‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 10 sur 61 · GÉOGRAPHIE ANCIENNE SE RAPPORTANT A L'ISTHME · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE ANCIENNE SE RAPPORTANT A L'ISTHME

Maiotenant que nous avons terminé la description de F Isthme et des canaux qui, dans l'état actuel, ont rapport à la géographie historique, description dont nous avions besoin pour fixer les positions anciennes qui nous occuperont bientôt, nous al* Ions encore donner une idée de la position de villes anciennes que l'on voit dans cet Isthme ; positions dont quelques-unes sont parfaitement déterminées, et sur lesquelles il n'y a plus à discuter; elles nous serviront de points de départ et de repère pour compléter cet aperçu de l'ancienne géographie de l'Isthme de Suez.

Babyloiie. — Près de la ville du Vieux-Caire et presque contiguë à ses murs au sud-est, on voit, au milieu de décombres, une grande enceinte de fortifications romaines, formant encore aujourd'hui un vaste quartier habité par des Coptes chrétiens, pour qui cet endroit est en grande vénération, à cause d'une grotte renfermée dans une de leurs églises que les traditions donnent comme une des stations de la Vierge Marie, lors de sa fuite en Egypte. Dans cette enceinte sont des chapeUes et des tombeaux, où l'on enterrait les Européens, il y a moins de vmgt années.

La principale ancienne entrée de cette forteresse était entre deux grosses tours dans la partie sud. C'est une porte bien construite et ornée, sur le fronton de laquelle se lit une inscription latine, qui indique que c'était là le lieu de garnison d'une légion romaine. Je crois ne pas devoir donner plus de détails sur ce point bien connu, renvoyant à tous les écrivains qui ont écrit sur r%ypte, et surtout à la description de ce lieu donnée par

M. Boisaimë dans le cinquième volume de la Description de (Egypte.

On, Héliea, Héliopolls. — A 18 kilomètres au nord de Casr Chamâ ou Château de la Bougie^ ou bien de Tancienne forteresse de Babylone, un peu au nord du village de Matariéh et presque sur le bord du désert, se trouvent une enceinte en briques crues et beaucoup de décombres.

L'enceinte est divisée en deux parties ; dans celle du couchant est l'obélisque que tous les voyageurs vont visiter, c'est l'un des plus anciens de la vieille Egypte... A l'occident de cette partie de l'enceinte sont de gros fragments de granit avec des caractères hiéroglyphiques, et j'ai vu dans la hauteur qui sépare la grande enceinte, une construction en pierres calcaires formée de gros blocs avec des inscriptions hiéroglyphiques, puis un fragment de statue colossale de la même pierre.

L'enceinte en briques était seulement celle des temples ; mais la ville était en dehors. On voit au nord, tout près de l'enceinte, de gros monticules de décombres très-étendus : cependant ce n'était pas là seulement où était la ville ; elle s étendait beaucoup au delà, surtout vers les parties ouest et nord, jusqu'aux villages de Bètine, de Mesteroud et de Coussous : car on rencontre partout de ce côté des petites hauteurs de décombres dispersées dans les terres cultivées, ce qui peut faire présumer, avec raison, que la ville s'étendait sur tous ces endroits, et si Ton ne remarque pas plus de décombres dans la campagne, c'est que peu à peu les alluvions du fleuve les ont recouverts comme on voit que la base de l'obélisque l'a été, et il faut remarquer que les terrains en dehors de l'enceinte n'ont pas été préservés des alluvions comme ceux de l'intérieur, et que par conséquent ils se sont beaucoup plus élevés.

Dans Test des enceintes, sur toute la surface du désert, jusqu'au village de Gafr-Gamout distant de 2.500 mètres, tout le sol est ondulé par de petites hauteurs qui proviennent des excavations qui ont été faites pour des sépultures, et qui doivent se trouver au moins au même niveau que la base de l'obélisque, et où, à l'époque de la pose de cet obélisque, les eaux par infiltration même ne devaient pas arriver.

J ai fait faire dans cette nécropole quelques fouilles superficielles, et j'y ai trouvé de très-beaux fragments d'antiquités.., Dn très-joli petit obélisque en grès rouge de la montagne près de Sultan Barkouq, de la hauteur de 1",80, avec des inscriptions, y avait été trouvé et porté à Goussous où je le pris.

Je crois inutile d'entrer ici dans de plus longs détails pour déterminer la position de On des Égyptiens, à* Héliopolis des Grecs et de Uelieu des Latins; car il a été fait de longues dissertations à ce sujet en rapportant les citations des auteurs romains, et par conséquent je ne répéterai pas ce qui a été dit.

Onlon, Castra Jadœoriini. — A 20 kilomètres d' Héliopolis, au nord, on voit un grand monticule de décombres qui sont les restes d'une très-grande ville : ce monticule se nomme Je I- Yeuhoud ou Monticule des Juifs.

La ville qui se trouvait en ce lieu semble beaucoup antérieure à l'époque où le grand Onias, venu de Jérusalem en Egypte, obtint de Ptolémée Philométor, qui régnait alors, l'autorisation d'élever un temple sur le même plan que celui de Jérusalem, temple qui venait d'être détruit par Antiochus Épiphane, roi de Syrie, à la prise de la ville de Jérusalem.

Ce temple, bâti par Onias, fut fermé sous Vespasien, ce qui probablement marqua aussi la décadence de la ville qui était connue sous le nom d'Onion.

Le temple de cette ville fut donc bâti sur le plan de celui de Jérusalem, en l'année 173 avant Jésus-Ghrist, et fermé en 72 à peu près de notre ère; ce qui lui donne 2A5 ans de durée.

Dans un si court espace de temps une ville ne pouvait prendre l'extension que semble avoir eue le Tel-Yeuhoud, vu les décombres que Ton voit encore aujourd'hui.

Il est donc probable que le grand prêtre Onias choisit, demanda et obtint, pour y bâtir son temple, une ville existant déjà ou peut-être même ruinée dans laquelle habitaient déjà des Juifs.

Effectivement aujourd'hui, dans les excavations que Ton pratique, on peut remarquer dans différents endroits trois époques de constructions, superposées les unes sur les autres.

Les constructions les plue basses ne sont composées que de

briques crues, sur lesquelles, une fois ruinées, est venu se superposer dans quelques parties une couche de sable, et dans d'autres des constructions postérieures, toujours en briques crues.

Sur cette partie sablonneuse, qui aujourd'hui ne se voit plus, à cause des excavations, que sur la partie élevée, reste du grand monticule, il y à encore des constructions plus modernes, toujours en briques crues,

(le grand Tel-Yeuhoud, cette grande ville ancienne plutôt, a été entourée d'une forte muraille en briques crues ayant, de distance en distance, et aux angles, de grosses tours. On voit encore à l'angle sud-est de l'enceinte les restes de l'une d'elles. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le bas de cette tour repose sur des constructions ruinées, formées par des briques crues beaucoup plus grosses que celles qui appartiennent au haut de la tour qui parait plus moderne.

De ce côté de la tour et sur la face de l'enceinte du levant on voit que les constructions en briques ont subi l'action du feu. Toutes les briques sont rouges, comme cela se voit d'ailleurs à l'enceinte de la ville de Sais ou Saël-Àgar dans la Basse-Egypte, et Tel-Basta ou Bubastis, à Médinet-Abou dans la Haute-Egypte et encore dans bien d'autres endi*oits.

Ces espèces d'incendies spontanés proviennent de ce que les briques, mélange de terre avec de la paille, séparées quelquefois par couches au moyen de feuilles de roseaux ou autres herbes en guise de mortier, forment avec l'humidité une espèce de tourbe qui s'échauffe, brûle pour ainsi dire sans feu, ou du moins sans flamme et avec fumée.

J'ai été témoin à Médinet-Abou delà combustion d'une grande partie de l'enceinte, et à Com^l-Armar, près de Miniet, de celle d'un ancien village bâti de la même manière.

Ce grand monticule de Tel-Yeuhoud, si considérable il y a quarante ans, a été en grande partie enlevé pour servir d'engrais aux champs de toute la province.

Dans tous les monticules de décombres d'anciennes villes égyptiennes, la partie basse est imprégnée de matières que les fosses d'aisances y ont laissé écouler, et ceci a formé

une espèce de guano humain ou de terreau très-actif. On s'en sert pour ensemencer le blé de Turquie ou maïs afin d'activer sa végétation et par conséquent sa récolte, qui doit se faire en quarante ou cinquante jours après les semailles. On sème à la fin de juillet et en août, à l'arrivée des premières eaux de la crue, pour récolter en septembre, î^fin de pouvoir ensuite inonder les terres, pendant les grandes crues, et les ensemencer en d'autres cultures.

Cet engrsdsest si puissant, si chaud, que si, immédiatement après la récolte du maïs, on n'avait pas les moyens de laver à grande eau du fleuve tous les terrains où il a été répandu, ils ne produiraient pour ainsi dire plus rien.

Le Tel-Yeuhoud disparaîtra donc en peu d'années par suite des grands transports que l'on fait de ses ruines ; on voit continuellement des quantités d'hommes piocher ces décombres, tamiser ce qu'ils en retirent et transporter ce terreau à dos d'ânes et de chameaux à de grandes distances, comme d'ailleurs cela se pratique partout où se trouvent les restes d'une ancienne ville égyptienne.

Dans toutes ces excavations du Tel-Yeuhoud, les fragments d'antiquités qu'on y trouve sont fort peu de chose, et ils paraissent d'ailleurs apportés ; on n'a pas tronvé une construction de monument, même à une grande profondeur.

Il y a quarante-cinq années on voyait seulement sur le haut du monticule une partie de corniche faite comme celle des monuments égyptiens, mais sans ornements, sans inscriptions ; puis dans le sud de l'enceinte, au niveau des terrains cultivés, se trouvait une grande muraille, courant de l'est à l'ouest, large de h mètres, longue de 6 à 700 mètres, et allant à environ 6 mètres de profondeur, construite en grosses pierres de taille ayant été en partie apportées en ce Heu d'un monument des environs. Cela semblait être un quai.

Aujourd'hui, à peu près au centre des décombres et aux deux tiers de leur hauteur, on voit une statue en granit, ainsi que plusieurs morceaux de colonnes de la même pierre, jetés au milieu de ruines de briques, sans aucune apparence de con-

structîon d'où ces restes ont pu provenir; tout est terre provenant des briques qui formaient les maisons de la vifle.

A côté de ces débris on voit aussi jetés de la même manière deux piliers carrés en pierre calcaire très-blanche et couverts tous les deux d'inscriptions hiéroglyphiques.

D'après ceci on est porté à croire que ces débris proviennent de la ville d'Héliopolis, et qu'ils auront été transportés en ce lieu. On prétend que dans les inscriptions on lit le nom de la ville d'Héliopolis ou de On, mais si Ton trouvait encore d'autres restes éparpillés de la même manière, il faudrsdt bien se garder de conclure de ce fait, que ce lieu, cette ville ruinée, ce Td- Yeuboud eût été jadis On ou Héliopolis, car ce serait commettre une grande erreur.

Dans beaucoup d'endroits, dans bien des monuments égyptiens, on voit dans l'intérieur de leurs murs des pierres avec des inscriptions qui ont appartenu à d'autres monuments plus anciens, érigés dans des localités souvent fort éloignées des lieux où se trouvent ces pierres.

On voit encore à Tel-Yeuhoud, à peu près à la surface des décombres, vers la partie du couchant, les restes d'un bain en albâtre oriental égyptien. II se composait d'un petit portique avec deux colonnes et d'une grande cuve monolithe ayant un escalier ménagé dans le bloc pour descendre au fond. Cette cuve a 2*,50 environ sur 3 mètres et 1~,80 de hauteur, A côté on voit aussi une baignoù'e faite de la même pierre. Ce bain est tout à fait semblable, pour la disposition, à une partie des bains arabes que l'on nomme mactasse.

Le bain est entièrement posé, sans fondations, sur les décombres de l'ancienne ville. Le pavé, qui est aussi en klbâtre,est aussi posé sur les décombres ; c'est donc une construction toute moderne, et la qualité de l'albâtre semble désigner celui du Gebel-GenèfTé et non pas celui de la carrière de l'Ouadée-Sennour ni de celle vis-à-vis Siout.

On voit dans ce bsdn un gros morceau de granit curieux ; il est rond, et je ne sais à quoi il a pu appartenir. Je n'ai vu nulle part ni base de colonne ni chapiteau de ce genre. Cette pièce a

été apportée de la ville d'Héliopolis, comme tout le reste. Voici quelle est sa forme :

'H}Sa-

Près de Tel-Yeuhoud, au nord-ouest, est le village de Ghibine-el-Canater, ainsi nommé parce que le canal actuel de Chercawé se divise à Chibine môme en deux branches, sur chacune desquelles il y a un pont pour régler les recettes des eaux, et qu'en arabe un pont se dit caniara et ^anaitr au pluriel (1).

Le canal de Ghercawé a sa prise d'eau dans le Nil près de l'endroit où était anciennement celle de l'Abou-Menéged, qui fut le canal de Suez à une certaine époque, et plus anciennement, la Branche Pélusiaque.

Les deux ponts qui sont sur les deux dérivations du Ghercawé à Chibine-el-Ganater sont tous les deux de construction moderne. L'un sur la dérivation qui court à l'ouest se nomme El- Khalili; celle de l'est, le Ghercawé, qui va rejoindre le Zaffranniéh.

Ge village n'a aucun monticule de décombres, aucune antiquité qui puisse faire penser qu il occupe l'emplacement d'une cité antique.

L'ancien pont de construction romaine, qui existait encore il y a quelques années, était construit comme ceux d'aujourd'hui pour régler la distribution des eaux et non comme un simple pont de passage, surtout sur la Branche Pélusiaque, comme on l'a pensé, puisqu'il n'y avait que quatre arches ayant ensemble

(i) 11 y a dans le Delta, province de Ménoufiéh, un grand village nommé aussi Chibine, avec le surnom de El-Com, à cause des monticules de décombres qui Tentourent; c'est pour les distinguer Fun de Tautre qu'on leur donne ces surnoms.

à peine un débouché de 8 mètres environ. Il ne pouyût donc avoir été construit que sur un canal ; d'ailleurs la Branche Pélu* siaque passait beaucoup plus à l'ouest, puisque l'on en voit le cours indiqué par de hautes berges un peu à l'est du village de Sindioun, entre le chemin de fer et Tânan.

Ce grand monticule de Tel-Yeuhoud, ou la Hauteur des Juifs^ est bien, comme il est reconnu par tout le monde, l'ancienne Onion ou Castra Judxorum.

Scena Veieranoram. — Ce nom n'indique pas une ville, msds seulement un campement : les Tentes des vétérans. Ainsi cette position ne peut être reconnue par des ruines, et ce ne serait que par quelques restes de campement. Or la route indiquée par riUnéraire d'Ântonin ne peut être que sur la lisière des terres cultivées, poiu* être fréquentée pendant toutes les saisons, en dehors des inondations et le plus directement, comme cela se fait encore aujourd'hui. Ce lieu peut être placé aux environs de Menayer, où il y a près du désert quelques petits monticules de décombres et de restes de poteries, qui indiquent un campement ancien.

viens Jadœoram. — Toujours en allant vers le nord et le long du désert, on trouve à 15 kilomètres et avant d^arriver à Bulbeîs, à l'est du village de Géhètré, un monticule de décombres assez étendu, qui a encore conservé dans le pays le nom de Beledrel-Youdiéh {Pays ou Ville juive) ^ et comme le nom et la distance donnée dans l'Itinéraire d'Ântonin pour celle de Babylone à Vicus Judœorumy se rapporte bien à Géhètré, je crois qu'il ne peut y avoir d'hésitation sur ce point.

Baphné. — En poursuivant vers le nord et laissant l'Ouadée à droite, on trouve Goreîn, ensuite Sahlièh, où sont quelques décombres. La distance de Beled-el-Youdièh à Abascé ou à l'entrée de la vallée, comme nous le verrons plus tard, est de 20 kilomètres; celle de la vallée à Coreïn et à Sahlièh, ou un peu plus au nord à Cassassine, est de 26 kilomètres; puis en se dirigeant vers le nord-est, on voit deux grands monticules de décombres, qui sont les ruines de la ville de Daphné, à une distance de Sahlièh ou de Cassassine de 18 kilomètres. Enfin, en traversant les plaines du lac Menzaléh, et se dirigeant vers le nord-est, à

une distance de 40 kilomètres, on rencontre les ruines de Péluse. Ainsi on a le tableau suivant :

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