XX INTRODUCTION
dent et sans procès-verbal. Des feuilles volantes, servant d'aide-mémoire, étaient simplement classées par deux secrétaires de confiance, faisant alternativement un service décadaire ; ce qui n'empêchait pas que tous les arrêtés portassent la mention : signé au registre. Vers deux heures de la nuit, on apportait des monceaux de lettres, qui faisaient rapidement le tour de la table, recevant des parafes sans que la conversation fût interrompue. Puis, le lendemain matin, on expédiait le tout, avec le timbre particulier de chaque bureau. Nous donnons ces détails d'intérieur uniquement pour faire comprendre comment tel ou tel membre du Comité a dû souscrire des actes dont la teneur lui était inconnue, actes parfaitement étrangers à ses attributions, quelquefois même fort opposés à ses opinions »
Un travail si important, si hâtif, si fiévreux, se continuant les jours et les nuits sous l'aiguillon de toutes les passions qu'il mettait en jeu, l'ambition, la haine, la crainte et aussi, il est juste de le dire, ces autres passions plus nobles : l'émulation d'un patriotisme ardent, excessif aveugle mais sincère, le sentiment du devoir assumé, de h responsabilité encourue, un tel travail en commun entre de,' hommes de valeur diverse mais d'une égale exaltation, com portait fatalement des dissidences qui ne tardèrent pas i éclater en querelles. Robespierre, qui avait brigué, tou en feignant de l'éviter, la faveur d'entrer au Comité, y fu admis sur le rapport de Jean-Bon-Saint- André, le 29 juil let , en remplacement de Gasparin , démissionnaire pou motif de santé. Le Comité se fût passé de cette adjonctio gênante pour plus d'une raison ; il trouva cependant avar tage « à s'associer, dit Barère, cette grande popularité demeurant excentrique, elle était un embarras.» Il ajout ces mots significatifs : « C'est Couthon qui le proposa, e donnant pour motif que Robespierre était sans cesse o< cupé à contrarier tout ce qu'il ne faisait pas. »
A peine admis, Robespierre visa à la prépondéram
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h s'opposa autant qu'il le put à la nomination de Carnot t de Prieur, dont la probité et les talents militaires lui ispi raient de l'ombrage. Il affecta de se tenir à l'écart es délibérations actives et se réfugia hautainement, mysérieusement, avec Couthon et Saint-Just, dans une direcion de l'esprit public qui ne tarda pas à sortir du dolaine spéculatif, philosophique et moral. Les trois associés armèrent alors un bureau de haute police révolutionnaire estiné à leur assurer sur la Convention l'influence d'une orte d'inquisition politique.
Ils ne pouvaient la développer qu'au détriment de autorité du Comité de sûreté générale, qui ne se laissa ioint déposséder sans résistance de ses plus importantes ttributions. De là vinrent des froissements qui plus l'une fois dégénérèrent en conflits. Le ton dogmatique et ranchant de Saint-Just « qui délibérait comme un visir » lit Barère, ne contribua pas peu à envenimer, jusque dans 3 sein du Comité de salut public , des rapports entre colsgues qui, après avoir cessé de s'entendre sur les moyens, inirent par ne plus être d'accord sur le but. Ces aigreurs t ces dissidences se firent jour dans le public, qui les caactérisa d'un trait expressif et malin.
« On appelait Barère, Billaud-Varennes et Collot-d'Herbois : les ens révolutionnaires. En effet, les rapports à la Convention rédigés ar Barère, les missions des représentants et la correspondance déparementale que dirigeaient ses deux collègues avaient surtout pour obet d'entretenir les émotions politiques. Les gens de la haute main, divit-on en parlant du triumvirat Bobespierre, Couthon et Saint-Just. l'étaient eux qui préparaient les exposés législatifs, qui gouvernaient i police et le tribunal révolutionnaire. Les trois autres membres du i omité, Carnot, Prieur et Lindet, absorbés dans leur labeur adminis- •atif, et ne prenant part au reste que par la discussion générale,
aient dits : les gens d'examen, ou tout simplement les travailleurs,