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SUR LE BOTHRIOCEPHALUS LATUS

La formation et l’évolution des organes chez le Bothriocépale large, n’ont pas été étudiées; nous groupons sous un même chapitre, tous les faits que nous avons observés à cet égard et pour lesquels nous n’aurons à discuter aucune opinion contradictoire. Nous exposerons ensuite l’histoire des différents organes de cet animal.

Les anneaux les plus jeunes que nous ayons observés, chez cette espèce, avaient un demi-centimètre de largeur (1). Gomme on peut s’y attendre, après ce que nous avons vu chez le Leuckartia, VAbothrium et la Ligule, les anneaux très jeunes du Bothriocéphale sont formés par un réticulum de fibres, dans lesquelles sont intercalées de très nombreuses cellules embryonnaires bi- ou pluripolaires. C’est un stade par lequel passent tous les anneaux, avant de différencier des organes.

L’apparition des rudiments coïncide avec l’élargissement des anrmeaux. L’anneau déjà très aplati, dont j’ai représenté une portion PL VIII, fig. 4 a eu d’abord la forme marquée par la figure PI. VIII fig. 5.

On voit que, si la hauteur de la zone centrale a proportionnellement très pe.u changé, il en est tout autrement de sa largeur.

Rudiments — La première différentiation que nous ayons observée est

(1) A ce propos, disons une fois pour toutes, que nous n’accordons pas une bien grande importance à la dimension des anneaux, et que nous ne croyons pas à un rapport constant entre la situation numérique d’un anneau sut- la chaîne et le degré de son développement. La forme des anneaux est à peu près le seul guide dans la recherche d’un stade déterminé.

représentée, fig. 4 PL VIII (I). On voit au centre de l’anneau un très grand nombre de cellules fusiformes, serrées en un amas ovoïde, qui se colorent très vivement par les réactifs. Au milieu de ces éléments disposés dans le sens vertical, on en distingue d’autres, distribués horizontalement, et qui, en coupe, paraissent arrondis. Cette masse ovoïde est épaisse, elle représente le rudiment des organes génitaux. A la partie inférieure de l’anneau, contre la zone musculaire circulaire, on remarque une traînée celluleuse, bien caractérisée par des éléments beaucoup plus volumineux que toutes les autres cellules de la zone centrale. Ces cellules sont pourvues d’un noyau très net, d’un nucléole , elles sont chargées de granulations vitellines et se colorent vivement par les réactifs. C’est le rudiment de la partie principale de l’ovaire.

Le Bothriocéphale large montre admirablement que les ovules naissent aux dépens du tissu de la zone centrale, et la coupe que nous décrivons fait voir leur identité primitive avec les autres cellules embryonnaires.

Lorsque le rudiment de l’ovaire est complètement développé, on peut remarquer que le point où il se termine à droite et à gauche est à peu près le même que celui où commençent les follicules testiculaires. Ce fait, joint à ce que Panneau perd beaucoup de sa hauteur au point où se termine l’ovaire, pourrait faire croire que les deux rudiments se raccordent et ne forment plus qu’une bande continue, relevée à leur point de rencontre ; quand la différentiation est effectuée, les deux séries de produits chevauchent un peu l’une sur l’autre.

On peut étudier avec la plus grande facilité les vitellogènes du Bothriocéphale large : c’est même un des Cestodes chez lequel l’évolution de ces produits se laisse voir avec le plus de netteté. Nous avons voulu montrer, par deux dessins, les stades principaux de leur développement. Un anneau du même âge que celui dont nous venons d’étudier les rudiments génitaux, offre dans la zone intermédiaire, en ce moment peu développée, c’est-à-dire dans l’espace situé entre la couche musculaire longitudinale et la couche des cellules musculaires sous-cuticulaires , des cellules très grandes , ayant les caractères d’ovules, nucléées , pourvues d’un nucléole et chargées 'de granulations vitellines nombreuses. Ces cellules, dont les prolongements se continuent avec les éléments des tissus au sein desquels elles se sont déve-

(1) Une erreur de gravure a renversé ce dessin , la partie supérieure correspond à la face ventrale du Bothriocéphale.

loppées, sont rapprochées quoique très distinctes les unes des autres. C’est le stade que représente, à 400 diamètres, la fig. 4 PL IX.

A un stade ultérieur, lorsque l’augmentation en volume de l’anneau, corrélative de la transformation en fibrilles conjonctives d’une partie des cellules , s’est effectuée, les éléments qui doivent former les matières vitellines augmentent beaucoup en volume, en même temps que leurs granulations se multiplient et deviennent plus grosses. Certaines d’entre elles évoluent isolément, mais la plupart se groupent en follicules. Les éléments de la zone intermédiaire qui ne deviennent pas des cellules vitellogènes, subissent la transformation hbrillaire, ou deviennent des cellules fusiformes. La fig. 5, PL IX, montre toutes ces modifications : on y retrouve des cellules avec la taille et la forme qu’elles avaient dans la coupe d’un anneau plus jeune (Pl. IX, fig. 4), d’autres sont devenues fusiformes et plus ou moins allongées, d’autres enfin ont formé des follicules vitellogènes, amas de cellules polyédriques, intimement unies aux tissus. Les follicules vitellogènes, on le voit, ne sont aucunement des glandes pourvues de parois propres et d’un canal excréteur.

En même temps que se passaient ces phénomènes, la zone intermédiaire subissait un agrandissement considérable , dont on peut se rendre compte , en comparantla fig. 4 PL IX, avec la Pl. IX, fig. 5). Dans cette dernière figure . cette zone n’a pu être représentée toute entière, et il faudrait , pour atteindre les premières fibres musculaires longitudinales, la prolonger d’une longueur égale à la moitié des follicules vitellogènes.

Organes développés.

Je n’insiste pas davantage sur la structure et le premier développement des cellules embryonnaires, qui ne m’ont guère présenté d’autre particularité. Je passe à l’étude des organes développés; il est nécessaire de les connaître avant de chercher comment se fait l’évolution des produits dont nous avons vu naître les rudiments.

Tissu fondamental. — La division du corps des Cestodes en plusieurs zones, telle que nous l’avons établie pour la commodité de l’exposition n’a pour nous aucun sens morphologique. En réalité, les tissus se continuent d’une zone à l’autre, sans interruption, et il n’y a aucune démarcation à établir entre eux. De la cuticule dorsale à la cuticule ventrale, et du côté droit au

côté gauche, s’étend un même réticulum conjonctif, qui présente çà et là, en nombre variable, des noyaux de cellules fusiformes ou arrondies. C’est au milieu de ce tissu que sont plongés tous les organes dus au développement et à la prolifération des éléments du tissu cellulaire du réseau ; la cuticule et la couche qui la forme ont la même origine.

Ce sont là des faits importants, que nous croyons avoir mis en lumière, et qu’il ne faut jamais perdre de vue dans l’étude des Cestodes. Pour ne pas avoir eu connaissance de la structure du tissu fondamental, l’on est arrivé à compliquer beaucoup et à rendre incompréhensible la structure histologique si simple de ces animaux. Nous avons déjà étudié chez plusieurs types, la formation et l’évolution des organes, et nous rencontrerons encore des phénomènes analogues au cours de ce travail ; nous n’insisterons donc pas sur ce point. Jetons seulement un coup d’œil sur la manière dont le tissu fondamental a été envisagé jusqu’ici, en laissant de côté les travaux qui, ne traitant pas la question histologique, sont faits à un point de vue différent du nôtre.

Pour Stieda, la substance fondamentale est une substance conjonctive cellulaire formée de cellules serrées les unes contre les autres, solidement soudées entre elles, et qu’on ne peut isoler. Parfois, dit-il, dans les préparations durcies par l’alcool , on trouve encore ces cellules bien conservées, mais, d’ordinaire, on ne voit plus que le noyau, plongé dans une substance fondamentale granuleuse. A la périphérie du corps, assez près de la cuticule, on trouve des noyaux particulièrement abondants, souvent serrés les uns contre les autres.

Pour Sommer et Landois, le tissu fondamental commence contre la zone sous-cuticulaire. Il est formé, disent ces auteurs de grosses cellules rondes ou ovales, extrêmement nombreuses et d’une substance intercellulaire très peu abondante. Le noyau de ces cellules est assez petit ; leur protoplasme a une consistance gélatineuse (gallertartig) et un aspect finement grenu. La substance intercellulaire a l’aspect des cellules; elle semble un produit de leur sécrétion; au point où cette substance fondamentale formée de gros éléments, passe aux tissus sous-cuti culaires, les cellules deviennent plus petites et leur noyau reste rarement net ; elles présentent l’aspect d’amas protoplasmiques ou gélatineux, arrondis et homogènes ; elles sont plongées dans une substance intercellulaire très peu abondante.

Nous avons reproduit une portion du dessin que Sommer et Landois consacrent à l’histologie du Botbriocépbale (PL VIII, fig. 1). Si, pour plus de netteté, nous faisons abstraction de la cuticule et des couches sous-cuticu-

laires et si, pour le moment, nous laissons de côté les fibres musculaires, il nous restera à considérer le tissu fondamental en lui-même , tel que Font vu les auteurs allemands. Un grand nombre des éléments figurés n’ont pas de noyau, et, sur d’autres, il est peu accentué ; de plus, le nucléole est absent: nous en pouvons conclure que les cellules vues pas Sommer et Landois étaient aussi peu caractérisées que possible. Ces éléments cellulaires dépourvus de tout prolongement, ne se rattachent à rien.

Nous avouons ne pas très bien comprendre comment des éléments peuvent vivre absolument isolés, au sein d’une masse aussi épaisse, et comment un animal tout entier peut être constitué par une masse compacte, analogue à celle que décrivent Sommer et Landois. Nous nous demandons quels sont les rapports des différents organes avec les tissus qui les séparent et quelle est la génèse de ce tissu fondamental. La manière de voir de ces auteurs est inspirée évidemment par des considérations sur le tissu cartilagineux d’animaux supérieurs ; mais toutes nos études sur les Gestodes nous mènent à des conclusions absolument différentes. Le dessin de Sommer et Landois, que nous avons reproduit, est en tous points inexact. On peut s’assurer, avec la plus grande facilité, que le tissu fondamental de Bothriocéphale ne diffère pas de celui des autres Gestodes et nous ne pouvons nous expliquer l’erreur dans laquelle sont tombés les savants allemands.

Le dessin que nous donnons fig. 6, PL IX représente une portion de la zone centrale de l’animal, prise dans un anneau très mûr. On voit que toutes les cellules sont transformées en réticulum, et les caractères du réseau conjonctif sont d’une netteté remarquable. Çà et là, des mailles arrondies, marquent des éléments encroûtés de calcaire qui se sont détachés comme les corps marqués cc\ d’autres mailles sont irrégulières. Il n’y a pas trace de substance intercellulaire. L’observation à l’aide des plus forts grossissements, confirme ce que nous venons de dire , et il n’est pas douteux, pour nous , que Sommer et Landois n’aient pris les mailles pour des cellules.

Nos études sur les anneaux jeunes, nous ont d’ailleurs constamment montré les mêmes faits , à cela près que les cellules embryonnaires sont plus nombreuses et moins rapprochées ; nos observations sur le tissu fondamental de ces anneaux sont en parfaite harmonie avec tout ce que nous savons sur l’histologie des Gestodes et sur le développement de leurs tissus.

Cuticule. — Stieda, à propos de la cuticule, dit simplement qu’elle forme une couche large et anhiste. Pour Sommer et Landois, la cuticule esf caracté-

risée principalement par les fibres qu’elle contient à son intérieur , par les canaux poreux qui la traversent, et par les fibres musculaires homogènes qui tapissent sa face interne.

D’après ces auteurs , les fibres qui existent dans la cuticule sont étendues dans le sens du large diamètre de l’anneau; elles forment une couche simple, serrée, et ne communiquent pas entre elles. Les canaux poreux qui traversent la cuticule , débouchent à la surface , en des points extrêmement serrés. Ces canaux semblent servir à l’émission de fibrilles protoplasmiques, granuleuses, extrêmement abondantes, et qui, parfois isolées, se groupent le plus souvent en faisceaux. Dans d’autres cas, ces fibrilles protoplasmiques sont tellement serrées les unes contre les autres sur de larges espaces , qu’elles donnent l’impression d’une couche granuleuse qui recouvrirait la cuticule. Sommer et Landois laissent en suspens la question de savoir si tous les canaux poreux servent uniquement au passage des fibrilles protoplasmiques , ou si une partie d’entre eux , servent à faire communiquer le système vasculaire plasmatique avec l’extérieur. Ces savants ne parlent pas de la formation de la cuticule. Ce que nous avons dit précédemment de cette formation chez la Ligule, nous dispense d’insister longtemps sur les nombreuses erreurs émises par Sommer et Landois. Comme nous l’avons fait voir , ce sont les couches sous-cuticulaires , qui fournissent la cuticule , non par sécrétion , mais par transformation directe. On rencontre des coupes où la cuticule présente en même temps des cellules fusiformes entières et des fibres, des corpuscules calcaires , en un mot , tous les éléments des couches sous-jacentes : c’est lorsque , pour une cause quelconque , ces éléments n’ont pas pris part au processus général de cuticularisation. Il n’est donc pas étonnant que Sommer et Landois y aient trouvé des fibres musculaires.

Nous nous sommes suffisamment expliqué au sujet des canaux poreux, à propos de la Ligule, pour que n’ayions plus à y revenir. Quant aux fibrilles protoplasmiques décrites par les auteurs allemands, ce sont tout simplement les cils cuticulaires. Sommer et Landois auraient dû se demander , d’où pouvaient provenir ces éléments , et se mettre ainsi en garde contre les apparences. Nous avons parlé à plusieurs reprises de ces cils cuticulaires à propos de la Ligule (PL YI , fig. 8), et à propos des Tétrarhvnques (1) ; ils sont très régulièrement développés en certains points des

(1) R. Moniez. Note sur l'histologie des Tétrarhynques. Bull, scientif. du Nord 1879, p.393

Hoek. Ueber den encystirlen Scolex von Tetrarhynchus. Niederlandisches Archiv. f. Zoologie, t. V.

anneaux du Tænia wimerosa (1), et nous les avons rencontrés assez souvent sur d’autres espèces encore (PL V, fig. 2).

Couches sous-cuiiculaires . — Les couches sous-cuticulaires du Botriocéphale , .nous ont paru d’une étude relativement facile. Immédiatement sous la cuticule, se trouve une couche peu épaisse, dans laquelle je n’ai distingué que des granulations serrées ; après viennent de très grandes cellules fusiformes, disposées sur plusieurs rangs. La couche la plus périphérique de ces cellules se perd dans la partie granuleuse immédiatement sous-cuticulaire. Les autres cellules diminuent de taille , et passent ainsi aux éléments de la zone intermédiaire (PL IX, fig. 4 et 5).

Les grosses cellules sous-cuticulaires du Bothriocéphale présentent à leur intérieur, une ou plusieurs séries de gros granules réfringents ; elles ont parfois conservé leur noyau. Ces éléments varient en dimensions , suivant leur état de développement, de contraction etc. Nous avons observé la même structure de la zone sous-cuticulaire chez la Ligule, et il ne parait pas douteux que des processus de cuticularisation soient les mêmes ici que dans cette dernière espèce. Tout cela ne concorde pas avec ce qu’ont décrit et figuré Sommer et Landois.

D’après ces auteurs, la couche celluleuse sous-jacente à la cuticule, donne l’impression d’une substance finement granuleuse « einer Molecular oder Punktmasse, mit zarter radiârer Streifung , » pourvue de nombreux noyaux finement grenus aussi. Les éléments de la couche sous-cuticulaire sont des cellules fusiformes , dirigées perpendiculairement à la face interne de la cuticule a la manière d’une couche celluleuse fondamentale, ou d’une couche matrice de la cuticule. Leur protoplasme, continuent-ils, manque de membrane, il est très mou et d’apparence granuleuse. Comme il est la plupart du temps soudé avec le corps des cellules voisines, les limites primitives de ces éléments échappent facilement et si , çà et là , de petits espaces semblent encore sous la dépendance d’un noyau , ailleurs on ne voit sur de grandes étendues , que de nombreux noyaux plongés au milieu d’une masse moléculaire grenue, non délimitée.

Pour compléter la description que nous venons d’analyser, nous renvoyons

(1) R. Moniez. Description du Tænia wimerosa. Bulletin scientif. du Nord, 1880, p. 240.

le lecteur au dessin que nous avons reproduit (PL VIII , fig. 1) et qui est extrait du mémoire de Sommer et Landois. Si ces auteurs n’ont pas vu les éléments sous-cuticulaires bien délimités, c’est qu’ils se sont servis d’anneaux mal conservés, et qu’ils étaient guidés par leur idée première d’un tissu formé de cellules plongées dans une substance fondamentale. Les cellules musculaires à gros granules que nous avons figurées , s’observent avec la plus grande facilité; pour ce qui concerne la mince zone de granules immédiatement sous-jacente à la cuticule, il n’est pas douteux, pour nous, qu’elle ne provienne de la transformation des éléments sous-cuticulaires et qu’elle ne marque un stade de la cuticularisation. Nous avons obtenu par la dilacération des anneaux d’un autre Cestode , des éléments qui montrent bien la marche du phénomène (PL XII, fig. 9). Nous y reviendrons plus loin.

Sommer et Landois ont figuré, immédiatement contre la cuticule , des éléments disposés en une couche simple , écartés les uns des autres , et qui avaient déjà été signalés par Stieda. Ce sont des éléments musculaires dirigés d’avant en arrière et fixés par leurs deux extrémités à la face interne de la cuticule* soit directement, soit par l’intermédiaire d’une fibre tendineuse. Ces fibres existent, bien que nous ne les avions pas figurées , et elles ne sont pas difficiles à voir, mais nous ne sommes pas encore complètement fixé à leur suj et .

Muscles. — 11 est inutile de rappeler que les fibres appelées muscles, ont ici une disposition analogue à celle quelles présentent chez les espèces étudiées ordinairement. La couche dite circulaire se présente avec ses caractères habituels , elle est peu épaisse. Contrairement à ce que nous avons vu chez la Ligule et chez le Leuchartia , la disposition des muscles longitudinaux n’est pas sensiblement différente, dans les divers points delà chaîne. D’une manière générale, l’on peut dire que les muscles longitudinaux du Bothriocéphale , sont disposés en une seule série de faisceaux, dont les éléments sont plus nombreux et plus serrés à la partie externe qu’à la partie périphérique. Sommer et Landois, comparant les muscles de ces parasites aux fibres lisses , déclarent n’avoir jamais pu leur trouver de noyau (!)

Muscles transverses . — Le dessin de Sommer et Landois que nous avons reproduit, fait voir ce que ces auteurs appellent les muscles transverses ; ce sont des fibres isolées, étendues de haut en bas de la zone centrale, moins abondantes au milieu, beaucoup plus nombreuses sur les côtés. Stieda les décrit à peu près dans les mêmes termes. Mes dessins montrent qu’il s’agit de

fibres du tissu fondamental, très peu différenciés, et non point de fibres musculaires indépendantes. Nous n’insistons pas, nous verrons plus tard, chez d’autres espèces, ces mêmes fibres beaucoup mieux caractérisées.

Corpuscules calcaires. — Chez le Bothriocéphale, c’est au sein du tissu

fondamental que se trouvent les corpuscules calcaires ; ils sont peu nombreux

et Leuckart avait même nié leur existence. Nous nous sommes suffisamment

étendu sur ces formations à propos de la Ligule, et il serait bien inutile d’y revenir. Signalons cependant un fait qui se présente nettement chez le Bothriocéphale large, mais qu’on peut déjà observer chez la Ligule et chez d’autres Cestodes : indépendamment des corpuscules calcaires vrais, aux grandes dimensions , on trouve , en plus grande quantité peut être , de nombreux éléments calcaires de petite taille et de forme ovoïde , qui doivent être considérés comme formés également aux dépens du tissu fondamental. En effet, si l’on compare les tissus représentés fig. 1 PL VIII, d’après un anneau jeune, avec les mailles fig, 6 PL IN, qui proviennent d’un anneau vieux, on verra que les cellules ont été remplacées par les éléments calcaires. Les mailles arrondies de cette dernière coupe ont enfermé de ces petits corpuscules calcaires, qui se détachent facilement dans les manipulations. Dans les anneaux jeunes, les mailles de cet aspect n’existent pas, ou sont peu abondantes ; il est probable que Sommer et Landois les ont prises , avec leur contenu, pour les cellules de ce qu’ils appellent leur « substance fondamentale ».

Les corpuscules calcaires proprement dits sont peu nombreux chez le Bothriocéphale, surtout dans les couches sous-cuticulaires. Ceux que l’on rencontre sont souvent pincés par le milieu ; cela semble indiquer que la cellule qui leur donne naissance se divise en deux parties égales, contrairement à ce que nous avons observé chez la Ligule.

Système nerveux. — Jusqu’ici, le système nerveux du Bothriocéphale avait échappé à la plupart des naturalistes; quelques-uns l’avaient pris pour un vaisseau; seulM. Emile Blanchard a reconnu sa nature. L’appareil nerveux du Bothriocéphale est situé à droite et à gauche de la ligne médiane et au milieu de l’espace qui s’étend entre cette ligne et le bord latéral de l’anneau. Il est très bien développé et ne présente aucune particularité histologique ou morphologique que nous ne connaissions déjà. Nous l’avons vu, représenté par les petites cellules qui le constituent normalement, ou transformé en ce réseau de fibres que nous avons décrit chez la Ligule et que Sommer et Landois ont vu chez le Botriocéphale, sans en comprendre la signification. D’une manière générale

dans les jeunes anneaux, les cordons nerveux sont de nature cellulaire; les vieux anneaux, au contraire, les montrent transformés en réticulum. Il n’est pas rare d’observer des coupes dans lesquelles une plus ou moins grande partie des cellules nerveuses a été conservée; ces éléments sont alors juxtaposés , et il n’y a pas de mailles au point qu’elles occupent.

Boettcher, qui avait aussi commis l’erreur de prendre le système nerveux pour un appareil vasculaire, ne put suivre dans la tète ce qu’il appelle le vaisseau externe et qui n’est autre chose que le cordon nerveux. Toutefois, le professeur de Dorpatt nous dit que, à la partie postérieure de la tête, il a « trouvé zwei dunkle Punkte, die icli meistens durch einen etwas minder » dunkel gefârbten Streifen vereinigt sah. »

Gomme il avait observé quatre vaisseaux dans les anneaux du Bothriocéphale, Boettcher est porté à croire qu’il ne s’agit pas dans ces deux points réunis par une commissure, de l’origine du système vasculaire et il conclut « qu’il ne peut rejeter complètement la possibilité » que ce soit là le corps ganglionnaire.

L’observation de Boettcher nous parait intéressante: nous n’avons pas vu les faits dont il parle, mais nous ne pouvons douter un instant, qu’il ait eu sous les yeux une commissure nerveuse. Ce qui n’est pas moins certain, c'est que les deux troncs nerveux se rencontrent très nettement isolés dans les coupes de la ventouse même (PI. YI, fig. 12), par conséquent, fort au-dessus du point où Boettcher a trouvé la commissure. Il faudrait rechercher comment se terminent les deux cordons nerveux à la partie supérieure de la tête et voir s’ils se joignent en un ganglion terminal, ou s’ils se réunissent par une seconde commissure ou par un anneau.

Déjà, à propos de la disposition de l’appareil nerveux dans la tête des Tænias du type T. serrata , nous avions été amené à reconnaître l’exactitude des données fournies parM. E. Blanchard sur cette question. « Vers la » moitié de la longueur de la tête, dit cet auteur, très près des bords latéraux, » il existe un centre nerveux de forme oblongue. En avant et en arrière, j’ai

» suivi, dans une certaine longueur, le nerf auquel il donne naissance .

» Il y a bien certainement une commissure entre les deux centres nerveux , » mais il m’a été impossible delà mettre en évidence.... (1) » On le voit, nos observations réunies à celles de Boettcher, confirment ce qu’a vu le profes-

(1) Blanchard sur l’organisation des Vers Annn , des nalur. Sc. nat. 3e série t. XI, p. 114.

seur de Muséum. — Nous avons de plus montre le trajet des cordons nerveux par toute la chaîne et le déplacement qu’ils subissent.

Vaisseaux . — Après le système nerveux, les vaisseaux du Bothriocéphale sont certainement les organes au sujet desquels on s’entend le moins. Nos observations nous ont permis d’apporter une certaine lumière sur cette question. •

Eschricht comparaît les vaisseaux du Bothriocéphale au tube digestif des Trématodes et admettait , sans avoir pu le vérifier, que les deux vaisseaux se réunissent dans la tête , pour aller se terminer dans l’ouverture buccale ; il niait l’existence d’anastomoses transverses entre ces vaisseaux, bien qu’elles eussent été admises antérieurement par différents helminthologistes. Le « tube digestif » étudié par Eschricht est situé de chaque côté , entre la ligne médiane et le bord latéral, mais beaucoup plus près de. la ligne médiane (1). Nous verrons que telle est bien la situation des véritables vaisseaux.

Von Siebold admet que les vaisseaux se ramifient en fines branches dans la tète. Leuckart n’a pu retrouver que rarement des traces nettes de ces organes (2).

Boettcher vit dans la zone médiane, non plus deux vaisseaux longitudinaux mais quatre; le Bothriocéphale, dit-il, est en cela semblable aux Tænias. D’après l’anatomiste de Dorpatt, les vaisseaux sont rapprochés de la ligne médiane; leur paroi est mince et délicate ; le vaisseau externe est d’ordinaire rempli d’une masse grenue, l’interne, au contraire, est généralement vide. Boettcher n’ayant pu suivre ces vaisseaux dans la tète émet le doute qu’ils s’y prolongent (3).

La même année, Stieda disait que les vaisseaux du Bothriocéphale « sont » très peu développés et semblent même manquer parfois complètement; les » coupes ne me les ont montrés que rarement ; il y en a deux seulement, un

(1) Eschricht. Anatomisch-physiologische Untersuchungen iiber die Bothriocephalen , Nova acta Acad. Cæs. Léopold. Carol. 1841, t. XIX. p. 57.

(2) Leuckart. Die menschlichen Parasiten und die von ihnen herrührenden Krankheiten, t. I, 427.

(3) Boettcher. Studien über den Bau des Bothriocephalus latus. Archives de Virchow, t. XXIII, 1864 p. 108.

» de chaque côté » Stieda ne vit rien de la terminaison de l’appareil vasculaire (1).

Sommer et Landois, confirmant à cet égard ce qu’avait dit Boettcher, admettent qu’il existe deux vaisseaux de chaque côté dans les jeunes anneaux du Bothriocéphale. Ces vaisseaux sont rapprochés et plus près de la ligne médiane que du bord ; tandis que le plus externe s’étend en ligne droite, l’interne décrit dans chaque anneau une courbe à convexité dirigée vers le bord. Pour ces auteurs, le vaisseau interne a un diamètre plus grand que le vaisseau externe, il offre des contours beaucoup plus nets que celui-ci, et d’ordinaire il est vide. Les auteurs allemands n’ont pas trouvé de communication entre ces deux vaisseaux.

Dans les anneaux mûrs de Bothriocéphale, Sommer et Landois n’ont plus rencontré qu’un seul vaisseau latéral, correspondant au vaisseau externe des jeunes anneaux, et rapproché du côté dorsal.

Soumis à l’injection, ce vaisseau latéral ne leur a montré aucune anastomose transverse entre lui et le vaisseau correspondant ; il n’y a non plus plus aucune connexion entre ce système et un autre appareil vasculaire, leur « plasmcitische System », que nous laissons de côté maintenant, pour y revenir plus loin.

Un point important à considérer, c’est que Sommer et Landois ont remarqué dans les anneaux bien conservés , que le vaisseau persitant n’avait pas de parois bien nettes, et que sa lumière présentait un réseau extrêmement délicat, partant du tissu conjonctif du parenchyme du corps, et dans les mailles duquelily avait une masse finement grenue. — On voit quelle confusion régnait sur ce point, et lorsqu’on n’a pas étudié spécialement ces animaux, on s’explique difficilement que de pareilles divergences puissent exister au sujet d’une question qui, en apparence, semble des plus facile à résoudre.

En réalité, dans la zone centrale , il n’existe qu’un seul vaisseau de chaque côté, mais, quoi qu’on en ait dit , ce vaisseau est très marqué par les grosses cellules qui. l’entourent (PL VIII , fig. 4). Il est d’abord situé plutôt dans le haut de l’anneau ; mais, à la suite du développement des organes, il est refoulé au voisinage du plan musculaire circulaire inférieur ; il n’en conserve pas moins ses caractères , et l’on ne manque pas de le retrouver, même sur les vieux anneaux , quand les préparations sont bonnes , et qu’on sait où le

(1) Stieda. Ein Beitrag zur Anatomie des Bothriocephalus latus. Archiv. für Amatomie und Physiologie . 1864 p. 174.

chercher. Le vaisseau du Bothriocéphale , est situé dans les anneux jeunes , à peu près au milieu de l’espace qui sépare la ligne médiane de l’anneau , de son bord latéral , un peu en dedans du cordon nerveux, qui occupe juste le point médian. Plus tard, ces rapports sont altérés, et, tandis que le cordon nerveux conserve sa situation, le vaisseau se dispose à peu près au milieu de l’espace situé entre la ligne médiane et le cordon nerveux.

J’ai cherché vainement, tant dans les anneaux jeunes, que dans les vieux, un second vaisseau dans la zone centrale. Contrairement à ce que l’on observe chez les Tænias , il n’existe qu’un seul vaisseau chez le Bothriocéphale.

Comment Boettcher, et après lui Sommer et Landois , ont-ils puvoir quatre vaisseaux chez ces animaux? La description qu’ils donnent de ces organes est trop circonstanciée pour que l’on puisse admettre une erreur d’observation. La réponse en est bien simple: ces auteurs ont pris les cordons nerveux pour des vaisseaux. En effet , d’après eux, le vaisseau externe est généralement rempli d’une masse granuleuse , tandis que le vaisseau interne est vide , — la matière granuleuse n’étant antre chose que les cellules nerveuses , — d’autre part , la situation respective qu’ils donnent dans les anneaux jeunes aux deux vaisseaux dont ils parlent, est exactement celle qui existe entre le cordon nerveux et le vaisseau unique du Bothriocéphale. Des deux vaisseaux vus par Sommer et Landois dans les jeunes anneaux , l’un est évidemment le véritable vaisseau , l’autre est le cordon nerveux. Les rapports changent , avons-nous dit , et le vaisseau s’éloigne du cordon nerveux, à mesure que l’anneau s’élargit ; dans les anneaux mûrs, ces deux organes sont fort éloignés l’un de l’autre et le vaisseau n’est plus situé au milieu du champ latéral, aussi , ce dernier a-t-il facilement échappé aux auteurs allemands, qui n’ont plus considéré que leur prétendu vaisseau externe, le cordon nerveux. Ils ont pu alors constater sa continuité avec le « vaisseau externe » qu’ils avaient observé dans les jeunes anneaux. Une autre preuve de l’exactitude des faits que nous avons vus , est dans la structure que Sommer et Landois attribuent à ce faux vaisseau ; ils ont trouvé à son intérieur un réticulum très net, en continuité avec les tissus de la zone centrale. Ce sont là précisément les caractères que nous avons observés dans les cordons nerveux de la Ligule, et la structure dont nous avons expliqué la formation. D’ailleurs , Sommer et Landois n’ont pas trouvé de système nerveux chez le Bothriocéphale. La transformation des cellules nerveuses en réticulum explique comment les auteurs allemands ont pu si facilement injecter l’appareil nerveux. Ce n’est pas la seule fois que semblable erreur a été com-

mise (1) , et il est infiniment probable que Stieda a pris aussi le système nerveux pour un vaisseau. La description qu’il en donne est , d’ailleurs trop incomplète, pour que l’on puisse se prononcer à ce sujet.

Mais les vaisseaux dont nous venons de parler , qui existent dans la zone centrale , ne sont pas le seuls que présente le Bothriocéphale : il y a, dans la zone sous-cuticulaire de cet animal, une série de vaisseaux longitudinaux à parois très minces ou nulles , visibles surtout sur les jeunes anneaux , mais qu’on retrouve aussi sur les anneaux âgés. Nous les avons représentés fig. 5, PI. VIII : il sont situés un peu au-delà de la zone des vitellogènes et nous en avons compté une vingtaine. La fig. 2, PL VII en montre également un certain nombre.

Il est bien probable que les vaisseaux sous-cuticulaires ont entre eux des communications, mais je ne les ai ,pas étudiés à ce point de vue. Je rappellerai que nous avons trouvé des vaisseaux en même nombre et dans la même situation chez la Ligule. Ces vaisseaux doivent se diviser avant d’entrer dans la tète, où , d’après les coupes , ils paraissent plus nombreux.

Je n’ai pas vu sur les anneaux , l’anastomose des vaisseaux sous-cuticulaires avec les vaisseaux de la zone centrale , mais je suis loin de nier des connexions entre ces deux ordres de canaux. En effet, un peu au-dessus de la coupe que nous avons dessinée , nous avons cru voir des dispositions qui nous font croire à l’existence de larges communications entre ces vaisseaux: la coupe présente , derrière les cordons nerveux , de nombreuses sections de tubes , dont les caractères sont ceux des vaisseaux sous-cuticulaires. Il semble que, en ce point, il y ait des branches anastomotiques plus ou moins horizontales. La coupe PL VI, fig. 12, montre que , à cette hauteur , les deux vaisseaux transverses ont conservé leurs caractères.

Nous devons nous demander quels rapports offrent les vaisseaux souscuticulaires avec les canaux dont l’ensemble a été appelé par Sommer et Landois , du nom de système 'plasmatique ( plasmatiches Canalsystem ). D’après ces auteurs , on peut observer ce système vasculaire juste au point de séparation de la couche sous-cuticulaire avec la zone intermédiaire ; les canaux étroits qui le forment ont les parois extrêmement minces. Comme le montrent les coupes , disent-ils ; et comme l’indique l’analogie avec le

(1) R. Moniez. Sur quelques points de l'organisation du Solenophorus megacephalus. Bulletin xcienli/lque du Nord, 1379, p. 113. •

T. mediocanellata , ils s’étendent dans deux directions essentielles, verticalement et transversalement. On voit partir de ces tubes , aussi bien vers la cuticule que vers le centre , des branches extrêmement fines qui sont en

onnexion avec des prolongements de cellules , analogues aux cellules du tissu conjonctif.

L’interprétation de ces faits , donnée par les auteurs allemands , est la suivante : les canaux plasmatiques communiquent d’une , part avec l’extérieur, par l’intermédiaire de ces cellules et d’une partie des canaux poreux de la cuticule , et d’autre part ils sont en rapport avec les parties centrales de l’anneau , par les prolongements de ces mêmes cellules qui gagnent vers le centre. Toutefois, Sommer et Landois n’ont pu voir les communications du système plasmatique ni avec l’extérieur , ni avec les parties centrales de l’anneau , mais ils ont vu ses rapports avec la surface de la cuticule chez le Tænia mediocanellata , lequel , d’après eux , présenterait à cet égard les mêmes particularités que le Bothriocéphale.

La description de Sommer et Landois nous paraît insuffisante et leurs dessins ne viennent pas la suppléer. En effet , ils ne nous apprennent pas le nombre et la disposition de ces vaisseaux dans un anneau , et l’on est réduit à cet égard à des suppositions. Leurs dessins ne montrent qu’un seul vaisseau de cet ordre, et encore sur une portion de coupe horizontale , de sorte qu'il semble être un vaisseau circulaire. Cette lacune est vraiment regrettable ; il semble probable que les auteurs allemands n’ont pas vu souvent le système vasculaire qu’ils décrivent aussi imparfaitement. Toutefois, comme Sommer et Landois comparent volontiers le système plasmatique du Bothriocéphale à un appareil de même nom qu’ils indiquent chez le Tænia mediocanellata , on est autorisé à déduire de ce qui existe chez ce dernier, le nombre et la disposition des vaisseaux plasmatiques du Bothriocéphale. Si dans les documents fournis par Sommer sur les Tænias humains nous recherchons ce qui concerne le système plasmatique, nous voyons que le canal de ce nom est interne; quant au vaisseau plus large que nous avons appelé la lacune, ce n’est autre chose pour eux que le véritable vaisseau situé , non plus dans la zone sous-cuticulaire comme le vaisseau plasmatique du Bothriocéphale , mais dans la zone centrale. (1)

Comme dans le long paragraphe qu’il consacre au vaisseau plasmatique des l'ænia solium et mediocanellata Sommer ne fait pas de comparaison avec ce

(1) F. Sommer, Ueber den Buu uud die Entwickelung der Geschlechtsorgane von Tænia mediocanellata und Taenia solium. Zeilsch., f. wiss zool. 1864, p. 174.

qui se passe chez le Botriocéphale , on peut conclure que les faits sont fort analogues et qu’il faut prendre à la lettre ce qu’en disent Sommer et Landois (1), c’est-à-dire considérer le système vasculaire du Bothriocéphale comme formé de chaque côté parun vaisseau, de la même façon que chez le Tœnia mediocanellata.

Mais dans cet hypothèse , déduite du travail même de ces savants, une difficulté subsiste , celle d’expliquer leur dessin, que nous avons reproduit pi. VIII fig. 1, et dans lequel le vaisseau plasmatique est représenté comme ayant une disposition circulaire ; s’il n’y a pas erreur de dessin, comment expliquer que Sommer et Landois disent que cet appareil et semblable dans les deux types qu’ils ont étudiés, lorsqu’ils présentent une si grande différence? La véritable interprétation est selon nous la suivante. On peut souvent voir sur des anneaux mûrs du Bothriocéphale, un véritable tube, sans parois nettes, étendu dans la région indiquée par Sommer et Landois et disposé comme le serait un vaisseau circulaire ; mais ce tube n’est autre chose que le tube collecteur des vitellogènes à l’état vide et on ne le trouve qu’à la partie inférieure de l’anneau. L’existence des cellules que Sommer et Landois ont vues, attachées à ce tube, n’est pas une difficulté, puisque nous connaissons les rapports des cellules sous-cuticulaires avec les tissus.

Comparons maintenant le système vasculaire sous-cuticulaire , tel que

nous l’avons décrit, avec le système vasculaire superficiel que plusieurs auteurs ont indiqué.

Knoch a observé sur de jeunes Botbriocépbales, longs d’un pouce et large d’une demi-ligne, un fin réseau de tubes qui se trouve principalement sur la tête et les ventouses ; il conclut de son observation qu’il existe sur tout le corps du Bothriocéphale, un riche système de vaisseaux anastomosés. Ces vaisseaux, d'après lui, sont distribués « unmütelbar unter der Haut (2). »

Boettcher , qui n’avait pu d’abord distinguer sur les Botbriocépbales vivants, le réseau vasculaire découvert par Knoch, finit par le reconnaître, en partie du moins. Si je n’ai pas vu plus tôt ce système, dit-il, ce n’est point par inattention ni par suite de l’emploi d’instruments insuffisants,

(1) Beir.erken wollen wir indess dass wir bei T. mediocanellata analoge Verhàltnisse fanden, lot. cit. p.10.

(2) Knoch. Die Naturgeschichte des Breiten Bandwurmes. Mémoires de 1 Acad imp de St-Pétersbourg, t. V, 1862, P. 118 et 119.

c’est parce qu’il n’est point toujours visible. Aussi longtemps que l’animal est vivant et se meut, il n’y a absolument rien à voir en fait de vaisseaux. Il n’y en a pas davantage trace quand l’animal est mort. Au contraire, le réseau vasculaire dont nous parlons, apparaît lorsque la musculature de l’animal encore vivant se relâche, et qu’il devient immobile. On obtient facilement ce résultat en laissant se refroidir progressivement l’eau dans laquelle on observe le Gestode. (1)

Le réseau vasculaire, d’après Bœttcher, est d’autant plus serré et plus fin, qu’il est plus voisin de l’extrémité. Au voisinage du cou, il s’élargit,, et devient irrégulier. Sur le cou même, certaines branches augmentent de volume et bientôt elles se réunissent de chaque côté ; elles forment généralement à droite et à gauche trois grands canaux reliés par des anastomoses. Bœticher a cessé de voir les vaisseaux, dès le point où. les anneaux sont indiqués. Sommer et Landois n’ont pu vérifier cette description.

L’on peut voir, par ce qui précède, que les renseignements fournis par Bœttcher, quant au siège exact de ce réseau, sont aussi peu précis que ceux donnés par Knoch ; les dessins de ces deux auteurs montrent que le réseau est très superficiel et rien de plus. Correspond-il à notre système vasculaire sous- cuticul aire? Nous ne le pensons pas. Le dessin de Bœttcher qui est très net, montre trois vaisseaux longitudinaux naissant de chaque côté de ce réseau céphalique, à une assez longue distance de la tète. Or, nos coupes ne laissent point de douter à cet égard, les vaisseaux souscuticulaires sont beaucoup plus nombreux, aussi bien dans le cou que dans les anneaux mûrs, et ils sont régulièrement distribués. D’un autre côté, Bœttcher ne dit mot des rapports possibles de ce système vasculaire superficiel avec les quatre vaisseaux qu’il avait reconnus dans la zone centrale, mais Knoch, qui n’admet que deux vaisseaux dans la zone centrale, affirme qu’il y a communication entre ces vaisseaux et le réseau superficiel. Il semble en effet, d’après les dessins de cet auteur, que les 'roncs longitudinaux naissent des vaisseaux ramifiés de la tète.

Or, nos dessins montrent que, dans la tête duBothriocéphale, les vaisseaux de la zone centrale restent distincts des vaisseaux sous-cuticulaires, et nous n’avons rien vu qui put nous faire croire à de nombreuses anastomoses entre ces organes. D’un autre côté les vaisseaux sous-cuticulaires ne sont pas moins

(1) Boettcher. Verschiedjn Mittheüungen. I. Das oberflldchtsche Gefüssystem (1er Bothriocephalus latus. Archiv für pathologische Anatomie und Physiologie, und wissenschaftliche Medicin, t. 47, 1869, p. 370.

nombreux dans les anneaux mûrs que dans le cou. Il semble donc qu’il n’y ait pas de rapports à établir entre les vaisseaux sous-cuticulaires que nous avons décrits et le réseau superficiel découvert par Knoch et revu par Bœttchér, mais alors comment interpréter ce qu’ont vu ces observateurs?

11 faut bien constater, tout d’abord, que les observations des deux naturalistes russes ne sont pas complètes. On se demande si c’est bien dans la zone sous-cuticulaire que s’étend le système vasculaire dont ils parlent, s’il ne se trouve pas plutôt immédiatement sous la cuticule, et, étant données les conditions spéciales indiquées par Bœttchér pour déterminer l’apparition de ce réseau, on peut soupçonner qu’on se trouve en présence d’une simple infiltration dans la cuticule, Ueau pénétre peut-être par une sorte d’osmose, s’accumule pour ainsi dire dans des points de décollement, et forme des trajets réguliers, tandis que les vaisseaux sous-cuticulaires et ceux de la zone centrale, restent complètement étrangers à cette imbibition. Dans cette hypothèse, l’on comprend comment l’épaisseur des anneaux a pu empêcher l’observation de ce système artificiel. Quoiqu’il en soit, la question ne peutêtre définitivement tranchée que lorsqu’un naturaliste observant le Bothriocéphale vivant, recherchera le siège précis du réseau vu par Bœttchér et par Knoch (1).

Il faut rapprocher des faits que nous venons de citer, ce qui a été vu sur différents Cestodes par plusieurs naturalistes, M. E. Blanchard entre autres. A- t-on affaire, dans les observations de ces auteurs, à un réseau sous-cuticulaire? Je le crois : j’ai vu une fois chez le Taenia cucumerina\ un réticulum très serré, un peu différent de celui qui a été figuré par M. Blanchard, et je crois me rappeler que ce réseau était sous-cuticulaire; l’observation se faisait par transparence.

Un mot avant de terminer, sur les cellules par lesquelles le « système vasculaire plasmatique » de Sommer et Landois communique d’une part avec l’extérieur, d’autre part avec les parties centrales. Ces éléments ne nous paraissent différer en rien des autres éléments du tissu fondamental qui peuvent parfaitement être pluripolaires. Ces éléments ne sont pas les cellules dont nous avons parlé à plusieurs reprises et qui rayonnent de

(1) Notons que, d’après Sommer et Landois, les canaux plasmatiques ne sont pas identiques avec le système vasculaire décrit par Knoch et que ces auteurs n’ont pu le retrouver sur les anneaux mûrs du Bothriocéphale.

vaisseaux, et l’on se perd en conjectures sur ce que les auteurs allemands peuvent entendre par ces mots : « le vaisseau plasmatique communique par ces cellules avec l’extérieur et avec les parties centrales. »

Il nous reste à traiter deux questions avant de terminer ce long chapitre sur l’appareil vasculaire du Bothriocéphale. Les vaisseaux communiquentils avec l’extérieur, ont-ils dans la tète une disposition spéciale?

Je n’ai pume procurer qu’une seule tète de Bothriocéphale et, d’après les coupes que j’en ai faites, il semble que les vaisseaux communiquent avec l’extérieur ; mais on comprend que de nouvelles recherches soient nécessaires pour se prononcer d’une manière affirmative sur ce point délicat. Il m’a semblé voir des vaisseaux gagner le bord recourbé de la ventouse et s’ouvrir dans une série de petits oscules (?) qui garnissent ses bords et ne s’étendent pas beaucoupau-delà delà zone sous-cuticulaire. Ces oscules sont dus à l’écartement des cellules musculaires qui semblent ménager une sorte d’ampoule pyriforme en apparence ouverte à l’extérieur. Nous avons représenté fig. 8 PL VIII, la portion de ventouse dont nous venons de parler (1).

Relativement à la seconde question, je me bornerai à dire que, dans la zone sous-cuticulaire, j’ai pu suivre un vaisseau circulaire sur plus d’un quart de l’anneau. On pouvait l’observer par fragments et le compléter ainsi sur le reste de la coupe. Ce vaisseau annulaire avait les mêmes parois très minces queles autres vaisseaux sous -cuticulaires, il se trouvait immédiatement sous la tète. C’est la seule observation que nous ayons faite à ce sujet, mais il est probable que l’on trouvera dans la tête du Bothriocéphale, des dispositions semblables à celles que nous avons décrites chez d’autres espèces.

j Poche géniale et spermiducte. — La poche péniale du Bothriocéphale est très développée ; elle occupe toute la hauteur de l’anneau (PL VIII, fig. 3); sa structure est analogue à celle de la poche péniale de la Ligule. Des fibres serrées la limitent, le tube qui la traverse ondule fortement et est revêtu d’une couche mince de cuticule Un réticulum contenant des cellules fusiformes et autres , rattache les parois de ce tube aux fibres serrées qui forment la périphérie de la poche. Le bulbe, situé un peu en arrière de la poche péniale, prolonge le spermiducte : il est plus différencié que le bulbe de la Ligule. Il est formé de fibres très serrées, disposées en une couche épaisse ; de ces fibres se détachent, à l’intérieur,

(1) Faut-il rapprocher de ces oscules (?) les « Becherzellen » décrits et figurés , insuffisamment aussi , par Steudener et qu’il a rencontrées chez plusieurs Gestodes? (Steudener, loc. cit. p. 285).

des cils dirigés en bas et vers le centre de la cavité. Ces cils sont volumineux et, comme nous le verrons chez le Scliistocéphale , leur nature cellulaire ne peut être mise en doute. A l’extérieur, de gros éléments, doués sans doute de propriétés musculaires, rayonnent de la couche fibrillaire feutrée qui forme le bulbe, ils s’y rattachent par une extrémité, tandis que par l’autre ils passent aux tissus ambiants (fig, 3, PL IX).

Le spermiducte naît de l’extrémité du bulbe de la poche péniale; il s’incline d’abord sur le côté, descend jusqu’à la partie inférieure de la zone centrale et remonte en formant une boucle, pour aller passer au-dessus du bulbe , contre le plan musculaire circulaire supérieur. Le spermiducte redescend alors de l’autre côté de la poche péniale, jusqu’au bas de la zone centrale, en décrivant ainsi une deuxième courbe, assez semblable à la première. Revenu encore une fois à son point de départ, il le dépasse un peu et va enfin se terminer dans un rudiment que je n’ai pas étudié en détail, mais auquel aboutissent des tubes qui amènent les spermatozoïdes (fig. 3, PL IX).

Le spermiducte conserve généralement les mêmes caractères sur tout son parcours, ce qui permet de le suivre aisément : ses parois sont minces, godronnées et de calibre régulier (1). Lorsque ses caractères sont moins nets, il devient très difficile de le reconstituer au milieu des circonvolutions du tube-matrice. L’étude des anneaux jeunes nous a permis de suivre exactement le trajet de cet organe.

Aussitôt que les œufs commencent à se former, l-’anneau s’allonge et il augmente en dimensions : à mesure que le tube-matrice se remplit, le spermiducte, ayant acquis tout son développement, ne peut suivre l’extension de l’anneau qu’en déroulant les circonvolutions qu’il décrit ; il tend ainsi à se mettre en ligne plus ou moins droite, à la partie supérieure de l’anneau. On peut le voir dans l’anneau mûr (fig. 3, PL IX), où il présente de légères inflexions, et le suivre jusque près de l’ovaire central , refoulé contre la zone des muscles circulaires supérieurs. Je n’ai étudié ni la terminaison, ni les rapports de cet organe avec les follicules testiculaires.

La poche péniale (C irrus- B eut el des auteurs allemands), et le bulbe qui la

(1) La figure 3, pl. IX, de même que les figures 1 et 2 de la même planche, sont schématiques , en tant seulement qu elles ne reproduisent pas les tissus ; le trajet des organes etleurs rapports sont conformes à a nature.

surmonte ont été reconnus par tous les auteurs , mais interprétés de façons diverses. Sommer et Landois en font une étude topographique assez complète et en donnent des mensurations probablement exactes ; ils comparent les deux parties de l’appareil à des muscles creux. Ces auteurs ont parfaitement vu d’ailleurs, les fibres de la zone circulaire pénétrer dans la poche péniale, et ils ont aussi étudié la structure histologique de cet organe. Toutefois, la description qu’ils font du bulbe et la figure qu'ils en donnent sont inexactes ; en outre, ils n’ont pas vu les gros cils qu’il contient. Le dessin de la poche péniale ne nous semble pas non plus très fidèle, et il laisse supposer que la coupe dessinée a été prise sur un anneau en mauvais état. Les grosses papilles que cet auteur figure à la base delà poche péniale n’existent pas en réalité, et sont dues vraisemblablement à des déchirures. Nous sommes d’autant plus certain de l’exactitude de nos observations, que nous les avons répétées sur un grand nombre d’anneaux d’âge différent, et tous bien conservés.

Sommer et Landois ont étudié le spermiducte sur les anneaux développés: ils le décrivent comme formant des ondulations nombreuses et très étendues au-dessus de l’utérus, entre cet organe et la portion des muscles circulaires. D’après eux, le spermiducte se termine par une dilatation variable de volume, dans laquelle s’amassent les spermatozoïdes. Plusieurs conduits séminaux viennent s’ouvrir dans ce réservoir ; ils ont un contour extrêmement délicat et se rendent dans les champs latéraux de l’anneau, en longeant la couche musculaire supérieure ; ils vont alors en se dicbomotisant aux divers follicules testiculaires de l’anneau et même aux premiers follicules de l’anneau suivant.

L’extrémité du spermiducte, c’est-à-dire, la partie enfermée dans la poche péniale, peut se renverser et saillir au dehors sous l’influence des contractions de l’organe. Il est bien difficile de se rendre compte à priori de la direction que peut prendre le pénis sous l’influence d’une contraction physiologique, et nous ne croyons pas impossible , contrairement à l’opinion de Sommer et Landois, que le pénis pénètre dons le vagin. L’inclinaison de la poche péniale, la situation du bulbe, l’espèce de cloaque qui peut se produire parla rétraction de ces organes, forment autant de conditions qui facilitent l’intromission. Il n’est pas prouvé, d’ailleurs, que la saillie considérable que fait le pénis à l’extérieur, telle qu'on peut parfois l’observer chez beaucoup d’espèces, ne soit pas déterminée par des contractions pathologiques.

îe

Testicules. — Les follicules testiculaires s’étendent de chaque côté de l’anneau chez les Bothriocéphales. En dehors des cordons nerveux, ils arrivent à occuper tout l’espace entre les deux plans musculaires ; en dedans de ces cordons, ils paraissent s’étendre moins, parce que la zone centrale s’élargit. Je n’ai pas suivi le développement de ces produits. D’après les dessins de Sommer et Landois, ils auraient une queue très courte. Bien que j’aie examiné les spermatozoïdes sur un très grand nombre d’anneaux, je n’ai pu leur voir cet appendice. Il n'y a certainement pas, chez le Bothriocéphale large, ces enroulements de spermatozoïdes autour des follicules, tels que nous les connaissons chez tous les Gestodes que nous avons étudiés. J’ai trouvé dans les anneaux mûrs, de très petits éléments que j’eusse considérés comme des spermatozoïdes, n’était leur manque de queue; dans les anneaux plus jeunes je n’ai rien vu non plus qui rappelât ce qui se passe partout ailleurs. Je ne puis m’enpêcher de citer mon observation, toute négative qu’elle soit , mais il n’est pas douteux que ces appendices existent puisque Stieda les a vus aussi et les a figurés.

Eschricht découvrit les follicules testiculaires, et leur assigna leur véritable fonction. Leuckart reconnut aussi ces organes pour des testicules, mais il ne put établir leurs rapports avec le spermiducte. Pour cet auteur ce sont des petits sacs exactement semblables à ceux des* Taenias (1).

Pour Bœttcher qui les a longuement étudiés, il n’existe pas de membrane d’enveloppe aux testicules; ceux-ci sont formé d’amas de petits noyaux qui se groupent souvent pour former des corps d’apparence cellulaire, lesquels tapissent les parois de la glande. Ces organes forment, d’après Bœttcher

« ein Convolut von Windungen vielfach mit einander verschlungener dünnwandiger Canâle (2). »

Stieda vit une membrane autour de chaque follicule testiculaire ; il observa sur les anneaux mûrs un tube délicat partant de chaque testicule et il considéra ce tube comme un canal excréteur. Cette interprétation est plus juste et plus simple que celle donnée par Bœttcher (3).

1) Leuckart. Die menschlichen Parasiten, und die von ihnen herrührenden Krankheiten, Leipzig, 1863, p. 429.

(2) Boettcher. Studien über den Bau des Bothriocephalus latus, Au hiv. f. Anaf. Phys. u. wis. Medicin , 1864, p. 97.

(3) Stieda. Ein Beitrag zur Anatomie des Bothriocephalus latus, Arch.v. /'. Aval. u. Phys,, 1864, p. 174.

Sommer et Landois ont vu aussi que les testicules s’étendaient en une couche simple, non-èeulement dans les champs latéraux, mais encore dans la partie médiane. Les documents que ces auteurs ont fournis sur ces organes sont beaucoup plus exacts et résultent d’une observation soignée. D’après eux, il n’y a autour des follicules testiculaires de membrane d’aucune sorte, ce sont simplement des cavités creusées dans la zone centrale et remplies par les éléments séminaux. Pour ce qui concerne l’origine de ces produits, il semble, disent Sommer et Landois que les follicules se forment aux dépens des nombreuses cellules de la zone centrale du jeune anneau, qui se multiplieraient par voie de division. A la suite d'uue prolifération locale de ces éléments, les tissus voisins refoulés se disposent de manière à former une sorte de cavité qui abrite les spermatozoïdes formés à leurs dépens.

L’hypothèse des savants allemands, quoique assez vague, montre qu’ils ont beaucoup approché la vérité. Nous pouvons la confirmer dans ses traits généraux, tout en en précisant les détails ;

La fig. 7, pl. VIII, représente une portion d’un anneau jeune qui a déjà fourni la coupe pl. VIII fig. 4; elle est prise au-delà du vaisseau marqué vs dans cette dernière figure, et montre les rudiments des spermatozoïdes à un fort grossissement. L’origine de ces éléments n’est pas plus douteuse que dans le cas des ovules. On voit d’abord les cellules indépendantes, isolées les unes des autres, chacune d’elles montrant deux ou plusieurs prolongements qui la rattachent aux tissus de la zone centrale. C’est plus tard, à la suite de leur multiplication, de l’augmentation de leur volume, et de la transformation fibrillaire des éléments interposés, que les cellules formatrices des glandes mâles se groupent en follicules et se différencient complètement pour former les spermatozoïdes.

Nous devons aussi nous demander quels sont les rapports des follicules testiculaires avec le spermiducte; nos observations ne nous ont rien appris à cet égard, et nous n’avons rien vu que les deux branches opposées l’une à l’autre, qui terminent le spermiducte. Les opinions des auteurs, à ce sujet, n’étant point basées sur une observation histologique suffisante, nous laisserons subsister la question de savoir s’il existe des canaux extérieurs à parois propres, ou si, ces canaux n’existant pas, les spermatozoïdes cheminent à travers les tissus, disposés de la manière que nous indiquons à propos des vitellogènes.

Vagin. — L’orifice vaginal est situé en arrière, tout contre la poche péniale ; d’abord assez court, il s’allonge pour aller, comme le spermiducte, vers la partie postérieure de l’anneau ; il suit la face ventrale dans son trajet (pl. VIII fig. 3).

La fig. 2, pl. IX, montre les rapports complets de cet organe : elle n’est schématique que dans la partie pointillée, qui représente le tube vaginal en raccourci. La fig. 1 , pl. VII , fait voir que les éléments cellulaires de l’organe femelle deviennent plus petits et modifient leurs caractères, lorsqu’il s’élargit pour former le receptaculum seminis, très vaste poche qui arrive au voisinage du pavillon. Un tube très court, très étroit, difficile à voir, formé d’éléments très petits, assure la communication du vagin avec la matrice. C’est la seule issue des spermatozoïdes, elle débouche un peu au-delà de l’ouverture du pavillon.

Le vagin du Botbriocéphale est garni de cils qui se prolongent jusqu’à la partie initiale du receptaculum seminis. Nous avons dit que les idées les plus diverses avaient été émises au sujet de l’ouverture du vagin ; elles n’étaient pas basées sur l’observation. Stieda, le premier, a étudié complètement cet organe et établi ses vrais rapports ; il a vu sa communication avec le tube matrice. Sommer et Landois n’ont fait que confirmer les observations de Stieda et nous-même y avons ajouté peu de chose.

La tube-matrice commence par le pavillon , à la partie postérieure de l’anneau; il est représenté fig. 2 et 1, Pl. IX; ces dessins sont schématiques, en tant qu’ils font abstraction des parois et des tissus , le trajet de l’organe est exactement figuré, ainsi que les rapports de ses différentes parties.

Le pavillon, après avoir décrit un coude accentué , reçoit le tube de communication du receptaculum seminis ; un peu plus haut, le tube-vitelloducte entre en communication avec lui, sous un angle obtus. Du point de rencontre du vitelloducte avec le tube qui prolonge le pavillon , part le tube-matrice proprement dit. Dès son origine , cet organe s’incurve brusquement et vient passer entre le vitelloducte et le pavillon, pour se porter au côté opposé de l’anneau (Pl. IX , fig. 2). Il revient ensuite vers le centre , et , à la faveur d’un coude à angle droit , il descend à la partie inférieure de l’anneau ; il croise alors en dessous sa portion terminale , au point où elle devient

brusquement verticale, pour s’aboucher à l’ouverture de sortie. Le tube-matrice, devenu alors beaucoup plus épais , dépasse de nouveau le centre et s’étend encore latéralement , poui revenir du côté opposé de l’anneau ; il gagne enfin la face ventrale où il se termine. (PI. IX, fig. 1.)

Le développement de l’anneau et l’accumulation des œufs modifient un peu les rapports que nous venons d’établir. Le trajet du tube-matrice , long et compliqué et son enchevêtrement avec le spermiducte , rendent très difficile l’étude de cet organe. Il est presque impossible de l’étudier sur des anneaux mûrs , car on doit alors reconstituer un trop grand nombre de coupes et l’accumulation des œufs à son intérieur dissimule plusieurs de ses caractères. Il faut choisir de préférence les anneaux d’âge moyen, dans lesquels le tubematrice est complètement développé, bien que les œufs ne l’aient point encore envahi. On peut obtenir ainsi, sur une même coupe, des portions étendues de l’organe. La fig. 2, PL IX , représente une partie du tube-matrice qui existe presqu’ entière sur une préparation que je conserve , et j’ai pu obtenir , en deux ou trois coupes , toute la partie représentée fig. 1.

La structure du tube-matrice n’est pas la même sur tout son trajet. La partie initiale, réprésentée toute entière fig. 2, PL IX, a des parois cellulaires relativement très minces, tandis que tout le reste du. tube (fig. 1 , PL IX), possède des parois fort épaisses , dues à plusieurs rangées de grosses cellules fusiformes , rattachées aux tissus par leurs prolongements. A ce stade de l’évolution de l’anneau, le calibre du tube-matrice n’est pas non plus le même dans toute son étendue, et sa lumière, tant qu’il conserve des parois minces , est beaucoup plus grande que lorsque ces parois sont devenues épaisses'. La fig. 1, pl. VII, exprime les modifications que l’organe subit sur son parcours .

Les ovules , amenés par le pavillon , les spermatozoïdes, déversés par le vagin, et les éléments vitellins, fournis par un tube spécial, se rencontrent et agissent les uns sur les autres à l’entrée du tube-matrice. Nous avons étudié plus haut la formation de l’œuf, nous n’y reviendrons pas ; nous n’avons à nous occuper ici que des modifications imprimées au tube-matrice par l'accumulation des œufs à son intérieur.

Les œufs , dont le volume est de beaucoup supérieur à celui des ovules , dilatent considérablement le tube-matrice ; les circonvolutions serrées que décrivait cet organe s’éloignent les unes des autres , en même temps que l’anneau s’allonge , mais ces modifications se font d’une façon régulière ,

aucune partie du tube ne se dilate plus particulièrement pour jouer le rôle d’utérus , et c’est sans présenter aucune modification de cette sorte, que le tube-matrice va se terminer au pore ventral.

Quand l’anneau est mûr et que le tube-matrice a subi à peu près toute la dilatation dont il est susceptible, il faut une certaine attention pour retrouver la paroi de la portion mince de l’organe, et, si celle de la grosse portion reste toujours bien nette, cela est dû aux éléments très développés et très caractérisés qui la formaient primitivement. Ces éléments de la grosse portion du tube-matrice finissent par se réduire à une coucbe simple de cellules , qui peuvent même devenir assez écartées les unes des autres (pl. vin , fig. 3.)

La coupe que nous venons de citer, est en quelque sorte typique, elle nous montre les œufs nettement séparés les uns des autres dans les diverses parties du tube-matrice , mais la coupe dessinée fig. 2, pl. vu, présente une particularité qui est constante chez les vieux anneaux et sur laquelle nous devons nous arrêter un instant.

Ici, en effet , nous voyons , sur une partie du dessin, les œufs plongés dans une substance commune qui leur forme des sortes de mailles. Lorsque quelques-uns d’entre eux sont détachés par la manipulation, les mailles qui les enfermaient persistent.

Cette matière dans laquelle les œufs sont plongés , possède la réfringence et tous les autres caractères des granules vitellins. Que signifie donc cette disposition? Il est bien certain qu’il ne s’agit pas ici de vitellus épanché dans la zone centrale et qui aurait entraîné les ovules.

S’il en était ainsi , l’on verrait les traînées vitellines partant directement des follicules pour se rendre dans la zone centrale. Nous somme convaincu que nous avons simplement affaire , dans ces cas, à des portions très dilatées du tube-matrice , dans lesquelles s’est accumulé le vitelln s nutritif arrivé en excès, et qui est rejeté ou non employé par les œufs. Les granules , dont cette matière est formée, finissent par se souder et forment ainsi une sorte de gangue qui enferme les œufs

Eschricht avait déjà remarqué cette espèce d’incrustation des œufs dans le tube-matrice (1) mais il ne s’en était pas rendu compte.

(1) « Vieilleicht , und so scheint es in der That der Fall zu sein, nimmt der Dotter selbst nach und » nach eine raehr gelbe Farbe an; sicherlich aber rührt die stârkere braune Farbung der Eiermassen an beiden Enden des Eierbehâlters hauptsâchlich von ergossener Incrutationsmasse. » Eschricht, Anatomisch-physiologische Untersuchungen über die Bothriocephalen , 1841, p. 41.

Quoique le tube-matrice soit certainement l’appareil le plus nettement défini de tout l’animal , il n’est guère d’organes du Bothriocéphale au sujet duquel règne plus de divergence. Il est impossible de s’en faire une idée juste par les descriptions ; quoique données par des auteurs distingués, elles n’ont souvent aucun point commun.

Il est à remarquer que tous les dessins de cet organe fourni par Boettcher, par Stieda, par Sommer et Landois sont tous des représentations schématiques; il est ainsi difficile de savoir quelle part revient à l’interprétation dans les conclusions tirées par ces auteurs. Nous comprenons, d’ailleurs pourquoi la question peut être aussi embrouillée , et c’est seulement par l’observation d’un nombre considérable de coupes faites sur des individus relativement très bien conservés, que nous avons pu arriver à des idées nettes sur la question. Nous avons conservé les préparations, figurées dans nos planches. Nos dessins serviront tout au moins à fixer un certain nombre de points litigieux.

Comme nous l’avons fait jusqu’ici , il nous paraît nécessaire de résumer les diverses descriptions du tube-matrice données par les auteurs.

Eschricht expliqua la forme étoilée que présente le tube matrice à l’extérieur, il fit voir qu’elle la perdait sous l’influence de l’allongement de l’anneau. 11 distingua deux enveloppes au tube-matrice : l’externe qu’il appelle la capsule de la matrice , peu épaisse, mais très solide, et l’interne tube assez mince, et plusieurs fois contourné. La capsule, en connexion sur la face ventrale avec les ouvertures génitales, forme, pour chaque corne de l’utérus, une cavité particulière, mais elle est disposée de manière à enfermer à la fois deux des ondulations de la partie étroite et postérieure du tube-matrice. D’après Eschricht également, la capsule forme une enveloppe commune à ce qu’il appelle le « knauâl. »

(1) La description que donne Eschricht des rapports topographiques du tube-matrice dans les anneaux jeunes, est trop fidèle pour que je ne la rapporte pas. Elle donnera d’ailleurs l’explication de différents

termes que nous employons dans l’analyse de l’œuvre du professeur danois : « . strecken sich

» aus diesem Eierbehàlter zu jeder Seite 5 , 6 bis, 7 Horner, von denen die vorderen gewôhnlich viel ' dunkler gefârbt sind, dabei auch dicker, die beiden vordersten oft sehr viel dicker, das 3te oder 4te Sei- » tenhorn an jeder Seite ist fast immer viel langer und schmâler. Gewôhnlich sind aile diese Seitenhôrner » ziemlich gerade ausgestreckt seh oft, aber, die hintersten wieder mehr in die Lange gestreckt. Sie « liegen keinesweges paarig, gewôhnlich undeutlich alternirend, mit Ausnahme der vordersten dicken » Horner , die gewôhnlich fast dieselbe Hôhe haben. Der hinterste Theil des Eierbehàlters ist in Form.

Le savant danois se demandant ensuite s’il n’existe pas chez le Bothriocéphale des glandes spécialement destinées à sécréter la coquille , répond que l’on peut à peine en douter, et qu’elles sont situées sans doute, comme chez le Distoma hepaticum « nâmlich in den Ecken des Eierbehâlters. »

D’après Eschricht, on trouve facilement ces glandes quand la matrice est vide, particulièrement dans ses parties moyenne et postérieure (1); il croit enfin qu’il existe deux parties à la matrice, l’utérus proprement dit et le « Knauëlrohre » (2).

Ce dernier, trois fois aussi long à lui seul que tout l’anneau, n’a pas partout les mêmes dimensions, il s’élargit en forme de sac en son milieu, au point où il reçoit le tube vitelloducte. Cette dilatation enferme une masse jaunâtre, (matière vitelline), dans laquelle on ne distingue pas d’œufs. Au contraire, le tube-matrice contient des œufs très nets, plongés dans la même matière provenant des vitellogènes.

Comme plusieurs de ses prédécesseurs, Eschricht, considère l’ouverture ventrale du lube-matrice comme un vagin : il pense que, chez le Bothriocéphale comme chez les Tænias, les œufs n’arrivent au dehors que par des déchirures de l’anneau.

Leuckart confirma d’une manière générale la description donnée par Eschricht et répéta son erreur au sujet de l’ouverture destinée à la ponte ; il nia l’existence de la capsule reconnue par l’auteur danois, et n’admit pas ses idées touchant la structure histologique du tube-matrice. Il décrivit un tube spécial qui vient s’ouvrir dans la partie dilatée du Knauëlrohre , après de nombreuses et faibles ondulation : ce tube conteint tantôt des ovules

« und Grosse sehr verànderlich. Bisweilen erscheint er als ein klein kugeliger Theil , bisweilen aber als » ein sehr ausgedehntes rundliches Gebilde. Wir werdn diesen Theil das Knauël des-Eierbeh'àlters nennen « (pl. 12 et 13) Der ganze Eierbehâlter ist mithin eine einfache Rôhre welche, von hinten nach vorne " gerechnet bisweilen ziemlich regelmâssig alternirende bisweilen aber 2-3 mal erst rechts, dann links « oder ômgeâehrt ôsenfôrmige Umbiegungen macht. Am deutlichsten ist dies Verhâltniss aber bei jun- >' geren Gliedern « (p.24).

(1) A la page 21 du mémoire souvent cité , Eschricht attribue l’aspect particulier de la capsule du tube-matrice à d’innombrables conduits glandulaires qui le traversent pour gagner le tube matrice proprement dit; ces glandes, dit-il, servent très vraisemblablement à sécréter la coque de 1 œuf.

(2) Les deux portions de l’utérus, telles qu’EscHRicHT les a distinguées , sont en parfaite continuité et se remplissent également d’œufs , aussi , n’avons nous pas cru devoir faire comme l’auteur allemand et leur imposer à chacune un nom propre. Toutefois, les considérations morphologiques, nous portent a regarder la partie pourvue de parois épaisses comme homologue de la matrice des autres Cestodes , tandis que la portion aux parois minces caractérisant le Kauëlrâhre d’EscHRiCHT délimiterait un organe collecteur accessoire, parfaitement comparable à l’oviducte des autres Cestodes.

tantôt un liquide jaunâtre fortement réfringent qui sert à former la coquille.

Boettcher confirma ce qu’avait dit Eschricht sur la forme en rosette de l’utérus, et il émit l’idée que les différentes anses formées, par les circonvolutions de l’organe femelle, étaient en communication au centre par des ouvertures qui facilitaient la distribution des œufs. Il contesta aussi l’existence de la capsule de l’utérus. Pour Boettcher, la portion terminale de cet appareil a des parois propres épaisses et elle enferme des groupes de granules dans une substance fondamentale . Ces granules se retrouvent dans le canal du tube-matrice et semblent un produit de sécrétion de la paroi, etc.

Stieda fit faire un grand pas à la connaissance de l’organe récepteur des œufs : il découvrit le vagin, et s’assura du véritable rôle de l’ouverture anciennement connue et que l’on avait supposé servir à la fécondation. Il nia la communication des différentes branches du tube- matrice imaginée par Boettcher. Stieda, vit, en outre, sur les anneaux dont l’utérus était rempli d’œufs, un revêtement formé de une ou deux rangées de cellules, revêtement qui disparaît plus tard, dit-il, sous l’influence de la distension. « Das nachste » Umgebung des Canals ist bei massiger Füllung mit Eiern von Muskelfa- » sern frei und wird nur durch die Bindesubstanz gebildet, was Eschricht » als Capsel des Eierbeb lters bescbrieb. Mit der Ausdehnung des Canals )> scbwindet nicht allein die oben erw'nhte zellenlage, sondern aucb die in » der Umgebung befindliche Bindesubstanz , so dass schliesslicli der Canal » nur von Muskelelementen umgeben erscheint » (1).

D’après Sommer et Landois, l’utérus commence par une dilatation fusiforme qui prolonge le tube excréteur de l’ovaire , à partir du point où se déversent les vitellogènes. Cette dilatation se continue par un long tube qui décrit des circonvolutions irrégulières dans la partie postérieure de l’anneau et qui, plus loin , forme de chaque côté cinq à sept grandes anses pour se terminer enfin à la face ventrale, près de la poche péniale, à droite ou à gauche de cet organe.

D’après ces auteurs la membrane du tube-matrice est anhiste , d’une grande minceur, solide et élastique. Il n’est pas possible , dans sa partie terminale, de distinguer cette paroi de la substance fondamentale conjonctive de l’anneau. Dans les coupes de circonvolutions remplies d’œufs, on voit

ÎO

fl) Eschricht. Anatomisch-Physiologische Unlersuchungen über die Bothriocephalen , 1841, p. 197.

d’ordinaire ces éléments et les prolongements délicats des tissus voisins interposés, qui rappellent dans la cavité utérine les alvéoles des infundibula du poumon. Les cellules delà substance fondamentale, disent Sommer et Landois , forment une couche serrée autour du canal utérin. Eschricht qui a vu ces cellules croit qu’elles forment une enveloppe spéciale à la matrice ; elles se colorent et donnent à l’utérus, contre lequel elles sont serrées, l’apparence d’un revêtement épithélial. Plus les circonvolutions utérines sont distendues par les œufs , moins cette couche celluleuse est nette, par suite de l’écartement de ses éléments. Il n’existe de véritable épithélium ni dans l’utérus jeune, ni dans l’utérus des anneaux mûrs.

On voit d’après ces résumés que , parmi les auteurs qui ont étudié le Bothriocéphale , Stieda et Sommer et Landois sont ceux qui ont le plus approché de la vérité. La capsule dont parle Eschricht n'existe pas à la façon qu’il l’a décrite ; il y a bien à l’entour d’une grande partie de la matrice , une enveloppe cellulaire dont nous avons fait connaître les caractères, mais cette enveloppe constitue la paroi même de la matrice.

La partie terminale de cet organe ne s’enroule pas dans une loge que lui formerait une capsule, elle en est absolument dépourvue, comme le montrent nos dessins. La fig. 2, PL VIII explique peut-être l’erreur d’EscHRiCHT : dans cette figure , on voit la portion initiale du tube-matrice se présenter trois fois en coupe (mt" mi') tandis que l’ovaire central l’embrasse en partie; peutêtre Eschricht a-t-il pris ce dernier organe pour la capsule. La fig. 1, PL VII, montre l’aspect véritable de l’utérus , quand les œufs ne l’ont pas encore rempli. On voit que sa portion mince n‘a qu’une enveloppe très peu épaisse quoique cellulaire , tandis que le reste de l’organe possède une paroi à éléments cellulaires volumineux, disposés sur plusieurs couches. Celle-ci, lorsqu’elle est distendue par les œufs, se réduit à une seule couche, comme nous l’avons dit plus haut et comme le montre la fig. 3 , Pl. VIII , qui représente un anneau mûr.

Ce sont évidemment ces grosses cellules , entourant le tube-matrice qui , étudiées sur un individu mal conservé, ont été prises par Boettcher pour a des amas de granules dans une masse fondamentale » Stieda avait bien vu ces éléments, mais il croyait qu’ils devaient disparaître avec l’âge; cet auteur ne les figure pas et ne dit même pas s’ils sont ou non limités à une portion de l’organe. Stieda crut voir la « capsule » décrite par Eschricht, mais il ne donne à ce sujet aucune indication histologique. Pour Stieda l’enveloppe conjonctive qui la formerait est distincte du revêtement cellulaire proprement

dit, tandis que pour Sommer et Landois, la capsule et cette enveloppe sont une seule et même membrane. Pour ces derniers, l’utérus possède une enveloppe anhiste , très^mince, qui forme sa propre membrane : nos dessins montrent que cet organe a un revêtement celluleux à éléments nets, quoique très petits ; pour Sommer et Landois , les cellules du tissu fondamental forment une couche serrée autour du tube- matrice, mais les caractères qu’ils leur donnent ne sont en aucune façon ceux des cellules que nous avons toujours rencontrées en ce point et il y a là une grosse erreur d’observation de la part des auteurs allemands. On peut s’en convaincre en comparant notre dessin fig. 1 , PI. Vil avec la fig. 1 , PI. VIII, qui reproduit un dessin de Sommer et Landois : notons que ces savants ne disent pas sur quelle étendue de l’organe s’étale ce revêtement de tissu, fondamental, et que la coupe sagittale non schématique, qu'ils figurent, est muette pour ce qui concerne la structure du tube-matrice ; aucun autre dessin vrai ne nous renseigne à ce sujet.

Les prolongements des tissus interposés aux œufs dont parlent Sommer et Landois , nous paraissent, tout simplement, ce qui reste sur la coupe d’un anneau en mauvais état , après que les manipulations ont détruit les mailles vitellines. Quant aux « innombrables conduits glandulaires » destinés à sécréter la coquille, signalés par Eschricht , ce sont évidemment ces cellules que nous avons décrites comme formant la paroi du tube-matrice, du moins nous ne connaissons rien d’autre qui puisse être pris pour tel. Déjà Stieda avait nié l’existence de ces conduits.

L’observation de Boettcher sur la communication entre elles des diverses anses de l’utérus est en tous points inexacte. Je n’ai rien vu qui puisse expliquer cette erreur dont Stieda fait déjà justice. Quant au tube dont parle Leuckart et qui serait le canal excréteur de l’ovaire , il devient difficile de préciser ce que le célèbre helminthologiste a voulu désigner sous cette appellation. S’il s’agit du pavillon, nous devons dire qu’il est toujours très court, qu’il présente de rares ondulations, et ne possède pas de parois minces (fig. I. pl. VII). Le vitelloducte , quoique régulièrement courbe est plus long et a des parois plus minces. Or-, l’on sait que Leuckart n’admet pas de communication entre les vitellogènes et les parties centrales de l’anneau; il est bien possible que cet auteur ait confondu le vitelloducte et le tube qui prolonge le pavilon en étudiant tantôt l’un, tantôt l’autre. Cela expliquerait comment il a pu trouver à l’intérieur de ce tube tantôt des ovules, tantôt une autre matière. Nous avons parlé de ce liquide jaunâtre

et très réfringent vu par Leuckart, et aussi des organes considérés par lui comme glandes coquillères, nous n’y reviendrons pas.

Ovaire . — L’ovaire du Bothriocéphale est situé dans la partie postérieure de l’anneau. Nous représentons (pl. VIII fig. 2) une coupe horizontale, nécessaire pour l’intelligence des coupes verticales ; elle donne l’ovaire avec tout son développement d’un côté. (1).

On voit par cette coupe, que l’ovaire est symétrique et qu’il est formé de traînées cellulaires rayonnant d’un point central . C’est en ce point central que s’amassent les ovules aussitôt que, leur développement terminé, ils se > détachent des tissus dans lesquels ils avaient pris naissance.

La disposition rayonnante de l’ovaire explique en premier lieu l’arrangement particulier que présente cet organe sur les coupes verticales. En effet, la plupart du temps, il semble formé de petits follicules en apparence indépendants les uns des autres et disposés assez régulièrement (pl. Vil fig. 2). L’on serait tenté de croire qu’il s’agit là d’une structure analogue à celle des testicules. On voit que , en réalité , les faits sont très différents ; les traînées qui forment les ovules ne sont nullement des noyaux glandulaires , chacun d’eux est indépendant et reste attaché aux éléments du réticulum auquel il appartient, jusqu’à son complet développement. Nous avons voulu montrer par la fig. 4pl. VII, les formes diverses que peuvent prendre les cellules ovulaires sous l’influence des pressions qu’elles exercent les unes sur les autres. Nous avons laissé l’indication des prolongements qui rattachent ces éléments à la zone centrale.

Les cellules des traînées ovulaires lorsqu’elles sont complètement développées, se détachent, avons nous dit, et s’amassent en un point déterminé contre lequel va s’aboucher l'organe qui doit les mener dans la matrice. Les ovules mûrs se reconnaissent à la netteté de leurs contours, à la disparition de leurs prolongements , à leur forme arrondie ou régulièrement polyédrique ; ils sont libres de toute adhérence.

L’ovaire du Bothriocéphale n’est pas limité aux hoyaux horizontaux que nous venons de décrire : chez cette espèce aussi, l’organe se continue dans les parties centrales, et s’étale pour y former ce que nous appelons V ovaire central , en rappelant la disposition primitive de l’ovaire conservé chez l’ Abothrium et chez le Leuckartia. Cette portion de l’ovaire est très étendue. La fig. 2, pl. VII, la représente en partie; on la retrouve pl. VIII fig. 3, où on

(1) Cette figure est schématique en tant seulement que les tissus ne sont pas représentés.

la voit s’étendre en avant et décrire une courbe à convexité postérieure. L’ovaire central est symétrique par rapport à l’anneau et il se rattache par sa base moins fournie à la partie horizontale de l’ovaire. Les cellules qui donnent naissance à la portion de l’ovaire dont nous nous occupons , ont tous les caractères des autres cellules embryonnaires des Gestodes , rappelés fig. 7, pl. V, et qui sont aussi ceux des ovules de V Abothrium , par exemple.

Les anneaux mûrs présentent ces éléments en voie de régression, complètement dépourvus de leur noyau, chargés de fines granulations ; leur contour s’affaiblit à mesure que leur taille augmente, et il faut parfois une certaine attention pour les retrouver. Nous croyons fort que les ovules de l’ovaire central ne donnent point naissance à des œufs, et que tous ses élé ments sont résorbés. Cet organe reste le témoin d’un état primitif dans lequel la partie inférieure de l’ovaire était loin d’avoir la prédominance qu’elle a acquis actuellement.

Les observations de Sommer et Landois sur l’ovaire sont absolument différentes des nôtres, bien qu’elles soient faites sur le même organe, situé, comme ils l’ont reconnu, à la partie inférieure et postérieure de la zone centrale, tout contre le plan des muscles circulaires inférieurs. Sommer et Landois ont injecté l’ovaire ! Les injections leur ont appris qu’il formait un corps glandulaire aplati, dans lequel ils ont distingué une partie moyenne peu développée et deux portions latérales étendues. L’ovaire d’un anneau empiète légèrement sur l’anneau suivant. D’après ces auteurs, l’ovaire du Bothriocéphale appartient au groupe des glandes en tubes. La membrane de chacun des culs-de-sac ovariens est anhiste et extrêmement mince; elle renferme une grande quantité de cellules claires, arrondies, au contour délicat, qui sont les ovules.

La situation de l’ovaire, sa forme, l’empiètement qu’il fait sur l’anneau suivant, sont les seules particularités de l’organe pour lesquelles nous puissions confirmer les observations de Sommer et Landois. Nous pouvons cependant interpréter la donnée qu’ils fournissent au sujet des trois parties de l’ovaire : ce qu’ilsappellent la portion médiane est évidemment le point où s’accumulent les*ovules détachés, et les parties latérales ne sont autres que les portions droite et gauche de la partie ventrale de l’organe. Pour tout le reste, les observations des auteurs allemands sont erronées : les ovules n’ont pas les caractères qu’ils leur assignent; ils sont grenus, et ils ne deviennent arrondis que lorsqu’ils sont détachés.

Sommer et Landois n’ont pas reconnu la véritable nature de la partie

de l’ovaire que nous avons appelée Y ovaire central , ils l’ont considérée comme la glande sécrétrice de la coquille. Pour ces auteurs, en effet, les glandes coquillères sont situées à à la partie supérieure, entre les pièces latérales de l’ovaire ; elles forment un complexe étendu de glandes unicellulaires et possèdent toutes leur conduit propre. La configuration générale de ces glandes serait celle d’une section de sphère creuse, à convexité tournée vers l’anneau suivant : toutes déboucheraient mu point où le canal excréteur de fi ovaire passe à la partie antérieure de la matrice et reçoit le tube vitelloducte. Les cellules sécrétrices seraient volumineuses, arrondies ou fusiformes et auraient un aspect trouble.

D’après cette description les glandes coquillères dont parlent Sommer et Landois doivent évidemment représenter l’ovaire central, assez bien décrit mais inexactement interprété et mal figuré.

On peut se convaincre de ce que nous avançons en comparant les coupes reproduites dans les deux dessins cités plus haut , avec la figure donnée par les auteurs allemands et que nous avons fait reproduire (pl. VII fig. 3). La disposition, la situation , le point d’insertion qu’ils indiquent , concordent avec ce que nous avons vu, et il n’y a d’ailleurs au voisinage aucune formation qui .^puisse donner le change. D’ailleurs Stieda qui avait beaucoup mieux observé cet organe que Sommer et Landois, l’avait vu appliqué contre la partie postérieure de l’anneau et s’étendant un peu contre la face dorsale. C’est la disposition que nous avons vérifiée dans nos coupes ; notons que Stieda avait remarqué que les éléments de ces glandes ressemblaient à ceux de T ovaire, à cela près qu’ils étaient moins serrés et qu’ils n’avaient pas les contours nets. Ces observations sont parfaitement exactes. Stieda, toutefois, crut trouver là une membrane d’enveloppe; il ne vit pas nettement leurs rapports avec le conduit excréteur de l’ovaire et imagina que leur produit était nécessaire pour favoriser le mélange des ovules avec le spermatozoïdes (1) Stieda changea plus tard sa manière de voir à l’égard de cet organe et il le considéra comme un amas de cellules pyriformes, plongées dans le tissu conjonctif du corps, et dont la position dépend de l’état de contraction de l’anneau. D’après lui, toutes ces cellules viennent s’ouvrir dans une cavité centrale où débouchent également le tube qui réunit le canal excréteur de l’ovaire, et celui des vitellogènes , et où la matrice prend naissance. Partant de ses observations

(1) Stieda. Ein Beitrag zur Anatomie des Bothriocephalus latus, Archiv. für Anal, und Physiologie , 1864, p. 19.

sur le Distoma hepaticum , il conclut que cet appareil glandulaire sécrète la coquille.

Eschricht avait vu l’ovaire central ; il l’appelle du nom de Knaueldrüse , par suite de ses rapports avec le tube-matrice, (. Knauëlrohre ), il le considère comme une glande albumineuse (1)

Leuckart qui regardait la partie horizontale de l’ovaire comme un système de glandes vitellogènes, prit la portion qui nous occupe pour le véritable ovaire ; il reconnut exactement sa situation mais la considéra comme un amas de tubes aveugles, enchevêtrés (2).

Pour Bœttcher, les deux glandes latérales et la glande centrale, constituent l’ovaire. Le professeur de Dorpatt insiste sur l’identité des deux organes, mais il les décrit comme environnés d’une membrane et revêtus d‘un épithélium de grosses cellules ; les dessins qu’il donne de cet ovaire sont de tous points inexacts.

Pavillon. — Les ovules arrivent à la matrice par l’organe que nous avons appelé le pavillon. Si l’on peut douter à première vue de la signification de cet organe lorsqu’on l’étudie de face , il n’en est plus de même lorsque la coupe le prend de côté. L’on se convainc alors facilement que le pavillon du Bothriocéphale est aussi net, aussi indépendant, que celui des Gestodes précédemment étudiés.

La fig. 7 pl. V, représente une portion de coupe verticale prise dans un anneau d’âge très voisin de celui que nous avons figuré pl. VIII fig. 1. Le pavillon est vu de côté, avec une partie du canal qui le met en communication avec le tube-matrice. L’organe collecteur des œufs est très volumineux, ses parois sont fort épaisses ; on distingue très facilement son ouverture en entonnoir , les fibres musculaires dont il est ceint et les grosses cellules musculaires qui en rayonnent. Le tube qui le prolonge conserve des parois épaisses sur une assez grande longueur mais il ne présente plus les fibres circulaires caractéristiques de l’organe.

Le pavillon dans la coupe représentée , s’applique contre un amas d’ovules libres dans une cavité. Nous sommes fixé sur cette dernière partie dans laquelle

(1) Eschricht. Anatomisch-physiologische Untersuchungen über die Bothriocephalen, 1841, p. 39.

(2) Leuckart. Die menschlichen Parasiten und die von ihnen herrührenden Kiankheiten, t. I, p. 431 .

débouchent toutes les traînées ovariennes horizontales. Quant au pavillon, il présente évidemment, dan s ce cas, la disposition qu’il a lorsqu’il fonctionne. Nous l’avonsencore figuré dans les mêmesrapports pl. VIII fig.*2, et nous en conservons plusieurs exemples. Mais les contractions musculaires peuvent facilement déplacer les différents organes ; aussi , les coupes verticales donnent-elles plus souvent le pavillon de face que de côté. C’est ainsi que nous l’avons représenté pl. VIII fig. 1, à une certaine distance de l’amas formé par les œufs libres. Dans cet état , le pavillon se présente contracté , avec une ouverture étroite , circonscrite par une couche épaisse de fibres circulaires, entremêlées de fibres longitudinales. De grosses cellules musculaires fusiformes , rayonnent tout autour; elles se rattachent , d’une part , aux fibres circulaires du pavillon et d’autre part , aux tissus voisins.

Dans la disposition figurée (pl. VI, fig. 1) et qui se rencontre très fréquemment, il existe, je le répète, une certaine distance entre le pavillon et l’ovaire; il n’est pas rare d’obtenir des coupes semblables qui donnent , avec une assez grande portion du tube-matrice , le receptaculum seminis tout entier et le vitelloducte , en même temps qu’elles montrent les rapports de tous ces organes. On n'y trouve , toutefois , aucune partie de l’ovaire. — Plus tard, les rapports changent quand l’anneau s’allonge , et le pavillon n’est plus si facile à trouver. Toutefois, il n’existe pas moins et nous avons pu le figurer dans une coupe horizontale prise sur un anneau très développé (pl. VIII fig. 2).

Le pavillon a totalement échappé aux naturalistes qui ont étudié le Bothriocéphale , et ils se sont trompés au sujet des rapports de l’ovaire avec le tube - matrice. Pour Sommer et Landois , le tube excréteur de la glande ovarienne part de l’extrémité antérieure de l’ovaire : il descend entre la dilatation qui termine le vagin et le tube collecteur des matières vitellogènes. D'abord assez étroit , il double bientôt son diamètre , entre alors en communication, à la faveur d’un tube, avec la dilatation qui termine le tube vaginal (: receptaculum seminis ) , s’élargit encore , puis se rétrécit et décrit enfin un coude pour s’ouvrir au commencement de la matrice.

Leuckaet n’a rien dit de précis sur le point qui nous occupe , Stiéda nonse que le conduit excréteur de l’ovaire se prolonge directement dans le tube-matrice. Pour Bœttcher, il est à peine possible que le transport des œufs ait lieu par un seul conduit, aussi, ajoute-t-il, par l’emploi des coupes longitudinales , voit-on à plusieurs reprises sur le même anneau les connexions de l’ovaire et du tube-matrice. Nous ne mentionnons pas les dessins

de BŒTTCHERà ce sujet, ils sont à peu près insignifiants, ni ceux de Stieda, dont plusieurs sont très bons toutefois , mais qui sont malheureusement schématiques ; nous avons jugé devoir reproduire le dessin qui marque comment Sommer et Landois entendent les rapports des différents organes, (pl. VIII, fig. 1). Contrairement aux figures données par les auteurs, nos dessins ne sont pas schématiques , et ils représentent des coupes vraies, dont nous conservons les préparations (pl. V, fig. 7 ; pl. VII, fig. 1 et 2; pl. VIII, fig. 2).

Le dessin des auteurs allemands que nous avons reproduit est emprunté . à la Pl. V , fig. 2 , de leur mémoire ; il est réduit de moitié et orienté dans le sens des nôtres. Les glandes unicellulaires marquées delà lettre k, correspondent à l’ovaire central, représenté Pl. V, fig. 7,P1. VII, fig. 2 et Pl. VIII, fig. 3. Nous nous sommes déjà trop étendu sur cet organe, pour revenir maintenant sur ses caractères et pour faire ressortir l’inexactitude du dessin de Sommer et Landois, aussi nous contenterons -nous de donner l’explication de la figure : la lettre a marque un organe représenté assez fidèlement , quant à la forme, le receptacidumseminis ; en /‘ est figuré le conduit excréteur de l’ovaire, le pavillon , qui semble s’aboucher sur le canal de communication du receptaculum et delà matrice. Le tube b correspond au canal qui, dans notre dessin , fait communiquer le receptaculum seminis avec le pavillon; i marque la première circonvolution du tube-matrice , qui prolonge le tube organe collecteur des ovules. On voit en c et en d les tubes vitelloductes représentés sous une forme qu’ils ne présentent jamais ; quant au tube vitelloducte , en particulier , nous savons qu’il se prolonge jusqu’à la couche musculaire circulaire où il reçoit les différents boyaux vitellins, et que jamais ces boyaux ne pénètrent isolément dans la zone centrale.

Vil ellogènes. — Nous avons étudié les premiers stades du développement des glandes vitellogènes. Elles modifient rapidement leurs caractères dès que les autres parties de l’appareil reproducteur sont prêtes à entrer en fonctions. Toutes les cellules vitellogènes deviennent complètement granuleuses , aussi bien celles qui se sont développées isolément, que celles dont le groupement constitue les follicules ; elles rompent leurs parois et mélangent plus ou moins leur contenu à celui des cellules et des follicules voisins, en fusant entre les mailles du tissu. Ce sont les follicules les plus voisins du centre qui mûrissent les premiers.

De même que chez la Ligule , les éléments vitellogènes ne se développent

pas à la partie moyenne de l’anneau , mais les granulations y sont néanmoins amenées par la zone intermédiaire à travers les tissus. Les granules nutritifs, chassés par une rapide multiplication , suivent ici aussi, en s’acheminant vers le centre, un trajet bien déterminé. A droite et à gauche, un boyau de granules part du follicule le plus voisin du centre et marche vers le hoyau semblable du côté opposé, tandis que les follicules se relient entre eux par des traînées de granules. Un nombre variable de boyaux semblables, partant ainsi de différents plans de l’anneau , convergent vers un centre, d’où s’élève, comme chez la Ligule, une colonne de vitellus qui pénètre dans un organe collecteur particulier (PL VII, fig. 2). Le vitelloducte est pourvu de parois propres et, comme celui de la Ligule , il ne descend pas plus bas que la couche musculaire circulaire.

La convergence des boyaux vitellins vers la base de la colonne ascendante n’est pas une hypothèse : je l’ai constatée sur des coupes heureuses, soit sagittales , soit verticales, et les auteurs l’ont décrite dans ses principaux traits , (PI. VII, fig. 2, PI. VIII, fig. 3).

Parfois les coupes montrent, parallèlement à la face ventrale, une sorte de tube ou des fragments de tubes aux parois indistinctes, que l’on peut voir partir des follicules du centre, et qui viennent déboucher à la base de la colonne ascendante : ce sont les boyaux vitellins dont nous venons de parler , vidés par une contraction violente de l’animal , ou par les manipulations que subissent les coupes. Les fibres refoulées par le passage du vitellus, fixées par l’alcool, sont restées en place. Le tube « plasmatique » de Sommer , dont nous avons parlé à propos du système vasculaire , n’a-t-il pas quelque rapport avec ce tube vitellin? La raison pour laquelle les différents boyaux vitellins horizontaux , et surtout la colonne vitelline verticale suivent un trajet constant, est vraisemblablement analogue à celle qui détermine le même phénomène chez la Ligule. Il n’existe pas non plus de rudiment de ces organes chez le Bothriocéphale large.

Notons en passant que tous les boyaux vitellins que nous avons pu observer présentaient un calibre faible et uniforme.

Les granules vitellins fusent- ils directement dans la zone centrale? La chose est possible, bien que je n’aie jamais pu la constater chez le Bothriocéphale.

Gomme nous l’avons déjà observé pour la Ligule, espèce dans laquelle les anneaux ne sont pas très distinctement séparés, les follicules vitellogènes du Bothriocéphale se succèdent régulièrement d’un anneau à l’autre, sans être

aucunement influencés par la formation du pli. (Voyez la fig. schématique 7, Pl. IX).

Pour Sommer et Landois, les vitellogènes forment une glande paire appartenant au type des glandes en grappe, située entre les couches sous-cuticulaires et la couche musculaire longitudinale. Les culs-de-sac de la glande, sont disposés en une couche simple et régulièrement distribués sur les deux faces de Panneau, excepté sur le champ médian. Déformé régulière lorsqu’ils sont jeunes, ils deviennent très irréguliers, quand la matière vitelline les distend fortement : ils envoient alors des prolongements dans la substance fondamentale qui les entoure et fusent souvent les uns vers les autres.

Les tubes excréteurs des vitellogènes ont une membrane délicate, anhiste. D'après les auteurs allemands, ils partent isolément des follicules, et se réunissent les uns aux autres, en formant un réseau étendu entre les follicules et la couche musculaire longitudinale. 11 se développe de chaque côté et à la face ventrale, de fortes branches qui se réunissent en un seul tronc pour pénétrer dans la zone centrale et se déverser dans le canal excréteur de Povaire, qui va s’aboucher avec le tube-matrice. Sommer et Landois ne disent rien de l’origine et du développement des vitellogènes, ils les dérivent ainsi : ces glandes contiennent, en outre de gouttelettes graisseuses isolées et de sphérules vitellins libres, une grande quantité de cellules , rondes ou ovales lorsqu’elles sont indépendantes, et de forme polygonale lorsqu’elles sont groupées en masses de volume variable. Les unes ont un noyau et un protoplasme homogène, les autres , et ce sont les plus fréquentes, contiennent à leur intérieur des granules incolores, brillants, de volume variable les granules vitellins. — On le voit, les données fournies par Sommer et Landois ne nous apprennent pas grand’cbose sur l’histologie et la transformation de ces glandes.

Avant Eschricht, on avait considéré les vitellogènes, comme des œufs non mûrs ; le professeur danois vit quels rapports ces produits avaient avec les œufs et quels tubes les amenaient dans la matrice.

Leuckart ne put trouver de membrane propre aux follicules vitellogènes. Il ne vit pas les connexions qui existent entre les granules vitellins et les œufs, et il émit l’idée que ces éléments étaient tout simplement des produits d’excrétion ; nous avons vu plus haut que cet auteur considère l’ovairè central comme le véritable ovaire et qu’il donne le nom de glande vitellogène à l’ovaire vrai.

Pour Siebold (1), les follicules vitellins et les tubes qui en partent, reprétent l’appareil vitellogène du Bothriocéphale; Stieda fut du même aÿis, il confirma en beaucoup de points les assertions d’EscHRiCHT et donna des détails plus circonstanciés sur la distribution de ces glandes. Pas plus que le professeur de Copenhague, toutefois, il ne put trouver de conduits aux follicules vitellogènes de la partie dorsale.

Boettcher combattit l’idée de Leuckart, et trouva que les follicules étaient entourés d’une membrane, qu’ils communiquaient entre eux par des anastomoses et que leurs produits se déversaient dans un canal unique qui les conduisait dans la matrice. En même temps, il crut voir les follicules communiquer avec l’extérieur, chacun par un canal propre (2).

Boettcher ne cherche pas à expliquer le fait particulier que présentent ainsi ces glandes et Sommer et Landois marquent avec raison la plus grande incrédulité au sujet de cette observation. En réalité, nous avons vu chez la Ligule des dispositions qui rappellent absolument ce que Boettcher a figuré chez le Bothriocéphale, et l’explication n’en est pas difficile. 11 ne faut pas oublier que les follicules vitellogènes sont dépourvus de membrane : à un certain moment, les granules accumulés et tassés à leur intérieur peuvent fuser aussi facilement vers la périphérie que vers le centre. Or, ce dernier côté leur offre un point de moindre résistance, le tube par lequel ils peuvent arriver plus facilement à la matrice et peut-être aussi la disposition de ce qui peut rester des rudiments de l’appareil vitelloducte primitif. Chaque fois que le vitellus , accumulé dans les conduits, ne se déverse pas assez vite , lorsque les rudiments auxquels nous venons de faire allusion n’ont pas suffisamment tracé la voie à la matière nutritive , les granules vitellins fusent vers la périphérie de la façon figurée par Boettcher. Nous n’avons pas observé ces faits chez le Bothriocéphale à la vérité, mais nous sommes convaincu qu’on pourra répéter l’observation de Boettcher, à cela près, toutefois , qu’on ne verra pas les follicules s’ouvrir à l’extérieur. Les fusées de cette nature, en effet, s’arrêtant dans la zone cuticulaire. Lafig. 6, pi. vu est instructive à cet égard.

L’on croyait que les ventouses du Bothriocéphale étaient situées sur le côté delà tête. Boettcher avança que, au contraire, ces organes sont situés à la

(1) Manuel d’Anatomie.t. \

(2) Boettcher , loc. cit. p. 137.

face dorsale et à la face ventrale de la tète . Leuckart ne tarda pas à confirmer le fait avancé par Boettcher. Cette . opinion, était basée sur la situation des ventouses par rapport à l’orientation des anneaux; le critérium était insuf-

fisant, et nous-avons voulu nous appuyer sur d’autres considérations.

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Nous nous sommes facilement convain cu que les ventouses, en effet, ne sont nullement latérales , mais bien dorso-ventrales. Le système nerveux et les deux grands vaisseaux fournissent, à. cet égard, un excellent point de repère. Ces organes sont latéraux dans toute l’étendue de la chaîne et conservent cette situation dans la tète , comme l’on peut s’en assurer par une série de coupes. Si l’on examine notre dessin, fig. 12, pi. vi, on voit que les vaisseaux et les cordons nerveux, sont situés à droite et à gauche des ventouses et non dans leur prolongement: la disposition que nous indiquons est si marquée, qu’il ne peut y avoir aucun doute à cet égard.

La tête du Botriocéphale , telle que nous l’avons représentée , est dans une apparente asymétrie. Les bords d’un côté de la ventouse s’enroulent, en effet, vers l’intérieur de la dépression et sont recouverts par les bords de l’autre côté. De cette fa^on une moitié de la tète semble plus petite que l’autre moitié.

Bœttcher, dans l’un de ses dessins, représente la commissure nerveuse et les deux ventouses comme perpendiculaires l’une à l’autre (1). Dans l’une des autres figures qu’il consacre à la tête du Bothriocépbale , les deux bords sont représentés droits , de sorte que la -coupe est symétrique et concorde avec ce que l’on sait du Bothriocephalus cordatus. Bœttcher se demande si ce n’est pas là un effet de l’alcool dans lequel était conservé l’individu qui lui a fourni cette coupe. Nous croyons que l’hypothèse de Bœttcher repose sur une observation incomplète ; la partie antérieure des ventouses , aussi bien que leur partie postérieure, n’est pas enroulée et la coupe en acquérant ainsi une disposition symétrique , concorde alors avec certaines figures de la tète du Bothriocephalus cordatus. Notre dessin représente une coupe passant parle milieu des ventouses.

On remarque , à droite et à gauche de la tète, deux légères dépressions perpendiculaires aux deux vraies ventouses. Immédiatement en dedans de la

(1) Contrairement à ce que nous avons vu sur l’unique tète de Bothriocéphale que nous avons pu étudier, Boettcher ne représente pas du même côté, les deux bords enroulés de la ventouse. 11 figure l’un d’eux comme appartenant à un certain côté et à la partie supérieure, et l’autre, comme appartenant à l’autre côté et à la partie ventrale. De nouvelles observations seraient nécessaires pour savoir s’il y a là une erreur du naturaliste de Dorpatt, ou si la disposition des ventouses n’est pas constante.

zone sous-cuticulaire , formée de cellules fusiformes , on trouve une série de vaisseaux longitudinaux, au nombre de plus de trente , disposés régulièremeut par toute la circonférence. Ges vaisseaux correspondent évidemment aux vaisseaux sous-cuticulaires que nous avons indiqués sur la chaîne des anneaux Plus en dedans, une couche de muscles longitudinaux, mince et régulièrement disposée, suit dans toute son étendue la zone sous-cuticulaire. Au point où le fond delà ventouse supérieure se rapproche le plus de la ventouse inférieure, les deux zones musculaires semblent se confondre. Lafigure triangulaire dans laquelle sont enfermés, à droite, et à gauche le cordon nerveux et le vaisseau, est déterminée par la profondeur de la dépression des ventouses , et l’on voit les fibres transversales, correspondant aux fibres musculaires circulaires des anneaux , se déployer en éventail pour aller se perdre dans tes dilatations droite et gauche de la tête. Plus haut , cette disposition régulière des muscles longitudinaux se perd et ils vont s’insérer aux différents points du sommet de la tête.

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