CHAPITRE XVII
Persécutions exercées et continuées par des représentants du peuple, coupables envers la nature et la justice, contre un agent de la trésorerie nationale et commissaire du comité de sûreté générale. — Injustices de sa détention. — Inimitiés contre lui des fabricateurs de faux assignats. — Vengeances exercées contre lui par les complices et protecteurs de ces fabricateurs. — Moyens détournés employés contre lui par le tribunal révolutionnaire, et notamment par Fouquier- Tinville et Coffinhal, intéressés dans les fabriques. — Menaces faites à son égard par les conspirateurs. — Sa loyauté. — Sa probité. — Son intégrité. — Son désintéressement. — Son courage pour empêcher et détourner les mesures injustes. — Son zèle, son intrépidité dans les événements des 9 et 10 thermidor. — Moyens employés par les grands coupables pour lui ôter et lui arracher les pièces de conviction de leurs délits. — Dangers auxquels il a été exposé tant avant qu'après le 9 thermidor. — Ridicule de son arrestation. — Injustice de sa détention. — Ingratitudes qu'il éprouve. — Trahison à son égard des espions des grands coupables. — Leurs dénonciations. — Leurs crimes. — Manœuvres de quelques intrigants. — Leur désignation. — Services importants rendus par lui à la chose publique. — Etendue de ses pouvoirs. — Causes des persécutions exercées à son égard. — Menaces et précautions risibles pour faire soulever le peuple contre lui. — Surveillance et manœuvres des fabricateurs de faux assignats pour empêcher sa mise en liberté. — Protection accordée aux malveillans et aux dilapidateurs qui voulaient le perdre. — Dénomination des députés qui les ont protégés, écoutés, et qui l'oppriment. — Grandes découvertes faites par lui contre des juges et jurés du tribunal révolutionnaire, relatives à leur complot de faire mourir des innocents. — Moyens que les comités ont été obligés de prendre pour le soustraire à ce tribunal.
Tallit'ii, à son tour, a pris la place du dictateur, et s'est montré cruel envers ceux qui ne fléchissaient pas le genou devant lui. 11 fit arrêter, en vendémiaire l'an III, la citoyenne Sanson, qui avait seulement manifesté des craintes à son égard.
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Un agent de la trésorerie nationale et du comité de sûreté générale, nommé d'Ossonville, recommandablc par la délicatesse qu'il a montrée dans ses missions, par les précautions qu'il a prises pour protéger la vertu et sauver l'innocence, et contre lequel il ne fut dans nul endroit présenté des réclamations sur aucun tort ou aucune vexation ; qui ne fut cité dans aucune plainte, depuis le 9 thermidor an III, et qu'aucuns rapports officiels ni actes publics n'ont désigné comme oppresseur ou injuste, gémit par le fait de Tallien eu état d'arrestation depuis le 27 thermidor. Tallien pensait qu'il avait été donné des renseignements contre lui par d'Ossonville ; il craignait qu'on ne fournît des preuves, et qu'on ne conservât certaines pièces qui indiquaient les délits d'un nommé Richer Serizy, délits auxquels il n'était pas étranger. Il voulut donc assurer à leurs délits communs l'impunité, venger ses complices et ceux de Richer Serizy. C'étaient la femme Fontenelle, la femme Duval du faubourg Saint-Germain, dépositaire séquestre du nommé Danouin, fournisseur; le nommé Bezon, distributeur de faux passeports ; la femme Simon, épouse d'un Belge alors à Hambourg; Proly, Desfieux, la femme Saint-Ange de la rue du Mont-Blanc, un des émissaires du traître Chabot, un certain Ducos de Bordeaux, accapareur de numéraire, se cachant souvent à Saint-Calais ; un nommé Saint-Laurent, agent de l'ex-prince Condé; un nommé Vidric, un nommé Saint-Romain, principaux acteurs du tripot de Tallien et Richer Serizy. Ce que Tallien craignait encore qu'on ne dévoilât c'était certains voyages pour les eaux de Luxeuil, une intrigue dans l'achat projeté de suffrages en faveur de Capet, par l'ambassadeur d'Espagne, au prix modéré de dix-huit cent mille livres; enfin le secret du portefeuille du tripot resté par hasard à Richer et commun à tous ; lequel portefeuille, Richer a menacé de faire connaître, si Tallien ne lui faisait avoir sa liberté : moyen qui lui a réussi.
Tallien se persuadant encore que ses crimes, dont le comité de sûreté générale avait la connaissance et la conviction, étaient connus de d'Ossonville, il croyait toujours voir
sur ses pas des observateurs ; et comme il soupçonna d'Ossonville de le faire suivre, il lui jura une haine implacable et le fit arrêter quinze jours après le 9 thermidor. Depuis ce temps, d'Ossonville est dans les fers où il a déjà passé plus d'une année, et ne voit point de terme à ses malheurs. Tallien a, par ses partisans, fait intercepter toutes les réclamations de d'Ossonville. Il a même recommencé ses pamphlets, et, dans son premier numéro du premier vendémiaire, il désigne d'Ossonville comme ayant fait conduire à 1 echafaud beaucoup de victimes. Déjà l'on répandait que ceux nommés dans les écrits de Tallien n'échapperaient pas ; que l'on devait faire une fournée particulière ; mais l'intégrité du tribunal, le changement dans l'opinion publique, le rappel des formes et des principes ont déjoué ces vues barbares. En vain d'Ossonville a réclamé l'examen de sa conduite ; inutilement il a demandé la publicité d'un jugement; il n'a rien obtenu, parce que les partisans de Tallien craignaient peur eux, comme pour lui, que le jugement de d'Ossonville ne démentit Tallien et ne dévoilât ce qu'ils avaient intérêt à cacher. D'Ossonville était l'agent secret du comité de sûreté générale, et a comme tel rempli les missions les plus importantes, et cependant aucune réclamation n'a été encore élevée par qui que ce soit, et rien n'indique jusqu'à présent ni vexation, ni acte arbitraire , ni injustice, ni infidélité de sa part : aucun rapport, aucun acte public, ne le désignent même comme suspect ; ce silence, ce défaut d'inculpation font assez l'éloge de d'Ossonville, et sont plus expressifs que toutes les louanges et approbations. D'Ossonville a fait plus d'une année de détention. Qui l'a privé de sa liberté ? les ennemis de son exactitude et de sa véracité. D'Ossonville a pourtant renversé le tyran : le 9 thermidor, il haranguait le peuple dans les rues et luttait avec les partisans de Robespierre. Il alla dans les maisons d'arrêt empêcher que ia Commune rebelle ne lit massacrer les détenus et ne mît en liberté les scélérats qu'elle voulait s'adjoindre ; iui-rnèine îiiéiargir ceux que la Commune rebelle avait fait arrêter, et fit arrêter ies agens de la rébellion qui exécutaient les ordres de la Commune, et
excitaient par leurs proclamations à ne plus reconnaître la Convention nationale. Il fit prendre et livra le traître Henriot en l'envoyant au comité de sûreté générale; il fit fermer les verroux sur Villate, Boulanger, Lavalette qui avaient déjà signé la soumission pour la Commune rebelle. Lavalette et Boulanger étaient d'autant plus à craindre que, comme chefs de la force armée de Paris, ils pouvaient, en remplaçant Henriot, faire beaucoup de mal. D'Ossonville disposa de la force armée, et, pour tout cela, il n'avait pourtant point de mission particulière ; il n'écouta que son zèle. C'était comme l'agent de confiance du comité de sûreté générale; il se lit un titre de son nom, et cela lui suffit pour braver les rebelles, leurs baïonnettes et leurs poignards. Sa conduite et tout ce qu'il avait fait fut approuvé par un arrêté des deux comités de salut public et de sûreté générale.
D'Ossonville avait donc aussi pour ennemis les complices de Robespierre : ayant sauvé sa patrie, sans doute il avait droit à la reconnaissance nationale, et sous tous les rapports, car il existe des preuves de sonr~zèfe.et de son intégrité. Comme il surveillait particulièrement l'émission des faux assignats, il employait tous/les moyens pourSçs déceler; plusieurs fois on crut l'avoir corrompu, en lui donnant des sommes considérables, des effets, des bijoux de grande valeur; mais à l'instant qu'ils lui étaient remis, il les apportait au comité de sûreté générale ; nombre d'arrêtés de ce comité le constatent. Rien ne pouvait indiquer qu'il les eût reçus, le soupçon n'eût même pas été admis, la conviction était impossible ; le secret de la remise eût été conservé par la crainte de l'indice du délit. Hé bien ! d'Ossonville, voulant prévenir jusqu'au doute sur sa probité, agit, non pas comme un homme contraint à être probe, mais comme un homme probe par inclination et par goût.
Le comité de sûreté générale lui avait donné des pouvoirs très-étendus, et d'Ossonville n'a fait aucune victime ; il a dans ses missions délivré des détenus, il a imposé à la calomnie, et, par son équité, conservé la vie à des gens plongés dans les fers. Il servait à la fois sa patrie et luttait con-
fiv la tyrannie; c'est ainsi que j'ai vu et connu ses travaux. L'éloge de ses fonctions sera complet si je dis qu'il ne s'est présenté personne pour se plaindre de d'Ossonville. Sans doute, on n'opposera pas à la vérité de ce que j'écris une dénonciation du nommé Armand, impliqué comme conspirateur dans l'affaire de Batz sur la faction de l'étranger, lequel devait commander un détachement de conjurés et ne doit sa conservation qu'à d'Ossonville, qui proposa au comité de ne pas le comprendre dans l'affaire pour avoir de lui d'autres renseignements.
Cet Armand, impliqué dans la poursuite contre la fabrique de faux assignats découverte par d'Ossonville, en 1793, à Champigny près Vincennes, apprit par Dumonceau que d'Ossonville avait fait observer au comité que lui, Armand, soupçonné d'avoir tué un homme dans le bois de Boulogne et de lui avoir volé un portefeuille de soixante mille livres, était un escroc connu. Armand en voulait d'autant plus à d'Ossonville, que ce fut par l'effet des recherches de ce dernier que l'on avait poursuivi l'affaire d'Hoffmann, dans laquelJe ce même Armand, agent de Poupart et de Burlandeux, officiers de paix, complices de la faction de l'étranger, fut condamné, sur une procédure particulière au tribuna! du département de Paris, à vingt années de fers. Ce fut après cette condamnation que Dumonceau vint le trouver dans sa prison et qu'ils rédigèrent une dénonciation contre lui, d'Ossonville, en l'accusant d'être le persécuteur d'Armand et d'avoir, par injustice, empêché sa délivrance. D'Ossonville, à qui cette dénonciation fait honneur parce qu'il est beau d'être l'ennemi des scélérats, n'a pas du s'attendre ' <v que la délation d'Armand pût lui nuire; mais Dumonceau n'avait agi ainsi que pour préjudicier à d'Ossonville.
Dumonceau, qui prend mal k propos le nom de Bruce, c< lui (lune famille anglaise, était au contraire fils d'un palefrenier chez le ci-devant duc de Penthièvre, aux dépens de qui ce Dumonceau fils fut placé au collège Louis-le-Grand où il étudia avec Robespierre jeune, son contemporain. Ce Dumonceau était un prêtre qui avait abjuré. D'Ossonville le
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ramassa sur le pavé, pourri d'une gale vénérienne et couvert de haillons, le fit entrer chez un fripier, lui acheta tous les vêtements, depuis le chapeau jusqu'aux souliers, et fit jeter ses haillons au coin d'une borne, hors la chemise, cai ii n'en avait pas ; et Dumonceau, ainsi réparé, fut employé comme observateur par d'Ossonville d'après l'axiome connu : Qu'au métier de surveillant on n'emploie que le plus rusé fripon. D'Ossonville le fit traiter et guérir de sa maladie honteuse; mais Dumonceau ne put conserver plus longtemps son poste, soit qu'il fût trop connu de réputation, ou soil encore que des torts graves, dont plusieurs se sont plaints, l'aient fait renvoyer, ce que je croirais facilement, d'après un écrit d'excuse que lui, Dumonceau, adressa à d'Ossonville, et que j'ai vu entre les mains de ce dernier.
Il ne faut pas perdre de vue que ce Dumonceau qui, après le 9 thermidor, devint un des hommes de confiance du comité, avait aussi, lui, intérêt d'éloigner d'Ossonville dont il craignait la présence et les révélations. D'Ossonville m'a dit qu'il l'avait chassé d'auprès de lui pour cause de délits et d'infidélités, et notamment pour avoir dévoilé à Tallien les dénonciations qu'il savait être portées contre lui, Tallien, au comité de sûreté générale, ainsi que l'ordre de ce comité pour le surveiller; et pour être allé prévenir Robespierre, son camarade d'études, de ce qu'il savait se passer à son égard au comité de sûreté générale : que cet homme était fourbe, perfide et dangereux !
Tallien était le protecteur de Dumonceau, et Tallien, qui avait juré la perte de d'Ossonville, n'a pas dédaigné les manœuvres de Dumonceau ; Tallien osa même encore employer un nommé Dulac. Ce Dulac, habitué des prisons de Paris, y ayant figuré comme complice dans des procédures pour émission de faux assignats, et qui ne doit son existence qu'à un brevet de folie que lui délivra le jury du tribunal, avait encore roulé les prisons à l'occasion d'un différend qu'il eut dans un café avec un certain fripier, lequel lui reprochait et l'avait convaincu de lui avoir escroqué une somme de trois mille livres; événement remarquable par l'arbitraire de
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l'officier de police qui envoya en prison avec Dulac le maître du café, qui avait apaisé la querelle. Dulac eut la bassesse d'escroquer, à la Force, une modique somme de six livres au citoyen Lainville, défenseur officieux qui s'employa pour lui rendre la liberté. Lainville, au lieu de recevoir des émoluments de la part de Dulac, n'a rien exigé pour ses démarches, et est resté créancier de six livres ; et Dulac son débiteur a eu l'infamie de devenir le calomniateur de Lainville. Dulac était détenu à la Conciergerie, non pas pour faits révolutionnaires, mais pour une autre accusation. Lainville soulageait quelques victimes de la tyrannie, et Lainville, sous le poids de cette dénonciation, fut incarcéré pendant quatorze mois. Dulac, après le 9 thermidor, a rempli le poste de mouchard dans les maisons d'arrêt, à celle dite des Orties, et à la maison de santé d'Esnos ou autrement Mont- Prin, rue Notre-Dame-des-Champs. C'est de cette dernière maison, surtout, qu'il correspondait avec Tallien ; ce que Tallien lui-même a déclaré, en avouant ses intelligences avec Dulac dans les maisons d'arrêt, et en cherchant à se disculper des faits qu'on lui imputait.
Tallien s'en servit pour commettre une scélératesse : comme il savait que ses crimes étaient connus de ***, envoyé en mission à Bordeaux, et en ce moment détenu dans cette maison d'Esnos, il plaça auprès de lui ce même Dulac pour l'espionner. La preuve de ce fait, c'est que ce Dulac devait être traité comme détenu, et que pourtant son mandat était particulier, conçu d'une manière différente, et portait, non pas l'ordre d'arrêt, mais ces mots : Le gardien de la maison d'Esnos recevra le citoyen Dulac ; sans aucune autre expression. Ce mandat n'est ni un mandat d'amener, ni un mandat d'arrêt, et Dulac ne fut amené ni conduit par personne, mais il remit lui-même le mandat. Dulac faisait entrer dans sa chambre, au centre de la maison, femmes, filles, hommes, étrangers, à différentes heures, et leur donnait des repas. On ne pouvait tolérer cela des détenus, la loi ne permettait pas cette introduction dans l'intérieur, il y avait contravention aux règlements. Un certain Lemaire, Suisse, surnommé Barbiche,
venait soir et matin, et colportait les rapports de Dulac; ce même Lemaire était aussi en observation dans les cafés. Dulac affecta du patriotisme, flatta **% et profita d'un moment de distraction pour lui voler un papier contenant quelques réflexions sur l'arbitraire des détentions et sur les abus du gouvernement.
Il croyait avoir fait une bonne capture ; Tallien espérait que avec cette pièce il ferait guillotiner***, à la perte duquel il était intéressé. 11 appela donc sur ce papier l'attention du comité de sûreté générale, mais vain espoir ! il fut constaté et reconnu que cet écrit n'était point de **% mais d'une autre écriture; que c'était l'expression de la pensée d'un autre détenu mis en liberté sur un fait particulier, et arrêté de nouveau pour le même sujet. Tallien employa au comité de sûreté générale ce Dulac dont le rôle était d'établir des équivoques contre d'Ossonville, et d'empêcher qu'il ne fût mis en liberté. 11 est une remarque bien singulière, c'est que Tallien et Dulac craignirent également d'Ossonville. Dulac avait su, par intrigue, s'introduire auprès de d'Ossonville, et il était employé et payé par d'Ossonville pour être observateur; Tallien était, dans la force du terme, un mouchard, et avait plusieurs fois proposé à d'Ossonville de lui faire prendre des représentants qui étaient hors la loi, et notamment le représentant Kervelégan dont il lui avait indiqué la retraite, les relations, les habitudes et l'existence dans une forêt près de Dresde. D'Ossonville avait refusé. Cela n'est point dans ma mission, dit-il, je ne ferai jamais rien pour causer la perte de personne ; je veillerai sur ceux que la loi n'ordonne pas de juger ni d'entendre, et encore mieux sur ceux mis hors la loi pour des opinions dont l'intérêt public exige la libre manifestation. Dulac menaça, sur ce refus, de dénoncer d'Ossonville, et en effet il le dénonça au comité de sûreté générale ; mais il échoua parce que d'Ossonville répondit : « Je courais la poste, j'allais à une mission secrète; j'avais pris Dulac avec moi pour m'en servir comme d'un recors ; je ne pouvais sans danger différer mon arrivée ; déjà je m'étais repenti d'avoir employé Dulac, et je regardai sa
proposition comme une perfidie et un moyen de retard. » VOssonville conserve encore la lettre d'invitation de Dulac, >ortant indice de la retraite de Kervelégan, contenant l'offre l'aller trouver Kervelégan qu'il connaissait, dont il se diait l'ami, et de l'amener dans les mains de d'Ossonville ous le titre d'ami. Cette exécrable proposition est dans un crit que conserve d'Ossonville, pour faire connaître Dulac : etle pièce que j'ai vue, lue et tenue, est une preuve de la ►erfidie de ce monstre qui offrait d'aller prendre un homme, ous le titre d'ami, et de l'égorger en l'appelant de ce nom. it cependant aujourd'hui Dulac va voir Kervelégan, se dit on ami, et le prie de s'opposer à la mise en liberté de d'Osonville. Voilà ce Dulac, digne ami de Tallien avec qui il st en relation, et dont il est l'homme aposté. Après le 9 hermidor, il ne parlait que par lui, ne jurait que par lui : raignant que d'Ossonville ne l'eût présenté tel qu'il était, I travaillait, dans ses intérêts et ceux de ces complices, à a perte de d'Ossonville. Un jour Dulac courut dire au conité .« D'Ossonville a profité d'une erreur ; il est sorti, quel tialheur ! cet homme-là est à craindre : » et déjà il était hargé d'un nouveau mandat, lorsqu'il lut attesté et reonnu que d'Ossonville était encore sous les verroux. Ce mlac, qui avait été détenu pour cause d'immoralité et pour unition de certains délits avant la révolution, dans des prions d'État, dut sa liberté à la révolution; mais il ne paraît ►as qu'il en ait fait bon usage. Je dois placer ici un autre naît infâme de ce Dulac.
Un nommé Sélany, qui devait à plusieurs personnes, crainit qu'on ne vendit et saisît ses meubles. Dulac lui proposa c rédiger une vente simulée de ses meubles, au moyen de squelle il éloignerait ses créanciers : cela fut accepté, et )ulac devait donner une contre-lettre. L'écrit portant : Vente des meubles... fut rédigé et signé. Dulac dit qu'il crairn.ut de ne pas bien faire la contre-lettre, et proposa pour e Itiidemain, à Sélany qui y consentit, un rendez-vous sur e boulevard. Dans cet intervalle, Dulac surprit au comité de iûreté générale un mandat d'arrêt contre Sélany, le remit à
quelques coupe-jarrets qui furent au rendez-vous indiqué, i prirent Sélany, que Dulac ne vint pas rejoindre comme il l'a vait promis, et Sélany fut incarcéré. Dulac, qui voulait jouii auplustôten sécurité de la propriété des meubles, s'accordi avec les faiseurs de listes de conspirations de prison, pour ; faire comprendre Sélany qui fut inscrit sur la liste fatale, e qui devait périr bientôt après ; mais Dulac fut trompé dam son calcul. Le 9 thermidor ayant rendu les listes inutiles Sélany oblint sa liberté, et ne recouvra ses meubles qu'avei peine. Diriac craignit une explication publique, et, plutô par peur que par remords, il fut obligé de les rendre.
Ces mêmes Dulac et Du monceau avaient été choisis poui surveiller le tribunal révolutionnaire et espionner les séances c'est ce qui facilita ce Dulac dans l'abominable ouvrage intitulé : Compte rendu par très-haute, très-puissante dame Guil Mine, contenant la nomenclature des morts. Cet homme, vi et méprisable à la fois, osa publier cet ouvrage, s'en avouei l'auteur : le titre suffit pour donner l'idée de l'ouvrage comme de l'auteur, et ce Dulac est l'ami de Tallien ! J'aurai occasioi de parler de l'espionnage exercé par Dulac et Dumonceau sui le tribunal révolutionnaire, dans un autre instant; et à l'égard de Dumonceau j'ajouterai que d'Ossonville, chargé d( chercher Louvet, alors mis hors la loi, et que l'on disaii être dans le faubourg Saint- Antoine, répondit : Qu'il sérail inutile d'y faire des recherches : son opinion étant favorable à Louvet comme elle l'avait été àKervelégan; et il ne fil aucune perquisition. 11 écrivit même au comité, qu'il jugeai! toute poursuite inutile. Alors Dumonceau le dénonça secrètement comme protégeant Louvet. D'Ossonville sut se défendre, et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce Dumonceai a depuis dénoncé d'Ossonville comme ayant voulu prendn Louvet; mais il est démenti par le fait même, et surtout pa la lettre jointe aux pièces de d'Ossonville au comité de suret générale. Ainsi les fourbes sont souvent déjoués par de preuves auxquelles ils ne s'attendent pas, et par leur contra diction avec eux-mêmes. Tallien ne pardonnait pas à d'Osson ville, ce qui fait l'éloge de ce dernier qui avait encor
d'autres ennemis qui n'osaient pas avoir avec lui, comme Tailien, une explication publique et contradictoire. C'étaient les filles Bourgoin, prostituées à Ménil Simon; Bélisa, prostituée à Delignaux; Brigant, prostituée à Paulmier, et Bertholomo, prostituée à Roussel. Ménil-Simon, Delignaux, Paulmier et Roussel avaient été atteints, ainsi que ces filles, par d'Ossonville, dans ses recherches pour les faux assignats, et avaient expié leur crime; mais ces filles étaient restées en prison, et ce ne fut que le 29 thermidor an II, après plusieurs débats, qu'elles furent condamnées à mort par jugement du tribunal criminel du département de Paris. Encore que ce jugement ne pût être accusé, sous prétexte de formes acerbes ou révolutionnaires, et que la déclaration du jury eût été précédée des formalités légales, elles disaient pendant quelques jours : On Irisera les formes, et le fond sera conservé. Elles désignèrent d'Ossonville comme leur ennemi, et affectèrent même de le montrer au doigt à certains députés venus pour les faire sortir, et notamment à Pons de Verdun, membre du comité de législation, lequel avait concouru à surprendre un décret qui fut mal interprété, et d'après lequel il prit un prétexte pour les sauver en les désignant comme filles de joie. Ces femmes disaient tout haut en sortant : Nous voilà libres, mais aussi d'Ossonville y restera longtemps; et elles déterminèrent leur protecteur à persécuter d'Ossonville. C'était chose curieuse de voir, dans ces mêmes lieux où gémissaient tant de victimes entassées dep iis deux ans, quinze mois, un an, sans être entendues ni jugées, et*sacrifiées arbitrairement et par la violation des principes des droits de l'homme, de voir, dis-je, des représentants descendre aux fonctions de porteurs d'ordre du comité, ouvrir une porte spéciale de cette prison à des femmes prostituées et condamnées à mort pour crime d'émission de faux assignats, et la refermer sur les autres malheureux.
D'Ossonville avait, dans ses recherches, atteint un nommé Morcl, l'avait convaincu d un vol envers la Trésorerie nationale, d'une somme de six cent mille livres, et en avait saisi les pièces matérielles; Morel fut condamné aux fers, et d'abord l'intrigue
annula le jugement, mais le comité de législation fit un rapport, et la Convention ordonna que le jugement de condamnation serait exécuté. Les papiers publics citèrent l'opinion de
B , membre du comité de sûreté générale, en faveur de
Morel, laquelle fut néanmoins écartée par le décret de la Convention. D'Ossonville ne pouvait pas douter qu'ayant fait cette poursuite, il ne dût être haï et desservi par Morel et ses partisans .-l'explication de l'affaire de Morel en est la preuve;
la protection que B accorda à Morel laisse entrevoir que
s'il fut le soutien de cet homme, il a pu s'opposer à la liberté de d'Ossonville lui-même. D'Ossonville était arrêté sur un mandat ainsi motivé : Le comité de sûreté générale, instruit que d'Ossonville a fait trois rapports contre des représentants du peupie, demaniéreà blesser leurs principes, etc.. Amar en fut le rédacteur, et Amar faisait la cour à Tallien; il avait peur, et recherchait sa protection. Si les rapports eussent été présentés au comité, le mandat n'eût pas porté que le comité était instruit; mais bien : vu les rapports.... ; et cette différence de rédaction indique que le mandat a été surpris. Le prétexte donné que les rappoits blessaient les principes des représentants sera toujours équivoque tant que les rapports ne seront pas exhibés; et l'équivoque vient de ce que le reproche n'est pas motivé. Ce défaut d'explication fait croire que l'on n'ose pas dire les faits par crainte de la vérité. Alors de deux cas l'un : ou le mandat a été surpris, ou il est arbitraire; j'admets qu'il soit surpris ; il n'a pu l'être que par des coupables craignant la vérité, et que par la malveillance. Ce mandat ne pourrait que faire honneur à d'Ossonville, car on doit eu conclure qu'il n'a pas partagé les principes d'Amar et comme Amar, est par décret de la Convention censuré dans ses principes, et détenu par l'effet du blâme, d'Ossonville n'a donc pas été le complice de la tyrannie.
Une remarque bien singulière, c'est que lors de son arrestation il était question de faire fermer les barrières pour le prendre, et de le faire dénoncer à l'opinion publique par une section; mais aucune section ne l'a dénoncé, et les coupables, les conspirateurs, les fabricateurs de faux assignats,
les assassins ennemis de d'Ossonville, n'ont trouvé d'appui ou d'organe que chez Tallien qui seul a écrit contre lui. Tallien avait donc en cela un intérêt particulier; il n'a donc pas été étranger aux cabales dirigées contre d'Ossonville. Mais pourquoi d'Ossonville ne trouvait-il de détracteur que Tallien dans ses écrits? Tallien commence un journal, et dans le premier numéro, du 1er vendémiaire, il désigne d'Ossonville comme le complice des égorgeurs judiciaires; mais il ne cite ni faits ni circonstances, et demande sa mort. Pourquoi cette indiscrète accusation de la part de Tallien? D'Ossonville n'est pas le complice de la tyrannie, puisqu'il a tout bravé, tout osé pour terrasser le tyran et ses complices, puisqu'il s'est refusé à le servir, et qu'il employait des prétextes pour se soustraire à ce qu'on désirait de lui. Comment l'accuser quand il existe des tètes qu'il a défendues, conservées malgré la tyrannie; quand il s'est refusé à arrêter des députés mis hors la loi; quand aucun parent ou ami des victimes de la tyrannie n'ont allégué ni prouvé contre lui aucun tort ni aucune injustice? Tallien se trouve dcnc démenti et confondue Pourquoi Tallien s'élève- t-il contre lui sans citer aucun fait? Pourquoi le met-il au nombre des dilapidateurs sans citer aucun l'ait? Quoi ! d'Ossonville eût été un dilapidateur, lui qui les poursuivait ; lui dont la pureté, la probité sont attestées par des arrêtés du comité de sûreté générale, qui constatent des remises volontaires fréquentes de sommes considérables, d'effets de la plus haute valeur, dont un dixième aurait suffi pour faire sa fortune et celle de sa famille, surtout lorsque rien ne pouvait indiquer ni l'offre ni l'acceptation? Non sans doute! et d'Ossonville ne peut être accusé par Tallien. Si Tallien a cherché à le perdre, il a servi en cela les assassins, les fripons, les conspirateurs, leurs complices ou partisans. Tallien est intéressé à la perte de d'Ossonville pour se venger et rendre ses crimes impunis. Les motifs de l'arrestation de d'Ossonville, les causes de la longueur de sa détention s'expliquent par le trait suivant. L'intention des grands coupables, secondée par Amar, étant d'arracher des mains de d'Ossonville, de ravir au peuple
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et séquestrer à la justice les pièces de conviction de leurs délits, il était nécessaire d'abord d'arrêter d'Ossonville qui en avait réuni quelques-unes, et qui était à la poursuite d'émission de faux assignats : mais pour réussir il ne fallait pas que les scellés fussent mis sur le cabinet qu'il avait dans le comité, parce que nécessairement on aurait dû les lever en sa présence, faire avec lui le recensement des pièces qui y étaient contenues; et alors leur existence était constatée, et ies coupables pouvaient être recherchés. Amar, rédacteur du mandat d'arrêt, eut l'adresse de ne pas mettre dedans ce que toujours l'on y insérait, l'ordre d'apposer les scellés sur les papiers; mais d'Ossonville, qui n'avait rien à craindre, crut que, par rapport à la confiance si nécessaire à ses fonctions, à la fidélité envers la chose publique et dans son intérêt, il devait lui-même faire apposer les scellés sur son cabinet, et il requit cette apposition ainsi qu'il est constaté par le procès-verbal de son arrestation. Les scellés furent mis en sa présence sur son cabinet, et pour leur conservation il fut appliqué une plaque qui les garantissait; il garda la clef pour sa propre sûreté. Mais par l'œuvre de l'infidélité la plus inique, Amar et ses complices ont en son absence levé la plaque, brisé les scellés, force la serrure, enfoncé la porte et expolié les papiers qui y étaient, quoique d'Ossonville, alors détenu, dût être appelé et dût être présent. Qui pouvait donc commettre un acte si violent, si injuste? Ceux qui avaient intérêt à l'expoliation; ceux qui voulaient s'assurer des pièces de conviction de leurs délits. Quels étaient-ils? C'étaient Amar, Tallienet les intéressés aux fabriques des faux assignats : aussi ce sont ceux-là qui l'accusent. Mais Amar est coupable et Tailien aussi, ils doivent compte à la nation de cet acte criminel; c'est pourquoi je les dénonce, afin qu'ils soient jugés. Quel délit plus grave que cette expoliation? Quel forfait plus abominable? Quelle doit être la peine due à leui crime? La loi seule la détermine; mais l'opinion publique n'attendra pas le résultat des poursuites pour être convaincue, pour les proscrire et les couvrir d'opprobre. 0 Tailien! comment éviteras-tu le supplice? La
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justice qui marche lentement, t'atteindra sur le trône que tu as usurpé, et tu en descendras pour monter sur l'échafaud avec ton complice d'Orléans. Rappelle-toi qu'il existait dans ce cabinet des preuves de tes scélératesses; rappelle-toi que parmi les pièces que j'ai portées moi-même au comité de sûreté générale, il y en avait une, attestant qu'au café Beaucaine, tu as dit à la Terroigne que tu te faisais honneur d'être de la faction d'Orléans. Tallien, il ne t'a pas suffi de priver d'Ossonville de sa liberté, tu l'as fait détenir pendant plus de quatorze mois; tu le compris parmi les victimes des massacres que ton collègue Fréron organisait et provoquait; toi-même tu l'avais désigné dans ton pamphlet du 1er vendémiaire.
Lecteur, ce n'est pas pour faire l'éloge de d'Ossonville que je vous ai longuement entretenu de lui; je n'engage ma plume à personne et pour aucun prix; vous avez reconnu que chaque trait de persécution exercé contre lui présente des caractères qui indiquent assez les délits de ceux qui trompent la nation, et font tout pour parvenir à l'impunité. Ces gens perfides et dangereux à la société, que je devais démasquer et vous nommer, ce Dulac, ce Bruce ou Dumonceau, sont sans doute couverts d'opprobre, mais on ne les connaissait pas encore sous les traits dont je les ai peints. Hé bien, le nuirait-on! Ce Dulac est aujourd'hui un intrigant négociateur auprès du comité de sûreté générale, et ce Dumonceau ou Bruce tenait, après le 9 thermidor, bureau ouvert où il vendait des libertés, et c'est par le produit qu'il se réservait qu'il a renouvelé ses vêtements.
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