‹ Mémoires sur les Comités de salut public, de sureté générale et sur les prisonsChapitre 102 sur 126 · LETTRE LXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXVIII

ROUCHER A SA FEMME

Ce 17 pluviôse an 2, à une heure après-midi.

L'air, ici, est aussi pur que celui des champs. Nous avons devant nous un immense horizon, et du côté de la salubrité résultant de l'espace et de l'air, point de comparaison avec Sainte-Pélagie! Oh! si la même proximité existait, tout serait au mieux pour une prison. S'il est possible, d'une manière ou d'autre, de recevoir la subsistance de ta main, je ne balance point; laisse-moi ici. Nulle part, je ne serais moins mal qu'à Saint-Lazare.

J'ai commencé à approprier notre chambre qui serait au mieux, si un seul l'occupait. Nous voilà sortis de la première ordure. Je pourrai ce soir écrire un peu plus tranquille, et Minette aura demain son quintidi de la même manière et par la boîte ordinaire. Quand je serai posé tout à fait, tu sauras l'histoire de notre translation. 0 droits sacrés de l'homme, quand pourra-t-on vous mettre en activité ?

Salue, embrasse tous nos amis. Je t'ai vue, j'ai vu la citoyenne L****, et vous m'avez paru toutes les deux bien, oh! bien défaites. Mon Dieu! et c'est moi qui en suis la cause, c'est pour moi que tu as tant de mal, que mes amis souffrent! mais, hélas! je n'en puis mais. Je vous en demande pardon. Allons! du courage! et toujours du courage! l'abattement ne sert à rien. Encore une fois, je t'embrasse de toute mon âme.

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