‹ Mémoires sur les cent jours: en forme de lettresChapitre 26 sur 30 · SIXIÈME NOTE · texte numérisé non relu

SIXIÈME NOTE

Page i5. — • « Plus d'une fois je n'avais traverse )) l'Europe qu'avec inquiétude et péril. Les y> royaumes semblaient tenus à bail de sa volonté » (de Napoléon) , et leurs chefs s'empressaient de :» repousser de leurs domaines asservis tous ceux » qui pouvaient l'alarmer ou lui déplaire, »

La conduite de l'Europe durant les douze années du règne dé Napoléon , est et sera bonne k rappeler aussi long - temps que les gouvernemens européens voudront marcher dans les erremens de rhomme auquel ils ont obéi ^ qu'ils oiit renrersé, et qu'ils imitent.

Il est certain que depuis 1801 jutqu'en 1812 , si Ton excepte les courtes époques des guerres tentées par la Prusse et par l'Autriche, et terminées par la bataille de léna et celle d'Âusterlits, îl ny aurait pas eu, sur notre continent, un asile pout Thomme que Bonaparte aurait voulu poursuivre de sa ven-r geance. Je me souviens que, traversant TAlIeniagne , de Leipsick à Schaffhouse, en i8o4> lors du procès du général Moreau, je fus arrêté à' chaque pas par des autorités germaniques très désireuses de trouver en moi de quoi offrir a l'homme du destin une preuve de zèle et un hommage de soumission^ J'é-

(i65) prouverais peut-être la même iaquîsition aujour-d'hui , par le même motif couvert d un aiïtre prétexte.

Heureusement Bonaparte , dont le diëfaut était ie ne. considérer les hommes que comme des moyens ou des obstacles y n'étendait jamais sa persécution au-delà du cercle dans lequel un individu lui semblait dangetreux. Il avait mêm^ soin de protéger hors de France ceux qu'il empêchait d'y séjourner.

Lorsque M'"'^ de Staël > si cruellement et si obstinément exilée par lui, voyageait en Italie, quelqu'un demanda à Napoléon ce qu'il ferait si quelque prince de cette contrée faisait arrêter cette illustre proscrite, à cause des opinions libérales qui lui attiraient la défaveur du gouvernement français ? « Si on arrêtait M°^ de, Staël hotiS de France , ré- )» pondit-il , j'enverrais vingt mille hommes poiir )> la délivrer. » Il y avait quelque- grandeur à sentir que la qualité de Français donnait un titre à la protection française, indépendamment de toutes les opinions > ^t que le pouvoir m^mc qui sévissait injustement contre un ennemi , devait au moins avoir assez de noblesse pour ne pas permettre k l'obséquiosité étrangère de servir ou d'exagérer son injustice. : :..'... •

Ce sentiment dirigea Bonaparte dèsT l'^éntrée de sa carrière. On se rappelle que l'une des premières conditions qu'il imposa à l'Autriche , lorsqu'il ne-

tait encore que général dune année, fut la délivrance de M. de La Fayette et des autres prisonniers d'OImutz ; il prescrivit cette clause à l'ennemi vaincu , sans y avoir été autorisé par le directoire , qui n'osa pas le désavouer.

Poursuivre des sujets fugitifs pour causes politiques hors de son territoire y à moins qu'ils ne soient en armes sur les frontières, est l'acte le plus arbitraire dont une autorité puisse se souiller; c'est . se proclamer à la fois faible et implacable , c'est abjurer tout sentiment de nationalité , c'est implorer une bassesse en échange d'autres bassesses explicitement ou tapitement promises, c'est faire de la diplomatie une succursale de la police.

Quant aux écrivains ou aux factions qui exhortent les gouvememens à agir ainsi, il faut avouer que, sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, leur mémoire est courte.. Durant trente ans> on les a vus réclamer la sainteté du droit d'asile ; durant trente ans, on a entendu leurs protestations contre la violation de ions les principes , quand l'hospitalité leur a été refusée/^ leurs reproches au directoire français sur ses craintes puériles , ne» persécutions inquisitoriales, BeB réquisitions abjectes. Grâces leur soient rendues : les trouvant de la sorte condamnés d'avance par leurs propres arrêts , nous pouvons nous épargner la peine de les juger et de les flétrir .autrement qu^e par leurs propres paroles.

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