‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 23 sur 30 · DEUXIEME NOTE · texte numérisé non relu

DEUXIEME NOTE

Page 3. •— ce La haine universelle contre la no- )) blesse prêtait à Bonaparte un appui redou- » table. y> .,...,

Certaines gens croient que , - si on ne parlait pas de ce qui est , ce qui est ne serait pas ; ils feraient volontiers brûler comme incendiaires ceux qui avér*tissent que le feu va prendra» Dire que, dans liotre état social' actuel, les nobles ne sont pas l'objet de l'affection populaire, c'est, à les entendre, vbucx une classe à la proscieiption; et l'un de nos écrivains les plus distingués, M. Guizot , s'est vu dénoncer comme un artisan de guerres civiles, pour avoir

tàffuli les deux nalions que wépuaâfmi en FcMce, Mwant b i^olotioa, des prÎTil^ges <^pfeaii£i» ec qam diTiient encore anjonrdlini dei précemione lioftiles.

Jamais récité néanmoins ne fiii pins démontrée; eC s'il y STait dans ron^nge dn pnbliciste édairé qjate je Tiens de citer, nne imperfectimi oo nno lacnne, la cause en serait à ce que le Imt de son livre n'âaic pas de dërelopper cette rérilë dans tonte son âendne» et d'en dédoire tontes les conséquences. Mais la moindre connaissance de l'histoire suffit pour nons conraincre que les peuples cÎTilisés de Fempire romain ayant été assenris par les hordes barbares dn nord , les calamités do cet asserrissementet le sonyenir de ces calamités ont établi nne différence fondamentale entre la doctrine des. politiques anciens et celle des politiques modernes sur l'organisation des sociétés. Cette différence a eu son effets comme toute idée dominante doit avoir le sien ; et un obsucle nouveau et long-temps insurmontable s'est opposé à rétablissement de toute liberté réelle en Europe»

Presque tous les hommes d'état et les philosophes, de l'antiquité voulaient concentrer le pouvoir entre les mains des classes S|périenres, et plaçaient la nais^ sance, c'est-à-dire la noblesse « au nombre des titres valables sur lesquels devait se fonder* la suprématie de ces classes. Aristote exige cette condition ^ même dans une démocratie bien constituée.

Au contraire» depuis la renaissance des lumières ,

( Ï07 ) flans les tempe modernes, les défenseurs de la li« berte n'ont jamais cru que son triomphe, et surtout sa durée, fussent possibles, sans la destruction des causes prédominantes. Us n'ont tu que des victimes qu'il était indispensable de sacrifier, là où les arir ciens n^apercevaient 4}ne des guides^ C'est que ceux qui, depuis le quinzièmâxSiècle jusqu'à nos jours, se sont éi^és ou ont ^crit ea payeur de l'égalité^ ont agi ou parlé <;oj|ime les descendans des oppriméf contre les descendans des oppresseurs.

Chez les anciens peuples autochihones ^ ou du moins tdlement confondus avec les colonies .qui les avaiont policés sans les asservir, qu'on ne powi^it distingfsier dans la masse comniiune les parties héié<rogènesy, Hniégail^é des rangs n'avait eu d'origine qu'uni» ail^riorité soit physique, soilt morale. O» senli que je ne parle pas dep esclaves , qui ne 4oiven^ éltre comptés ^oiur riea dans le systèmie social de l'antiquité. Les nc^les, chet les anciens, étaient une clasie.de comjpatridEtas jparvieausÀ des iriehiesses ou à nme'OOAsidàiatiiQiÈ^ sttpérieiiire^ patroeqtte leurs 'sïeux avaient hien métM 4e la jsoei^é naissante*

Ch«z les imoâ^tnes rin^giklité 4es rangSva eu Fori^ giinelafAus cév0lta«!te,lafioisiqjaéte« hes peuplés ciyilisés die Teoipâte: iromain om été paclagés convne 4e vils troupeaux tatre des domÀnaiteu£s.féi:oces. Les institujtions européennes ont porté durant des siècles l'empreinte dégradante de la force militaire. Domj^é&

par le fer , les vaincus ont , par le fer aussi , été maîa* tenus dans la servitude. Leurs maîtres n'ont pas daigné déguiser par d'ingénieuses fables, pu rendre respectable par des prétentions bien ou mal fondées, à une sagesse supérieure , lé principe de leur puissance. Les deux races se sont perpétuées y sans autre rela- , tion, pendant Icmg-temps, que l'asservissement d'une part, de l'autre l'oppressien. Jusqu'aux noms des vainquetirsrappelaientanzvaincusrenvahissementdeleurs propriétés dévastées, le massacre de leurs malbeurenx ancêtres, et l'humiliation, devenue leur étemel héritage ; ou si ces dominateurs orgueilleux substituaient à leurs appellations primitives et grossières dés noms indigènes et plus doux, c'étaient ceux des provinces qui leur étaient échues en partage : tout , en un mot,» depuis le quatrième jusqu'au quinzième siècle, a retracé à l'Europe conquise le fléau qu'elle avait reçu du nord/ L'espèce humaine a langui longrtemps avant de secouer cette flétrissure.. La supériorité des peuples anciens tient peut-être à cette cause. Ils marchaient, exempts de toute domination , ,sur une terre que n'avait foulée le pied superbe d'aucun vainqueur : les modernes ont erré sur un sol conquis ; et la race dépossédée a transmis aux races, héritières de son esclar vage, la haine de ses tyrans et la, mémoire de ses injures. Lés Romains, dans leurs citoyens illoscres, reconnaissaimt les descendans des fondateurs de leurs institutions les plusi, chères : les Français, dans leurs

( 109 ) tlucs de Nonnandie, dans leurs comtes de Guyenne et de Périgord , ne poayaient envisager que les lëga~ taires avides d'avides usurpateurs. -

De là ces lois atroces qui souillent les codes de la plupart des républiques du moyen âge, lois que la Convention semblait avoir empruntées de cette époque , pour en faire le ressort principal de son abominable gouvernement révolutionnaire ; de là ces anathèmes contre la noblesse , prononcés sous di<^ verses formes par Macbiàvel, parMably,,et par l'énergique auteur de la, brochure Qu'est-ce que le tiers ? de là l'effet électrique de «ette brochure dans toute la France, qui la considéra pour ainsi dire comme la révélation, de la pensée comniune, et parut n'avoir eu besoin que de connaître l'ennemi pour le terrasser. .

: Certes , en rappelant ces faits , je suis loin d'en conclure qu'on ait eu raison de confondre les nobles du dix-huitième siècle avec les conquérans du cinquième, et môme, avec les .barons féodaux qui, durant huit cents ans , ébranlèrent les trônes et oppri-' mènent les peuples. J'établis seulement que les souvenirs de la conquête et de l'oppression qui s'en ^tait suivie, avaient Jaissé dans les esprits des traces profondes, et que c'est à cette cause qu'il faut attribuer en grande partie l'orage qui éclata en France contre la noblesse lors de la révolution , bien que jamais peut-ôtre, depuis le commencement de la mo-

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