‹ Mémoires sur les Comités de salut public, de sureté générale et sur les prisonsChapitre 82 sur 126 · LETTRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVIII

KOUCHER A SA FEMME.

Ce 2 nivôse an 2, neuf heures et demie du soir.

Mais non, ma bonne amie, tu n'es pas raisonnable. Ta tris-

tesse, au lieu d'alléger nos maux, les augmente. A quoi bon ces longues et interminables plaintes? Ne faut-il pas que toute maladie politique, aussi bien que physique, parcoure tous ses périodes? L'Etat est malade; ses membres souffrent; mais ils cesseront, un jour, de souffrir; la santé renaîtra, quand sa dernière crise, la crise décisive aura eu lieu. Ne perdons point courage. L'Assemblée nationale saura bien saisir, dans sa sagesse, le moment où pourront cesser, sans danger pour la patrie, et la purgation, et la saignée, et les

cautères brûlants Tu n'as point augmenté le nombre des

pétitionnaires, j'en suis bien aise. Sans doute, le plus grand nombre des suppliantes a marché de bonne foi; le plus grand nombre a cédé au besoin de demander la délivrance de ce que ia nature a de plus cher, des pères, des époux, des enfants ; mais les premières qui se sont agitées pour provoquer ce rassemblement, oh! sois-en bien sûre, elles avaient l'intention de produire une espèce de soulèvement. La véritable douleur souffre et se tait. Taisons-nous, ma bonne amie; la plainte s'irrite en alLant. Je te le demande en grâce, rends ton âme à la résignation. Tu ne prétends pas, sans doute, être plus malheureuse que moi. Eh bien! moi, je supporte le malheur. Je ne suis pas assez ennemi de toi et de moi-même pour me livrer à rabattement. Sans doute, de temps en temps, le chagrin se réveille, et menace de me saisir au collet, mais c'est alors que je renouvelle ma force ; je te vois, je vois nos chers enfants devenus plus à plaindre par mon désespoir, et cette image me donne un ressort nouveau.

Verrai-je Emile demain ? Si vous arrivez de bonne heure , il est possible que je vous entrevoie toi et Minette; vous au guichet, et moi à la fenêtre. Je viens encore de parler au chef de la maison; c'est un homme né doux et humain. Il fait son devoir; mais il en tempère la rigueur par la manière honnête dont il parle et agit.

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