refutée , il est donc reconnu que , Jorsque Bonaparte, a reparu sur les côtes de France*, le résultat de cet évène^^ ment pou:vait être un gouvernement militaire et absolu, que c'est l'acte additionnel qui a mi^s obstacle à ce résultat , et que ceUx qui ont éon^ tribué à le rédiger ont concouru par là à sauver la France des caprices du despotisme et du pouvoir del'épée,
Ces avantages nç préservèrent point cette ébauche de constitution d'une désapprohatipn à peu près universelle, Js^ais blâme ne ftj^t plua gmer^ jamais censureplusupanime. Chaque ^rticl^ parut un piège, chaque di^bsition unepierred'at* tente pour le pouvoir illimité. Les. répubUçains se réunirent aux royalites : TesLagérâtion d,€ honjG^ foi a,dopta les. arrêts de la perfidie.
Parmi les partisaB3 de. l'ancien gQi}V:Qmeicnen( deJi'Empijffc, il y en çutaussiqui repoussèrent avec irtitatiopL ou av^c fi-ayeur ces instituticNos qui leuiparaissaient un acheminement à la libçrté. J'^ connais qui, dévoués^ à Bonaps^rte^ pendant so^ prçinier règne ,'fid€ie&encoi»ç d?ins les preiniers temps de sou adversité, avaient concile pour Iviî
( 7» ) des phrases sonores , et m^ne, à l'instant de sa chute, inventé des rédactions assçz noUes dans leur signification équivoque, qui , enfin, avaient salué son retour de leurs vœux secrets, et ha-* 3ardé, après la réussite, l'ofire de leur aide; mais qui le déclarèrent perdu, parce qu'il traAsigeait avec ce qu'ils nommaient Fanarchie« Us avaient espéré un despote, en leur ofirait une constitu-^ tion , ils s'éloignèrent.
Ainsi Bonaparte eut à squifirir d'une partie de sa propre école j quand il voulut mettre ses inté-^ rets sous la protection de la liberté, il porta h^ peine d'avoir sacrifié la liberté à ses intérêts, et une sévère expérience dut lui apprendre, qu'en fidsant un certain degré de mal, on perd la &culté de Êdre le bien.
Ceux qui l'avaient secondé durait voir aussi qu'une difficulté qu'ils n'avaient pas prévue, embarrasserait leur marche, et iléconcerterait leurs calculs. La défiance de la nation envers Bonaparte^ ne leur avait paru qu'un heureux moyen de limiter sa puissance; mais cette défianc% était enmême temps un obstacle à ce que cette nation acceptât de» présens d'une main suspecte, et à ce qu'elle défendît contre l'Europe , l'homme qu'elle redoutait ; de la sorte, ce que l'on pouvait considérer comme une circonstance favorable à
(70 liotre liberté intérieure, devenait, pour notre în^ dépendance extérieure , un grave danger.
Je vis Napoléon le surlendemain dé la promul-r gation de l'acte additionnel. Eh bien ! me dit-il , la nouvelle constitution ne réussit pas. *— C'est qu'on n'y croit guère ,, répondis-je , faites-y croire en l'exécutant. «« — Sans qu'elle soit acceptée ! ils diront que je me moque du. peuple. — Quand le peuple verra qu'il est libre, qu'il a des représentans, que vous déposez la dictature, il sentira bien que ce n'est pas se moquer dalui. — U réfléchit qutelques instans.-r— Au fond, reprit-il, il y a un avantage ; en me voyant agir ainsi, on me croira plus sur de ma force, c'est bon à prouver. Et par un motif différent du mien , mais qui conduisait nu même résultat, il dicta le décret portant con-i vocation des collèges, pour procéder à l'élection ^e la Chambre,
J'éprouvai , je l'avoue , une vive joie , et je Qi'empressai de commimiquer cette nouvelle à l'homme que j'aimais à consulter comme ma con- (Kîience.
(C Enfin le décret ordonnant la réunion des dé-^ >) pûtes a paru; écrivis-je au général Lafayette : » voilà donc dans trois semaines la Nation maî- 3(> tresse défaire marcherla constitution. Je suppose 1^ que Yous ^lez être élu, mon cher général, et je
( 7.5 ) yi regarde votre élection comme un grand pas vers » notre ordre constitutionnel; j'aurai pour moi- » même bien moins de moyens que sila présidence y> des collèges électoraux eût été conservée aux » nominations de l'empereur. Mais je suis charmé 3> que nous ayons réussi à feire restituer ce droit » de plus au peuple.
y> Ce n'est pas que Je sois sans inquiétude ; si la y> Chaipbre est fort divisée et qu'on nous envoie » beaucoup d'ennemis^ je crains bien des orages, y> mais au moins nous aurons fait notre devoir,
» Adieu, cher général; il nie semble avoir un » poids de moins sur le cœur depuis que Je vois y> Fépoque des élections. Oh! si J'étais sûr que nous )) donnerons un beau et imposant spectacle à » FEurope ! écrivez-moi si vous êtes satisfait.
» Oui, me répondit-il, Je suis très content, et. » j'aime à vous le dire. La convocation immédiate y) d'une assemblée de reppésentans jaxe paraissait, .» comme à vous, l'unique moyen de salut. On y » joint la nomination des présidens par les collé^ » ges, des officiers municipaux par les communes, y> et une phrase de dictature provisoire beaucoup y> meilleure que tout ce qui rappelle d'ancien rè- » gnes. Ceux qui ne veulent que le bien de la Hy> berté et de notre pays, doivent convenir que Ji cette direction est sur la ligne droite. J'aurai
y> beaucx>up plus de plaisir à m'en mêler, que je » n'en aurais eu il y a deux )ours« »
La convocation des assemblées représentativea qui allaient mettre un terme au silence au milieu duquel la France s'agitait , incertaine de la sincérité de l'homme encore maître du pouvoir, produisit durant quelque temps un effet salutaire. Les citoyens espérèrent que ces assemblées perfectionneraient les institutions dont les vices les avaient frappés, qu'elles réprimeraient les abus d'autorité que les dangers et surtout l'ascendaiit de l'habitude . perpétuaient encore. Les agens secondaires devinrent plus circonspj@ct$, le langage de Napoléon lui- {péme moins écjuivoquej et les hommes qui, en s'alliant à lui, avaient immolé à Idur patrie leurs souvenirs, leurs défiances, et jusqu'à l'opinion sous quelques rapports , purent se flatter de n'avoir pas Ëdt inutilement tant de sacrifices*
LETTRE Vn.
Du Gouvernement des Cent Jours.
u 'ai traité des institutions établies par Bonaparte à son retour de File d'Elbe, c'est-à-dire, j'ai considéré
(75) le gouvanement des Cents Joursen théorie Jeveu}^ rexaminer maintenant dans la pratique, et recherr. cher , d'après des Ëiits positi& et des dôcumens incontestables, dé (juel degré de liberté la Francea; joui, ou quel d^é d'oppression elle a supporté durant' cette époque,. On verra, je l'espère, cpip les actions des hommes qui avaient essayé de rendre à cette France une constitution représentative, n'ont point été contraires à leurs principes, qu'ils n'ont ni démenti leur caractère, ni manqué à leurs engagemens, (&t que le gouvernement qu'ils avaient consenti à servir, n'a été ni cruel ni despotique^
Avant néannioin^s de coaunencer ce travail, je, dois me prén^unir contre une incu]|>ation que 1^ ^tion de i8i5 et le ministère réuni à cette faction en attendant qu'elle lerenver^, i^épètentà l'enyi dans leurs journaux, en démontrant que l'au* torité, durant les Cents Jours, n'a pas mérité les re^ proches de tyrannie qu'on lui a ^odigués depui[s s^ chute ; je dois m'attendre à être açou^ de vouloir inspirer le regret du rç^me que )e justifie : qup sais-je? péi^t'^efa*^ serai- je compris dans la list^ qu'on dresse de qeux qui conspirent pour le rétar )>lissement de ce régime , ^&%^ qui, dit-on , s'accroît chaque jow.
En i^t d?- dénpçciajbipn r^n ne me surprend.
Vingt-cinq: aps. de révql^tipnl m'ont assez appris â
(76) ne m'indigner d'aucttne imposture, à ne m'étonner d'aucune absurdité.
Qiaque époque a eu son accusation banale. Sous le directoire, quiconque n'applaudissait pas aux vexations directoriales, était un ami secret de la royauté. Sous Bonaparte, réclamer contre son despotisme naissant, était un appel à l'anarchie. Aujourd'hui, l'on ne peut blâmer des ministres incapables ou perfides, sans qu'ils s'écrient que l'on médite le retour de Napoléon.
A toutes ces époques, ces accusations ont retenti, soit dans les palais^ quand les maîtres de la France habitaient les palais, soit dans les rues, quand les maîtres de la France habitaient les rues; mais à toutes les époques ûes accusations étaient fausses. Sous la république, quand on se plaignait de la manière dont on était goiiverné, ce n'était point la répubUque que l'on attaquait. Les peuples sont, à juste titre, très indifFérens aux formes d'oi^anisatiôn politique; on se* révoltait contre l'inquisition, l'arbitraire, les persécutions civiles et religieuses, exercées au nom de la répubUque. Sous l'empire, nul ne conspirait pour l'anarchie , mais plusieurs voyaient dans le pouvoir absolu dont s'emparait un homme, le germe d'une tyrannie qui devait froisser toutes les existences , et porter atteinte à tous les intérêts. Aujourd'hui, lorsqu'on murmure, ce n'est
(77) point k monarchie^ ce n'est point la dynastie ré^ gnan£e qu'on veut renverser; on voudrait l'ordre et la liberté sous cette dynastie comme on a voulu l'ordre et la liberté sous toutes les autorités (pli ont régi sucœsisivement la France. On veut ce qu'on voudra toujours^ ce dont on n'est jamais privé par un gouvernement, sans désirer que l'obstacle cesse, ce dont la jouissanceest un tel bonheur qu'elle suffit pour réconcilier les peuples à tou3 les gouvememens.
11 peut y avoir, dans une portion de ceux qui ' ^ ont dû à Napoléon leur rang et leur fortune des souvenirs de reconnaissance. 11 n'est pas donné à (diacun de jouir en paix des bien&its mendiés et de maudire le bienËdteur dans les fers. Il y a certainement dans toutes lès âmes généreuses^ soulèr vement et révolte[ à la vue des rigueurs inutiles et ignobles, qu'exerce àur un captif sans défense un gouvernement qui ne se console pas d'avoir été vingt ans humilié par lui.
Mais entre ces sentimens naturels et honorables, et le désir de voir Ée relever un r^ime qui a trompé les espérances des amis les plus sincèrçs de ' la liberté, un régime que nous pouvons accuser de l'arbitraire contre lequel nous réclamons encore aujourd'hui, Un'y a rien de ccnnmun; et quiconque n'a pas intérêt à se tromper et à tromper les autres,
èèrsL convaincu fedletneirt que le parti libellai, (Jtll n'e»t autre chose tjue l'organe Ifidèîe de la Nation ^ veut ce qu'il dit Vouloir, et ne veut tjUe ce^u'il dit vouloir;
En ejffet, abdrdonà toutes les questions aVcd franchise : quels sont nos deux principaux intérêts dans ce moment? la liberté et rindépendan(;e.
Or, dans l'état des choses qui existe (il est inu^ tile d'avertir mes lecteurs que je conçois cet état de choses, tel que la Charte le consacre '^et non tel que nos ministres l'interprètenty ou que nos noya-» teurs veulent le refondre)*, notre indépendance extérieure est assurée j notre gouvernement, s'il est constitutionnel^ n'a aucun besoin de l'assistance * des étrangers, cette assistance lui est superfluey s'il reste dans la sçhère de la Charte f mais elle lui devient insuffisante, s'il en sort. Certes, ce n'est pas 1^ Allemagne avec ses landwehr d&ssbutes, ses peuples mécontens, son opinion publique sôule-< vée; ce n'est pas l'Angleterre avec sa dette et ses radicaux j ce n'est pas l'Espagne, telle que l'ab* sence descortcs et la présence de l'inquisition l'ont feite, qui serviraient de base à un trône jfrançaia que la France n'appuierait paSi
Quant à notre Hberté intérieure, je conviendraisans déguisement q^ beaucoup d'autorité», les^ vnesli^aleiaaient reËonnues^ les autres étrangement^
tolérées, semblent de nouveau conspiret contré elle; mais il m-est démontré que ces autorités sont heureusement trop faibles pour réussir dans leurâ projetSiiNotre gouvernement est précisément dans la position où doit se trouver un gouvernement pour qu*une nation devienne libre. 11 est fort s'il s'identifie aux;mtérêts nationaux, il est impuissant et sans ressources s*il essaye de s'en séparer*
Contemplons un instant nos ministres, depuis qu^ils se sont lancés dans la route des innovations anticonstitutionnelles. Que d'hésitation, que de craintes, que d'équivoques ! quel mélange de vio-^ lence et de pusillanimité! d'un seul regard la ÎNation les arrête, ils veulent en vain se retrancher derrière le trône, elle ne s'y trompe pas. Elle sépare tout ce qui doit être ^aré, elle sait que le trône ne pefut rîen^vojidoir qui soit contraire à l'intérêt public, parce que le trône n'a point d'intérêts privés; les ministres seuls ont des intérêts de cette nature, et . Tinstinct admirable de la France rejette sur eux tout ce qui leut appartient. Elle prend la défense de la couronne contre ses propres agens, et au miheu de la lutte la couronne demeure intacte et sacrée^ Nul ne saurait sans doute prévoir ce qui peut résulter d'une longue suite de feiites grossières : Fimpéritiç et Pobstihation l'emportent trop souvent sur les meilleures dbances; mais le vœu d^ tous les
bons citoyens, de tou&les hommes éclairés, doit être que ces fautes ne nous conduisent à aucun boule^ versement. Je n'en connais aucun qtii ne soumît nos affaires domestiques, je ne dis pas à la forcé étrangère, le temps en est passé, mais à l'influence de rétranger> que je redoute plus que sa force. Danà toutes les combinaisons. qui se présentent à mon. esprit, je vois cette influence se glissant jusqu'à tiQUS sous le nom^ d'alliance , de protection , de rapports de famille, et ces prétextes spécieux servie raient aux cabinets de l'Europe pour nous rendre ou leurs instrumens, ou leurs subordonnés, oU leurs tributaires^
Comme citoyen , comme ami de ,1a liberté et dé la France, je ne puis admettre rien de pareil.
Je ne songe donc nullement^ en embrassant là défense du passé contre des exagérations calommeuses, à faire prévaloir le passé contre le pré= sent, ou, pour mieux dire, contre l'avenir, que ce présent nous permet d'esplérer. lii justifiant leç Cent Jours d'imputations absurdes et Êiusses, ce n'est point le règne des Cent Jours que je vou-* drais ramener; j.e désire tout ce que j'ai désiré toute ma Vie, ce qui me semblait il y a trois mois à peu près obtenu, ce que j'aime encore à croire que nous obtiendrons, la jouissance de toutes les j^ertés que la nation a droit de posséder, avec,
raifermiss«ment de tous les pouvoirs légaux qm existait, et qui, renfermés dans leur sphère marquée, sont indispensables à la durée même de nos libertés^
J'ai dû dire ces choses pour ne pas fournir de nouveaux sujets de déclamation à un parti violent qui inventé, et à un ministère qui accrédite des bruits mensongers. Maintenant j^entre en matière.
Je commencerai par reconnaître que les premières mesures adoptées par Napoléon n^étaient nullement propres à rassurer les esprits impartiaux et modérés; le rétablissement des lois sur les émigrés , la liste de proscription de treize personnes , la création de sept heutenans généraux de police, avec des pouvoirs presque iUimités , l'expulsion de la maison du Roi, les peines prononcées contre les fonctionnaires qui avaient pris part à des rassemblemens en faveur de la cause royale, peines entachées de rétroactivité, puisque ces rassemblemens étaient ai^térieurs à la fuite de la cour, tou& ces actes étaient illégaux , arbitraires , ty ranniques j mais il fa^t remarquer la date où ces mesures furent prises; elles sont toutes de la fin de mars ou des quatrp premiers jours d'avril. Or, parmi ceux qui s'étaient réunis à Bonaparte , les uns n'avaient pas encore pris cette résolution hasardeuse; \es autres n'avaient pas eu le temps de prononcer 2* Partie. ê
(80 leur opposition. Le rétablissement des' lois sur les émigrés et la liste de proscription de treize personnes, sont du 23 mars j Texpulsion de la maison ' du Roi, du ^5; la création des sept lieutexians généraux de police, du 285 les peines coïitre les i^assemblemens armés, sohtdu 4 avril.
Dès lors cependant tous les hommes que le»
circoiis tances autorisaient à se constituer les organes de l'opinion publique, frappaieût de leur réprobation ces retours scandaleux Vers la tyrannie. J^ai rappelé rapidement, dans une de mes Lettres précédentes, lès discours dès ministres réunis, la déclaration du Conseil d'état, les adresse» de l'Institut, de la Cour de cassation, de celle des Comptes et 'du Conseil municipal de Paris j mais il me semble utile de revenir sur quelques-unes de ces adresses ; elles indiquent d'une manière précieuse l'esprit du moment; ce spnt des monumens qu'on ne peut détruire , et qu'il est bon de conserver comme sujet naturel de plus d'une comparaison instructive.
ce Vous êtes appelé , disait à f^apoléon le )) Conseil d'étal, à garantir de nouveau par des y> institutions tous les principes libéraux; la 11y> berté individuelle et l'égalité des droits; la liy> berté de la presse et l'abolition de la censure j » le vote des contributions et des lois par les re-
y> présentais de la nati(»i légalement élus ; l«sl y> propriétés nationales de toute origine ; Tindé- » pendafioe et l'inamovibilité des tribunaux ; la y> responsabilité des Mimstres et de tous les agaats » du pouvoir. »
ce Point dé guerre au dehors^ si ce n'est pour y> repousser une injuste agression, disaient lea y> ministres qui venaient d'être nommés; point » de réaction au dedans , point d'actes arbitraires , y> sûreté des personnes , sitreté des propriétés , )) libre circulation de la pensée, tds sont les » principes que vous avez consacrés. »
Vc Vous allez , disait l'Institut , nous asrarer » l'égalité des droits des citoyens, l'honneur des y> braves , la sûreté de toutes les propriétés , la. » liberté de penser et d'écrire, e»in une consti- » tution représentative. »
Ainsi , tous les alentours de Bonaparte cberchaient à l'enchaîner, en supposantes pi*omesses qu'il n'avait pas faites, en invoquant des engdge«mens qu'il n'avait point contractés, mais qu'on lui rendait impossible de désavouer. Chaque mot prononcé par eux était une protestation contre ' la puissance qu'il avait jadis exercée, et cette protestation s'adressait à un homme encore investi de la dictature.
Cette tendance universelle avait subjugué tous
(84) les esprits. Des orateurs habitués depuis dix soi* nées à célébrer le pouvoir absolu , et qui sont re^ venus à cette habitude dès qu'ils ont pu croire que l'occasion de la reprendre leur était tendue, parlaient, comme tout le monde, le langage du patriotisme. Avertis par instinct que l'opinion était la plus forte, ils se rangeaient naturellement du coté de l'opinion^ Après avoir décrit leurs transports d'allégresse à la nouvelle du retour de Napoléon, MM. Pardessus et Delvincourt le remerciaient d'avoir promis des institutions fondées sur la liberté et l'ég^ité des droits , et s'engageaient à jeter dans le cœur de la jeunesse les semences de ces idées libérales qui finissent toujours , disaient-ils , par triompher de tous les obstacles.
Ce n'était pas sans surprise et sans peine que Bonaparte écoutait le nouveau langage adopté par ceux qui l'entouraient. Il n'entrait qu'avec répugnance dans la route inusitée que lui traçaient l'expression de leurs vœux et la déclaration de leurs principes.
Sous ce rapport, ses proclamations, ses réponses, les préambules de ses décrets sont curieux à lire; l'on y remarque un changement graduel, nne marche progressive vers des idé^ constitutionnelles. De fi:équens, mais inutiles retours à d'anciemies habitudes d'arbitraire, ne prouvent
que plus clairement que ces modifications tenaient moins à une volonté personnelle qu'à l'empire des circonstances , (jui disaient plier cette volonté.
Les premières proclamations de Bonaparte ne parlent ni de liberté ni' de constitution. 11 promet aux soldats la gloire et les richesses, au peuple la proscription et la punition des nobles. Il répond aux discours des ministres, du Conseil d'état et de l'Institut, qu'il agrée les sentimens qu'on lui montre ; mais il ne corrobore point , en les répé^ tant , les engagemens qu'on le remercie de prendre ; et le lendemain , il s'adresse à ses soldats dans un langage purement militaire. Ce n'est que dans le préambule de son acte additionnel qu'il donne des promesses positives , il les réitère dans le dércret du 3o avril , par lequel il convoque les collèges pour l'élection de leurs députés; mais il ajouta une restriction qui trahit une inquiétude naissante, et jette un coup^'œil de regret sur les constitutions de l'empire. Enfin, à l'ouverture des Chambres , il déclare abdiquer la dictature , et > commencer la monarchie représentative : de ]a $orte, par l'effet du travail persévérant de ceux qui l'environnent, il passe d'un pouvoir sans borne k upe puissance toujours plus limitéci J^um. jç montrerai dans la lettre suivante, que les ordres rigoureux furent éludés , les niiesures.
vexatoires adoucies. Le caractère de Napoléon, an sommet de la hiérarchie, et le zèle de ({uelques agens dans les rangs inférieurs , portèrent parfois atteinte aux formes protectrices et aux droits desJ citoyens; mais les vexations ne fuirent ni géniales ni durables. Les hommes qui entouraient le pouvoir, bien qu'ils fiisseut ainsi que lui menacés par l'Europe entière, lïe cessèrent de protester contre toute violation des i règles, toute suspension. des lois , et leurs protestations furent écoutées.