QUATRIÈME NOTE
Page 4- ^^^ <^ Ce sont elles ( les chambres ) qpî* « l'ont contraint d'abdiquer. »
J'ai parlé dans la note précédente de la conduite de la chambre des représentant relativement à l'abdication de Bonaparte ; je me propose de consigner ici quelques détails qui concernent Napoléoa lui-même. Ces détails me semblent devoir inspirer assez d'intért't : la lutte d'un homme tel que lui contre une destinée à laquelle il n'avait plus, les moyens d'échapper, sera toujours un spectacle imposant et instructif.
On sait qu'après la perte de la bataille de Waterloo il quitta son armée pour se rendre à t^aris. Ce départ, qui compléta sa ruine, en changeant, en déroute sans ressource ce qui n'était qu'un revers, fut une conséquence de la disposition qui s'était manifestée dans les chambres. La répugnance qu'elles
(.30 STaient témoignée à s'unir à loi ayant qn'ancnné infortune l'cât frappé, hii annonçait clairement qn^ la première approcbe de ladversîté elles se hâte» raient de séparer lenr canse et celle de la France de la sienne. Il cmt qne sa présence les arrêterait ; et son retour, si impolitiqne sons tont autre rapport, est expliqué par cette espérance. L'événement a prouvé qu'elle était trompeuse , mais le sentiment qni l^ndiqaait à Boiiaparte comme la seule chance encore favorable, n'en était pas moins juste*
Ea effet, k peine la nouvelle de son désastre avait* elle atteint les barrières de la capitale, que Tidée de l'abandonner traversa tous les esprits. Soutenir la guerre contre toute l'Europe pour ne pas sacrifier un seul homme, semblait une pensée absurde ou coupable; et nul ne se disait que repousser cet homme dans cette circonstance, c'était sepri^^erd'un général ]ia)>ile, ppur avoir ensciite la même guerre à contiixt)er ou tQUtes les conditions d'une défaite à subir. Mais l'entraînement était universel. Non-seulement ceux que le 20 mars avait affligés, et qui ne s'y étaiçnt ré^igné^ que pour leur sûreté personnelle ou p^r des i^otifs patriotiques, mais ceux-là mêmes qui avfiient applaudi à cette journée , parce qu'elle dissi^ pait leurs craintes, vengeait leurs injures, apaisait leurs vanités, flattait leurs calculs d'ambition ou do fo^tQne, étaient tourmentés du besoin de déposet leur idole.
( »33 ) Quelques înstans ayant l'arrivée de Bonaparte h Paris , je vis entrer chez moi plusieurs des personnes que je croyais lui être le plus dévouées. Leur premier mot fut que l'empereur devait abdiquer. Elles 6'expliquèrent sur la nécessité d'une abdication avec d autant plus d'abandon et de confiance, que, té* moins de ma répugnance Igrs de son retour de L'ile d'Elbe , elles supposaient que je reviendrais facilement aux sentimens qui alors avaient motivé cette répugnance» Mais tout me parut être changé. Bonaparte , débarquant à Cannes, troublait un ordre constitutionnel qui, bien qu'imparfait ^ contenait pourtant de grands moyens d'amélioration. Il arrêtait sans doute la conspiration sourde et permanente des partisans de l'ancien régime ; maishous n'avions |ms besoin de lui pour venir à bout dé si faibles advej^fsaires ; nous pouvions nous passer de ce géatit qvi se précipitait idaiis nos rangs pour nous débarrasser de quelques p^^gméès. Sa présence était eUcmaftte , son secours inutile et dangereux , et la liberté aVajt -plus à craindre qu'à espérer d'ua tel auxiliair^^^. Après le malheur de Waterloo, ail co titrai re, l'Europe armée nojis entourait ; une révoldtidn iaté rièure, au milieu de l'achamiement d^ étrangers déjà triomphans , ne tendait qu'à nous enlevet nos dernières ressources. J'avais toujours prévu qu'il fi»n- ' drait un jùur lutter contre Boàaparie ^ che£ioiit»^uissanC d'une armée victorieuse > mais je né pouvais ,
('54) coneeroir qu'on exigeât son abdication , quand celle -armëe avaitbesoin de nous yoir onis pour se rallier, et de retrouver ce chef ponr yaincresons ses ordres. An reste, je n'eus guère le temps de développer mes craintes ou d'exposer mes doutes. Pendant qu'on s'évertuait à me prouver que Bonaparte ne pouvait plus gouverner la France, quelqu'un survint, qui nous apprit son retour à l'Elysée. Aussitôt les cou* spiratears en herbe farent saisis d'une soudaine épouvante. On eût dit que l'ancien prestige reparais* sait comme aux jours des victoires ; et cbacan me quitta , en me recommandant de ne pas révéler ses confidences prématurées.
Mais si rapproche de Bonaparte produisait en*^ eore une telle impression sur ceux qoi avaient eu 'long-temps auprès de lui l'attitade de l'obéissance, il n'en était pas ainsi de la nation. Surprise, fatiguée, mécontente, affermie dans ses défiances par la tri* bune et par les journaux, elle vit, d^ns l'arrivée subite du guerrier vaincu , la prolongation de la lutte, le renouvellement des efforts, les hasards d'une défense obstinée, les dangers, et peut-être les incom* modités d'un siège qui- interromprait lès spécula* lions et dérangerait les jouissances.
Or, dans notre élat de civilisation, ce qu'il y m de plus insupportable , c*est ce qui dérange.
Cette disposition générale, partagée par la grande majorité de la chambre des représentons ^ ne tarda
t '55 ) pas )i 66 manifester. 3i Bonaparte eût suivi fusqu^aa bout le projet dont son retour à Paris n'était que la première partie; si\ au lieu de se renfermer à FEIysée, et de rassembler autour de lui les conseils de rinccrtiiude et de l'effroi, il se fût présenté au milieu des mandataires de la nation , Un acte de cou* rage, de grands souvenirs, des périls imminens , auraient peut-être contrebalancé les seniimens hostiles. Mais, comme tous les hommes dont les forces morales commencent à s'épuiser , on le vit s'arrêter à moitié chemin. Il avait pris sur lui la défaveur d'avoir abandonné son armée ; il ne sut pas s'en relever en se montrant au peuple, et ses ennemis, s'apercevant qu'ils n'avaient rien à cedouter de sa présence, sen-> tirent bientôt que cette présence même était un tort de plus qu'ils pouvaient lui reprocher.
Les transactions publiques sont assez connues ^ je n'ai point à les rappeler ici ; et dans tout ce que jo vais dire , Napoléon m'occupera seul.
Ce fut vers sept heures du soir qu'il me fit appeler à l'Elysée. Les chambres avaient décrété leur permanence , et la proposition d'abdicatioit était déjà parvenue jusfju a lui. Je le trouvai sérieux , mais calme. Jô ne rendrai point un compte détaillé d'une conversation qui dura près de trois heures. Je ne me vanterai point, comme d'autres, de lui avoir dit sans ménagemeni la vérité dans son malheur : en fait de Iranchise^ ou de rudesse , il edi fallu, ce mè semble |
commencerplns tAt. Je me bornerai à ezpocer lesim^ preMions qne je remarquai en Ini , et cellet qne M conrersation produisit sur moi.
Je ne me dëgnîsais point qn'nne penfiée pouTaît a'dtre naturellement pràentée à son esprit. Ceax qui I avaient pressé de convoquer une assemblée représentative semblaient, d'après les résuluu, n avoir vonlu que lui tendre nn piège. On a vu combien ces soupçons étaient injustes ; mais, dans les circon-^ stances où nous nous trouvions , ils n'en rendaient pas moins ma position pénible. Je prévoyais qu'il me parlerait de l'abdication qu'on exigeait de lui. Or, autant avant son arrivée et avant la démarche de la chambre des représentans, j'avais considéré cette abdication comme funeste , autant elle me semblait devenue inévitable. Le matin, je l'avais combattue comme le projet pusillanime de quelques serviteurs impatiens de jeter loin* d'eux l'importune solidarité d'un malheur sans espoir -, mais , proposée publiquement , oâerte au peuple comme une ressource 5 Are , elle avait déjà produit sou effet. Déjà la France était divisée -, et puisqu'ou ne pouvait la conserver unie sous Napoléon, il fallait tâcher de la réunir sous le drapeau de l'indépendance nationale.
Néanmoins, en présentant à Bonaparte les motifs qui rendaient son abdication indispensable, je justi* fiais en quelque sorte sa défiance; j'avais l'apparence de le pousser au dernier pas qui restait à faire poiiç
fickever Tûavrage des chambres , dont j'avais sollicité si vivement la convôcatioa immédiate. En second lieu, si, dans Fîntërét de la France, il fallait con-* deiller à Bonaparte cette abdication , eh était-il de même dans son intérêt? S^il descendait du trône , où était son asile ? Les promesses de ceux qai l'abandon-» paient me satisfaisaient peu. Les mieux intentionnés aimaient à se faire illusion , parce que cette illusion leur était commodct Impatiens d'atteindre leur but présent, ils arrangeaient l'avenir dô leur victime de manière à tranquilliser leur délicatesse, se préparant, si cet avenir était autre, à regretter de à'âtre trompés ; •mais il était bien clair qil^ils lié pbtîrraîent protéger contre l'Europe celui qu'ils désarmaient ; et bien que Bonapartç dût prévoir sa situation future mieux que personne, né la lui eipôsér qu'incomplètement était une sorte de mauvaise foi dont je txé voulais pas me rendre coupable.
Il ne tarda pas à mé soulager dé cfelté |)érpîexîté douloureuse. En répondant à mes premières paroles sur le désastre àè Waterloo , « tl ne â'agit pas à » présent de moi , me dît-il , il s'agit de la France, » .On veut que j'abdique ! A-t*on calculé les suites» )) inévitables de éette abdication ? C'est autour cte » moi , autour de mon nom, que se groupe l'armée t » mVnreVér à elle, c'est la dSssôùclré. !Si j'abdioue xr iaujôurd'buî , vous n*aùrez plus d'âtfméé dans fleilx » jours,.,.. Cette armée ti'entend pas toutes vos
» subiîlités. Croît-on que des axiomes métaphy* » siqaes, des déclarations de droits, des discours d& » tribune, arrêteront une débandade?... Me repous- » ser quandje débarqiiaîsà Cannes, je Taurais conçu; » m abandonner aujourd'hui , je ne le conçois pas.... » Ce n'est pas quand les ennemis sont à aS iicues » qu'on renverse un gouvernement avec impunité. » Pense-t-on que des phrases donneront le change » aux étrangers? Si on m'eiit renversé il y a quinze » jours, c'eût été du courage.... mais je fais partie » maintenant de ce que Télranger attaque , je fai» » donc partie de ce que la France doit défendre... Eu » me livrant, elle se livre elle-mt^rae, elle avoue sa » faiblesse, elle se reconnaît vaincue, elle encou- » rage l'audace du vainqueur. , . Ce n'est pas la li- » berié qui nje dépose , c'est Waterloo , c'est la peur, » une peur dont vos ennemis profileront.
» Et quel est donc le titre de la chambre pour me » derpander mon abdication? Elle sort de sa sphère » légale', elle ua plus de mission. Mon droit, mon » devoir, c'est de la dissoudre. »
Alors il parcourut rapidement les conséquences possibles de colle mesure. Séparé des chambres, il n'élait plus q«i'un chef militaire; toute la population paisible et industrieuse ne voyait plus en lui un pouvoir consliiutionncl : .mais l'armée lui restait, l*armée , que Taspect de l'étendard étranger rallie toujours autourrdç quiconque veut.Tabattre. En sup-
posaat inéme que celte armée éparse se dîvijsât, la portion qui lui demeurerait fidèle pouvait se grossir de cet^e classe vëliémente et nombreuse , facile à soulever parce qu'elle est sans propriété , et facile k conduire parce qu'elle est sans lumières. Il n'y ayait point là de moyens d'organisation , mais il y avait beaucoup de moyens de résistance.
Comme si le hasard eût voulu fortifier Nopoléon dans le sentiment des ressources que lui promettait celte résolution désespérée, au moment où il comparait ^es forces avec ceiles de ses. adversaires, l'avenue de Marigny retentit des cris de i'îv0 Vem-» perewr. Une foule d'hommes , pour la plupart de lu classe indigente et laborieuse , se pressait dans cette avenue , saisie d'un enthousiasme en quelque sorte «auvage, et tentant d'escalader les murs de TElysée pour oiTrir à Napoléon 4e renlourer et de le défendre. Ces cris, poussés jadis au milieu des fêtes, au sein des triomphes , et se mêlant tout à coup à notre entretien sur l'abdication, formaient un contraste qui me pénétra d'une émotion profonde. Bonaparte promena quelque temps ses regards ^ur cette multitude passionnée. « Vous le voyez, me^ dit-il, )> ce ne sont pas là ceux que j'ai comblés d'hpnneurs o et de trésors. Que me doivent, ceux-ci? Jp les ai là trouvés, je lésai laissés. pauvres. L'instinct, de la 3» nécessité les éclaire, la voix du pays parle par ^ leur bouche*, et si je le veux, si je- le permets , la
» chambre rebelle, dans une beure elle n*existera
9 pla$ Mais la ?ie d'un homme ne vaut pas ce
» prix. Je ne suis pas teyenu de Tile d'Elbe pour que » Paris f&t inondé de sang. »
Maintenant qu'on ly réfléchisse. Dans la position de Bonaparte, les élemens de trouble, si déplorables par leurs effets généraux , ne pouvaieut que tourner à son avantage personnel. N'avait^il pas en ■perspective la captivité , peut-être la mort î II sortait des routes de la civilisation : mais, faute d en sortir, il voyait l'abîme s'ouvrir sous ses pas. Une démagogie effrénée , qu'il eût rassasiée de la spoliation des propriétaires et de la proscription des classes supérieures, était sa terrible mais unique ressource. Il eût pu être encore le Marins de la France , et la France fût devenue certainement le tombeau des nobles^ et peut-être ie tombeau des étrangers. Ce fut avee horrettr et avec dégoût qu'il repoussa cette ^ pensée. Il préféra sa perte ar une chance de salut telleTnêni odieuse. Il j a dans ce choix quelque' mérite.
Et qa'on ne se targue pas ici d'un héroïsme qui n'a jamais été mis à aucune épreuve. BonapaHe , voué par l'Europe à la vindicte publique , avait tout à redouter pour ^a Hbérfé et pour sa vie. Or com*. bien d'homtnes, pour conserver l'une ou l'antre, ont trahi l'àmitié^ livré leur patrie! Combien se sont ' faits bourreaux pour n'êtiTe pas victimes l Celai ^ûî>
fort encore des débris d'une armëe invincible du*f rant 90 années , fort d'une multitude qu'électrisait son nom , qu'épouvantait le retour d'un gouvernement qu'elle croyait contre-révolutionnaire , et qui ne demandait pour se précipiter sur ses ennemis que le signal du soulèvement , a déposé le pouvoir plutôt que de le disputer parle massacre et la guerre civile > a , dans cette occasion , bien mérité de l'espèce bu-^ maine.
Ce n'est pas que je veuille attribuer sa détermination uniquement à des motifs aussi purs : tout est mélangé dans le cœur de l'homme *, la lassitude y contribua. Après ao années de la carrière la plus agitée qu'un mortel ait jamais été appelé à parcourir, cette lassitude était naturelle;, elle l'était sur* tout dans un bèmme qui, doué par la destinée de qualités prodigieuses, ^tait privé néanmoins de la plus précieuse de toutes les qualités , je veux dire de ce respect pour, la nature humaine qui, nous montrant dans le bonheur général un but plus élevé que nou^^mémee,' aou3 modère dans le succès et nous fortifie dans l'advéïsité. Lorsqu'on se fait un triste plaisir de mépriser ses semblables , où finit , sans le savoir, par se désintéresser de soi. Bonaparte avait épuisé la coupe de l'adulation et celle de l'outrage ; toutes les passions ignobles s'étaient déployées devant lui , dans la nudité .de leur bassesse, de leur avidité, de leur peur, le saluant le front
» irais tout le monde , et , à force de dire , Voilà qu'il » arrive, on me donnerait la tentation d^irrirer. ••• 9 L'Amérique serait pins conTenable ; j' j ponnais
n vivre avec dignité • Mais, encore tine fois,
» qu'ai-je à. craindre en restant ? Quel souverain » pourrait , sans se nuire , me persécuter 7 J'ai rendn 9 à l'un la moitié de ses états : que de fois Vautre m'a » serré la main en m'appelant grand homme / et le 9 troisième peut-il trouver plaisir ou honneur dans » les humiliations de son gendre 7 Voudront-ils, à la » face de la terre, proclamer qu'ils n'ont agi qne de n peur?
» Au reste, je verrai; je ne veux point lutter par » la force ouverte. J'arrivais pour combiner nos der-*
n nières ressources : on ^l'abandonne on m'a*
n bandonne avec la même facilité avec laquelle on
» m'avait reçu! Eh bien! qu'on efface, s'il est
» possible , cette double tache de faiblesse et de » légèreté! qu'on la couvre au moins de quelque » lutte , de quelque gloire! qu'oii fasse pour la patrie
» ce qu'on ne veut plus faire pour moi • • Je ne
» l'espère point. Aujourd'hui ceux qi;i livrent Bona-^ » parte disent que c'est pour sauver la France : de- » main, en livrant la France, ils prouveront qu'ils » n'ont voulu sauver que leurs têtes. »
On conçoit aisément que je ne tr9nsçris ces paroles de Bonaparte qu'en ma qualité d'historien , et sans adopter en totalité le jugement qu'elles contiennent.
( *45 ) Ce jugement n'est applicable qu'à cent des auteurs ou des promoteurs de son abdfcation qui n'y cber«cbèrent qu'un moyen de sûreté pour eux-mêmes* Ceux-là, sans doute , n'ont guère le droit de réclamer contre un certain degré de n>épri8. Il faut seulement, avant de verser ce mépris sur eux , ne pas se dégui-^ 6er qu'il atteitidra beaucoup de monde. A notre époque ayancée de la civilisation, cbacun pouvant arranger à son gré sa vie indépendamment des évè^ nemens , l'ordre social n'étant plus intimement lié aux formes politiques, les calamités générales ne bouleversant plus de fond en comble les existences privées, il reste aux individus , quels que soient les malheurs publics , tant de jouissances personnelles , que le sacrifice de ces jouissances est presqu'audessus des forces humaines. En CQuséquence , à peu d'exceptions près , le premier mouvement de U masse des hommes est de couper toute commua nication et^Ue eux et le malheur.
Cependant, comme Tégoïsme sent le besoin de prendre pour étendard un principe , on a inventé ^ ou , pour mieux dire , on a emprunté de l'antiquité une rédaction, qui, chez les anciènà, servait à l'héroisme, et qui de nos jours sert à la bassesse» On abandonne celui qu'on avait volontairement choisi pour maître-, on trahit l'allié qu'on a peut-être, avant l'instant du péril, encouragé à se compromettre^ et l'on en est quitte pour dire qu'il faut
( .46 ) i'occaper des choses et non des personnes , et qa'on ne doit pas balancer entre un homme et la patrie; mot sublime quand il s'agît de soi, mais beaucoup moins noble quand il s'agît d'un autre. Chacun apprécie ce raisonnement.; mais comme chacun l'emploie à son tour, personne ne le ré«> fute; la \ictime tombe, et l'inilifierence couvre le tout par l'oubli.
Au reste, défendre les hommes qui ont abandonné Bonaparte danq son adversité, après lavoir servi avec un zèle sans bornes dans tous Ita abas de sa puissance , n'est pas mon affaire : je laisse pour ce qu'ils valent , ces cou):tisans qui ont désiré son abdication par poltronnerie , et son retour par Va* nité, gens dévoués de droit au ponv<>ir, et, pour ainsi dire, inféodés au succès.
Ce qui m'importe , c'est de déclarer que ceux qui ont agi dans l'intîme conviction que tout gou* vemement dirigé par Bonaparte serait incompati-^ ble avec les principes qui font le bonheur de- lespèoe humain^', s'ils n'ont pas connu la position des choses, et se sont écartés d«8 règles de la prudence, ne l!ont point fait pour sauver leurs têtes , car ce sont ces mêmes hommes qui , plus d'une fois , ont risqué leur vie pou^r l'honneur et pour la liberté de la France.
Reiraçone-nons la marche suivie par cet homme doué de tant de forces, et dépositaire de tant d'espé-
( '47 ) ranceS) et nous pardonnerons facilement aux auteursjdela révolution^ nationale de 1789 de i^'avôîr pu oublier le mouvement rétrograde que son bras de fer avait imprimé à la France et à TEurope. Les garanties accordées de fait à des intérêts purement matériels ne leur paraissaient que des moyens habiles ^ et par là même d'autant plus funestes > de détacher la masse des citoyens des intérêts moraux ^ qui seuls méritent le culte des âmes élevées , parce que seuls ils contiennent les germes du véritable perfectitmnement. Ils n'ont pas senti qu'en renver- «act Bonaparte , ce n'était plus le despote ou le conquérant qu'ils renversaient , c'était le défenseur obligé des principes que précédemment il avait travaillé à étouffer; ils n'ont pas senti qu'il fallait comparer les dangers , et peser les défiances, 0t qu'assurément les poids opposés de la balance n'étaient pas égaux : mais si cette erreur trop naturelle â eu pour leur pays , comme pour eux-mêmes , des suites momentanément terribles, avec quel zèle, dès iBl6, n'ont-ils pas lutté et pour la liberté intérieure et pour rindépendance extérieure ? Quelles séduc- v lions n ont-ils pas repoussées 7 quels périls n'ont-ils pas bravés ? Dans le moment où je trace ces lignes , leurs noms sont inscrits en lettres de sang sur les listes de la contre-révolution menaçante. C'est un éclatant homm:age à la pureté de leurs vues *, et devant cet hommage que leur rend chaque jour la
(148) haine achamée de nos ennemis, tous les sonpçons doivent se dissiper, tous les souvenirs doivent dis* paraître.
J'ai tâché de rapporter , aussi fidèlement que ma mémoire et nos circonstances actuelles me le permet'taîent, les principaux détails d'une conversation bien plus étendue et bien plus variée. Ma conviction fut, en quittant Bonaparte, que, s'il abdiquait, ce qui me semblait probable, malgré des vaciyations fréquentes , cette démarche ne serait due ni aux conseils des amis timides, ni aux menaces des ennemis acharnés, mais à sa répugnance pour des moyens extrêmes , et plus encore , comme je l'ai dit , à un sentiment intérieur d'épuisement et de lassitude. J'aurais pu m'attribuer , ainsi que bien d'autres, une part du mérite de cette abdication; cardes entretiens tété à tête se racontent comme l'on veut : mais Bonaparte seul, et ses souvenirs et ses dégoûts, et ses regrets peut-être d'avoir tant abusé d'un sort sans exemple , et sa surprise d'avoir mal connu une espèce si long-temps docile , qu'il s'était cru sûr de dominer toujours en la méprisant -, telles furent , dans ;nion opinion, les causes de eet abandon de luimême qui, dans les premiers jours qui suivirent cette époque, lui sembla, en quelque sorte, du soulagement et du repos. Qu'il ait ensuite par intervalles repris la pensée de ressaisir le pouvoir ] qu'il ait accueilli plus d'une fois l'espoir que, dans un tel
orage , la naiîon et Tarniëe le rappelleraient ; que rîdée de conduire de nouTeau à la victoire, contre des étrangers arrogans, des compagnons fidèles , ait fart battre son cœur et bouillonner son sang dans ses veines , rien de plus vraisemblable : mais au moment ou il signait son abdication, c'était de fatigue, et c'était franchement. J'ignore si les faits que je viens de retracer exciteront le courroux de ceux qui font de l'histoire un de leurs moyens pour atteindre leur but : ce n'est pas ainsi que je sais l'écrire. Je n'ai voulu ni flatter ni déprécier un homme auquel notre époque doit presque également ses malheurs et ses progrès ; mais je ne me suis pas senti disposé à me jeter dans la foule ignoble de ces dénonciateurs des morts , reptiles qui se traînent sur des cendres pour y répandre leurs poisons. Je me suis dit toujours qu'insulter à la mémoire de Bonaparte, en lui refusant des facultés immenses , et même souvent des senti mens humains, c'était mentir à sa conscience , ou se montrer stupide : mais, d'une autre part , vouloir attirer un intérêt sans mélange, se livrer à un enthousiasme sans restriction, sur une tombe dépositaire de tant de leçons diverses, bonnes comme exemples, et non comme modèles , c'est ne pas bien servir la cause de l'humanité.
Napoléon fut grand; mais son système était vicieux et funeste : et tant que nous en subirons les tristes conséquences, tant que les gouvernemens
qui Font proscrit et ceax qui Font remplacé se constitueiont les contraoatenrs de ce qa'il avait d'arbitraire et d absola , fe penserai , biea qa'a- ▼ec regret, qoe tout bommage renda à llioiiime doit être accompagné de la réprobation dn système.
Si le lecteur avait sons les jeux ce qae j'écrivais snr Bonaparte a noe époque où )e ne le connaissais guère que par les douleurs de mes amis les pins cbers, et par un exil volontaire bors de cette France qu'il avait fermée aux objets de mes affections ks plus profondes, il verrait que mon opinion, plus sévère sans doute dans les expressions , était néanmoins peu différente de celle que je consigne au-* jourd'hui: dans cet ouvrage : alors , comme à présent, j'accusais moins l'bomme que le siècle , ses flatteurs et la. corruption d'une eîvilisation vieille et pervertie.
^ IfOrsqne, dtsais-je, arrivé solitaire, dans le dé- » nnement et l'obscurité, jusqua Tàge de vingtn quatre.ans, II promenait ses regards autour de lui^ 9 pourquoi lui montrions-nous un paya où toute idée » religieuse était un objet d'ironie ? Lorsque! écou- 9 tait ce qui se professait dans nos cercles > pour* 9 quoi de graves penseurs dîsaient-i^Is quç Vbomme 1» n'avaii de mobile que son intérêt? S'il a détnélé » facilement qoe toutes, les interprétatio^us) subtiles a peur le^uelles, on veut éluder le^ résultats après
n arolr proctame le principe, étai^Ri illosoire^^ » c'est que soa instinct étsôt bAx et son cMp d'œil >i rapide. » ..... S'il n'y a que de Tint^eH dana I» n co^ur de riiomme , il: suIKt à la tjranniede l'efj» frayer ou de le séduire pour le ^miner. ÏS'il n'y a 3» que de l'intérêt dans le ccêur de Tbomme , il ii*est » poiiU vrai que la morale , c'est-à-dire l'élévatioii ^ » la noblesse , i^ résistance k l'injustice , soient d'ac- » çord aveç: rintérêt biea entendu. L'intérêt bien 3* eutendtt n'est dans ce cas y tu la certitude de 1a » moc(, autre chose que la i^uisBance combinée « vi» » la possibilité d'u^ vie plus ou looins longue^ ave» » la p^dence qui donne aux îauissances une cer- 3» taina durée. Enfia lorsqu'au milieu de U France u déchirée , fatiguée de souffrir et de se plaindre, M et ne den>audani qu'un chef, il s-'est offert pour u être ce chef, pourquoi la multitude s'est<-elle em- » pressée à sollicûtev de lui l'eselavage? Quand 1» » foule se complaît a manifester du goiU pour la » servitude , elle serait par trop exigeante si elle » prétendait que son maître dût s'obstiner k lui don* » ner de la liberté.
)> Je le sais, la nation se calomniait elle-même, » ou se laissait calomnier par des interprètes infi- » dèles : malgré l'affectation misérable qui parodiait * » l'incrédulité , tout sentiment religieux n'était pas » détruit ; en dépit de la fatuité qui se disait égoïste , u l'égoïsme ne régnait pas seul : et quelles qve fus-
( «5:» ) » lenc les acclamations qai faisaient retentir les airs,' » le vœo national n'était pas la senrîtnde : mais Bo* n naparte a dA s'y tromper ; il a jogé la France d a-^ 3» près ses paroles , le monde d'après la France telle » 4{u'il l'imaginait. »
Ooi y je le pense. Jeté par la destinée dans lafonle, à travers laquelle son génie devait lui ouvrir nn passage , Bonaparte a été modifié par les élémens qui Font entouré des sa naissance: ces élémens étaient les débris d'une monarchie absolue, mise en fermentation par une révolution devenue tjranniqoe. La corruption, le mépris des hommes, le besoin da plaisir et des richesses, et, pour les conquérir, la flatterie , Tempressement à servir le despotisme ^ quand il était fort, tel fut le spectacle qui frappa les yeux du jeune ambitieux : ce fut avec ces élémens qu'il se construisit un système ; mais il valait mieux que ces élémens, il valait mieux que ce système, et c est pour n'avoir pas été ce qu'il pouvait , ce qu'il devait être, que nous l'avons vu tomber et périr. Le monde a été puni de Tavoir corrompu : il a été pun^ de s^être laissé corrompre.
Ci55') CINQUIÈME NOTE.
« Page 5. — Avec Pintervention étrangère , il » n'y a plus ni monarchie , ni république , ni suc-» » cession régulière , ni pacte social, ni liberté. »
Une des preuves les plus remarquables de l'aveuglement ou de la mauvaise foi de l'esprit départi, c'est la manière dont on a répété, durant sept années, que les plénipotentiaires français envoyés près des monarques réunis à Haguenau ,. avaient demandé à placer la couronne sur la tête d'un prince étranger.
Les conférences de ces plénipotentiaires ont été relatées avec tant de détail dans plusieurs ouvrages (i)qui ont paru depuis six ans, que je laisserai
(i) Voyez les lettres sur le retour de Napoléon , écrites en anglais par M. Hobbouse. Ces lettres^ pleines de traits spirituels et inspirées par un véritable amour pour la liberté , ne sont pas d'une exactitude complète dans ce qui a rapport à l'arrivée de Bonaparte , et aux évènemens antérieurs à la bataille de Waterloo. L'admiration de l'auteur anglais pour Bonaparte , qu'il ne considère que comme l'antagoniste du despotisme, le rend fréquenmient un Juge partial , et sa confiance dans le Moniteur donne à ses récits yn air officiel incompatible avec la vérité historique j mais
de côté les anecdotes et les particularités qoî ne tiennent pojot à la calomnie dont la xéfotairon est l'obiel de cette note ; mais j'affirmerai ici , de la manière 1» plas positive , et je proa Terni, par des faits et par des raisonnemens, cpe lorsqa'après les phrases d'étiquette et de couYenance qui précèdent tonte négo^ ciation , nous fûmes appelés à énoncer le motif de notre arrÎTée auprès des monarques qui marchaient contre la France , celui d'entre nous qui s'exprima le preniier et le pins explicitement sur cette question , écarta , dès son début ^ la pensée que nous proposions aux étrangers de disposer d'un trône qu'un
il parait avoir reçu des renseîgnemeiw fidèles sur les conférences d'Hagnenan : ce qu'il cite des discoun prononcés par les plénipotentiaires français est paifaitement conforme à ce que mes souvenirs me retracent, et j'ai retrouvé avec etonnenient» dans plusieurade ces discours , mes propres paroles et celles de mes collègues. Il a paru de plus à Paris en 1819 nne brochure înlitalée : JEsquisse^ historique et Fragmens inédits sur les Cent Jours. On s'aperçoit facilement qu'elle a été écrite d'après les Mémoires d'an témoin oculaire. Les faits y sont présentés avec scrupule et avec candeur. En rendant jastice au patriotisme et aux sentimens élevés qui caractérisent l'auteur ou les auteurs de cette brochure , je diffère d'eux essentiellement , comme on Ta vu, sur Futilité et les résultats de l'abdication; mais le tableau des conférences d'Haguenau ne laisserien à désirer.
Français seul peut occuper. « Nous ne voulons, dît » le général Sébastiani, que Tin dépendance et la » liberté de notre pays. Aucune question n'est pré- » jugée, aucun engagement n*est pris. La France , » qui vous voit en armes contre elle; la France, » dont vous avez promis de respecter le territoire et » les droits, demande, par notr?^ bouche, à savoir » quels moyens honorables s'offient encore pour » faire cesser les maux de la guerre. » ^
Telle fut la base de la négociation que nous cherchâmes à entamer ; négociation qui , malgré tous Jles obstacles, eût réussi peut-être sans l'opposition impérieuse du ministre anglais*
Si à pe ftiit positif on ajoute les considérations que devaient suggérer aux pléuipotentiaires les circonstanciés dans lesquelle;si il^se trouvaient placés, on verra qu'il leur était impossible de faire' spontanément une proposition, quelle quelle fût. L'Europe avait déclaré qu'elle ne voulait pas tolérer Bonaparte sur lé trône , les chambres françaises l'avaient renversé ; et cependant des armées formidables s'avançaient en ennemie^ dans l'intérieur du royaume; elles s^ayançaient, au mépris des. promesses solennelles réitérées dans les proclamations de tous les généraux, dans les déclarations de tous les cabinets i nous étions envoyés, pour nous enquérir de la cause de cett^ continuation d'hostilités, quand ces hostilités, n'avaient plus de but.
Les puissances ne cessaient de répeter qu'elles n'embrassaient point le parti du monarque que Bonaparte avait remplacé, et qu'elles nous laissaient parfaitement libres dans le choix de notre gouvernement. If en résultait que, d'après la doctrine pro* fessée alors par tous les cabinets de TEurope, nous avions le droit de régler la forme de notre organisation politique j et d'élire le dépositaire du pouvoir qu'aurait créé cette organisation; il eût été abject et insensé de nous en remettre sur ces deux points à des ennemis qui n'exigeaient pas que nous les prissions ainsi pour arbitres. Une telle demande n'aurait servi qu'à placer la France dans une position gratuitement et inutilement humiliante. Les Alliés ne s'étaient concertés que pour détruire. En nous montrant disposés à recevoir le maitre qu'ils voudraient nous imposer, nous aurions fait naître des prétentions qui auraient amené peut-être sur notre sol asservi et ravagé l'une de ces luttes si communes entre des confédérés après la victoire.
Lç nom d'un prince étranger ne fut pas prononcé. Des choses énergiques furent dites par chacun de nous sur les fautes qui avaient rendu le 20 mars inévitable : et si par hasard on objectait qu'il était fâcheux de dévoiler à de? yeux ennemis Timpérilie et les erreurs de notre gouvernement , nous répondrions que ce n'était pas notre volonté qui avait attiré ces ennemis au sein de la patrie, et que nou&
( i57 ) n'avions pas ëtë cberchér des Prussiens et dès Ccfsa-» ques pour leur faire cette coufideDce.
Il j a plus : ce sont les plénipotentiaires frati^is qui ont écarté la pensée de poser sur un front étran* ger la couronne de France -, et comme il ne faut pas manquer l'occasion de rendre justice à des hommes qui n'ont mérité qu'un seul éloge, je dirai que la répugnance qui était dans nos cœurs était aussi dans les intentions du gouvernement provisoire qui nous envoyait. Dans une réunion qui eut lieu aux Tuileries la veille de notre départ , quelqu'un parla de la possibilité d'une régence étrangère, ou mi-partie, dans l'hypothèse de la reconnaissance de Napoléon IL Le repoussement fut unanime, et les quatre membres du gouvernement qui assistèrent à cette réunion (le duc d'Otrante, suivant son habitude, était auprès du général Wellington ) déclarèrent qu'il valait mieux périr qu'accepter une condition pareille. Je n'attache pas beaucoup d'importance à cette déclaration : je ne sais que trop qu'on ne périt pas , ou du moins que si l'on p^rit, ce n'est pas d'ordinaire à force de courage ; mais je rappelle ce fait comme preuve qu'on n'était pas disposé à solliciter ce qu'on repoussait avec ^nt de force*
Je viens de dire que ce furent les plénipotentiaires français qui écartèrent l'idée d'un prince pris hors de France. En effet , bien que , dans les conférences mêmes, cette question n'ait jamais été traitée , les
alliances et fes garanties diplomatiques, pbcerait cette belle France dans nn rang secondaire. Il ne fiint pas qu'elle deTÎenne U snccnrsale d'un antre empire» comme la Pologne, la Lombardie et les Pajs-Bas. Tonte intervention étrangère entraine des suites qu'on ne peut calculer, et présente des chances dont aucune n'est £ivorabIe à la liberté. Une dynastie sans racines nationales, qui n'aurait de force queceUe qu'elle emprunterait momentanément du parti qui l'aurait appelée , ce parti fàt-il même le plus nombreux et le plus populaire , aurait à prendre pour sa sûreté les mâmes précautions qu'un gouvernement indigène qui serait contraire aux intérêts et aux vœux delà natioo* Les querelles des jacobites et leurs menées sourdes ont nui durant cinquante années à la liberté de >][' Angleterre > après la révolution de 1688.
D'ailleurs , une considérapon m'a toujours frappé, et me semble décisive. L'établissement d'un prince étranger sur le trêae de France nç s'opérerait pas , je le suppose, du consentement de tous ceux auxquels les principes consacrés par la politique européenne confèrent sur ce trône des droits plus ou moins directs. Or, s'il arrivait que l'un d'entre eux , courageux, populaire , prêt à donner à la liberté des garanties , levât contre l'étendard étranger le drapeau français ; si une portion de Français se rassemblait sous ses bannières, je ne conçois guère, je l'avoue , comment des Français se battraient pour un Au-
trichien ou pour un Russe contre des Français.
Toutes ces questions sont délicates, aussi je ne les aborde point pour les approfondir. J'indique les causes qui auraient détourne les plénipotentiaires français, non-seulement de faire, mais encore d'accepter la proposition qu'on leur impute on qu'on leur reproche.
Maintenant, qu'il me soit permis de faire ressortir la bizarrerie de cette accusation placée dans la bouche de ceux qui la dirigent contre nous avec une obstination qui se joue des preuves et résiste à l'évidence. Quels sont donc ces hommes qui se prétendent si révoltés de la seule pensée d'une domination étrangère, à laquelle aucun de nous n'a jamais songé ? Ce sont * ceux qui, pendant un quart de siècle, ont sollicité rélranger d'envahir la France, ceux qui ont salué de leurs acclamations l'aigle autrichien ne flottant à Valenciennes , et le léopard britannique arboré à Toulon. Qu'ils veulent bien faire un retour sur eux» mêmes, ils verront que les amis de l'étranger ne sont que "dans leurs rangs : leis hommes sortis des nôtres ont porté ses fers , et jamais ses couleurs. Noos avons peuplé ses cachots : nos ennemis ont peuplé ses anti^ chambres.