XII INTRODUCTION
Nous arrivons au Comité de salut public , qui tenait en 1794: au pavillon de V Égalité ses délibérations nocturnes dont de fréquents orages troublaient le mystère.
On n'était pas arrivé du premier coup, mais par tâtonnements successifs et par étapes à la création de ce conseil d'impulsion, d'action, dont l'œuvre patriotique fut aussi incontestablement généreuse, féconde, admirable que son œuvre politique fut passionnée, funeste, coupable.
Dès le milieu de l'année 1792, il existait un Comité de défense générale, qui tenait ses séances au Couvent des Feuillants. Barère en parle en ces termes dans ses Mémoires :
«■ Ce Comité, dont on a trop peu parlé, avait cependant rendu de grands services, d'abord avant le 10 août, et ensuite dans les mois de novembre et décembre 1792 jusqu'à la formation du premier Comité de salut public, le 5 avril 1793. Le Comité de défense générale s'oc. cupait de préserver nos frontières méridionales des attaques des Espagnols, et il régularisait, autant qu'il était possible, la marche des armées et des contributions de guerre en Belgique.
« Si ce Comité ne s'était occupé que de ces deux objets, il aurait fait plus de bien ; mais au mois de décembre, il appela tous les généraux à Paris et laissa tout stagnant dans les armées ; enfin il prépara mollement les armements et les approvisionnements pour la grande guerre qui nous menaçait au printemps de 1793. Ce qui annula encore d'avantage ses opérations, c'est une discussion très -passionnée et très- . inextricable au sujet des correspondances établies avec les généraux par le comité, et surtout au sujet des intelligences secrètes que l'on prétendait avoir été entretenues depuis plusieurs mois avec le général Dumouriez, qui avait les principales forces à sa disposition.
« Alors on vit s'engager, dans le Comité de défense générale, la discussion la plus étendue et la plus animée entre les deu-s partis de la Convention, qui furent près de se dévoiler en s'accusant mutuellement et qui nous firent sentir le besoin de les éloigner de la conduite générale des affaires '... »
l Mémoires de B. Barère, membre de la Constituante, de la Convention,du Comité de salut public et de la Chambre des représentants, publiés par MM. Hippolyte Carnot et pavid d'Angers. Paris, 1842, Jules Labitte, 4 vol. in-8°, t. II, p. 74 et suiv,