PAR LES DISTANCES PRISES
DE L'iTIIliUAnB D'ANTOMIN.
De Babyloue à On. Heliopolis.
Helieu
A Scena Veteranorum (incertain)
A Vicus Judœorum
Thou
Tacasarta
Daphné • . .
Peiusium
Différence entre le total des distances 4 liilom.
Il faut remarquer qu'en prenant la somme de toutes les distances des différents lieux que nous venons d'indiquer depuis Memphis jusqu'à Péluse, sur nos cartes, cette somme se rapporte bien avec celle des distances données dans l'Itinéraire d'Antonin ; mais il n'en est pas ainsi pour les distances partielles. Par exemple : la dernière distance, celle de Daphné à Péluse, est de 36 kilomètres sur les cartes, et seulement de 28 1/2 dans l'Itinéraire; mais les noms des lieux coïncident si bien, qu'il faut se rapporter à ces preuves, puisque les différences dans les distances ne sont pas très-grandes, toujours en considérant la manière dont elles doivent avoir été prises par les anciens, qui ont presque toujours dressé leurs itinéraires sans voir les lieux.
Péluse. — Aujourd'hui il ne reste plus des ruines de Péluse qu'un fort de construction arabe, nommé Tinèh qui en arabe veut dire boue^ comme Pélusium : bouey terre humide; ce fort a été bâti en cet endroit, pour protéger l'entrée de l'embouchure de la Branche Pélusiaque, nonmiée aussi Fum Tiuèb, Bouche de Tinèh ou de Péluse.
Les ruines que l'on voit à Péluse consistent aujourd'hui en un monticule de décombres, où Ton a fait une gt*ande enceinte
iO
carrée» bâtie en briques rouges ; la porte est au nord du côté de la mer; c'est un travail arabe, qui n'est pas fort ancien.
On trouve dans les décombres des colonnes en granit et des fragments en pierres, rien de bon et rien d'égyptien, A l'est, et tout auprès de ces décombres, est un autre monticule assez élevé que l'on nomme El-Casr ou LeChâUau^ qui probablement était la citadelle.
Toutes ces ruines sont aujourd'hui connues sous le nom de El Âmarébine, et El Faramah par quelques-uns. Sur le bord des sables, qui marquent les limites du lac actuel, est encore un lieu où sont des décombres et que l'on nomme Tel Fadda {La Hauteur d'argent).
La position de Péluse est tellement connue par ce que tant d'auteurs en ont dit, qu'il est inutile de rien rapporter pour établir l'identité de ces ruines avec celles de Péluse.
Aw-diab-Gerreh. — En allant vers l'est des ruines de Tel-el-Amaréhine ou de Péluse, à une distance de 14 kilomètres, tout à fait sur le bord de la mer, on voit un monticule de décombres que viennent battre les vagues lorsque la mer est agitée. Dans ce monticule il y a des fragments d'antiquités, et dans la mer à une soixantaine de mètres, des restes de constructions qui ont appartenu à la ville; on nomme encore aujourd'hui cet endroit Gerreh^ et c'est le nom cité par Strabon et Pline.
Tel-Ba«to, BabastUi. — A l'entrée de l'Ouadée, où d'après l'Itinéraire on place Thou, est le grand village d'Abascé qui semble avoir été une position ancienne.
De ce point vers l'ouest, à une distance de 22 kilomètres environ, on voit un très-grand monticule de décombres nommé Tel- Basta; ce monticule est entouré d'une forte muraille en briques crues. Dans cette enceinte on remarque beaucoup de restes d'habitations bien bâties en briques crues, et l'on reconnaît que successivement les nouvelles ont été construites sur les ruines des anciennes, ce qui a élevé considérablement le sol jusqu'au niveau où il est maintenant. Au milieu de ces ruines sont beaucoup de restes de monuments consistant en colonnes et grandes pièces de granit brisées; on détruit ces colonnes en les cassant pour en faire des meules de moulins à huile et à plâtre.
Ce grand monticule de Tel Basta est situé près du cours d'eau nommé Àbou FArdar, dont j'ai déjà parlé» et qui n'est autre que le lit de l'ancienne Branche Pélusiaque, canalisé depuis une dizaine d'années. On pourrait, avec difficulté cependant, retrouver les traces de rAbou-l'Ardar ou de la Branche Pélusiaque ancienne jusqu'au Nil, entre les villages de Choubra et de Bessous. C'est l'ancien Àbou Meneged sur lequel sont les ruines d'un grand pont nommé le Pont-des-Lions qui a été construit par le sultan Bibarsi-el-Bondoucdari en 1259 de notre ère et 658 de l'hégire.
Les traditions disent que ce canal d'Abou Meneged était l'ancien canal de Suez : il a pu se faire que, quand la Branche Pélusiaque était encore un cours d'eau dans sa partie supérieure, comme Abou-l'Ardar l'est encore, aujourd'hui, dans sa partie inférieure, on prît cette voie pour arriver du Caire au canal de communication du Nil à la mer Rouge. On voit encore (1) à l'est du village de Sindioun, au nord de Galioub, de hautes berges d' un large canal qui doit venir de l' Abou Meneged, et qui doit èti*e le lit de l'ancienne Branche Pélusiaque, qui, lorsque le sultan Bibars vivait, n'était plus qu'un cours d'eau assez fort cependant. Aujourd'hui il est remplacé par le Chercawé, qui passe au village de Chibin-el-Canater, où il se divise en deux bras. La partie de l'ouest nommée El Khalili va à Mit Abib, Berdenoua, et c'est probablement l'ancienne Branche Pélusiaque. L'autre branche coule plus à l'est jusqu'à Bulbeïa, et ensuite par une dérivation va aussi à Berdenoua et à Tel Basta ; de là, ce cours d'eau, qui porte le nom d' Abou-l'Ardar, va vers le nord-nord-est en conservant son nom.
A la position de Tel Basta sur l'ancienne Branche pélusiaque, à son nom actuel, et d'après tout ce qui a été écrit, on ne peut douter que Tel Basta ne soit vraiment l'ancienne Bubaslis.
Les sites dont nous venons de parler sont les plus connus, et personne ne doute de leur identité avec les villes ou positions anciennes, dont presque tous ont conservé les noms encore aujourd'hui.
(1) Voir planche VI, n* 2.
Ceux dont il va être question sont beaucoup moins faciles à déterminer.
A environ 10 kilomètres de Temboucbure ou l'entrée de la Vallée (Ouadée Toumilat), est le plus grand village de l'Ouadée, c'est Tel-el-Kibir (le Grand monticule)^ le chef-lieu de ce district ; et en continuant à marcher dans l'Ouadée, vers l'est, dans les terres cultivées, pendant 15 kilomètres, on remarque sur la gauche à la fin de ces terres, là où le canal de l'Ouadée finit et rejoint celui qui vient par la partie sud de l'Ouadée, on voit, disons-nous, un gros monticule nommé Tel Retabé, qui est un site ancien.
Tel -el-MaalLhovita. — Plus à l'est encore, à une distance de 16 kilomètres, apparaissent de très-grands décombres annonçant les ruines d'une grande ville ; elles sont sur les bords du canal qui parcourt l'Ouadée de l'ouest à l'est, comme je l'ai dit, et en bien plus grande quantité sur la rive septentrionale que sur celle du sud où il y peu de décombres.
On trouve dans ce monticule des restes d'enceintes, beaucoup de fragments de granit et de grès siliceux, et surtout un trèsbeau monolithe en granit rouge, représentant trois figures assises ; sur le dossier de leur siège est une longue inscription en caractères hiéroglyphiques ; on sait que c'est une statue de Rhamesès II avec celles de deux de ses fils. Ce monument est parfaitement connu. Ce lieu se nomme aujourd'hui Tel-el-Maskhouta (Monticule de la Statué) et quelquefois Abou-Khchèb [le Père du bois) ; il y a là un puits de ce nom.
Bl MahfAr. — Plus à l'est, à une distance de & kilomètres seulement, sur la berge septentrionale du canal, sont les restes d'une construction qui paraît avoir été un khan ou caravansérail bâti en briques crues, dans le même genre que celui que l'on trouve à la sortie du canal dans le bassin de l'Isthme, mais plus petit; on voit quelques fragments de grès et de granit, apportés probablement de Tel-el-Maskhouta.
Les Arabes nomment ce lieu El Mahfar ou mieux El Mahfarbi-Kiman, ce qui veut dire : le Lieu creusé^ raviné où il y a des monticules^ nom qui convient parfaitement à l'endroit. Car le canal étût, en cet endroit, bien creusé par le courant des eaux
qui s'écoulaient de FOuadée au lacTimsah, et il y a des monticules adx environs.
Entre Tel-el-Maskhoutaet El Mahfar est un lieu nommé Oum- Khatner que quelques personnes, qui depuis peu ont écrit sur l'Isthme, nomment Oum JBTArmm, ce qui voudrait dire la JUire des Tentes; mais le nom arabe est celui que je donne, et l'on ne peut en déduire malheureusement celui du Soccott de laBible^ qui veut dire les tentes, en hébreu.
En continuant à marcher vers l'est dans la vallée, qui prend ici le nom de Saba Biars ou des Sept puits^ parce qu'il y a là dans les dunes des puits qui probablement étaient en ce nombre; en suivant les berges de l'ancien canal, et tournant vers le sud, après une distance d'environ 28 kilomètres, on voit un monticule plus élevé que les dunes environnantes, formé de gravier, d'argile, de sable et de débris de construction. Sur son sommet il y avait encore, en 1856, des fragments de granit et de grès de la Montagne Rouge du Caire. Ces restes étaient ceux d'une grande stèle en granit, dont le haut arrondi l'avait fait prendre, étant couchée à plat sur le sol, pour le débris d'un monument circulaire; mais sur une de ses faces, on voyait des hiéroglyphes sculptés en creux, ainsi que des inscriptions cunéiformes, dont j'ai quelques fragments. Cet endroit se nomme en arabe El Térèye, ce qui veut dire Le Signal^ et aussi la Constellation des Pléiades.
C^ck Bnnédek et Ennadé. — Au nord de ce point, à environ 8 kilomètres, est une petite hauteur rocheuse sur laquelle est placé le tombeau d'un saint, qui a donné son nom à ce lieu. Au pied de cette hauteur passe la route venant de Syrie et allant à Suez; là aussi arrivaient les eaux du lac Timsah, lorsque celles de l'Ouadée s'y déversaient en grande quantité.
Gébel «ârh (1) et «eliel Martain. — A Touest-nordouest de la hauteur du Ghek Emëdek est une petite montagne qui s'élève comme une tle isolée sur le lac Timsah; elle est formée d'argile et de couches marneuses ; le sommet présente un
(1) Montagne du Chagrin^ de la Douleur,
plateau formé d'une couche de grès calcaire d'une épaisseur d'environ un mètre; il y a quelques petites excavations mal exécutées, qui probablement ont servi de tombeaux.
Cette petite montagne est nommée aussi Gébel Mariam, à cause d'une construction qui se trouvait au pied de cette hauteur, du côté du nord-ouest et sur le bord du lac. Cette construction, qui avait été une ferme appartenant à une femme nonunée Mariam, était connue sous le nom de Dàr Mariam.
Dans lesud-sudest de cette montagne, et presque à son pied, à une distance de 150 à 200 mètres, sont les ruines d'une petite ville, dont les décombres sont élevés seulement de 3 mètres au-dessus du niveau des laisses du lac. Les constructions de ce village étaient en briques cuites et quelques pierres. On y voit quelques fondations de maisons, on y trouve des médailles; mais le tout est tellement rongé par les sels du sol, que l'on ne peut rien reconnaître. Cependant par le mode de constructions, on voit fort bien qu elles ne sont pas de la même époque que les villes égyptiennes, mais plus modernes.
 peu de distance dans le sud-ouest de cette ruine, apparaît encore, au-dessus du sol, une autre position ancienne, mais plus petite que la première, dont le sol est de 72 centimètres lus élevé.
Tous les environs de ces deux ruines, depuis Chek-Ennedek jusqu'aux berges du canal vers l'ouest, et entre la dérivation du canal et Gebel Gàrh, ont jadis été cultivés; on y voit des restes de sakiéhs et des petites rigoles pour l'irrigation.
Awaled Germl. — Maintenant, si l'on part du monticule où est la stèle en granit nommée El Terèye, et que l'on se dirige vers le sud-ouest pour contourner le bassin de l'Isthme, on rencontre, au débouché de TOuadée Ackram sur le bord du bassin, une petite construction faite avec des morceaux des sels et gypse du bassin, taillés en forme de briques, dont la disposition semble être celle d'un corps de garde qui était bien bâti. Toujours en contournant le bassin, et en se dirigeant vers sa partie nord, à une distance de 35 kilomètres du point de départ, en contournant le bassin jusqu'à l'endroit où la route venant de Syrie à Suez traverse la partie étroite où finit le grand
bassin et commence le petit, à une distance d'environ un kilomètre des laisses» on voit un mamelon à' gauche de la route, sur lequel était un monument semblable à la stèle de El Terèye, mais plus grand. Il y avait plusieurs blocs de granit provenant de la stèle brisée, sur lesquels se trouvaient des caractères hiéroglyphiques et des inscriptions cunéiformes, mais aucune constructiou. A côté de ces restes d'antiquités, dans le ravin qui passe au sud, on voit des restes d'habitations bâties en pierres brutes, comme celles que fout aujourd'hui les Arabes, avec beaucoup plus de régularité. Dans l'est de ce lieu on trouve le lit des eaux de pluies, qui ressemble parfaitement au tracé d'un canal, mais il n'y a, ni au sud, ni au nord, aucun autre indice ; cet endroit, où l'on trouve quelques mimosas rabougris, se nomme Awdled Germi {Les Enfants Germi) (1).
A une petite distance du monument, vers le sud, est le lit d'un petit torrent, dans lequel on a creusé des réservoirs pour les remplir, quand les eaux de pluie coulaient par là; et à l'ouest de ce point, sur la plaine, on trouve les fondations de constructions de maisons parfaitement alignées, comme le serait un camp ou un caravansérail. On voit aussi dans ce lieu le tracé d'une grande route venant de l'ouest-nord-ouest, et se dirigeant vers l'est-sud-est; il est probable que ces constructions appartenaient à un poste, à un corps-de-garde, comme celui de Ouadée Ackram, pour protéger cette route.
En continuant la même route, et laissant la hauteur de Chalouf-et-Terabba sur la gauche pour reprendre la route directe de Suez, qui est celle qui longe la montagne de Génefié, au haut de celle de Mécassarrahiéh» on trouve sur la route, qui est bien indiquée par deux petites berges anciennes, les restes d'un monument en grès de la Montagne Rouge du Caire, qui semble avoir été semblable à ceux de El Terèye et de Awaled Germi; seulement en les déblayant, je n'ai vu, sur les différents morceaux que j'ai sortis des sables, que des caractères hiéroglyphiques et aucun cmiéiforme.
(i) Ce pouvait être là Tembouchure du canal d'Amrou , dans le bassin de Tlsthme.
Ce lieu porte le même nom arabe que la montagne à Touest, Mecassar Rahiehi Montagne d*oû Von taille des meules de moulins à bras.
Sur la même route, à une distance de quelques cents mètres, sont encore des restes d'un petit monument; je n'y ai vu aucun fragment avec des caractères.
Axeront. — A environ 20 kilomètres au nord-nord-ouest de Suez et à 23 kilomètres de Awaled Germi, vers le sud-ouest, est la forteresse A'Agerouty une des stations de campement de la caravane de la Mecque. — On y trouve un puits taillé dans le i*oc à la profondeur de 70 mètres; il fournit une eau saumâtre que l'on élève au moyen d'une sakiéh ou roue à chapelet, qui la âévei*se dans un bassin pour les besoins de la caravane; il ne s'y trouve aucun reste d'antiquité.
Ce port a été bâti depuis l'Islamisme, et depuis que la caravane ne part plus de Abascé dans l'Ouadée pour aller à la Mecque, à la suite de circonstances qui auront fait préférer la route du Caire au fond de la mer Rouge d'aujourd'hui. Agerout est à 105 mètres au-dessus de la Méditerranée.
Sur la route des pèlerins partant d' Agerout, avant d'arriver à l'ancien canal, on trouve les restes d'une petite forteresse, composée d'une enceinte carrée avec quatre tours aux angles comme celles que bâtissent encore aujourd'hui les Arabes; c'était un corps-de-garde pour la route.
Dans l'intérieur on voit quelques fragments de granit et de marbres.
Au sud, pour ainsi dire sur les bords de l'ancien canal, dans un petit monticule on trouve encore des restes d'une stèle, comme celles de TeiTèye et de Awale dGermi; il y en a un morceau dans la ville de Suez.
Il est à remarquer que dans l'Isthme, depuis le seuil dit du Sérapéum, on trouve quatre de ces monuments ruinés.
Nous passons maintenant sur la côte orientale de la mer Rouge.
En suivant la route des pèlerins, qui traverse le fond des lagunes de la mer Rouge, on arrive à la côte orientale, et en remontant vers le nord, on trouve sur la hauteur beaucoup de
restes de poteries, de débris de pierres et de briques, qui indiquent qu'il y avait en ce lieu un établissement. On y voit aussi deux restes de fondations de murailles, qui courent parallèlement vers le nord; ce sont les deux côtés d'une route qui traversait le bassin ou plutôt l'Isthme, plus au nord que Chalouf, et allait rejoindre celle dont j'ai parlé.
Ancienne rente des pèlerins à la Heeqne. — Voici, d'après les traditions du pays, ce qu'était cette route : Les pèlerins qui se rendaient à la Mecque se rassemblaient à Abascé et près du lac qui en était voisin, et dont les restes existent encore dans le voisinage de la digue. Gela peut bien avoir eu lieu même avant Mahomet et l'Islamisme, puisque le pèlerinage se pratiquait déjà du temps d'Abraham. La route partait donc de l'Ouadée- Toumilat, passait à l'Ackram et sur le bord du grand bassin de risthme, où est cette constniction faite avec les cristallisations gypseuses qui couvraient le bassin de l'Isthme. Elle passait ensuite près du monument persépolitain nommé Âwaled Germi, traversait le bassin au nord de Ghalouf où sont encore les restes d'une jetée sur la rive orientale, tournait vers le sud-sud-est où elle est tracée par deux lignes de pierres ramassées sur la route, et arrivait au fond des lagunes; de là elle se dirigeait à travers les sables jusqu'à Mahbchouc à l'est de Suez, à une distance de 20 kilomètres. On voit encore en ce lieu les ruines d'un petit fort, dans lequel il y avait une sakiéh puisant l'eau dans un puits au pied du petit rocher où est le fort; plus loin, cette route se réunissait à celle d'aujourd'hui.
Eayonn MonMè. — Fontaines de MoUe. — Au sudsud est de Suez, à environ 16 kilomètres, sur le bord de la mer, sont les sources de Moïse, en arabe Eyoun Moussé.
Les habitants de Suez y ont des jardins où il y a des tamarics et quelques arbres fruitiers; ils y cultivent des légumes. On y voyait beaucoup de bouquets de dattiers, qui aujourd'hui n'existent plus; ils ont été coupés lors du retour d'une partie de l'armée égyptienne en 18âl, venant de Syrie par FAccaba, et lorsqu'elle campa en ce lieu.
Les sources de Moïse sont des puits artésiens naturels ou sources jaillissantes d'une formation curieuse. Ghaque source
se trouve sur un petit tertre de forme conique, qui s'élève de 1 à 3 mètres au-dessus de la plaine, il y en a eu qui avaient davantage. Ces hauteurs sont recouvertes extérieurement de gazon et d'herbes; l'intérieur présente un bassin en forme de cratère, rempli jusqu'en haut par les eaux qui surgissent de la source qui est au fond. Les eaux arrivent par des conduits souterrains naturels d'un lieu plus élevé que celui où elles paraissent ; elles apportent avec elles un sable noir, fm, ferrugineux et sulfureux. A mesure que l'eau sort de terre, le sable se dépose autour et s'agglomère avec des argiles et des herbes, puis s'élève peu à peu en formant un monticule en forme de cratère. Quand les eaux sont élevées au niveau de leur point de départ, Taccroissement du tertre cesse, et les eaux restent en équilibre. Aux environs il y a eu jadis beaucoup de ces sources, qui, recouvertes par les dépôts des sables qu'elles ont apportés, ne surgissent plus au dehors.
On remarque plusieurs consti*uctions qui ont appartenu soit à des bassins pour recevoir les eaux, soit à des conduits pour les réunir; Tun d'eux les conduisait jusqu'à la mer, où étaient les restes A un bassin servant d'aiguade aux navires.
Il y avait aussi des fabriques de poteries grossières, comme celles des grandes jarres dont on se sert encore pour conser\'er l'eau à bord des barques de la mer Rouge. Ce lieu a dû avoir une certaine importance, quoiqu'on n'y remarque aucune construction de maison.
Près de Suez, en dehors des murailles d'enceinte, on voyait des décombres, qui semblaient témoigner qu'à une époque plus reculée la ville avait plus d'étendue; aujourd'hui, la nouvelle ville est bâtie sur ces décombres.
Ëtaiilliiseniciit JTaif. — Dans le golfe, derrière l'ile du Cimetière anglais , est une autre île où il y a quelques dé combres et aussi sur la route; on nomme ce lieu l'Youdièh (la Juive).
Tcl-el-Clysmcl, Clycma. — Enfin, dans le nord de la ville, sur le bord du fond du port, à une distance d'environ 1,000 mètres des anciens murs, est un monticule assez élevé que l'on désignait quelques fois sous le nom de £1-Calaa {la for-
teresse) ; j'y ai reconnu de grosses murailles et une porte en pierres du côté de la mer.
De ce monticule on voit, se dirigeant vers le nord, et dans la mer, lorsqu'elle est haute, une muraille bien alignée, qui, au premier abord, a l'apparence de rochers; c'est la berge d'un canal. Du monticule, jusqu'à l'île du cimetière, qui est à l'est, on voit encore des parties de maçonneries semblables, comme aussi sur le bord de l'île. Ces maçonneries sont faites avec un ciment si dur, que les pierres ou moellons composant ces constructions ne forment qu'un tout très-compacte.
Ces restes semblent avoir appartenu à une jetée, ou aux fondations d'un pont, ou bien encore aune digue pour retenir les eaux.
Les Arabes connaissent ce monticule sous le nom de Tel-el- Glysmel, et les gens lettrés de Suez sons celui de Kolzoum.
D'après ce que nous venons d'exposer, on peut maintenant déterminer la position des villes et des lieux anciens de l'Isthme de Suez, dont les noms sont mentionnés dans les auteurs anciens et dans l'Écriture sainte ; et pour cela nous partirons de points qui nous sont bien connus aujourd'hui, et qui nous serviront de repères.
Un des points de la géographie ancienne, qui est resté jusqu'à ce jour sans être bien déterminé, malgré toutes les discussions savantes auxquelles on s'est livré, c'est l'ancienne Clysma.
Dans des pays comme l'Egypte et l'Arabie, et chez un peuple comme les Arabes, qui conservent si bien leurs traditions, qui le plus souvent forment à elles seules les annales de leur histoire, on doit ajouter une certaine foi à ce qui se dit de père en fils, surtout quand leurs récits ont quelque concordance avec les notions fournies par les historiens.
Tous les Arabes qui campent dans l'Isthme de Suez, ainsi que ceux du Mont Sinaï, connaissent sous le nom de Tel el- Qysmel le monticule qui est au nord de Suez à une petite distance.
La première fois que je fus à Suez, et il y a longtemps de cela, car c'était en 1822, en passant près du monticule, je demandai à mes arabes le nom de cette hauteur; ils me répondirent : Tel-el-Glysmel. "
Cette indication ne permettrait pas de douter que ce monticule ne soit les restes de Clysma ; cependant nous donnerons quelques preuves à l'appui.
La première sera prise de l'Itinéraire d'Ântonin : il est dit que de Babylone, qui est placée au couvent du Vieux Caire connu aujourd'hui sous le nom de Deïr-el-Chama, il y a li6 milles romains ou 21 A. 126 mètres jusqu'à Clysma.
Cette route de l'Itinéraire est donnée le long du canal venant du Caire en longeant le désert, passant par TOuadée et ensuite allant vers le sud le long du bassin de l'Isthme. Cette distance désignée de 21A kilomètres vient aussi aboutir, d'après nos cartes, juste à Tel-el-Clysmel.
Selon saint Épiphane, Clysma devait être au fond d'un des golfes de la mer Rouge, comme Eïlah était dans l'autre; et il est dit que Clysma était une forteresse (1).
Il y a lieu de faire une observation intéressante : c'est que l'itinéraire que l'on suppose, à tort je crois, être du temps de César à peu près, ce qui serait environ A8 années avant notre ère, et par conséquent 236 ans après Ptolémée Philadelphe, qui fonda Arsinoé, ne parle aucunement de cette ville, et au contraire ne cite que Clysma dont ni Diodore, ni Strabon, ni Pline même, qui sont postérieurs à César, ne font aucune mention ; mais tous parlent d' Arsinoé.
Clysma ne commence à être nommée que dans les écrivains arabes et dans les écrits sur la vie des anachorètes habitant les déserts, et dans la vie des Saints, à peu près de 300 à iOO de notre ère. Ceci porterait à penser que l'Itinéraire est bien postérieur à la date qu'on lui attribue.
Certainement la position de Tel-el-Clysmel correspond parfaitement à cette description : ce monticule est au pied du golfe, comme cela devait être du temps de saint Épiphane, et semble aussi, à n'en pas douter, avoir été une citadelle plutôt qu'une ville, car son étendue est peu considérable. Clysma^ en grec, veut dire une fermeture quelconque, et aussi voyons-nous dans
(1) Saint Épiphane, Adversus Xareses, 1. 1, p. 618 et suivantes.
récrivain arabe Sbams Eddin, qui écrivait en 1650 de notre ère, et qui par conséquent vivait à peu près 1028 années après l'époque où Amrou fit recreuser le canal des rois et le conduisit jusqu'à Kolzoum, ou Suez, ou Clysma, que le canal du Caire doit son origine à un ancien roi d'Egypte nommé Tarsis-ben- Malia. Ce fut sous son r^ne qu'Abraham vint en Egypte. Ce canal venait jusqu'à la ville de Kolzoum en passant près de Suez, et les eaux du Nil se déchargeaient en ce lieu dans la mer Salée. Les vaisseaux chargés de grains descendaient par ce canal pour aller dans le golfe Arabique jusqu'à Yambo. Amrou ayant fait recreuser le canal, on le nomma canal ou khalig Emir-el-Mohmenine.
Ce passage est incompréhensible, car le canal d' Amrou passe aux ruines de Kolzoum ou Tel-el-Clysmel avant d'arriver à Suez, si Kolzoum et Clysma sont les mêmes; ou bien, si Suez d'aujourd'hui a bien été bâtie sur les restes de Kolzoum, ce que l'on est porté à croire en voyant toute l'étendue de décombres qui entourent la Suez d'aujourd'hui, alors le canal ne passait pas d'abord à Suez.
Ce canal, toujours selon Shams Eddin, fut comblé 150 années après Amrou, par le khalife abasside Abou-Djafar-el-Mansour, à son embouchure, en l'année 775 de noire ère à peu près.
Cette fermeture ne peut avoir donné son nom de fermeture à la forteresse de Clysma^ qui existait avant Amrou.
Tout ceci prouve bien que Tel-el-Clysmel est bien le site de l'ancienne Clysma, msds de ce que ce mot peut être pris comme exprimant une fermeture, peut-on en déduire qu'avant Amrou il existait en ce lieu une fermeture sur un canal? évidemment non, puisque aucune des mesures ni des données des auteurs beaucoup plus anciens ne peuvent faire conclure ce fait.
Les auteurs anciens jusqu'à l'époque des Ptolémées ne font aucune mention de la ville de Clysma. Pline même, qui vivait en l'année 103 de notre ère, et par conséquent 151 ans après la date supposée de l'Itméraire, n'en parle pas. Ce n'est qu'à l'époque de l'Itinéraire, qui n'est pas bien connue, et dans les Tables de Ptoléinée le Géographe, que l'on commence à voir paraître le nom de la ville de Clysma. C'est que probablement
avant cette époque la position, sinon la ville d'Héroopolis, était encore connue, et surtout celle d*Arsinoé ou de Cléopatris, beaucoup plus moderne et mieux connue des géographes.
Plusieurs écrivains, qui ont traité cette question de la position de Glysma, en ont supposé deux pour accorder les citations de plusieurs auteurs; c'est ainsi que Ton a placé une Glysma dans la vallée que Ton a nommée à tort Ouadée-Thieh (ou Vallée de t Égarement) ^ nom d'une tribu arabe qui campe quelquefois dans ces lieux. Mais la vallée dont il s'agit se nomme El-Khrouèbet-el-Hédèb-Ramlié; c'est un lieu où une quantité de torrents portent leurs eaux quand il pleut. Or, en plaçant une Glysma dans ce lieu, ce serait oublier entièrement toutes les distances données par les auteurs et les itinéraires, dont aucune ne porte ni le fond du golfe, ni Glysma à un point aussi reculé vers le sud.
Ainsi donc, il n'y a eu qu'une seule Glysma, celle de Tel-el- Glysmel, à Suez.
Héronn, HéroopolU. — Plusieurs auteurs placent la ville d'Héroopolis au fond du golfe qui prenadt son nom de cette même ville ; ainsi en déterminant positivement soit le fond du golfe, comme il l'était à l'époque d'Héroopolis, soit la situation de cette ville, on aura certainement l'autre point par la relation qui existe entre eux, et cela servira avec le site de Glysma à déterminer les positions qui ne sont pas fixées.
D'après Flavius Josèpbe (1), Jacob, qui venait du pays de Ganaan, rencontra à Héroopolis son fils Joseph; c'est-ànlire 1706 ans avant notre ère.
Quoique dans le texte hébreu de la Bible il ne soit pas parlé de la ville d'Héroopolis, dans la circonstance où en parle Flavius Josèphe, cependant cette ville est nommée dans la version des Septante, et selon cette version elle se trouve placée dans la terre de Gèchen. Il n'est pas probable que ces Septante, qui devaient être versés dans les langues grecque et hébraïque, aient commis une faute de traduction aussi énorme que celle que plusieurs personnes veulent bien leur prêter ; mais il est
(1) Flavius Josephe, Antiquités^ liv. 11, chap. 4.
probable, au contraire» qu'ils auront voulu expliquer plus clairement pour leur éqoque le texte hébreu et l'adapter à ce qui eidstait de leur temps. Et bien qu'à cette époque Héroopolis ne fût plus ce qu elle avait été jadis, il devait pourtant y rester encore une ville, puisque aujourd'hui, après tant de siècles écoulés, on en voit les restes.
D'après la Bible, ce fut dans la terre de Gèchen que Joseph rencontra son père Jacob, au devant duquel il était allé. Ainsi cette terre de Gessen devait se trouver sur la route qui partait de Matariéh, située sur l'emplacement de l'ancienne ville de On ou HéUopolis, une des capitales de l'Egypte, pour gagner la Terre de Canaan et de Bir Sabeh {puits du serment); ou bien encore la route allant de Memphis dans ce même pays. Or toutes les routes de la Terre de Canaan pour venir en Egypte devaient passer, à cette époque comme à la nôtre, aux environs de El- Arich ; les routes qui pouvaient passer plus au sud, devaient être, comme elles le sont encore, fort difficiles à cause des montagnes qu'il faut traverser.
Les Arabes, qui changent fort peu leurs habitudes, n'en prennent pas d'autre encore aujourd'hui ; car le long de la route par El Arich, qui est entièrement en plaines sablonneuses et sur les bords de la mer, on trouve plus de pâturages pour les chameaux des caravanes, plus d'eau, et l'on arrive plus vite à un point où l'on en trouve en grande quantité : c'est l'Ouadée Saba Biars et ses environs.
Aujourd'hui, si les caravanes passent plus souvent par Gatiëh, Bir-el-Devictar, Cantarrat, Salhiëh, Coreïn et Bulbeîs, c'est pour la plus grande commodité des commerçants qui, traversant plusieurs villages, y trouvent l'eau du Nil, les vivres, et l'occasion de faire du commerce ; mais les Arabes bédouins ne prennent jamais cette route.
Le Pharaon qui régnait en Egypte à l'époque de Joseph, iSls de Jacob, donna au père de son ministre favori, ainsi qu'à ses frères, la terre de Gèchen pour s'y établir, et Joseph mit Jacob en possession de la ville de Rhamesës, dans le pays le plus fertile de l'Egypte (1).
(i) Genèse, chap. XLVIl, versets 6 et il. Traduction de M. deSacy.
D*aatres traducteurs disent (1) que Joseph leur assigna une demeure et leur donna une possession au pays d'Egypte^ dans le meilleur endroit du pays^ dans la contrée de Rhamesis (2) .
On doit être porté à croire que Ton donna à Jacob et à ses fils plutôt une possession dans la contrée de Rhamesës que Rhamesès même, qui semble avoir dû être un lieu important comme ville ou position.
Or cette famille de Jacob, qui était toute composée de pasteurs, obtint de se fixer dans ce pays parce que c'était le plus convenable pour des bergers et pour leurs troupeaux, comme Test encore de notre temps la terre et les environs de l'Ouadée. Son nom de Gichen ou Gessen est encore aujourd'hui conservé par les Bédouins, qui appellent la partie non cultivée de l'Ouadée, au nord, au sud et les environs : Belad-el-Gich, Pays de therbe^ ou pâturage; et quand les pluies sont tombées, on le nomme Pays des pâturages ou Rabih (3).
Cette contrée est d'ailleurs sur la route directe de Syrie, de Gaza par El Arich, aux environs du Caire, à Matarièh, Héliopolis ou On et Memphis.
On ne peut penser qu'autrefois, à l'époque de Jacob, la partie entre Cantarrat et Catièb, et celle entre les lagunes de Ras-el- Moyë et Salhièh, fussent couvertes de plantes, de broussailles et d'herbes comme l'Ouadée; car toute cette partie formadt des terres cultivées, dont on voit les restes, et connues postérieurement à la Bible > sous la dénomination de Nôme Arabia Sethroltes.
Ce n'était donc pas là qu'était la Terre de Gèchen, et l'on ne peut élever aucun doute sur l'identité des environs de l'Ouadée avec la Terre de Gèchen de la Bible.
Ainsi, comme la version des Septante dit que Joseph rencontra son père à Héroopolis, dans le pays de Rhamesès, et que Flavius Josëphe dit aussi que Jacob et Joseph se rencontrèrent au même point; il faut donc en conclure que cette ville d'Héroopolis, qui
(1) Même. Traduction de David Martin et Ostervald.
(2) Traduction de M. Martin et autres.
(3) Quand on conduit des chevaux , bestiaux ou troupeaux de chameaux et de moutons au vert, on dit qu'ils vont au Rabih^ pâturage.
se trouvait dans la Terre de Gèchen, est l'Ouadée d'aujourd'hui avec ses environs.
Effectivement on rencontre sur la route du Caire, soit de Memphis ou d'Héliopolis à Gaza, qui, au lieu de longer les terres cultivées, va directement à l'Ouadée, les ruines d'une grande ville dans l'Ouadée même, sur le bord de l'ancien canal, et qui ne peuvent être que celles d'Héroopolis ; c'est Tel-el- Maskhouta Âbou Rhcheb.
Tous les auteurs anciens qui ont parlé d'Héroopolis, s'accor-' dent à dire qu'elle était au fond du golfe qui en avait pris le nom; ce serait donc au fond du golfe, ou dans ses environs, qu'il faudrait chercher cette place.
Hérodote dit (1) que du mont Gasius à la mer Erythrée ou mer Rouge, il y a mille stades.
Nous mesurons sur les cartes cette distance à partir du cap Caseroun, qui correspond parfaitement à ce que Strabon dit du Gasius (qui est le Caseroun) : Le Gasius est une colline sablonneuse et stérile qui s'avance dans la mer ; on y voit un temple de Jupiter Gasius, etle corps du grand Pompée y est enterré (2).
De plus tous les historiens ou géographes s'accordent sur cette position : ainsi en partant de ce cap et en se dirigeant vers le fond du golfe d'alors, qui était au lac Timsah, comme on le voit sur notre carte, en passant par Catiéh, contournant les sables qui recouvrent les dernières ramifications de la chaîne de Magarra, par Abou Assab, Abou Eurouq et Ferdanne , on trouve exactement les 1000 stades d'Hérodote en comptant chaque stade à 97 ou 100 mètres.
Le fond du golfe se déterminant de cette manière, la ville d'Héroopolis ne devait pas se trouver éloignée de ce point.
Hérodote dit aussi (3) que Nécos fut le premier qui entreprit de faire communiquer le Nil à la mer Erythrée j par un canal qu il commença et que Darius^ roi des Perses^ fit creuser une seconde fois; sa longueur est de quatre jours de navigation et sa
(1) Hérodote, liv. H, § CLVIIL
(2) Strabon, liv. XVI, p. 760.
(3) Hérodote, liv. H, § CLVIII.
largeur telle que deux trirèmes peuvent y passer en rafnant. Veau qui alimente ce canal provient du Nil^ d'où elle est dérivée un peu au-dessus de Bubaste^ près de la ville arabe appelée Patumos.
£d comparant les deux routes : celle du mont Casius à la mer Erythrée et celle de la Méditerranée au même point par le canal, il est dit, au même chapitre, que cette dernière est plus longue que l'autre à cause des sinuosités du canal. Ceci est évident, mais cela veut toujours dire que la distance est celle de la Méditerranée à la mer Erythrée, et non-seulement la lon^ gueur du canal creusé.
Pline dit que : « du golfe Âéant où est la ville des héros, on a « voulu plus d'une fois conduire un canal navigable jusqu'à « Tenti^ée du Delta par un espace de soixante-deux milles, ce c( qui est la plus courte distance du Nil à la mer Rouge; et que «c ce fut Sésostris qui en eut la première idée. Darius, roi de a Perse, eut aussi le même dessein. Le second des Ptolémées « alla plus loin, il fit creuser un canal jusqu'aux Fontaines Amè- « res, large de deux cents pieds, profond de quarante et long de « trente-sept mille cinq cents pas. Il n'acheva pas l'ouvrage 0 de crainte d'inonder l'Egypte, dont le niveau se trouve plus « de trois coudées que celui des eaux de la mer Rouge. Ceci pendant, à en croire d'autres auteurs, la crainte de l'inonda- « tion ne fut point ce qui retint ce prince^ mais celle de gâter
0 les eaux du Nil, par le mélange des eaux salées, n'en ayant
1 pas d'autres (1). »
En prenant la distance de Bubaste ou du Nil à cet endroit à peu près, car il n'est pas parlé de cette ville (mais partons de là, selon Hérodote), et passant par toute l'Ouadée, avec les 62 milles de Pline, on arrive aux environs du Sérapéum : et Pline devait parler du fond du golfe de son époque où Ptolémée avait fondé Arsinoé et non du fond du golfe d'Hérodote qui écrivait 5A8 années avant Pline.
De plus, les autres routes de terre que donne Pline sont toutes aussi concluantes pour déterminer la position du golfe de la
{{) Pline, liv. VI, chap, XXIX.
mer Rouge ; il dit (1) : que la routes qui prend à deux milles par de là le mont Casius^ fraverse les demeures des Arabes Antéens^ et après t espace de soixante milles elle va se joindre à celle de Pélusium. Celle de Pélusium se fait à travers les sables, où fon se guide par des roseat^ enfoncés dans la terre de dislance en distance. La troisième se prend de Gerrefa, surnommée l'adipse; elle na pas tout à fait soixante milles de longueur. Tous ces différents chemins aboutissent par un seul à la ville d'Arsinoè bâtie sur le golfe Charendra par Plolémée Philaddphe, qui la nomma ainsi du nom de sa sœur^ de même qu'il nomma Plolémée le fleuve qui passe aux pieds des murs d'Arsinoé.
Cette donnée de ]a distance de la Méditerranée est encore exacte, car on part des environs de Ras Gaseroun pour venir à Chek Ennédek, qui est la direction du fond du golfe de la mer Rouge; on marche premièrement au sud-ouest pour venir aux environs de Gatièh, on tourne vers le sud ensuite; et c'est aux environs de Abou Eurouq que l'on devait rencontrer dans les sables la route venant des environs de Péluse. On ne peut prendre d'autres routes aujourd'hui, pas plus que dans l'antiquité.
La troisième route, venant de Gerreh, à peu de chose à l'est de Péluse, avait un peu moins de 60 milles ; c'e^t la plus courte des trois, et toutes ces différentes routes aboutissent près du bassin de l'Isthme, au Sérapéum d'aujourd'hui ou Arsmoé de Ptolémée.
Ainsi, en prenant pour Gerreh des ruines dont nous avons parlé, qui sont à l'est de Péluse et qui portent encore ce nom avec celui de Tel-am-Diab {hauteur des mangeurs de loups) et se trouvant dans le plus grand enfoncement du golfe de Péluse, on est encore d'accord avec Pline et même aussi avec Strabon, qui dit (2) : Sur la route qui conduit du mont Casius à Péluse^ on trouve Gerreh^ le retranchement de Chabrias et le Bahr Atra que le Nil forme lorsqu'il déborde vers Péluse dans ces lieux naturellement bas.
(1) Pline, liv. Vï, chap. XXIX.
(2) Strabon, liv. XIV, p. 760.
De ce point de Gerreh, on trouve que les soixante milles conduisent encore à peu près aux environs du Sérapéum, surtout lorsque Ton tient compte du tracé d'une route au milieu de collines de sables et d'accidents de terrains. Ainsi toutes ces différentes roules portent, à l'époque de Strabon et de Pline, le fond du golfe à l'extrémité septentrionale du bassin de l'Isthme, que l'on a nommé à tort les Lacs Amers et où était Arsinoé.
Nous nous appuierons encore du témoignage d'autres auteurs.
Strabon (1) donne 900 stades de longueur à l'Isthme, en comptant de Péluse jusqu'au fond du golfe Arabique. Ces 900 stades sont une mesure bien probablement prise en Egypte, et par renseignements égyptiens; car cçrtainement Strabon ne l'aura pas mesurée lui-même, et elle peut être empruntée aux géographes historiens ses prédécesseurs.
Quoi qu'il en soit, cette distance serait d'accord avec les précédentes, et placerait toujours le fond du golfe, à l'époque de Strabon, aux limites nord du bassin de 1* Isthme.
D'après ce qui précède, on ne peut, il me semble, douter que le fond du golfe Arabique, nommé Héroopolite par les auteurs anciens, du temps de Strabon et de Pline, par conséquent depuis Hérodote, ne fût pas là où l'on remarque par l'examen des lieux les limites du bassin de l'Isthme, puisque aucune mesure donnée ne dépasse le seuil qui sépare le lac Timsah du bassin de r Isthme,
Nous avons encore une autre donnée, pour déterminer cette position d'Héroopolis par rapport à des points connus, tels que Babylone d'Egypte et Clysma.
L'Itinéraire d'Antonin donne de Babylone à Héroopolis, en passant par Hélieu ou Héliopolis près de Matarièh, par Scena Veteranorum, près Tel-el-Youdièh, Viens Judœorum^ ou Beled- Youdièh près Guehètré, comme nous l'avons désigné; puis par Thou ou Tel-el-Kébir, jusqu'à Tel-el-Maskhouta, 78 milles ou 11Â.930 mètres, et de Clysma au même point, en passant par le Sérapéum, 68 milles ou 100.196 mètres.
(!) Strabon, liv. XVII, p. 803.
Or, en mesurant sur la carte la distance depuis Tel-el-Clysmel, ancienne Clysma, où le monticule qui est près de Suez et au nord de la ville, jusqu'à Tel-el-Maskouta en suivant les vestiges du canal, on trouve la distance de 68 milles romains ; ce qui doit bien prouver encore que c'est là le site de la ville d'Héroopolis,
Nulle part il n'est dit, dans les auteurs anciens, que la ville d'Héroopolis ait été bâtie sur le bord du fond du golfe de la mer Rouge ou Erythrée comme ville de commerce; mais au contraire le golfe prit le nom de cette place, et elle pouvait être éloignée d'une certaine distance de la mer.
On verra bientôt que Héroopolis et Rbamesës sont la même place, bâtie comme lieu de garnison ; et alors cette position se trouve on ne peut mieux située.
Je dirai encore ici que je connais toutes les objections que l'on peut faire à la véracité de l'Itinéraire d'Antonin , quoique je pense aussi que, dans ce que j'en ai cité, les mesures qu'il donne se rapportent avec la réalité.
Je sais que l'on a trouvé étonnant que dans cet Itinéraire on ait parlé d'Héroopolis, à une époque où Ârsinoé, d'une fondation bien plus moderne, était déjà oubliée et remplacée par la place plus moderne de Glysma. Mais Arsinoé a dû avoir une bien courte existence, puisque celui qui la fonda fit bâtir une autre ville, celle de Bérénice, pour la remplacer. Et si, à l'époque où Glysma florissait, Héroopolis était ruinée ou en décadence, ce n'est pas une raison pour que cette place ait entièrement dis* paru, et qu'on ne la nommât pas au moins comme station encore au temps de Glysma. Gar aujourd'hui même on indique Memphis, Thèbes et autres villes avec leurs anciens noms, quoiqu'il y £dt des milliers d'années que ces villes soient entièrement ruinées.
Aniline, €lé«patrl0. — La ville d' Arsinoé fut fondée par Ptolémée Philadelpbe, qui lui donna le nom de sa sœur; et cette même ville, ou seulement un de ses quartiers, fut appelé aussi Cléopatris, selon Strabon (1).
(i) Slrabon, liv. XVII, p. 804.
Il est à remarquer que cette ville fut bâtie pour faciliter le commerce par la mer Rouge; ainsi, puisque la ville d'Héroopolis se trouvait de toute antiquité au fond du golfe, et qu'elle ^t reconnue pour avoir donné son nom au golfe, il faut donc quà l'époque de Ptolémée Philadelphe, il soit survenu une circonstance nouvelle pour le déterminer à fonder une autre ville, et cette circonstance doit être le retrait de la mer Rouge, qui se sera éloignée de plus en plus de la vilie d'Héroopolis, en laissant à sec toute la partie de Saba Biars, d'Abou Balab, et la partie occidentale du seuil du Sérapéum, celle qui alors, comme encore aujourd'hui, était la plus élevée, celle où se trouve le monument; tandis que vers l'est, l'atterrissement étant moins élevé, permettait aux eaux à marée haute de passer, ainsi qu*on peut le voir encore sur le banc de Suez.
Pline dit que le second des Ptolémées, qui creusa le canal jusqu'aux Fontaines Amères, n'acheva pas le canal (1) , et alors, pour les raisons que nous venons de dire, il fonda la ville d'Arsinoé, près du fond du golfe, navigable encore à cette époque, c'est-à-dire près de ce que l'on nomme le Sérapéum.
Quand Ptolémée a voulu creuser son canal jusqu'au fond du golfe, et qu'il y a renoncé, Héroopolis se trouvait déjà éloigné de ce fond du golfe; le seuil du Sérapéum était comme nous venons de le décrire, et le bassin du lac Timsah restait au nord, séparé de la mer par les terrains élevés entre Abou- Balah ou Néûché, ceux que l'on rencontre depuis Ghek Ennedek jusqu'au Sérapéum, le seuil enfin terminant le fond du golfe. Alors Ptolémée aura bâti la ville fl'Arsinoé, là où les vaisseaux pouvaient encore arriver, et il aura conduit le canal jusqu'au Sérapéum ou Arsinoé et jusqu'au fond du golfe très-près de là, en le faisant passer à Arsinoé, comme on le voit sur la carte.
Cette place d' Arsinoé n'a jamais dû être considérable, puisque le même Ptolémée, qui la fit bâtir, fonda aussi une autre ville sur la mer Rouge, celle de Bérénice, beaucoup plus au sud que Goseïr, pour faciliter le commerce qui venait alors sur le Nil à
(i) Pline, iiv. VI, chap. XXIX.
Goptos; ce qui permettait d'éviter la navigation longae et difficile de la plus grande partie de la mer Rouge, comme le dit Thistoire. Alors Arsinoé n'aura pas eu le temps de prendre un grand développement à cause de Bérénice, sa rivale préférée, et puis peut-être encore à cause de nouveaux atterrissements, celui de Chalouf Esterabbat, le plus récent.
Cette position d' Arsinoé répond à ce que dit Pline, nous faisant savoir : que les trois routes, qui établissaient une communication de la mer d'Egypte à la mer Rouge, se réunissaient en une seule pour aboutir à Arsinoé (1).
Effectivement les trois routes citées par cet auteur, partant de Pélusium, du mont Casius, et de Gerreb, devaient se réunir, comme nous l'avons dit plus haut, avant d'arriver au fond du bassin, de l'Isthme d'aujourd'hui, où elles devaient aussi rencontrer la troisième route indiquée par Pline avant de gagner l'emplacement que je désigne pour Arsinoé.
Supposons un moment que l'on puisse penser que la ville d' Arsinoé fut où est Suez maintenant, sans tenir compte de la distance de la Méditerranée à ce point, qui serait alors à peu près le double de ce qui est désigné; comment accorder la direction des trois routes dont parle Pline? Le bassin de l'Isthme a toujours existé, sur quelle rive du bassin passaient les routes? II est bien difficile de le préciser.
Strabon (2) dit : qu'il existe un canal qui va se décharger dans la mer Erythrée^ près de la ville d' Arsinoé appelée par quelquesuns CUopatris et qu'il traverse les Lacs Amers. Strabon dit encore qv^ près d' Arsinoé on trouve Cléopatris et Hèroopolis; Arsinoé et Gléopatris n'étaient donc pas la même ville, selon lui; mais d'autres disent que Cléopatris n'était qu'un quartier de la ville d' Arsinoé.
Nous avons vu, en parlant des restes du canal, que la partie creusée entre le bassin de l'Isthme et le fond du golfe d'aujourd'hui, n'était autre chose que le travail fait par les Arabes au temps d'Amrou, et que l'ancien canal des Ptolémées n'arrivait
(1) Pline, liv. VI, chap. XXIX.
(2) Strabon, liv. XVil, p. 804 et 805.
que jusqu'au seuil du Sérapéum. Ainsi, la position que nous admettons pour Arsinoé et Gléopatris répond encore à celle que lui donne Strabon.
Pline (1) dit, en parlant des différentes routes qui aboutissent à Arsinoé, que cette ville est bâtie sur le golfe Charandra par Ptolémée Philadelphe, qui la nomma ainsi du nom de sa sœur, et qu'il donna le nom de Ptolémée au fleuve qui passe au pied de cette ville.
Diodore de Sicile (2) prétend que Ptolémée second, celui qui bâtit la ville d' Arsinoé, fit terminer le canal ; c'est pour cela que la partie qui se jette à la mer, à l'endroit où est la ville d* Arsinoé, prend le nom de Fleuve de Ptolémée.
Ainsi, 11 est évident que cette ville d' Arsinoé devait être ou à l'extrémité du canal navigable ou sur la prolongation de ce canal, et c'est ce que présente la position que nous assignons à cette ville : le canal se jetait dans la mer Rouge, auprès du Sérapéam, près du fond du bassin de l'Isthme d'aujourd'hui. La prolongation du canal était cette partie qui s'étend depuis les environs d'Abou Balah jusqu'au delà du Sérapéum ou Arsinoé, et par conséquent la Rivière de Ptolémée.
Tohani. Thoa. Thoun. — D'après l'Itinéraire d'Antonin, une ville de Tohum se trouvait à 5Â milles de Rabylone, sur la route conduisant par le canal ou TOuadée, à la ville de Clysma, sur le golfe Arabique.
Cette distance nous porte au nord de Rulbeîs d'aujourd'hui, à l'entrée de l'Ouadée Toumilat, qui se prolonge vers l'est, comme nous l'avons dit et comme on le voit sur la carte, où cette distance est de 80 kilomètres, équivalant à ôi milles romains de 1.&7& mètres chacun.
D'après une Notice de l'Empire, Tohum était un poste militaire : effectivement, l'entrée de l'Ouadée est un point fort con venable pour tenir un poste de troupes, afin de surveiller la route venant de Syrie, tant celle qui suit le bord des terres cultivées, que celle qui traverse par le désert.
(1) Pline, liv. VI, chap. XXIX.
(2) Diodore de Sicile, liv. I. p. 19.
Du temps de Méhémet-Ali et avant lui, Tel-el-Kébir et Abascé ont toujours été occupés par de la cavalerie, pour surveiller le désert entre le lac Menzaléh ou plutôt Ferdanne et le bassin de r Isthme.
Le village de Tel-el-Kébir est une position ancienne, ce qai se reconnaît à ses monticules de décombres, et me semble correspondre parfaitement à la position de Thoum, mieux que le village d'Abascè, où il n'y a pas de décombres de ville ancienne ; car les hauteurs, qui sont aux environs du côté de l'ouest, ne sont que des bancs de sable semblables à ceux du désert, où l'on ne trouve que quelques poteries anciennes.
De Tel-el-Kébir à Abou Rhcheb ou plutôt à Tel-elMaskouta, l'ancienne Héroopolis, il y a à peu prés 2â milles indiqués dans l'Itinéraire d'Antonin, puisque nous trouvons 32 kilomètres, distance trop petite, il est vrai, d'environ 3 kilomètres; mais si l'on plaçait Tohum à Abascè, la distance serait trop grande, et il n'y a aucune raison pour cela.
Une autre route, donnée dans l'Itinéraire, porte Tohum à 58 milles romains de Péluse, ou 85 kilomètres 1/2, en passant par Tel Daphné et Tacasarta. Sur la carte, nous trouvons cette même route plus grande, il est vrai, d'environ 15 kilomètres; mais nous avons vu plus haut que la distance de Péluse à Daphné était trop petite de cette quantité, ainsi nous plaçons Tohum ou Thou ou Thoum en arabe, à Tel-el-Kébir, dans l'Ouadée.
Tohum ou Thoum en arabe littéral veut dire bouche^ de même que Foum en arabe vulgaire. Ce mot de bouche s'emploie pour embouchure, comme celle d'un fleuve, d'un canal, d'une vallée. Ainsi il ne peut être mieux adapté qu'au lieu de Tel-el-Kébir, qui se trouve à l'embouchure de la vallée, car ce mot Tohum est tout à fait racine arabe.
Aujourd'hui encore la vallée, dont il est question, s'appelle Ouadée Toumilat, et une tribu de Bédouins de ce lieu porte aussi ce nom.
Quoique le pluriel de Thoum ne soit pas Thoumilat, mais bien Thoumièh, nom que prendraient les Arabes sortis d'un lieu, ou bien habitant un endroit, nommé Thoum, ou bien que des Arabes 3e pommant f houmiéh ftient donné le nom de Thoum à leur ré-
sidence, il y a cepeDdant lieu de croire que Tboumilat on Toumilat est un pluriel corrompu de Thoumiéh. Et il y a tant d'analogie entre ce mot et le nom donné à la vallée, ainsi que celui qui est mentionné dans Tltinéraire, que l'on ne peut douter de la position de Tohum ou Thoum dans l'Ouadée.
Plth^am. Patam^s. — Le lieu nommé PUhoum^ dont il est parlé dans TÉcriture sainte (1) comme d'une ville bâtie par les Israélites pendant leur captivité, pour servir de place forte et de magasin, est cité dans les versions coptes du texte grec, au lieu d'Héroopolis. Il faut donc que cette ville de Pithoum, si elle n'est pas la même qu*Héroopolis, n'en soit pourtant pas éloignée.
Je ferai remarquer que Pithoum est un nom hébreu, ce qui ne serait point étonnant, si ce sont effectivement les Israélites qui ont bâti cette place. Ce serait alors le même lieu que le Tohum de l'Itinéraire avec l'article Pi hébreu et copte, c'està-dire le Toum : la bouche^ T entrée; comme en arabe ehThoum aujourd'hui el-Foum.
Cette complète analogie me fait placer le Pithoum de l'Écriture sainte, avec le Tohum de l'Itinéraire, à Tel-el-Kébir, dans l'Ouadée. Selon la meilleure explication du texte d'Hérodote, on doit croire que la ville de Patumos était près de la prise d'eau du canal dérivant, un peu au-dessus de Bubaste, et non certainement sur le bord du canal, à son débouché vers la mer.
Bien probablement le nom de Patumos est encore le même que Pithoum ou Thoum avec l'article, comme nous l'avons dit plus haut, plus la terminaison os donnée par les Grecs; et ce serait la même position que Tohum ou Thoum de l'Itinéraire.
Dané^n. — Pline est le seul qui parle d'un port de Danéon^ placé selon lui au fond du golfe que les Arabes appelaient Charandras^ où est la Ville des Héros (2).
Du temps de Pline, la ville d'Arsinoè était en décadence; et peut-être que depuis sa fondation jusqu'au temps de Pline, c'està-dire 887 années, il y aura eu de ce côté un petit village, dont
(4) Exode, chap. 1, verset 2.
(2) Pline, liv. II, chap. XXIX.
on ne connaît pas la position, puisque seul cet auteur en a parlé et encore très-vaguement.
Vers les limites de l'ancien golfe, on voit plusieurs positions où il y a quelques décombres, et peut-être celle de Chek Ennédec est-elle ce Danéon de Pline? ce qui est peu important à connaître. Serapicn. Sémpéaiui. — D*après Tltinéraire d'Àntonin, un Sérapéum se trouvait sur la route d'Héroopolis à Glysma, à une distance de 18 milles romains de cette première et à 50 de la seconde. Des ruines de Tel-el-Maskhouta ou Héroopolis, en suivant le canal, ce qui est presque la route, à une distance de 24 kilomètres, ce qui fait les 18 milles romains, on voit effectivement le monticule, dont j*ai parlé, nommé El-Tereyé, sur le sommet duquel on trouve des blocs de grès siliceux et de granit. De là, au monticule près de Suez, qui représente les ruines de Glysma, en contournant les bassins de Tlsthme, il y a 72 kilomètres, ce qui fait à très-peu près les 50 milles romains de l'Itinéraire. Ce serait donc bien la position donnée pour le Sérapéum; tout le monde d'ailleurs a ainsi nommé ce monticule ; mais aucun des débris que l'on y rencontre ne l'atteste, et comme je l'ai dit, on n'y voit que les morceaux du haut ou de la partie arrondie d'une stèle, qui était couverte d'une inscription en caractères cunéiformes et hiéroglyphiques; ce qui fut pris par les ingénieurs de l'Expédition française pour un monument circulaire. Mais il est possible qu'il y ait eu à Arsinoé un Sérapéum, ou plutôt, qu'auparavant que cette ville existât, il y ait eu, en ce lieu, un monument : caria stèle qui s'y trouvait comme toutes celles du même genre qui existaient dans l'Isthme, sont bien plus anciennes que la fondation de la ville d' Arsinoé. Ces stèles datent probablement du temps de la domination persane. A warls .—Selon Man f^ th on , les rois d'un peuple pasteur, qui opprima l'Egypte pendant longtemps, firent leur résidence et eurent le siège de leur gouvernement dans la ville d'Àwaris; et voici ce que dit à ce sujet Flavius Josèphe, en citant Manéthon (1).
Nous ne donnons ici que des extraits, ceux qui ont un rapport direct avec Awaris.
(1) Flavius Josèphe, Réponse à Appion, chap. V.
« Une grande armée d'un peuple^ qui vint de t Orient^ établit un roi de sa nation nommé Sala$i$; ce nouveau prince vint à Memphis^ imposa un tribut aux provinces tant supérieures qu inférieures et y établit de fortes garnisons, principalement du côté de t Orient; parce quil prévoyait que lorsque les Assyriens se trouveraient encore plus puissants qu'ils ne létaient, V envie leur prendrait de conquérir ce royaume. Ayant trouté dans la contrée Salte^ à f orient du fleuve Bubaste, une ville autrefois nommée Awaris^ dont la situation lui parut trés-avantageuse, il la fortifia extrêmement, et y mit ainsi qu*aux environs tant de gens de guerre que leur nombre était de 2A0.000. »
Josèphe dit : « que les Bycsos ayant été chassés pour la plus grande partie, ceux qui restèrent se retirèrent dans un lieu nommé Awaris^ qui contenait dix mille mesures de terre^ et renfermèrent (Tune très-forte muraille^ pour y être en sûreté. »
Ce peuple de pasteurs, que Josèphe nomme les Hycsos, venant de la Syrie chassés par les conquêtes des Assyriens, arriva en Egypte et habita les environs de Uerroun^ de Benherrin, d'Awara; Àwaris est le même nom quAwara, mais avec une terminaison grecque.
A cette époque, comme plus tard et aujourd'hui encore, les Arabes, comme l'étaient les Hycsos, arrivaient dans un lieu, s'y établissaient et en prenaient le nom, ou s'il n'en avait pas lui donnaient le leur.
Les Thiè, en Egypte, ont donné leur nom au désert dans lequel ils vivent, ou bien ils ont pris le leur de ce désert luimême : Thiè, les Égarés^ le désert de Y Égarement.
Les Tawara, du mont Sinaï, prennent leur nom de Gebel- Thor ou Mont Sinaï,
Une chose à remarquer, c'est que les Arabes du Haouran, en Syrie, sont nommés Howrani ou Hawari.
Les Hawari peuplent entièrement la province de Girgèh, dans la Haute-Egypte; ils y sont arrivés à différentes époques en émigrant de leur pays, ce qui est connu par les traditions et quelques auteurs arabes; ils sont Ai*abes et ne se disent pas Fellahs, Égyptiens.
Lorsque les Égyptiens forcèrent les Hycsos à quitter l'Egypte,
il s'en trouvait beaucoup de répandus dans toute l'Egypte ; ils furent relégués dans la Haute-Egypte, où ils furent contraints de se conformer aux usages du pays; et, plus tard, ]es émigrations des pasteurs furent dirigées sur la province de Girgèh, où ces émigrés conservent pourtant encore le caractère bédouin. Ce sont des éleveurs de chevaux, ils sont excellents cavaliers, et les Hawari sont reconnus pour cela dans toute VÉgypte.
Il est donc bien probable que ces Hawari sont les descendants de ces pasteurs ou Hycsos; pasteurs captifs, comme on le voit dans Flavius Josèphe, et qu'ils auront imposé leur nom au lieu qu'ils choisirent pour leur résidence.
Un exemple vient encore à l'appui de ce que nous disons : sous le califat de Merwan-ben-Mohamed il arriva que le dernier des califes, Oumaïah, se réfugia en Egypte l'an 138 de l'hégire, pour échapper aux Abassides. Les troupes de Saleh-Ben-Ali et d'Abou-Oum-Abdelmelek-Ben-Sézid vinrent camper à l'est de Fostat, entre la montagne et l'Iman-el-Chafièh, près de Chek- Sedad. Les gens de la ville prirent l'habitude, en parlant de ce camp, de le désigner par les mots de El-Askar, ce qui veut dire mot à mot : les soldats ; on bâtit en ce lieu des cabanes en terre et en briques crues; elles étaient alignées comme celles d'un camp ; et, lorsque l'armée fut partie, on y construisit un quartier, niais on continua à le nommer El-Askar, nom que l'on donne encore aujourd'hui à ce lieu.
Aux environs de l'Ouadée, au levant de Zagazig et au couchant d'Abascé se trouve un grand village nommé Hérich; et un peu au nord de l'Ouadée, un autre nommé Gorein, Ces noms ont tant de rapport avec les anciens , la position est tellement analogue, que je crois que ce sont là les lieux que les Hycsos ont occupé primitivement ; et alors la ville d'Avraris doit être dans ces environs. Peut-être occupe-t-elle l'emplacement môme de Tel-el-Maskhouta, qui plus tard sera devenue Rhamesès et Héroopolis.
L'invasion des Hycsos date à peu près de 2082 ou 1820 ans avant l'ère chrétienne.
Rhamesès II, notre Sésostris, vivait en 1571.
La place de Rhamesès dans la Terre de Gèchen doit dater à
peu près de cette même époque et elle fut bâtais par le8 Israélites, qui étaient eu Egypte depuis 1706 avaBt Jésus-Christ.
On parle d'Héroopolis en A&ô avant Jésus-Christ; ainsi donc cette place de Tel-el-Maskhouta ou Abou-Rhcheb peut avoir été: premièrement Awaris occupée par les Hycsos, ensuite par Rha« mesès lorsque ce conquérant revint de ses conquêtes, et Héroopolis ensuite par la raison que nous donnerons ici.
Rhameiièd. — Ainsi que Pithoum, Rhamesës selon F Écriture Sainte fut bâtie par les Israélites pour servir de place forte et de magasins.
Dans la Bible, Genèse, chapitre XLVI, versets 28 et 34, il n*est point parlé de Rhamesès mais seulement de la Terre de Gessen ou Gèchen. Cependant au verset 11 du chapitre XLVII de la Genèse il est dit que Joseph mit son père et ses frères en possession de Rhamesès dans le pays le plus fertile de l'Egypte; il faudrait donc conclure de ceci que quand on écrivit la Bible Rhamesès avait déjà été bâtie par les Israélites et que Ton se servait du nom de cette place pour mieux préciser les lieux.
Rhamesès devait être, comme Pithoum, sur la route de Bubaste, au fond du golfe de la mer Bouge.
Si nous en croyons les traditions arabes, cette place était sur le bord du canal; elles disent en effet qu'il fut fait par un roi Tarsis au temps d'Abraham ; comme on a dû le voir plu3.haut, selon les auteurs grecs ce serait sous ^ostris. S'il en était ainsi , le creusement du canal sous ce pharaon pourrait avoir été fait par des juifs, car ils étaient toujours esclaves en Egypte du temps de Rhamesès second, puisqu'ils ne quittèrent seulement l'Egypte qu'en 1491 avant Jésus-Christ.
Ce Rhamesès II, en revenant de ses conquêtes et pour protéger son pays contre les invasions des pasteurs ou Hycsos, aura dû laisser sur les frontières, comme les pasteurs l'avaient fait eux-mêmes, une forte garnison, qu'il aura établie dans un lieu bien retranché auquel on aura donné son nom; et c'est cet endroit qu'il faut chercher, c'est-à-dire la place forte et les magasins faits par les juifs captifs. Or, aux rumes de Tel-el- Maskhouta on rencontre toutes les conditions voulues, même une statue de Rhamesès IL Et plus tard le nom de Héroopolis
lui sera venu de ce que les soldats de Sésostris y tenaient garnison ; on l'aura appelée la Ville des guerriers, des militaires, des héros, d'où Héroopolis; comme on a fait pour le quartier de El Askar près du Caire. Ensuite, lorsqu'il n'y aura plus eu de garnison, ni peut-être même d'habitants, on am*a toujours conservé à cette place le même nom ; comme au quartier de El- Askar, qui est aujourd'hui entièrement ruiné.
Taolmstam. Sèlé. Ma^dolani.— Selon l'Itinéraire d'Àntonin la ville de Taubaslum devait se trouver sur une route conduisant du Sérapéum à Péluse, ainsi que celles de Sélè et de Magdolutn^ la première à 8 milles, la seconde à 36, et la troisième à A8 ; cette dernière était à 12 milles de Péluse , en tout 60 milles du Sérapéum à Péluse.
Taaiiaiitaiii. — A S kilomètres de l'emplacement du Sérapéum, vers le nord, on voit les ruines de petites villes à Gebel- Gâhr, à Mariam ; et à Ghek Ennédek, elles étaient peu importantes et ont dû plus anciennement porter d'autres noms : c'est de ce côté qu'il nous faut chercher Taubastum.
C'était effectivement à l'extrémité des terres cultivées et habitées que se trouvait cette place. Ssûnt Jérôme dit que Saint flilarion mit trois jours de marche, en partant de Babylone, pour arriver au château de Taubastum où était exilé Dracontius, évoque d'Hermopolis. Ce lieu est à trois grandes journées effectivement du Caire, et assez écarté pour être propre à l'exil ; il se trouve sur la route du Sérapéum à Péluse. Or, la hauteur ou le monticule qui recouvre ces ruines même se nomme, comme nous le disons, Gebel Gârh ou Montagne du chagrin^ de la Dou' leur, ce qui convient bien à un lieu d'exil.
Sèlé. — Quant à Sèlé, son nom certainement n'a aucun rapport avec celui de Salhièh , comme quelques-uns l'ont cru ; d'ailleurs sa position est tout à fait en dehors de celle de la Ugne du Sérapéum à Péluse ; et de plus la distance entre ces deux points est beaucoup plus grande que celle que donne l'Itinéraire; puis enQn les deux noms de Sèlé et de Salhièh sont loin d'avoir la même signification.
Salhièh vient de Saleh^ qui est un nom propre, signifierùt le lieu où est Saleh, ou ceux qui descendent de Saleh ; tandis
que Sëlé en arabe voudrait dire torretU ou lieu du torreni.
\ Al kilomètres, qui font juste les 28 milles donnés dans ritinéraire pour la distance de Taubastum à Sëlé, sur le bord des lagunes du lac Henzaléh, à Test du pont du Trésor nommé Gantarrat-el-Ehasnë, aujourd'hui un des postes ou stations sur le Canal maritime de Suez, est un grand monticule de ruines où sont les restes d'un monument en grès siliceux de la Montagne- Rouge du Caire , et dont les sculptures sont du plus pur et du plus beau style égyptien. On y voit aussi les restes d'un obélisque et d'autres monuments, puis des tombeaux, dont la plus grande partie se trouve sur une petite colline près de la station de Gantarrat. Cette ville ruinée est nommée par les Arabes Tel- Abou Séfiëh ; elle est située de manière à ce que l'on ait pu lui donner le nom de Silë, Sélè.
Anciennement, et il y a seulement 30 années, toute la partie depuis Gantarrat-el-Khasnë jusqu'à Ferdanne formait encore une espèce de marais qui se trouvait alimenté par les eaux du Nil ; et ce qui prouve qu'autrefois toute cette étendue était cultivée, c'est la quantité de petits monticules de décombres qui indiquent toujours d'anciens villages. Quand ces terrains furent abandonnés probablement par le manque de populations, ou pour toute autre raison, la contrée entière, arrosée par les eaux du Nil, était couverte de plantes, de broussailles et d'herbes, qui donnaient de très-bons pâturages aux troupeaux des Arabes venant de tous les côtés.
Les eaux du Nil arrivaient par un canal dérivé de la Branche Pélusiaque, et qui passait à Salhièh , contournait le terrain où les eaux du lac Menzaléh n'arrivaient pas, et entrait par El-Cantarrat, pour inonder chaque année toute la partie dont nous parlons. Tout cela formait un grand bassin d'inondation, dont on voyait parfaitement le contour lio^ité par des bois de Tamariscs. Il s'accumulait en cet endroit pendant les inondations une grande quantité d'eau, à un niveau de 2 et 3 mètres environ au-dessus des terrains ; tous ces terrains, autrefois comme aujourd'hui encore, ne pouvaient être arrosés ou inondés que par ce canal.
Les eaux entraient donc par une espèce de ravine creusée à
El-Cantarrat, où on avait établi un pont pour la route de Syrie, route très-ancienne sur laquelle on remarque encore plusieurs ruines de corps de garde. Les eaux une fois apportées par le canal et couvrant les terres, étaient retenues en fermant le pont d'El-Cantarrat-el-Khasné , comme cela se pratique toujours en Egypte pour l'arrosage des bassins d'inondation, et le mot de Cantarrat-el'Khasné voulant tout aussi bien dire réservoir que magasin et trésor, servait à désigner en ce lieu un grand réservoir d'eau. Au Fayoum, encore aujourd'hui, tous les réservoirs se nomment Khasné. Dans le lieu dont nous parlons , quand l'inondation avait été complétée et que le temps de découvrir les terres pour les cultiver était arrivé, on ouvrait la fermeture du pont déversoir, et les eaux s'écoulaient vers les plaines de Péluse et vers le lac Manzaléh, et plus anciennement vers la Branche Pélusiaque.
Quand les eaux d'écoulement des bassins d'inondation en Egypte viennent à s'écouler, c'est absolument un vrai torrent, et il en devait être ici comme ailleurs : c'était un $èl, un vrai torrent; la ville, qui en était voisine, aura été appelée la Vilh du Torrent ou Sèlé.
Mli^d^l ou Mandolani. — Magdolum était à 12 milles de Sèlé ; et eiîectivement, à la distance de 17 kilomètres qui font les 12 milles, on trouve sur la lisière des dunes et de la plaine souvent submergée de Péluse un haut monticule de ruines nommé Tel-el-Herr, ce qui veut dire, en arabe littéraire. Monticvieàu Chat; peut-être au lieu de Herr faut-il dire Rièr qui voudrait direjalotcste ou peine; on y voit une forte enceinte et des murailles qui indiquent une forteresse ou château, elles sont en briques cuites ; et presque toutes les murailles semblent avoir éprouvées l'action d'un incendie.
C'est ce site, éloigné de 12.500 mètres seulement de Péluse, ou d'à peu près les 12 milles de l'Itinéraire, qui est certainement le Magdolum et le Migdol de la Bible.
Dapluié ei Taeasarto. — Toujours d'après l'Itinéraire, il y avait sur la route de Péluse à Memphis une ville de Daphné éloignée de 16 milles de Péluse. Dans la direction voulue, il se trouve, dans les environs des bords du lac Menzaléh d'aujour-
d'buit de grands monticules de décombres; mais les 16 milles feraient environ 23 kilomètres 1/2, et sur nos cartes il y en a 36 ; c'est la distance de l'Itinéraire qui offre une différence notoire avec les distances réelles prises sur nos cartes. Cependant, le nom de Tel-Dèfné, que porte encore aujourd'hui cette place, ne permet pas de douter de son identité avec l'ancienne Daphnë.
Près de Salbièb, au nord, est un village nommé aujourd'hui Gassassine, qui est juste à la distance selon l'itinéraire de Tel- Dèfné, pour être le Tacasarta de l'Itinéraire. Le nom aussi a de l'analogie, et a été arrangé par les Arabes pour lui donner une signification ; ou bien il aura été défiguré par les Grecs et les Latins : Gassassine veut dire : Ceiuc qui cherchent les traces^ les pistes.
Ville avive. — Vis-à-vis de Suez, on voit au nord-est un Ilot nommé EI-Youdièh, où sur le bord delà mer on exploite un banc de madrépores pour servir aux constructions de la ville. L'on remarquait en ce lieu quelques décombres insignifiants et les restes d'une aiguade, qui probablement était alimentée par les eaux du Mabehouc dont j'ai parlé, et au moyen d'une conduite en tuyaux de poteries dont on voit quelques restes.
Les traditions nous apprennent que jadis il y avait en ce lieu une ville Juive florissante par les navires que l'on y construisait, ce qui faisait qu'elle avait été la rivale de Rolzoum.
Iiiic0 Amers. — Presque toutes les personnes qui ont écrit sur la partie géographique que nous traitons, ont considéré le bassin de l'Isthme comme étant ce que l'on nomme les Lacs Amers dans les auteurs anciens.
Il y a là, je crois, une grande erreur, et nous allons chercher à démontrer que le bassin de l'Isthme n'a jamais été les Lacs Amers.
Strabon (1) est le premier qui parle des Lacs Amers, en disant 0 que le canal qui va se jeter dans la mer Rouge ou golfe Arabique^ pris d'Amnoé, viUe que Con nomme aussi Cléopaîris^ coule à travers des lacs dont les eaux qui étaient amères sont
(1) Strabon, liv. XVI, p. 804.
devenues douces par la communication du fleuve avec le canaU ce qui a changé la nature des terrains. Aujourd'hui ces lacs produisent de beaux poissons et abondent en oiseaux aquatiques. »
Nous avons remarqué que dans le bassin, tout prouvait qu'il avait été occupé, au moins en dernier lieu, par les eaux de la mer ; mais que pouitant, quoique toutes les laisses de coquillages si bien marquées qui désignaient son contour fussent formées de coquilles marines, on y reconnaissait aussi toutes les formations des sels gypseux qui prouvaient que les eaux douces y étaient également venues, soit celles des pluies, soit celles du Nil, quoique Ton n'aperçut pas de traces de limon du fleuve à la surface du sol.
Cependant, voyons un peu ce qu'il. faudrait .que le canal, dont on voit les traces, eût dû apporter d'eau pour remplir les bassins de l'Isthme.
La surface des deux bassins est :
Pour le grand 220.000.000 mèt.carr.
Pour le petit 60.000.000
Total 280.000.000
La profondeur moyenne du grand bassin est 4,5
La profondeur moyenne du petit bassin est 2,5
Le cubage du grand bassin est donc de 990.000.000 m. cub.
Celui du petit bassin, de 150.000.000
Leur total est donc de 1.140.000.000
Pour l'évaporation, d'après les observations faites pendant deux années, on aurait par jour, en moyenne, 0,009 met. cub; ce qui donnerait pour 365 jours ou une année, 3,29; ou pour les deux bassins un cubage de 921.200.000 mètres cubes.
Enfin un total général de 1.061.200.000 mètres cubes; le canal ayant une section de 78 mètres, due à 30 mètres à la surface, une profondeur de 8 mètres, une vitesse moyenne de 25.
Ce serait dans une année 1.024.920.000 mètres cubes. —
Il aurait donc fallu ce temps pour remplir le Bassin, qui aurait reçu ses eaux de la Branche Pélusiaque, au moment des inondations.
Si effectivemeot ce remplissage a eu lieu, ce n'a pu être que du temps d*Amrou, lorsque le bassin de 1* Isthme ètût entière* ment séparé de la mer Rouge; car avant, nous avons vu que la mer avait toujours dû arriver jusqu'au seuil où est le Sérapeum, séparant le lac Timsah du bassin de l'Isthme.
Comment un espace aussi considérable que celui des bassins de l'Isthme aurait-il pu être un lieu abondant en oiseaux aquatiques; jamûs ils n'y auraient trouvé la moindre végétation sur les bords, et sa profondeur se trouvait trop grande pour eux. Sur le lac Menzaléh nous voyons une immense quantité d'oiseaux aquatiques, mais c'est que l'eau est très-peu profonde, et qu'il y a de la végétation partout sur ses bords, ainsi qu'un grand mélange d'eaux douces.
D'ailleurs, Pline ne dit pas la même chose que Strabon : il prétend que Ptolémée creusa le canal jusqu'aux Fontaines Amëres (i); ce qui est bien différent et d'accord avec ce que l'on voit aujourd'hui.
La partie du canal creusée par Ptolémée, et qui selon Pline
devait être de 37.600 pas, seraii celle depuis la Branche Pélu-
siaque jusqu'aux environs de Saba Biars, peut-être même
jusqu'au lieu où est la dérivation vers Ghek Ennédek, ou plutôt
seulement une petite partie, car la distance de la Branche
Pélusiaque au Sérapéum est beaucoup plus grande* Ce serait
alors dans ces environs que commenç^ent les Lacs Amers de
Strabon et les Fontaines Amères de Pline, et ce serait bien le lac
Timsah, qui semble n'avoir jamais reçu d'eau de la mer Rouge,
ou ce serait, au moins, un lac bien plus ancien que le bassin
de l'Isthme. Tous ces endroits sont marécageux ; les eaux du
Nil s'y sont toujours déversées et il y a beaucoup de végétation.
A Néfiché, il y avait immensément de joncs, de magnifiques
roseaux de six à dix mètres de long, beaucoup de tamariscs. Et
comme de tout temps il y a eu du poisson et beaucoup d'oiseaux
aquatiques dans ce lieu, ce sont donc là véritablement les
Fontaines et les Lacs Amers (2).
(1) Pline, liv. VI, chap. XXIX.
(2) Depuis que la communication entre les deux mers est établie.
Ainsi, Héroopolis étant à Tel-el-Maskhouta, le fond du golfe ancien arrivant jusqu'au seuil du Sérapéum ; les Fontaines et les Lacs Amers se trouvaient entre le Nil et le golfe à l'époque de Ptolémée, qui continua le canal par les Fontaines Amères et fit passer le fleuve qui porta son nom près la ville d'Arsinoé.
Gomment se pourrait-il faire que jamais on ait pu confondre le bassin de l'Isthme avec les Lacs Amers? Tous les auteurs qui parlent de la communication du Nil avec la mer Rouge ou Golfe Héroopolite ou Arabique avant l'Islamisme, n'ont jamais fait mention que d'une navigation par canal ; mais, si le bassin de ristbme avait été plein d'eau, cet espace de plus de douze lieues de longueur et de deux de largeur, n'aurait certainement plus été considéré comme un canal, ceci eût été une petite mer. Or, cela n'est dit nulle part ; on n'a jamais dit que pom* se rendre du Nil à la mer Rouge, on faisait plus d'un tiers du parcours sur un grand lac. Ainsi, bien certainement encore au temps des Ptolémée le golfe se terminait bien aux limites nord du bassin de l'Isthme, et celui-ci n'a jamais été ni les Lacs Amers, ni les Fontaines ; c'étaient, au contraire, les Lagunes du lac Timsab.