‹ Mémoires sur les Comités de salut public, de sureté générale et sur les prisonsChapitre 111 sur 126 · ROUCHER A L'ARCHANGE RAPHAËL · texte numérisé non relu

ROUCHER A L'ARCHANGE RAPHAËL

Ce 8 ventôse an 2, à onxe heures da soir.

Je ne vous verrai donc plus, aimable fille d'un excellent père! Ils m'enlèvent, les cruels, ce tant doux plaisir. Quand je serais coupable, on ne pourrait m'infliger une peine plus sensible. Jugez donc quel je suis, n'ayant rien à me reprocher Votre esprit éclairé, votre raison, votre voix charmante, cet ensemble délicieux qui relève les grâce d'un joli visage, tout cela n'existe point pour un malheureux prisonnier. Mon imagination me les représente sans doute;

Mais comment espérer que son prisme colore, Ainsi que la nature, un bouton près d'éclore? Les vers humiliés s'arrêtent devant lui.

C'est d'une jeune rose qu'il est question dans ces vers; convenez qu'en les composant, j'avais devant les yeux un objet qui ne vous est pas de beaucoup inférieur.

Minette ira vous voir. Je ne lui envie pas ce bonheur; elle le mérite par la tendre amitié qu'elle vous porte; mais je voudrais le partager. Cependant si elle ne vous dit pas, avec toute l'effusion d'une àme qui vous admire, de ces choses qui vous embarrassent un peu, parce que vous les méritez, tenez, Mademoiselle, vous pouvez l'assurer qu'elle me supplée mal. Il est vrai que la friponne voudrait tout attirer sur elle; mais, je vous en prie, réservez-moi quelque chose dans vos sentiments. Sa part sera toujours meilleure que la mienne. On ne donne pas à l'automne ce qui appartient au printemps. Mais enfin, on met quelque justice dans ses distributions môme les plus charitables. Hé bien! me voyez- vous là, tendant la main et vous demandant la charité.

Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle,

Quoique laborieuse, vous ne me serez point fourmi. Grand merci, aimable Syrène! j'entends votre voix; elle chante une romance, une complainte qui attendrit en ma faveur ceux qui vous écoutent, et me rend plus cher, s'il est possible, à leur cœur. Je sens tout le prix de l'intérêt que vous me portez, vous et monsieur votre père. J'envie votre sort commun; vous êtes heureuse d'être avec lui; qu'il dise s'il est malheureux d'être avec vous ! Ah ! le ciel vous conserve l'un à l'autre! Après ce vœu, que je fais aussi pour moi, quand je songe à Minette, le froid hommage du respect est, je crois, bien inutile. On doit, sans doute, du respect à votre sexe, à votre jeunesse; mais l'amitié est un peu gênée dans les bornes étroites qu'il prescrit; elle le mène à sa suite et l'oblige à se voiler un peu, pour n'en être pas trop effacé.

N'est-il pas vrai que votre père est là? Oui, il me voit, il vous regarde; je vais donc vous embrasser.

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