LETTRE CXXIII
BOUCHER A SA FILLE
Ce 6 messidor an 2, i sept heures do matin.
Je 6uis debout depuis cinq heures, ma chère enfant; devine à quoi j'ai passé mon temps. Mon portefeuille ouvert devant moi, j'ai relu tes premières lettres, celles qui ont suivi noire séparation. Jamais deux heures n'ont coulé
si vite, ni si agréablement. Je voyais bien la prison, mais je ne la sentais pas. Ma Minette en effaçait l'impression dans mon cœur.
J'ai joui en vérité de toutes les espérances que tu m'as données, et qui se trouvent aujourd'hui réalisées en grande partie. Aussi me suis-je complu à arranger ces lettres en ordre de date, pour mieux les retrouver au besoin. Elles ne seront pas longtemps sans revoir le jour. J'en ai promis la lecture à deux mères qui m'envient ma Minette et qui en auront une, si elles le peuvent. Mais, Mesdames, il ne faut pas vous le dissimuler, ce n'est pas chose aisée, et pour aller à Corinthe, le désir ne suffit pas. La nature vous a-t-elle d'abord fait présent d'une bonne étoffe? ensuite, y a-t-il chez vous de quoi la bien travailler? Vous, par exemple, Aiguillepinceau, vous avez bien et l'esprit cultivé et la raison perfectionnée par l'expérience. On voit que vous avez lu, et même avec fruit, des ouvrages dont votre sexe s'épouvante ordinairement. Une foule de préjugés qui rétrécissent la pensée, défigurent la nature et rendent l'âme timide, me paraît être bien loin de vous, grâces à la plume de nos philosophes. Mais combien sur certains objets relatifs à l'ordre naturel, à l'essence de toute bonne société, je trouve en vous d'antiques rouilles. Après cinquante ans, je conçois qu'il est impossible de s'en défaire, et voilà pourtant ce qui, par contagion, obstruera les canaux delà lumière dans une âme de onze à douze ans.
Quant à vous, jeune mère, femme vive, aimable, mais légère, qui passez en un instant d'une impression à l'autre, et dont l'âme mobile ne laisse prendre à aucune pensée la consistance qui peut seule la faire fructifier, vous parviendrez bien, avec cet or qui paye des maîtres, à présenter aux yeux de votre fille les éléments de toutes les connaissances utiles et agréables. Mais pour que ces germes du bien lèvent et croissent, il faut de la tenue, de la persévérance; il faut surtout l'éducation de l'exemple, la première de toutes les éducations. Ma Minette l'a trouvée dans la personne de sa mère, comme elle a trouvé en moi l'absence de tous les
préjugés. Soyons justes cependant; si le hasard m'avait donné une autre naissance, peut-être n'aurais-je pas à me vanter sur certains objets. Quand on a bien étudié le cœur humain, on est à chaque instant forcé de convenir que le vieil Adam n'est pas facile à rejeter,
Et qu'à l'humanité, si parfait que l'on fût, Toujours par quelque faible on payât le tribut.
Toi, par exemple, ma bien-aimée, je crains bien que ton faible ne soit un certain dégingandage d'action, de mouvement, qui t'empêchera toujours de mettre de l'ordre dans l'emploi de tes journées. Le cardinal de Retz disait des Parisiens : Ces gens-là ne se désheurent pas. Je parierais que le cardinal, si tu eusses vécu de son temps, et qu'il t'eût connue, aurait fait une exception pour toi à la maxime générale. Tu ne sais pas ordonner ta vie; aussi ne te rapportera-t-elle pas tout ce que tu pourrais en retirer. Prendsy bien garde pourtant, ma chère Minette, tandis qu'il en est temps encore. Encore une année d'habitude à cette translation continuelle de ton corps et de ton esprit, c'en est fait; impossible à toi de te donner une assiette uniforme et tranquille. Tu ne feras rien d'utile, parce que tu feras tout sans règle, sans méthode et comme au hasard. Tu passeras ta vie à être mécontente de toi-même. Tout haut, tu t'en prendras aux circonstances; et tout bas, une voix qui ne trompe jamais mettra le tout sur ton compte. Il est peu de circonstances assez impérieuses pour ne pouvoir pas être maîtrisées. La véritable sagesse, c'est-à-dire, la vraie force n'est pas de nous plier aux choses, mais bien plutôt de plier les choses à nous. Tu m'avais prié de te faire un plan invariable de travail, je t'avais même à ce sujet communiqué mes idées; et autorisé par tes promesses, j'allais devant moi, dans la grande route des espérances; mais je n'ai suivi qu'un leurre. Te voilà encore gaspillant tes jours et ne trouvant pas même un moment pour donner à notre correspondance l'intérêt que tu y mettais si utilement pour toi, et pour moi si agréa-
blement, cet hiver, pendant que j'étais entre les murs de Sainte-Pélagie.
Tout ceci pourtant, ma bien-aimée, sans humeur, sans reproche. A quoi servirait l'amitié, si elle ne donnait pas le droit de penser tout haut, et de dire : Ceci me paraît mieux que cela. Ta légèreté t'emporte si bien, que tu as oublié tout net de répondre à deux de mes demandes. J'attends toujours ton cahier d'Éléments de botanique, et les Passions du jeune Werther.
Ta mère m'a dit que l'on t'avait offert une loge à l'Opéra pourvoir Orphée et que tu l'avais refusée; j'en suis fâché. Tu eusses entendu de la céleste musique, celle quia réconcilié Jean Jacques avec la langue française chantée. Je me souviens à ce sujet que ce grand homme, que ce bonhomme, me disait un jour : J'avais contre la langue française deux préjugés; je ne la croyais faite ni pour la grande musique ni pour la grande poésie. M. Gluck m'a détrompé du premier, vous me détrompez du second.
Sais-tu comment on embrasse quand on aime? hé bien! voilà justement ma manière de t'embrasser.
LETTRE CXXIV
ROUCHER A SA FEMME
Ce 6 messidor an 2, à midi.
Tout en me disant que tu as du courage, ma bonne amie, tu me désespérerais, si je n'avais pas la certitude d'être plus fort que toi; et cependant je ne me berce pas des mêmes idées. Non, je ne crois pas si prochain le terme de notre détention. Je ne sais qui me dit que je ne suis pas encore à demi-chemin. Si je me trompe dans mes calculs, tant mieux! mais s'il se trouve que j'aie vu juste, je n'aurai point à revenir tristement sur mes pas. Combien je voudrais que tu fisses de même !
Quant à la nourriture en commun , je la redoute pour loi et pour moi, pour moi qui n'aurai plus le plaisir journalier de me dire : « C'est ma femme, c'est ma fille, qui ont préparé mes aliments, et à qui ce soin donnait une occupation agréable, quoique bien pénible assurément. »
LETTRE CXXV
EULALIE A SON PÈRE
Ce 9 meisidor an 2.
J'ai été bien heureusement surprise hier, mon cher papa, en recevant une lettre de vous. On nous avait affligées d'une défense qui semblait se réaliser avant-hier. Elle n'aura pas lieu, j'espère. Voudrait-on nous ravir la seule consolation qui nous reste. Je vous aurais écrit, ces jours-ci, sans un malaise qui obstruait toutes mes facultés plus que n'aurait fait une fièvre décidée. C'est d'hier au soir seulement que j'ai repris une certaine agilité de pensées. Le soleil décidément n'est pas fait pour moi, ou plutôt je ne suis pas faite pour lui. Je suis condamnée à vivre loin de ses rayons. L'ombre est mon fail ; j'ai cela de commun avec bien des gens. Le jour de l'herborisation, la chaleur a été assez forte; j'en ai souffert, et je ne chercherai pas plus loin la cause de cette pesante indisposition.
J'ai fait, cette même matinée, connaissance avec un certain original dont on m'avait beaucoup parlé. Dans ce moment la tête lui tourne de l'étude des plantes. Je ne dis rien de trop; la journée n'est pas assez longue, depuis sept heures du matin jusqu'à neuf heures du soir, pour analyser, comparer, disséquer. Aujourd'hui il tient la botanique à plein esprit ; demain, ce sera autre chose. Vous le connaissez, ou pour mieux dire, il vous connaît beaucoup. Je me propose de vous en parler ,* il y a des gens qui font tableau. C'était aujourd'hui la seconde leçon de dictée. Je suis attentivement des
yeux sur mon cahier; je retranche, j'ajoute selon l'occasion. Voilà Werther; je ne l'avais pas oublié. J'ai grande envie de le lire. Nous en avons ici un autre exemplaire; les premières lettres me plaisent assez. Adieu, mon cher papa !
LETTRE CXXVI
ROUCHBR A SA FILLE.
Ce 9 messidor an 2.
Le malaise et toujours le malaise, ma chère fille ! quel triste compagnon de ta jeunesse ! Oui, sans doute, tu auras rapporté cette mauvaise plante de ton herborisation. Le soleil est funeste aux tempéraments bilieux ; il faut donc l'éviter désormais avec soin. Prends garde à toi, lorsque tu assisteras à la démonstration. Rester debout une heure entière sous les rayons de l'été, devant ces plates-bandes que le professeur vous explique, c'est une situation qui ne convient pas à ta santé. Il faut te servir d'un parasol; du moins il abriterait ta tête, et c'est ce que les bilieux doivent le plus soigneusement abriter.
J'espère que cette indisposition n'aura pas de suite, mais il faut la soigner, ma chère enfant. Tu me dois un som tout particulier de ta santé ; elle n'est pas à toi, c'est la mienne ; et tu ne voudrais pas me faire du mal.
Ton frère m'a fait hier verser des larmes d'attendrissement. Nous dînions, je venais de lui lire la lettre qu'il avait reçue de maman ; tout à coup il me dit : Papa, je voudrais que tu sortes et moi que je reste. Ce sont ses paroles. — Eh ! mon fils, que ferais-tu ici sans papa? — Je mangerais du pain et de l'eau. Je me suis jeté sur le visage de .cette aimable créature, et peu s'en est fallu que je ne l'aie étouffé dans mes embrassements.
Bonsoir, ma chère Minette, je t'embrasse aussi presque aussi fort. Dis à maman tout ce qui est dans mon cœur pour
LETTRE CXXVII
ROUCHER A SA FILLE
Ce 12 messidor an 2, à six heures du matin.
Saurai-je aujourd'hui le nom du botanisant que tu as rencontré dans l'herborisation de Gentilly? Mais vraiment l'esquisse que tu m'as tracée, en me promettant un portrait achevé, me pique, et je voudrais déjà tenir ce que tu m'as promis. Prends-y bien garde! je ne te laisserai pas tranquille jusqu'à ce que tu aies rempli ta parole. Tu m'en as donné tant et tant que tu n'as pas tenues, qu'enfin je suis déterminé à te rendre en sollicitation, et, que sais-je ! peut-être en reproches, les cent et un tourments que tu m'as faits en vaines attentes.
Minette ne veut donc pas se servir de parasol pendant la démonstration en plein air, un pareil meuble la gène. Voilà une bonne raison, ma foi, à donner pour se dispenser d'une précaution indispensable. Sans doute lorsque les rayons d'un soleil brûlant ont allumé la fièvre, et qu'il faut se résoudre à languir sur un lit pendant quelques jours, cet état n'a rien de gênant. Je sais, moi, que je ne me croirais pas alors à mon aise. Mais aussi je ne suis pas Minette, je n'ai pas son courage, sa patience, son savoir souffrir. C'est moi, que la seule idée de la mort trouble, afflige, et quand je lis dans Montaigne un certain passage où cette nécessité de mourir est si pittoresquement exprimée, ce sont mes yeux qui se remplissent de larmes! N'est-ce pas? ha 1 Minette, Minette! nous aimons la vie et nous la prodiguons. Mais, mon enfant, on n'a pas toujours le droit d'en faire soi-même si bonne composition. Ce qui est autour de nous, ce qui nous aime, doit-il être compté pour rien ? Je te livre à cette pensée, et quand tu l'auras un peu approchée, permis à toi d'aller encore au soleil chercher la fièvre qui te plaît tant,
Emile était invité à déjeuner chez la citoyenne Cambon, ci-devant première présidente à Toulouse, dont la fille, à peu près de ton âge, est intéressante et par la figure et par
les talents. J'ai cru que notre bambin serait encore mieux accueilli, s'il portait à Pauline un petit compliment mérité. Je l'ai donc fait parler dans un quatrain qu'il a ensuite signé d'un Emile Boucher, écrit de sa main guidée par la mienne. 11 est allé présenter son hommage. On m'a rapporté le succès du barabin et sa gaieté et son amabilité. "Voici ce quatrain :
À la rigueur du sort qui commence ma vie
Je n'ai plus rien à reprocher, S'il peut, comme aujourd'hui, toujours me rapprocher Des vertus, de la grâce aux talents réunie.
Adieu , ma chère enfant ! je voulais t'envoyer aussi quelques vers que j'ai adressés à Y Aiguille-pinceau, en lui remettant une copie des stances à ma fille, qu'elle m'avait demandée ; mais ce qui concerne cette excellente et malheureuse mère sera pour une autre lettre. A demain donc! Bonjour, ma Minette, bonjour!
LETTRE CXXVIII
ROUCHER A MADAME L****
Ce 13 messidor an 2, à six heures do mfctin.
Vous me louez, ma bonne amie, d'une force d'âme, d'une philosophie soutenue et d'une douceur aimable envers le malheur., qui, dites-vous, inspire le plus vif intérêt. Ces mots sont charmants à recevoir et à savourer ; mais ils le seraient bien davantage, si on ne cessait jamais de les mériter. Malheureusement depuis votre dernière, sous la date du 4 du courant, je ne me suis plus senti cet homme fort, doux et philosophe que vous appelez votre ami, et qui l'est en effet. Vous ne concevrez jamais ma tristesse, mon abattement, le jour que je crus être arrivé au moment où toute communication avec les miens allait finir. Je ne veux pas que vous me croyiez meilleur que je ne suis ; votre pauvre ami a souffert
dans vingt-quatre heures tous les tourments des damnés. Je ne pleurais pas, je ne gémissais pas; ma douleur était sèche et muette. Ne plus écrire, ne plus recevoir de lettres, en un mot ne plus tenir à rien qu'à la prison, c'était pour moi une horrible perspective devant laquelle je me sentais jeté à la renverse. Après avoir erré ainsi toute la journée, par la pensée, dans une région de malheur, sans pouvoir trouver aucune personne, aucune chose qui ait apporté le moindre soulagement à mes tortures, je rentrai avant dix heures dans ma cellule. Mon sage et mon Emile dormaient. Je m'assis à mon bureau n'ayant pas la force de me coucher, craignant même la longueur et l'influence de la nuit. Quelques instants après, mes yeux, secs jusque-là, shumectèrent bientôt. Les larmes sortirent, et ce fut enfin avec une telle abondance que jamais, non jamais, dans le cours de mes cinquante années, je n'en ai autant répandues. C'était sans doute toutes les larmes amassées sur mon cœur depuis ma captivité. Je restai dans cet état jusqu'après minuit. A force d'affaissement, je sentis le besoin de dormir; je me couchai donc, et trouvai enfin un lourd sommeil, et si lourd que je ne pus m'éveiller au tintamarre, au bruit affreux qui se fit à côté de moi, et jusqu'à ma porte, de la part d'un homme ivre d'eau-de-vie, qui heurtait, frappait, battait en furieux, au point que toute la maison, sans en excepter personne, fut sur pied cette nuitlà depuis une heure jusqu'à deux. S'il y avait eu dans ce moment un assassinat général des détenus, il y a grande apparence que j'eusse passé doucement du sommeil à la mort. Le lendemain, à mon réveil, je voyais déjà moins en noir, et lorsque la menace de la veille parut ne point se réaliser encore, je me sentis ramené à mon premier état.
Vous voyez donc bien, ma bonne amie, que ma philosophie n'est pas imperturbable; non ! elle ne l'est pas à la pensée qu'il faut ne plus communiquer avec ce qui m'est cher. Si jamais ce malheur arrive, plaignez-moi; car je serai véritablement à plaindre, à moins qu'à force de coups de cabes- * tan, je ne parvienne à me relever et à me soutenir à la hauteur de mon infortune. Aujourd'hui me voilà retrouvé, me
voilà tout à fait moi-même, je vous le dis dans toute l'effusion de mon àme ; recevez-en l'assurance dans tout l'épanchement de la vôtre.
LETTRE CXXIX
ROUCHER A SA EILLE.
Ce 19 messidor an 2, à neuf heures du matin.
Ma chère enfant, je te dirai que tu as mal fait de lire Werther, Tu penses que tu es déjà en âge de tout lire, et tu as raison, pourvu que tu en exceptes les romans. Tu es encore trop jeune, ma bien-aimée, pour tirer de ce genre de lecture tout le fruit qui s'y trouve enveloppé. Ce n'est pas là l'aliment le plus salutaire à l'âge où tu arrives ; on risque alors de n'en extraire que le poison, c'est-à-dire, de ne s'accoutumer avoir le monde qu'à travers un prisme qui embellit tout, même le vice, ou du moins le crime, ou du moins les faiblesses pour lesquelles l'art du romancier est d'obtenir de nous un grand intérêt. Les romans, ma chère fille, exercent trop la sensibilité, la tiennent trop en action, enseignent trop à lui donner le pas sur la raison. J. J. Rousseau dit qu'il apprit à lire dans les romans, et il appelle cette méthode dangereuse. « Je n'avais, ajoute-t-il, aucune idée des choses, et tous les sentiments m' étaient déjà connus. Ces émotions confuses me formèrent une raison toute particulière, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques dont l'expérience et la réflexion n'ont jamais bien pu me -guérir. » Attends quelques années encore, ma chère enfant, attends la plénitude de ton développement moral. Ce terme doit arriver pour toi plus tôt que pour tout autre; alors tu pourras te livrer au charme de cette lecture. Le danger cédera la place à l'utilité.
Il faut l'avouer, l'homme intérieur est dans les romans bien mieux que dans l'histoire. Aussi le philosophe qui les
lit, pour l'y trouver, y fait-il une moisson de pensées plus abondante peut-être que tout ce qu'il peut recueillir des moralistes de profession. Les romans, à l'âge de quarante ans, étaient la lecture ordinaire d'Helvétius, il y cherchait les veines les plus déliées du cœur humain, et il faut avouer que l'auteur de l'Esprit les a souvent rencontrées.
Je veux encore vous confier des vers auxquels, Mademoiselle, vous n'êtes pas étrangère. J'avais lu certaines stances que vous connaissez à Y Aiguille-pinceau, mère d'une jeune et belle Apolline dont elle est cruellement séparée, enfant unique qu'elle pleure tous les jours. On m'en avait demandé copie, j'ai obéi; et au bas de ces stances, j'ai ajouté, en envoi, ces vers :
D'un sort commun l'injustice barbare D'enfants aimés, vous et moi, nous sépare • Vous, mère tendre, et moi, père chéri.
J'ose, à ce titre, à votre cœur de mère Offrir ces vers où s'épancha d'un père Le cœur plaintif par la douleur flétri.
En les lisant, vous sentirez peut-être
BVos yeux s'emplir de larmes que font naître Des souvenirs et pénibles et chers.
Que je l'apprenne ! et de votre présence S'il faut un jour perdre la jouissance, Je me dirai : Je lui plus dans ces vers.
Comment trouvez-vous cet envoi, Mademoiselle? êtes-vous satisfaite de voir votre image toujours présente à ma pensée et se mêlant atout ce que je dis et fais?
Du reste, je devais bien cet hommage à la personne qui l'a reçu, tant pour l'excellente opinion qu'elle a prise de vous sur vos lettres et qu'elle donne à toutes les personnes qui l'approchent, que pour son excessive complaisance à vous suppléer dans la préparation de l'herbier. Il est impossible de mettre à ce travail plus de soin, plus d'attention suivie, et surtout plus de cette intelligence des doigts que donne l'int'ellignce de l'esprit, autant qu'une habitude de bienveillance.
Vous verrez un jour son œuvre. Je ne "vous promets pas que vous puissiez voir de même Ja personne; elle sera trop impatiente de rejoindre ses pénates pour rester ici, quand l'ange libé ateur sera descendu des cieux pour lui ouvrir ies prisons. Je le voudrais bien pointant pour l'achèvement de votre éducation. Un seul regard jeté sur un beau modèle, suftit quelquefois pour perfectionner un tableau.
Bonjour, mon aimable Minette! jusqu'au revoir! A quand? dis-tu; mais, c'est à toi que je- le demande.