‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 9 sur 61 · DESCRIPTION GÉOLOGIQUE ET FORMATION DE L'ISTHME · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉOLOGIQUE ET FORMATION DE L'ISTHME

Mes premiers voyages dans Tlsthme de Suez datent à peu près de Fépoque de mon arrivée en Egypte , vers le commencement de l'année 1821; je m'occupais de géographie, d'an-

tiquités, et mon attention fut naturellement portée sur tout ce qui avait rapport à l'histoire de la Bible, sur cette terre habitée par le peuple de Dieu , et sur les restes des travaux qu'on le força à exécuter ; tel fut le but de mes premières recherches.

Je visitai donc la terre que le patriarche Jacob reçut du Pharaon d'Egypte que servait son fils Joseph (1) ; je visitai les restes du canal qui joignait la mer Rouge au Nil et à la Méditerranée , ces restes d'enceintes et de villes anciennes ou forteresses, ces magasins bâtis. en briques cuites au soleil que les Israélites furent contraints de construire pour le Pharaon qui les retenait en captivité.

Ce fut donc en i 822 que je fis une première tournée dans risthme, précédemment j'avais déjà vu toute la côte depuis El-Arich jusqu'à Damiette.

Dans cette première excuraion , je visitai tout le tracé de l'ancien canal de Trajan ou d'Adrien partant du vieux Caire et allant dans rOuadée rejoindre celui qui venait directement du Nil aux environs de Bubaste; je fus, en suivant les traces du canal, jusqu'au lac Timsah, de là à Péluse et revins à Suez.

En 1823 je fis encore un autre voyage à peu près dans les mêmes lieux , mais cette fois je visitai aussi le désert des deux côtés du golfe de Suez, jusqu'aux couvents de Saint -Antoine et de Saint-Paul, jusqu'au Gebel-Zeit, sur la partie ouest de la mer Bouge, ensuite à l'est jusqu'à la Méditerranée au cap Casaroun ou cap Gasius ; je restai six mois dans ces contrées.

C'est alors que l'esprit rempli de tout ce qui avait été écrit et fait sur l'Isthme de Suez et de ce que j'avais vu moi même, je commençai quelques études sérieuses et visitai tous les canaux qui viennent se décharger dans le lac Menzaléh ; je vécus alors dix-huit mois dans le désert situé entre le golfe d'Akabah-el- Arich et l'Egypte cultivée, y compris la péninsule du Mont-Sinaï, et le désert entre la mer Rouge et le Nil depuis la hauteur de Suez et du Caire jusqu'à celle de Bénésouef et de Gebel-Zeït.

En 1827 et 1829 je retournai encore dans l'Isthme que je vi-

(1) Voir pour tout ce Mémoire la planche III.

sitai de nouveau ainsi que ses environs, et c'est alors que je commençai les premières études d*un projet de communication entre les deux mers.

Je n'étais pas encore au service égyptien, j'avais terminé mon engagement avec la Société africaine pour laquelle je voyageais, j'étais libre de mes actions, et, avec le peu de moyens pécuniaires que j'avais à ma disposition, je fis pourtant, à cette époque, la vérification d'une partie du nivellement de l'Expédition française, depuis la mer Rouge, à Suez, jusqu'au fond de l'ancien bassin de l'Isthme au nord de ce que Ton nomme le Sérapéum. . C'est donc à cette époque que je commençai à étudier l'Isthme, non plus en historien et en géogi*aphe, mais bien en ingénieur.

Je venais de passer plus d'une année isolé dans une vallée du Mont Sinaï avec une bibliothèque choisie, afin d'étudier sérieusement et sans distractions pour acquérir ce qui me manquait de connaissances scientifiques ; afin de prendre du service près du gouvernement égyptien en qualité d'ingénieur, ce que plusieurs fois déjà S. A. Ibrahim -Pacha, père du vice-roi actuel, m'avait proposé.

En 1830 je fis encore une autre excursion dans l'Isthme sur le lac Menzaléh et à Péluse ; je vérifiai une autre partie du nivellement de M. Lepère, depuis la Méditerranée jusqu'aux environs d'Abou-Eurouq presque à l'extrémité des lagunes du lac Menzaléh, vers le sud.

Il me restait à vérifier le nivellement entre ce dernier point et celui où j'avais laissé ma première opération en partant de la mer Rouge, c'est-à-dire l'extrémité nord du bassin de l'Isthme, partie qui constitue véritablement l'Isthme ; mais je ne pouvais supposer qu'il y eût là une aussi grande erreur que celle qui a été commise dans le nivellement de 1799, puisque je n'en trouvais aucune de sensible dans les deux parties que j'avais déjà vérifiées.

En 1833 , toujours préoccupé de l'Isthme de Suez et de la communication à y établir, quoique déjà au service égyptien, je terminai mon projet et je profitai des temps de congé pour faire plusieurs tournées dans l'Isthme , qui me servirent à faire la carte de ces contrées.

Enfin en 18i0, je fus encore dans une partie de ristbme que je ne connaissais pas aussi bien que toutes les autres , afin de réunir toutes les observations et tous les documents dont j'avais besoin pour coaipléter ma carte.

Alors je di'essai mon mémoire , je fis mes plans , mes métrés et devis.

Dans ce long travail dont M. de Lesseps en 1833 avait connu une grande partie, il y avait des détails sur la géographie ancienne, la géologie et l'histoire du canal.

C'est ce que je me propose de reproduire ici avec fort peu de changements , ou plutôt avec des augmentations, des vérifications que mes nombreux voyages dans l'isthme depuis ISàO, ainsi que les travaux préparatoires que j'ai fait exécuter pour la Compagnie du canal de Suez, m'ont mis à même d'y apporter.

Si je cite ici toutes les excursions et les travaux que j'ai faits dans l'Isthme, c'est pour que l'on puisse être persuadé que ce n'est point légèrement que je suis arrivé aux déterminations et aux conclusions que j'avance.

La plus grande partie de ceux qui ont anciennement écrit sur l'Isthme et sur le canal, comme aussi sur la géographie ancienne de cette partie, n'ont jamais vu l'Isthme ou au moins n'y ont pas séjourné; ceux qui y sont allés en passant, ont vu légèrement. Pour faire des recherches de géographie ancienne, il faut séjourner, étudier le terrain pas à pas ; la moindre chose est un indice ; un reste de construction, une pierre, un petit monticule, un reste de digue souvent vous conduit à une conclusion. Le voyageur qui passe sur sa monture, fiitigué, brûlé par le soleil, pouvant à peine regarder le sol éclatant de lumière, ne peut remarquer comme celui qui vit dans le désert.

Celui qui ne fait que passer ne peut causer avec les Arabes habitants des lieux qu'il traverse; c'est dans les causeries du soir, près du feu établi en plein air, que les Bédouins vous parlent de leurs traditions, de leurs légendes, des choses remarquables de leur pays ; il y a toujours là quelque chose à apprendre, en vérifiant autant que possible cts que l'on a entendu; et, quoique souvent j'ai eu des déceptions, cependant j'ai rarement été en-

tièrement trompé sur ce que j'allais chercher ou voir, d'après le dire des arabes avec lesquels je m'étais lié.

Je ne citerai ici aucun des auteurs modernes qui ont écrit sur le même sujet que je vais traiter; il serait trop long de les réfuter dans les erreurs qu'ils ont commises, et je ne citerai que les anciens auteurs jusqu'à D'Anville; mais ce qui a été fait jusqu'à ce jour de mieux, de plus savamment exposé sur l'Isthme de Suez, c'est certainement et sans contredit ce qui est dans l'ouvrage de la Commission française de l'Expédition d'Egypte; et si ce que je fais ici est plus complet, c'est que je suis resté longtemps sur les lieux, que j'ai eu les moyens d'avoir tous les renseignements que j'ai désirés, et que f ai profité de ce que mes prédécesseurs avaient fait.

Quant à ce qui a été dit depuis l'Expédition française, je ne connais rien de complet sur l'Isthme de Suez, sur ses anciens canaux, ni sur sa géographie ancienne. M. Brugsch a écrit ses recherches à ce sujet; malheureusement cela est en allemand, langue que je n'ai pas l'avantage de connaître.

Quoique la formation géologique de l'Isthme de Suez puisse sembler, à première vue, étrangère à sa géographie ancienne ainsi qu'à l'histoire de son ancien canal, il y a pourtant différentes questions qui sont assez liées avec les faits géologiques qui ont eu lieu, pour qu'il soit indispensable de parler au moins superficiellement de la formation de l'Isthme et des déserts qui y touchent pour ainsi dire.

Ces déserts (voyez la Planche I) comprennent tout le pays, qui serait circonscrit par une ligne partant de Suez, remontant au sud le long de la mer Bouge jusqu'à la montagne d'Abou Daragué, à dix lieues de Suez, puis allant à l'ouest rejoindre la montagne de Cherg Atfieh, qui est la prolongation de celle de Torahet-Mahassara-Elouan, ou le mont Mecattam (1) , tournant au nord le long des terres cultivées et le désert, jusqu'à la Méditerranée, puis de la montagne de Thiéh, sur le côté du levant de la mer Rouge, à la hauteur d'Abou Daraguè et allant rejoindre au nord, la Méditerranée vers Katiéh et le cap Casaroun.

(!) Ce qui veut dire : fermée bouché.

L'Isthme, qui comprend la distance entre Suez et Péluse, partagerait à peu près, du nord au sud, en deux parties égales cette étendue de désert.

La montagne d'Abou Daraguë est élevée au-dessus de la mer Rouge d'environ 800 mètres; elle est l'extrémité orientale d'une chaîne qui court vers Fouest-nord-ouest, et qui va aboutir sur le Nil au Gebel Torah et Mahassara, où elle est moins élevée.

Ce nom d'Abou Daragué lui a été donné parce que sur le bord de la mer Rouge, au pied de la montagne, sont les ruines d'un ancien couvent où il y a des escaliers qui, en arabe, se nomment daraguè ; il sont en partie creusés dans le roc et conduisaient à une source.

Cette chaîne se continue de la mer jusqu'au Nil, et quoiqu'elle soit entrecoupée de ravins qui ont leur origine dans cette chaîne et qui coulent vers le nord, il ne s'y trouve aucun passage ou route praticable pour des caravanes allant du nord vers le sud; il n'y a de passage que sur le bord de la mer au pied de la montagne, où l'on passe à marée basse avec les pieds dans Teau, ou sur le revers de cette montagne par un chemin assez dangereux, que les Arabes ne prennent ordinairement que lorsqu'ils sont à pied ou à dromadaire léger; ce passage peut d'ailleurs être facilement obstrué avec quelques pierres.

Du côté de l'Egypte, il faut remonter le long des terres cultivées à plus de dix lieues pour trouver une gorge praticable, celle de Cherq-Atfiéh. Sur cette chaîne on voit un plateau incliné vers le sud, mais formant presque une falaise vers le nord. Elle appartient aux terrains secondaires, et elle est de formation calcaire sans beaucoup de variétés. Toutes les différentes stratifications qui la composent sont, pour ainsi dire, parallèles entre elles; elles ont quatre inclinaisons différentes peu marquées, il est vrai, de l'est à l'ouest, mais elles sont toutes inclinées vers le sud; et du plateau au sud de la chaîne d'Abou Daragué, tous les ravins de ce côté vont se perdre dans une grande vallée débouchant à la mer, c'est celle de l'Ai^abab, et

dans une autre nommée Ouadée Sennour, qui va rejoindre le

Nil vis-à-vis de Bénésouef (1) .

Les ravins du nord se dirigent : pour la partie orientale» vers une vallée débouchant à la mer au lieu nommé El Khrouébé, au nord et au pied de la moniagae d'Abou Daraguë; et pour la partie occidentale^ en se réunissant dans TOuadée ou vallée Tarabut. Les ravins, qui sont peu considérables de ce côté, viennent aboutir aux terres cultivées sur les bords du Nil entre Torab et Bassatine (2).

Toutes les couches de cette chaîne, qui ont plus ou moins d'épaisseur et sont plus ou moins compactes, sont séparées entre elles par de petites couches d'argile. Les calcaires des couches supérieures sont souvent mêlés d'un grès coquiilier, composé presque en entier de coquilles pétrifiées à l'état siliceux ; dans d'autres parties, elles sont Tossiles.

On trouve aussi beaucoup de formations de sulfate de chaux ou gypseuses; et dans les plus grands ravins de cette chaîne d'Abou Daragué, particulièrement ceux qui coulent à El Krouébet et surtout dans celui nommé Ouadée GalTour, il y a de beaux gisements dun calcaire lithographique, qui fournit une excellente chaux hydraulique.

Dans cette chaîne d'Abou Daraguè, à moitié distance du Nil à la mer Rouge, se trouve l'origine d'un grand ravin, qui court directement au nord-ouest et vient déboucher dans des terres cultivées juste à la ville de Bulbeïs.

(1) Voir planche IV, n* 1 et 2,

(2) Cette vallée a été nommée par plusieurs voyageurs et auteurs, qui ont parlé de la fuite des Hébreux, Ouadée^Thiéh^ ou de l Égarement, Celle-ci se trouve à Test de la mer Rouge, dans le pays de la tribu des Arabes Thiéh, ou égarés. Non qu'ils fussent égarés dans le désert, mais égarés au figuré, moralement, mieux encore religieusement, parce que anciennement ils ne suivaient pas la vraie religion mahoniélane; d'autres prétendent que c'eï>t dans ce déi>ert que les Israélites s'égarèrent, selon la Bible, et que le nom do Gebel-Thiéh & élé donné à ce désert a eu use de ce fait, et les Arabes de celte contrée ont ensuite pris le nom du désert qu'ils occupaient et oi^ e!>t encore leur princ ipale résidence. Tarabut ou férah-ef-but, veut din* : ftfrah^ paître, el but. troupeau de chameaux. C*est la tribut de« Tèrah-el-but qui a donné son nom à cette vallée.

Nous signalerons en passant un fait, c'est que depuis la hauteur de dix milles au-dessus du Caire, toutes les grandes vallées ou ouadiêSt lits de torrents qui coupent le désert^ jusqu'à la hauteur de Thèbes à peu près, coulent du nord-nord-est au sud-sud-ouest : par exemple, la vallée de Sennour a son origine dans la chaîne d'Abou Daragué et vient déboucher au Nil près de Bénésouef ; la vallée de Kennèh a son origine à la hauteur de Miniet à peu près, dans les montagnes près la mer Rouge entre rOuadée Arabah et cette mer, et va déboucher à Kennéh même sur le Nil ; par conséquent le point culminant ou du partage des eaux est dans la chaîne qui longe la mer Rouge, et plus près de cette mer que du Nil ; seulement les valléps qui débouchent à la mer y vont directement, sans courir au sud, comme le font celles qui se dirigent du côté de FÉgypte.

Au nord de cette chaîne d'Abou Daragué en est une autre, qui commence à la montagne d'Attaka à Suez même, et court à Touest jusqu'à la montagne du Caire nommée Gebel Diouchi, et qui se prolonge le long du Nil, du nord au sud, depuis la partie nord de la ville du Caire, jusqu'à la vallée des Tarabut dont nous venons de parler et de là tourne vers Test

La montagne d'Attaka court aussi du nord au sud du côté de Test ; elle borde, pour ainsi dire, le fond de la mer Rouge et le commencement de l'Isthme pour tourner ensuite à ses deux extrémités sud et nord vers l'ouest.

Le Gebel Attaka, qui veut dire Montagne de la Délivrance, est plus élevé que le Gebel Diouchi ; il a environ 860 mètres au* dessus du niveau de la mer. Cette chaîne est continue de la mer Rouge au Nil, et n'est coupée que par une vallée, celle de Gandalli, venant de la chaîne d'Abou Daragué et se dirigeant vei*s le nord.

La chaîne d'Attaka forme un point culminant dont des ravins, depuis l'Attaka jusqu'à Gandalli, déterminent des vallées qui conduisent leurs eaux quand il pleut au sud-est, et se réunissent à El Gouebi, dont nous avons parlé. Dans la partie de Gandalli au Gebel Diouchi, les eaux de pluies coulent du versant sud dans l'Ouadée Tarabut, et peu dans la vallée de Gandalli.

Du côté du nord, les ravins de la montagne d'Attaka portent

leurs eaux, en la contournant, jusqu'à Suez même, au lieu nommé El Gisr, où il y a un grand réservoir formé par des digues en terre, qui conservent les eaux plus de deux mois quand la pluie a été abondante.

Plus à Touest que le véritable groupe d'Attaka, les ravins portant leurs eaux dans la vallée de Gandalli, comme aussi ceux qui sont à Touest de cette vallée ; une faible partie de ces eaux va seule du côté des terres cultivées de TÉgypte.

Les terrains de cette chaîne sont secondaires , comme ceux de la chaîne d*Abou Daraguè; ses stratifications sont aussi disposées de la même manière. Sur les plateaux de cette chaîne, on trouve des grès calcaires et coquilliers, et à la surface, des bancs de coquilles marines, surtout des huîtres, qui semblent encore sorties de la mer depuis peu.

Dans cette chaîne, il y a quelques affaissements ou enfoncements; Tun d'eux est à moitié route du Gebel-Diouchi à Gan« dalli : il s*y trouve des terrains ferrugineux avec quelques cristaux de grenats dans des grès.

Au nord de cette chaîne d'Attaka, il en est une autre bien moins élevée, qui est parallèle aux deux précédentes et conserve la même qualité de terrains; seulement, les calcaires qui la forment sont moins compactes, moins bien stratifiés.

Cette chaîne, qui est celle d'Awebet, ne commence pas aussi vers l'est que les précédentes, mais seulement au Gebel Awebet, qui est entièrement séparée de la plaine au sud et au nord, et qui se trouve beaucoup plus vers Touest que le Gebel Attaka ; elle court à l'ouest jusqu'aux terres cultivées de l'Egypte, en venant y mourir en pente douce. Elle est aussi traversée par rOuadée-Gandalli.

Enfin, au nord de cette petite chaîne d'Awebet, il en est encore une autre bien moins remarquable ; mais elle commence plus à l'est, comme le Gebel Attaka, où elle est formée par la montagne de Généffé, qui borde aussi une partie de l'Isthme du nord au sud, va à l'ouest parallèlement aux autres jusqu'à une hauteur sur le bord des terres cultivées au village de Metiayer. Cette chaîne est basse ; les ravins de son versant méridional viennent tous rejoindre le ravin de Gandalli, et une pe-

lite partie pénètre directement en Egypte entre Bulbeïs et rOuadée.

Cette chaîne, que je nomme Généffé, a une petite ramifia cation, qui part d'un lieu nommé Mecassar Rahiéh (qui veut dire le lieu où Ton casse : on y exploite des meules de petits moulins à bras) et se dirige vers Test-sud-est jusqu'à Chalouf Etterabba, petite hauteur calcaire qui se trouve dans la ligne directe de Suez allant au nord. Nous reviendrons sur ce point plus tard.

Cette montagne de Généffé est élevée sur le côté oriental et domine le grand bassin de F Isthme. Elle est composée de terrains secondaires, et dans plusieurs parties, on y trouve des gisements ou plutôt des dépôts d'albâtre ou de sulfate de chaux et des gypses, comme dans les montagnes du désert, à l'est de Bénésouef. Cette petite chaîne, dans sa longueur de l'est à Touest, est aussi coupée par une seule vallée, celle de Gandalli.

L'ensemble de ces quatre différentes chaînes, pour ainsi dire parallèles, a dû primitivement former un seul plateau incliné vers le nord; par une révolution de la terre, ce plateau a subi un dérangement, il s'est affaissé ou soulevé dans quatre parties, et a formé quatre plateaux différents, non horizontaux mais inclinés du nord au sud (1).

De sorte que, si l'on fait un profil du nord au sud depuis la Méditerranée jusqu'à la chaîne d'Abou Daraguè, on voit, comme nous l'avons dit, que les chaînes et les plateaux ne formaient primitivement qu'un même plateau avec uue pente régulière du sud au nord, et que maintenant ce plateau est partagé en quatre étages, que le plateau de chaque étage est incliné vers le sud, avec une pente contraire à la pente générale, jusqu'au pied du plateau qui est plus au sud que lui.

Puis sur la longueur de chaque plateau de l'est à l'ouest, il y a quatre pentes et deux points de partage (voir les profils PL lV,n-let2).

De la mer ou de la partie basse de l'Isthme la pente va en montant sur environ un quart de la distance ; de là, cette pente

(i) Voir la planche IV, n* 4.

descend jusque vers le milieu de cette distance, puis remonte encore, et descend enfin vers le Nil.

La partie basse du milieu est une vallée du nom de Gandalli, comme nous Tavons dit ; elle a son origine à la chaîne d'Abou Daraguè, traverse les autres en courant au nord, et vient déboucher à Bulbeïs aux terres cultivées. C'est la seule vallée dans cette partie qui ait été formée par un mouvement du sol, par un affaissement; toutes les autres, qui sillonnent ces parties dont nous parlons, sont des vallées ou ravins formés par dénudation ou par des cours d'eau qui ont creusé leur lit dans les diflérents plateaux.

Les eaux dans toutes ces parties que nous venons de décrire sont rares ; dans la montagne d'Âbou Daraguè, au lieu nommé El Khrouébé, et vers le nord, en creusant on trouve des eaux potables, qui proviennent de celles apportées par les ravins quand il pleut ; elles se trouvent à trois et quatre mètres au-dessous du sol, quelquefois moins, selon les pluies; mais à Khrouébé même, endroit qui veut dire 6ow, où il y a beaucoup de broussailles, de roseaux, de joncs, c'est un terrain marécageux près de la mer; il y a une belle source jaillissante, qui coule abondamment vers la mer; elle est très-claire, mais tellement chargée de soufre et de différents sels que malheureusement elle n'est pas potable ; c'est à peu près la même que celle de Elouan au-dessus du Caire, mais avec beaucoup plus d'abondance.

Toutes les autres eaux ne proviennent que des pluies, elles sont conservées, naturellement, dans des trous de rochers, espèces de réservoirs, et souterrainement, où au moyen de quelques puits on peut les recueillir ; mais elles sont rarement bofines. Dans la vallée de Gandalli, à l'endroit où elle coupe la chaîne d'Attaka, il y a plusieurs puits ou l'eau est potable.

Dans ces quatre chaînes, mais surtout dans celle d'Attaka, plusieurs formations qui composent ces terrains secondaires sont à remarquer. Il se trouve des fossiles dans toutes les couches calcaires ; celles qui sont les plus compactes sont du travertin avec moins de coquilles ; toutes celles que j'ai remarquées sont marines partout, seulement, lorsqu'elles se trouvent dans les couches tout à fait supérieures comme celles du Gebel-

Diouchi au Caire, qui appartiennent au calcaire siliceux» les coquilles sont encore siliceuses et pétrifiées. On y trouve encore de grands bancs d'argile de l'épaisseur de deux à trois mètres, su* perposés à des calcaires, qui sont souvent marneux ; dans ces bancs d'argile, où Ton remarque des petites veines de gypse, il y a une immense quantité de cailloux d'Egypte.

Ces cailloux ne sont pas ce que l'on peut appeler cailloux roulés; ceux qui pçuvent porter ce nom sont des parties de roches qui ont été détachées des montagnes, entrainées par les eaux soit vers la mer, soit dans un torrent; le mouvement continuel des eaux, le frottement de ces parties les unes contre les autres et sur les sables de la mer ou des fleuves, en les usant, les a arrondies. Dans ces espèces de cailloux roulés, la partie supérieure est la même qu'à T intérieur*

Les cailloux dits égyptiens, qui sont souvent presque des jaspes, sont d'une formation bien différente et ne doivent plus leur forme ronde à une action lente du mouvement des eaux et à l'usure par le frottement.

Ces cailloux d'Egypte sont composés à l'intérieur de couches sphériques, concentriques, superposées, qui, vers le centre, se confondent souvent et représentent de jolis dessins; les couleurs en sont quelquefois fort vives; quelquefois, dans le centre est un vide rempli de fort beaux cristaux siliceux, très-brillants, de cristal de roche. L'enveloppe est toujours formée de couches plus épaisses et d'une matière moins fine; la surface est rareaient polie, ce qui est le contraire des cailloux roulés.

Ces cailloux, tels qu'ion les voit, présentent absolument le même aspect qu'une matière en fusion qui serait tombée dans une matière humide ou liquide ; ce qui formerait des globules dont la surface serait grenée, gercée, et l'intérieur cristallisé, selon l'espèce de la matière des globules; cest absolument l'effet que produit le plomb fondu, lorsqu'on le laisse tomber dans l'eau pour faire du plomb de chasse. Ces cailloux semblent donc avoir d'abord été une matière pâteuse, chaude, qui, lancée à l'extérieur, serait retombée dans l'argile qui les contient, qui alors était à l'état de boue; on a donc tort de prendre ces cailloux pour des cailloux roulés comme les autres.

Dans plusieurs endroits, mais surtout à l'ouest de TOuadée Gandalli, on voit, au milieu d'une plaine unie et dont le soussol est formé de terrains secondaires^ un bloc noirâtre qui s'élève à une hauteur de quinze à vingt mètres; on le nomme Gebei- Greïboun. C'est un amas de grès, de brèche siliceuse, où l'on remarque l'action secondaire du feu avec des parties de scories ; cette brèche a été lancée de l'intérieur de la terre à la surface en traversant par une fissure les couches calcaires et argileuses du sol, et s'est répandue sur la surface en fusant l'effet d'une faille, d'un Geyser solide, si je puis m' exprimer ainsi, ne pouvant trouver un nom propre pour ce phénomène. Ce sont les produits dus à des sources siliceuses, chaudes, qui entraînent avec leurs eaux des débris de cailloux quartzeux, du sable ferrugineux, et qui, se cristallisant peu à peu au fur et à mesure qu'elles venaient à la surface, ont formé cette brèche. Tout naturellement, la matière arrivant successivement et se répandant de tous côtés sur les parties déjà étendues, solidifiées et cristallisées, a dû prendre cette apparence de stratification.

Au surplus, ce n'est pas le seul exemple de cette formation dans le désert ; il y en a beaucoup de moins visible, et surtout aux environs de la forêt pétrifiée, dont nous parlerons.

Ce sont, par exemple, de vrais failles, des cônes argileux en forme de cratères, du milieu desquels s'est élevée la même matière qu'au Gebel Greîboun, laquelle s'est répandue à droite et à gauche sur les parois extérieures du cône; on en a exploité des parties pour faire des petites meules de moulin.

Le plus bel exemple de ces espèces de failles est la montagne située près du Gsdre, au nord du Gebel Diouchi, nommée Gebel Dahab ou Gebel Âhrmar {Montagne de Cor et Montagne rouge); cette montagne est sortie peu à peu à l'état liquide de dessous les couches calcaires argileuses et marneuses du sol, elle s'est répandue à la surface par plusieurs bouches, on en voit fort bien deux encore ; l'on remarque l'action du feu sur ces formations après qu'elles ont été élevées, vomies, en même temps; il y a autour d'une de ces cheminées des scories, comme autour d'une fournaise.

Cette pierre de la Montagne rouge, qui est composée de grès,

de brèches très-belles et de pouddings» sert depuis des siècles à faire des meules de moulin ; et depuis Méhémet-Ali on y a recueilli les matériaux nécessaires aux empierrements de rues d'Alexandrie et du Caire.

Si j'ai si longuement parlé de ces failles, car je les considère ainsi, c'est que j'aurai besoin d'y revenir quand j'exposerai la cause de la formation de l'Isthme.

Revenons à la dernière petite chaîne au nord, que nous avons nommée chaîne de Généffé.

Au nord de cette chaîne, qui est peu élevée, le sol est composé de plaines de sable consolidé, de graviers et d'argile sous lesquels se trouvent des terrains calcaires sans consistance, marneux, et formant des bancs peu étendus.

Ces pl^essont bornées au levant par la partie la plus septentrionale du bassin de l'Isthme et par ce que l'on nomme le seuil du Sérapéum.

Au nord c'est rOuadée (1) Toumilat qui termine ce plateau, ou qui plutôt le coupe de l'est à l'ouest ; car au nord de l'Ouadée le plateau continue jusqu'aux limites des terrains bas et fangeux qui avoisinent le lac Menzalëh.

A l'ouest, ce plateau est bordé par les terres cultivées de rÉgypte. A l'est, ce sont les bas-fonds du lac Timsah, ceux qui étaient à Bir Abou-Khakam, où est aujourd'hui la ville d'Ismaî-* liéh ; puis par le seuil du Gisr jusqu'à Ferdanne ; et enfin par les lagunes du lac Menzaléh, que Ion a nommé Ras-el-Moyé, parce qu'il n'y a pas plus de quarante années les eaux du Nil, pendant les crues, remontaient jusque-là, par un ancien canal venant de Salhiéh, sur lequel était le Pont du Trésor ou Gantarrat-€l- Khasné, pour servir à la route allant en Syrie.

Tout ce plateau est formé par des apports de sable, de gravier et d'argile.

L'OuadéC; que l'on nomme Ouadée Toumilat, est un lieu qui a dû anciennement servir au passage d'une partie des eaux du Nil, pendant les crues ; les terrains sont en moyenne à &"' 25 audessus des basses mers de la Méditerranée, et à 5'°,99 au-dessus

(i) Ouadée, Wady, ou vallée.

des plus basses mers connues à Suez, ou à 6"", 13 au-dessus des hautes mers à Péluse, et à 2"", 83 au-dessus des plus hautes marées connues à Suez. La partie occidentale est cultivée ; et vers le levant jusqu'au lac Timsah et ses environs, elle a été aussi cultivée très-anciennement. liy aseulement trente années, cette vallée servait à écouler vers les bas fonds du lac Timsah le superflu des crues qui arrosaient les terres d'une partie du Cherkiéh.

Nous parlerons, maintenant, des terrains qui forment la partie bordant l'Isthme à Test,

Au fond du golfe de Suez, vis-à-vis du Gebel Abou Daragué, mais loin de la mer, est la chaîne du Gebel Thièh, ou montagne de Thiéh, nom des Arabes de ces contrées et qui veut dire Les Égarés^ d'où probablement on a fait disert de t Égarement ^ ou bien l'inverse.

Entre la mer et le pied de cette chaîne de montagnes on voit une plaine de plus de quatre lieues, entre- coupée de ravins formés par les eaux de pluie qui descendent des hauteurs. Cette chaîne, qui, en allant vers le sud tourne ensuite vers l'est et le nord-est pour arriver au fond du golfe d'Accaba, est escarpée sur toute cette distance et séparée de toute la partie sud de la péninsule du Mont>-Sinaï -, elle appartient entièrement aux terrains secondaires et elle est aussi élevée que les montagnes d'Abou Daraguè et d'Attaka.

' Dans tout ce parcours de Suez à l'Accaba , il n'y a qu'une route pour gravir le plateau qui couronne cette chaîne ; elle est à peu près à moitié distance d'un golfe à l'autre, et encore le passage est-il difficile.

Ce plateau a aussi , comme celui du côté de l'Egypte ou sont les chaînes d'Abou Daragué et d'Attaka, une pente générale vers le nord, mais bien plus régulière, et une dépression vers le milieu de la distance des deux golfes ; ce qui forme une vp^'ée , dans laquelle tous les ravins viennent porter les eaux des piuies , qui s'y réunissent et coulent jusqu'à El-Arich , à la mer Méditerranée.

La chaîne , vis-à-vis de Suez , continue vers le nord en s'affaissant , et l.i dernière de ces ramifications vient aboutir à Gatiéh

et former le cap Cistsaroun , qui est très bas sur la mer. Hais, depuis vis-à-vis Suez jusqu'auprès de la Méditerranée, entre la chaîne de montagnes et la ligne de l'Isthme de Suez à Péluse, tout est recouvert de dunes de sable quelquefois fort élevées, qui ferment les vallées ou ravins qui courent de la partie ouest de la montagne vers la partie basse de l'Isthme. L'une de ces vallées, qui est au sud des dunes, vient aboutir à la mer Rouge aux Fontaines de Moïse ; une autre, entre ce point et Suez, à Gargadi ; et une troisième , qui souvent est fermée par les sables , vient se terminer à la mer vis-à-vis de Suez et se nomme Mabehouk.

Une très grande vallée, c'est celle qui a son origine dans la montagne à la hauteur du grand bassin de l'Isthme : elle réunit rOuadée Magarra {Vallée des grottes) à l'Ouadée Ouoi- Rhcheb {Vallée de la mère des Bois); lorsqu'il pleut, les eaux qui s'écoulent par ces deux vallées réunies , et qui sont retenues par les dunes , qui les empêchent de venir couler jusque dans le bassin de l'Isthme, forment un très grand réservoir , un lac même.

Ces grandes dunes ne sont pas positivement mouvantes, c'està-dire qu'elles ne se déplacent pas; mais elles changent de forme. Il y en a qui de loin à l'horizon ressemblent à des montagnes , quand elles sont dans l'ombre; telle est l'une d'elles, à peu près à la hauteur de Ferdanne à l'est, nommée Âbachiéh, et une autre près de Katiéh, nommée Abou Âssab. Dans une grande partie de ces dunes, celles qui sont le plus au nord, on voit au milieu d'elles, conune au fond d'un entonnoir, un terrain uni, avec des puits, des habitations d'arabes, des cultures et des dattiers, qui ne peuvent être aperçus que lorsqu'on se trouve sur les dunes , qui sont bien plus élevées que les dattiers. L'effet produit sur ces dunes par les vents est très curieux et demanderait une étude longue et sérieuse, je me bornerai seulement à c''<;r quelques faits. ;

Au nord du Caire, à la hauteur de Kanka, est un groupe de j

hautes dunes de sables mouvants ( i ) ; du côté du nord, elles sont ^

(1) Planche IV, n' 3.

jointes à la dernière ramification du Gebel Geneffé près de Menayer. Ces dunes descendent vers le sud environ 8 kilomètres, tournent à Test et vont se terminer à environ 6 kilomètres en diminuant de bautear et disparaissant sur le sol de la plaine, retournent en formant amphithéâtre vers leur point de départ, laissant au milieu un espace uni couvert de plantes et de petites brousssdlles où les eaux de pluies, qui tombent quelquefois dans les environs, viennent se réunir.

Les plus élevées de ces dunes, qui sont toutes contiguës, peuvent avoir une hauteur de 120 à 130 mètres.

Lorsqu'il vente, et les forts vents qui régnent le plus souvent sont ceux de nord-ouest, on ne voit plus le sommet de ces dunes, elles forment comme un nuage de sable. Lorsque le calme revient, on ne leur retrouve plus les mêmes formes ; seulement les hauteurs principales sont les mêmes et les sables n'ont pas fait un pas d'envahissement.

Au pied de ces dunes est la route frayée, bien battue, bien distincte, des caravanes de chameaux qui vont de Kanka à Suez; cette route depuis cinquante ans est la même et n'est pas recouverte par les sables.

Ces dunes sont donc mouvantes quant à la forme, mais fixes quant à leur place.

Je me trouvai pris, un jour, par un très-fort coup de vent au milieu d'autres dunes, reposant sur une plaine où il ne se trouvait que des broussailles, quelques petits buissons, *et sur un sol uni, ferme, couvert de graviers agglomérés avec argile et sable; près d'elles, sur les dunes voisines, le sable volait en masses qui obscurcissaient le soleil. Mon guide arabe me conduisit au milieu d'une de ces dunes, qui pouvait avoir 15 mètres de hauteur, et nous fûmes parfaitement à l'abri.

Voici ce qui se passait : du côté du vent, le sable montait en pente uniforme sur la dune jusqu'à son sommet et était emporté au loin, ne tombant sur le sol qu'à une grande distance; sous le vent les sables de la dune étaient presque perpendiculaires sur le sol, puis la dune formait un demi-cercle et les sables s'en allaient au loin sans tourbillonner au point où nous étions établis.

La figure que voici fera mieux comprendre ce phénomène (1).

Ce que je trouvai de plus extraordinaire, c'est le talus que les

sables prenaient sur la ligne CD ; ils étaient purs et secs, mais

les grains semblaient avoir une espèce d'adhésion entre eux,

puisque avec ce talus ils ne s'éboulaient pas.

Dans une autre circonstance, j'ai vu les sables prendre la même forme ; mais là il y avait un motif, tandis que, dans le premier cas, il n'y en avait aucun d'apparent, pas plus sur la dune où nous étions à l'abri, que sur beaucoup d'autres séparées, qui nous environnaient.

En 1853, étant campé, dans l'Isthme de Suez, sur le bord occcidental du grand bassin de l'Isthme, ayant la montagne de Géneffé à l'ouest, dans un lieu parfaitement plat, sur un sol uni et solide, recouvert de graviers, je fus surpris par un trèsfort vent du sud-ouest qui dura trois jours, de manière à nous empêcher de changer de place. La tente tint parfaitement malgré la force du vent, et il se forma autour d'elle une dune de sables mouvants fins et secs, absolument de la même forme que celle dont je viens de parler ; tout le sol autour de la dune était net et sans sable sur les graviers qui le composaient ('2). Dans l'Isthme, chaque petite plante, chaque broussaille forme une dune, mais tout autour le terrain reste sans être couvert. Beaucoup de dunes, telles que : celles des environs de l'Ouadée, qui la bordent du côté du sud, celles qui bordent le lac Timsah à Néfiché, celles de Ferdanne et celles qui contournent les lagunes sud-sud-ouest du lac Menzaléh, depuis Ferdanne en passant par le côté ouest de ces lagunes jusqu'à Gantarrat, comme aussi bien d'autres dans ces contrées sont surtout formées par des Tamariscs, qui fixent les sables, les accumulent en les agglomérant avec leurs feuilles, et deviennent alors des barrières qui arrêtent les sables mouvants.

Effectivement, dans la partie dont je viens de parler, c«s dunes sont élevées de 25 à 30 mètres et plus, au dessus du sol des lagunes ; elles forment comme une muraille.

(1) Planche IV, n' i.

(2) Planche lY, n» 5.

Voici comment se forment ces dunes : autour d'un petit tamarisc se groupe un peu de sable; les petites branches et les feuilles de cet arbuste ainsi que la partie résineuse, qui pendant les fortes chaleurs tombe sur le sol étant encore à F état gluant (cette glue n'est autre que la manne, que l'on récolte encore aujourd'hui, au Mont Sinaï, sur ces arbustes), tout cela s'agglomère sans pourtant avoir une grande ténacité ^ les sables contiennent différents sels, des sulfates de chaux et des sels marins : ils arrivent, s'arrêtent, se fixent à cette petite agglomération où ils trouvent un abri formé par le buisson ; l'humidité, qu'attire toujours le tamarisc pendant les nuits, aide les sables à s'agglomérer et les sels contenus dans les sables à se cristalliser avec la grande chaleur du jour. Ainsi la dune s'élève, l'arbre aussi, et souvent elles atteignent la hauteur de 20 à 25 mètres; alors, on voit toujours sur la cime des branches de taraariscs très-vertes.

On pourrait croire, à première vue, que ces arbustes poussent dans ces dunes ; mais il n'en est rien, ils ont leurs racines dans le sol sous la dune et s'élèvent en même temps qu'elle.

Dans l'Isthme, à l'est du grand bassin, se trouve un lieu nommé El-Àmbbak, où il y avait beaucoup de tamariscs avec des dunes; ils étaient fort gros et très anciens ; ils se trouvaient tous dans un bassin inférieur au niveau de la mer Rouge (1).

(1) Le tamarisc, que les Arabes appellent tarfa, est Tarbuste sur lequel, au mont Sinaî, on recueille encore aujourd'hui la manne; il est loin dans le désert d'être le même que celui des terres cultivées de rÉgyple, qui devient plus grand et qui est nommé attle.

Le tarfa, lorsqu'il est jeune, a Técorce rouge ; Tautre, grise et rugueuse; le feuillage du tarfa est plus léger, sa fleur est jolie et se montre en grappe légère et couleur lilas; Fattle a la feuille plus forte, sa fleur est verte et paraît à peine; on trouve le tarfa aussi en Egypte, surtout dans les îles du Nil. Au mont Sinaï, le tarfa se montre en grande quantité dans TOuadée Pharaon ; la, pendant les mois de juillet, août et septembre, les Arabes et les moines du Couvent du mont Sinaï étendent sous les tarfas des nattes ou des linges pour recueillir la manne. Le matin, avant le lever du soleil, sur les feuilles et la fleur du tarfa, se voit par touffes une espèce d*écume, comme si c'était celle d'eau de savon jetée çà et Ik; lorsque le soleil est un peu élevé, elle se fond et tombe en larmes comme du miel, qui se solidifie ensuite et devient à l'état de manne perlée. Les moines les

Nous nous sommes très -éloignés de notre description de risthme, nous y revenons.

La partie qui constitue véritablement l'Isthme d'aujourd'hui est, comparativement aux deux parties que nous venons de décrire, un vrai bas fond ; puisque d'ailleurs dans de certaines parties, il y a des lieux à 9 mètres au dessous de la mer comme à El-Ambbak et à El-Mellah dans le nord du grand bassin, et à à mètre 50 comme dans le lac Timsah.

Nous commencerons notre description en partant de Suez ; je répéterai encore que je sais fort bien que ce travail a été fait depuis par plusieurs personnes, et que toutes ces études sont à ma connaissance ; mais c'est à un tout autre point de vue que je fais mes recherches, c'est principalement à celui de la géographie ancienne, et, je le répète, à celui de l'histoire du canal. Il faut se rappeler que la description de l'Isthme qui va suivre se rapporte à ce qu'il était avant que le canal fut creusé, et que son exécution d'ailleurs n'a rien changé aux localités anciennes ; car, au contraire, les eaux des deux mers en se réunissant n'ont recouvert que juste les parties qui étaient indiquées sur ma carte comme ayant été antérieurement occupées par la mer, et c'est ce qui encore a confirmé mes idées (1).

Au nord de Suez, à deux milles, se termine la mer Rouge, le fond de cette partie est pour ainsi dire encore à découvert pendant les basses marées ; en continuant, on trouve un terrsdn bas et fangeux, salé, qui, aux très grandes marées d'équinoxe secondées par un vent du sud, est recouvert par une nappe d'eau s'étendant à l'est jusqu'au commencement de la pente qui monte vers la chaîne de Oum-Rhchéb-el-Magarra, continuation de celle de Tièh.

Du côté de l'ouest , ce sont les terrains de la plaine , qui va en montant jusqu'au pied du Gebel Attaka, qui bordent le bas fond.

recueillent dans des boîtes et en vendent ou en font présent. La quantité en est minime, et ses qualités médicinales sont loin d'être celles de la manne des pharmaciens, (i) Voir les Cartes de Tlsthme, planche n"" III.

Dans la partie occidentale sont les vestiges de l'ancien canal, qui aujourd'hui est remplacée par le Canal d'eau douce.

A 12 kilomètres de Suez ce bas fond se resserre, il n'a qu'environ AOO mètres de largeur ; les eaux des grandes marées y arrivaient entre la berge de l'ancien canal et le commencement des terrsdns remontant vers l'est, où est aujourd'hui le Canal maritime. Elles allaient encore plus au nord, de 20 kilomètres, par le lit du canal ; ce qui est arrivé en 1860 , lors du voyage des princes d'Orléans dans l'Isthme. Mais à cet endroit on voit sur une longueur de quatre kilomètres , un petit seuil , élevé de â",50 en moyenne au dessus de la Méditerranée, on y trouve la petite montagne de Chalouf-et-Terabba, c'est une petite ramification de celle de Mecassarrahièh venant de Geneffë.

On pouvait présumer que cette ramification ne devait pas contmuer plus à l'est , puisque à la surface du sol rien ne l'indiquait, que l'ancien canal était creusé à son pied et que dans les études de 1855 et 1856 un sondage fait à 250 métrés du canal vers l'est et à 12 mètres en contre bas de la Méditerranée n'avait fait reconnaitre aucune roche , mais seulement du sable et de l'argile. Cependant , lorsqu'on en est arrivé à détourner le tracé primitif du canal, en le portant plus à l'est du point où avait été fait le sondage , on a rencontré un banc de roches sur des sables argileux.

Dans les îlots du fond du port de Suez et dans toute la bsde, on trouve un banc au niveau des hautes marées de l'épaisseur d'un mètre au plus, formé d'un grès coquillier très dur, grossier, peu homogène, qui est d'une formation toute moderne et plutôt une agglomération de sables siliceux et de coquillages , agglomérés par des cristallisations d'eaux siliceuses filtrant souterrainement.

Ces espèces de grès , et d'autres encore en formation , se présentent dans la partie jusqu'au grand bassin.

Il est à remarquer que ce banc trouvé à Chalouf , qui avait sa surface inclinée vers le nord-est et d'une épaisseur de 2à 3 mètres, est composé d'une agglomération de cailloux siliceux, quartzeux, de différentes natures, tous en morceaux ; puis d'un gros sable rond aussi quartzeux et formant un grès, dans lequel il y a des

parties ferrugineuses, brunes et rouges, le tout agloméré et lié par un gluten de silice cristallisé. Cette formation est absolument la même, mais moins complète, moins compacte que celle que nous avons signalée à la Montagne Rouge des environs du Caire , dans les parties avoisinant la forêt pétrifiée et dans la roche de Greïboun.

Cette formation a du être produite par des eaux chaudes sili* ceuses , qui auront saisi les débris de cailloux , les grains de sable , et se répandant en pâte se seront consolidées et cristallisées en formant cette espèce de brèche, parmi laquelle on trouve aussi des pouddings parfaits. Après la formation de ce banc , des sables s'y sont accumulés, et il s'y trouve aussi de petites couches de limon du Nil.

Ce banc et cette localité sont importants, nous ne devons pas l'oublier.

Au nord de ce seuil, le sol s'abaisse et revient à des cotes même en contrebas de la Méditerranée jusquà à'^fib ; c'est là le petit bassin de l'Isthme : limité à l'est par les terrains remontant vers les sables et la chaîne de Magarra ; puis à l'ouest, par la berge de l'ancien canal pour une partie, et la plaine allant par ondulation très faibles jusqu'à la montagne de Mecassarrahièh, ramification de celle de Généffé.

Les sondages, que j'y ai fait faire jusqu'à 12 mètres en contrebas du niveau de la Méditerranée , n'ont donné que des sables , des argiles , dépôts de la mer.

Toute la plaine, qui s'étend vers l'ouest, est recouverte de grandes plaques de sulfate de chaux ou gypse très pur, qui de loin ressemblent à des débâcles de glaces.

A 18 kilomètres de Ghalouf, ce petit bassin se trouve rétréci pendant l'espace de i kilomètres ; puis il s'élargit de nouveau, alors commence le grand bassin : sa hmite tourna d'abord à l'ouest vers le Gebel Généfié, puis décrivant une courbe il va vers le nord; de l'autre coté, il tourne presque directement vers le nord , et les deux rives se rejoignent à 22 kilomètres au commencement des hauteurs et des dunes qui forment ce que l'on appelle, sans raisons bien claires, le seuil du Sérapéum.

TQut ce grand bassin , avant d'être rempli comme il l'est au-

jourd'hui par les eaux de la mer, était très bien limité par des laisses de la mer , lorsque anciennement il avait été aussi rempli par elle. Ces laisses étaient considérables, des masses de coquilles les formaient, et le contour de ce grand bassin était, par ce fait, aussi bien dessiné qu'aujourd'hui par Teau qui s'y trouve.

Ces laisses de plantes marines et de coquilles, semblables à celles que l'on trouve sur les plages de la mer Rouge, loin d'être à l'état de fossiles agglomérés par des formations calcaires ou siliceuses, sont au contraire à leur état naturel, comme le sont absolument celles des bords de la mer Rouge ; ce qui prouve évidemment que ce n'est pas à une époque fort ancienne que la mer occupait ces lieux, et que cette époque ne remonte pas au delà des temps historiques.

A l'est de ce bassin, les terrains vont en s' élevant, par une pente très douce, jusqu'aux sabler qui bordent la chaîne de Magarra ; et à l'ouest, par la plaine pierreuse qui remonte jusqu'au pied de la montagne de GénéfTé, comprenant sur le versant oriental , le ravin de Ged-el-Gamous , et la partie nommée Ahmet-Taher ; au nord, le pic de Ghebrewet terminant cette montagne et qui se détache de la petite chaîne principale.

Vers le nord-est et le nord-ouest du bassin, il y avait une végétation assez forte : au nord-est, c'étaient d'énormes tamarîscs formant aussi, comme nous l'avons dit, de petites dunes, là était le débouché d'un ravin venant du Gebel-Magarra; au nord-ouest venait aussi aboutir le débouché d'une vallée nommée Ouadée r Ackram ; la végétation y était plus étendue, plus variée ; aux tamariscs venaient s'ajouter différentes plantes et arbustes mêlés. Cette végétation prouve clairement que les eaux du Nil arrivaient jusque là. Au nord , le bassin est borné par ce que l'on appelle le seuil du Sérapéum.

Tout le grand bassin, aujourd'hui rempli parles eaux de la mer Rouge, a été occupé par cette même mer avant d'être à sec comme il l'était encore il y a quatre ans, et le sol avait une dépression de 8 à 9 mètres au-dessous de la Méditerranée. Dans la partie la plus basse on voyait une grande plaine de sel, nommée, à cause de cela, el-JUellâh^ où toute la province de Cher-

kiéh venait s'approvisionner de sel. La couche de sel de cette plaine avait de 1 mètre à 3 mètres d'épaisseur ; elle ressemblait à un lac glacé. Sous cette couche de sel, il y a quelques années, ce que j'ai vu plusieurs fois, il y avait ou de l'eau qui remontait jusqu'à la surface, ou quelquefois un vide de 1 à 2 mètres entre Teau et la couche de sel soutenue par des masses de sel formant pilastres et voûtes ; c'était un lieu très-dangereux à tiaverser.

Les Arabes citent plusieurs graves accidents arrivés à leurs compatriotes, qui ne connaissaient pas bien les localités, déviaient de la route pour aller prendre du sel ou traverser ce bas-fond et qui disparurent avec leurs chameaux. Moi-môme, étant campé à El-Ambbak, je fus sui-pris par un mauvais temps : nos chameaux étant allés paître et voyant à l'ouest beaucoup d'arbustes voulurent traverser la plaine de sel pour les atteindre; la pluie survint, le sol devint glissant, boueux, les Arabes ne purent les aller chercher, et bientôt en continuant dans cette même direction de l'ouest, l'un d'eux disparut à nos yeux, comme si la glace se fut entr'ouverte sous ses pas.

J'ai sondé cette croûte saUne, et de la couche de sel à la vase molle du fond il y avait huit mètres à certains endroits ; ce qui porterait ce fonds à 17 mètres en contre-bas de la Méditerranée.

D'après les sondages que j'ai fait exécuter, la vase du fond est noire, fangeuse et semblable à de la glaise ; c'est évidemment le produit des eaux du Nil à une époque bien reculée.

Il est un fait intéressant à remarquer : c'est qu'avant que les eaux ne remplissent tout le bassin par l'ouverture du canal, le sel se reproduisait tous les ans à la surface de la partie nordnord-ouest du bassin, sans que pour cela ni l'eau de la mer ni celles de sources salines, ni même les eaux douces du Nil, arrivassent jusque là, et seulement par le moyen des eaux de pluie.

Dans beaucoup d'autres lieux de l'Egypte, de l'Isthme même, sur les terrains où la mer a séjourné, mais où elle n'arrive plus, tous les ans, après les pluies qui tombent toujours en certaine quantité , aux mois d'août et de septembre, il se

forme du sel cristallisé à la surface du sol là où les eaux de pluie ont séjourné et où elles se sont évaporées.

Dans le lac Maréotis et dans ceux de Fintérieur, ce sont les eaux de pluie ou du Nil qui, en se répandant sur ces terrains occupés et abandonnés par la mer, font produire au sol salé ces efflorescences qui se cristallisent et forment le seL

Dans les Lacs Amers ou plutôt dans l'ancien bassin de la mer Rouge, ce ne sont pas les eaux de la mer qui y arrivaient par infiltrations ; Teau dont j'ai parlé se trouvant sous la couche de sel, n'augmentait jamais de hauteur qu'avec les pluies ; tandis que si elle avait été en communication souterraine avec la mer, elle serait restée toujours à peu près au même niveau, et aurait recouvert la couche de sel qui se trouvait à 8 mètres en contrebas de la mer. D'ailleurs, rarement, pour ne pas dire jamais, les eaux de la mer ne filtrent à l'intérieur, à moins de circonstances exceptionnelles ; la mer se forme sur les côtes ou plutôt sur les plages un lit argileux, qui devient imperméable.

Je citerai : la mer Morte, qui est en contre-bas de la Méditerranée et de la mer Rouge ; le lac du Fayoum, qui esta 20 mètres plus bas que la Méditerranée ; toute cette suite de lacs que l'on rencontre sur la route de TÉgypte à Deme ou à Benghazi, qui sont seulement à une distance de 12 à 15 lieues de la mer, comme : rOuadée Magarra, à l'ouest des lacs Natrons ; plus à l'ouest, El- Garrah, TÂgeim-Zeitoun, les lacs de Siwa, Agarmi, Athyéb, l'Arachiéh, qui tous sont en contre-bas de la Méditerranée.

Toute la formation de la surface du grand bassin de l'Isthme est due à l'occupation antérieure des eaux de la mer, et en même temps à l'écoulement des eaux du Nil ; puis, les deux meris s'é* tant séparées, les eaux marines se sont évaporées, et les eaux douces ont seules coulé dans le bassin ; d'abord celles du Nil, puis ensuite celles des pluies, comme cela avait encore lieu avant le percement du Canal maritime de Suez, il y a quatre ans. Voici pourquoi toute cette grande surface ressemble, dans certains endroits, à une mer couverte de glaçons brisés, bouleversés, boursouflés, dans d'autres elle est unie, transparente, et sur ses bords on voit des tamariscs morts et d'autres vivants.

Cette vase noire, de glaise, du fond du sous-sol, apportée par

~ lis —

les eaux du Nil ; puis ces* couches de sel marin ou de chlorure de sodium, qui se sont formées lorsque les eaux de mer se sont évaporées, mais quand les eaux douces arrivaient encore, puis enfin quand il n'y eut plus que les eaux de pluie qui y tombaient et celles des petits torrents venant des montagnes chargées de leurs d^radations; toutes ces formations gypseuses mêlées à d'autres sels, ces sulfates de chaux cristallisés souvent en aiguilles rayonnantes à couches concentriques, ainsi que des agglomérations de graviers quartzeux avec des gypses, le tout représentant assez bien une éponge, et sans aucun sel marin, sans qu'on y trouve au goût la moindre salure ; tout cela prouve que ces différentes formations sont nouvelles, qu'elles ont succédé au retrait de la mer, et que depuis qu'elles existent il n'y a eu que des eaux douces, ce qui ne remonte pas à une époque très-reculée.

Ces Lacs Amers, ainsi nommés de nos jours, doivent jouer un rôle important dans la formation de l'Isthme, dans l'histoire des anciens canaux et dans celle de la géographie ancienne (1).

Le bassin de l'Isthme est séparé, au nord, du lac Timsah par une partie élevée de 11 mètres, au plus, au-dessus du niveau de la Méditerranée ; ce seuil, nommé du Sérapéum, est composé de sable pur et mobile, formant des dunes recouvertes de broussailles au milieu desquelles sont des parties de terrains plus basses et unies, où il y a des efiDiorescences de différents sels, mais non marins.

Ce seuil du Sérapéum a, du sud au nord, environ 15 kilomètres; les dunes de sable, qui vont en diminuant de hauteur vers Test, où elles disparaissent dans la plaine, sont la continuation de celles qui bordent l'Ouadée au sud, et qui ont dû recouvrir peu à peu cette partie de l'Isthme d'aujourd'hui.

Les sondages effectués dans ce seuil n'ont donné que des couches de sable mobile pour la plupart, quelque peu d'argile, et à huit mètres au-dessous de la Méditerranée de l'argile ver-

Ci) Ils n'ont jamais été les Lacs Amers des anciens, mais bien le bassin de Tlsthme et le fond du golfe à Tépoque de Ptolémée Philadelphe.

dâtre, du sable et du limon, semblables aux alluvions du Nil.

Dans ces sables se trouvent quelques petits bancs, séparés les uns des autres, formés de calcaires marneux et d'autres d'un grès tout moderne ; ces bancs n'ont guère que de iO à 60 centimètres d'épaisseur et reposent sur de petites couches de sable et d'argile.

Le terrain, formant le seuil dit du Sérapéum, est donc de la formation la plus moderne.

Au nord de ce seuil est une dépression du sol qui forme un grand bassin nommé Birket Timsab {lac du Crocodile), 11 n'est pas étonnant que ce lac soit ainsi appelé : lorsque les eaux affluaient en abondance, apportées par différents canaux dans rOuadée, et parconséquent jusqu'au lac Timsab, elles auront entraîné un crocodile, et delà vient le nom. Il n'y a rien de surprenant à ceci : pendant une des crues du Nil, en 182A, lorsque les eaux remplissaient la place de l'Esbékiéb, ce qui en faisait un lac, on y prit un jeune crocodile.

En 1827, à Cafr--el-Zaïat et à l'Esbet, près de Damiette, on fit la chasse à un très-bel hippopotame qui ravageait les rizières, et l'on envoya son corps au Caire, où tout le monde le vit empaillé. Le crocodile au lac Timsab n'est pas plus extraordinaire que l'hippopotame à Damiette et que le crocodile à la place de l'Esbékiéb, non plus que tant d'autres faits de ce genre.

La dépression de terrain qui forme ce bassin a pour limites, depuis le seuil du Sérapéum : à Test, premièrement la hauteur de Ghek-Ennedek, ainsi nommée parce que sur cette hauteur est le tombeau d'un chek de ce nom ; plus au nord, du même côté, les terrains bas du bassin du lac Timsab s'enfoncent vers l'est et vont rejoindre la plaine et la pente qui monte vers les sables de la chaîne de Magarra ; jusqu'aux limites nord du lac Timsab il y a des collines pierreuses formant îlots, comme El- Fawar, Gebel, Dabâh et autres ; des couches superficielles de calcaires et de grès coquillier, quelquefois d'une épaisseur de 50 à 60 centimètres, forment le plateau de ces îlots, et ces couches reposent sur des couches d'argile et de sable ; on rencontre quelquefois aussi des marnes.

Vers le nord, le bassin du lac Timsab est bien limité ; mais il

y a là un bas- fond, moins bas que le s terraindu lac pourtant et où est aujourd'hui la partie qui s'étend entre la ville d'Iamalliéh et le Canal maritime ; il s'appelle Abou-Khakam(père du vautour).

Vers Touest sont les dunes de Néfiché et d'Âbou-Balâh, venant jusqu'à l'eau qui formait la cuvette du lac Timsah.

Ces dunes sont aussi la continuation de celles qui limitent et bordent l'Ouadée Toumilat au nord, comme celles du Sérapéum au sud ; et entre ces deux chiiines de dunes, qui se sont avancées vers Test, est le bassin du lac Timsah ; mais à l'ouest i existe un terrain d'alluvion qui était couvert de plantes et d'arbustes, comme tout le bassin du lac Timsah Tétait encore en 1860 ; ce terrain avait été jadis cultivé, partout on en voyait les traces : des petits canaux, des digues, des conduits, etc., et depuis l'exécution des travaux du canal, beaucoup de parties de ce terrain ont été de nouveau mises en cultwe.

Dans la partie méridionale du bassin du lac Timsah, on voit une hauteur plus élevée que les autres nommée Gebel Ghârh (1) et Gebel Mariam ; ce dernier nom lui vient, selon les traditions, du nom d'une femme nommé Marie ou Mariam, qui avait une ferme au pied septentrional de cette colline, et dont on voit les restes que l'on connaît sous le nom de Daer-Mariam (Daer veut dire une ferme, un lieu entouré)*

Cette petite hauteur est de même formation que Içs autres, sable et argile gypseux, marnes, peu de calcaire; le sommet, en forme de plateau, est d'un grès calcaire friable, le tout couvert de nombreux coquillages.

Les sondages, sur le bord du lac Timsah, vers le sud, ont fait voir qu'à 8 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, on rencontre une forte couche de terrains identiques aux alluvions du NiK

Toute la cuvette du lac était d'une boue fangeuse recouverte presque partout d'^filorescences salines et de détritus organiques. Au nord-ouest était la cuvette véritable, toujours rem-

(i) Montagne du chagrin^ de la douleur.

— lift —

plie d'une eau claire, bordée de magnifiques roseaux d'une longueur de six à sept mètres et de joncs; on y trouvait des poissons du Nil, et même de fort gros. L'eau provenait de l'écoulement de celles des crues, qui avaient servi à l'arrosage des terrains cultivés de l'Egypte. En 1825, quand on fit spécialement des canaux pour l'Ouadée, le lac fut rempli par les eaux du Nil jusqu'au niveau de la Méditerranée, à peu près comme on peut le voir aujourd'hui.

Il est donc évident que de tout temps le lac Timsah et l'emplacement du seuil du Sérapéum ont reçu les eaux provenant des crues du Nil, soit que primitivement elles y arrivassent naturellement, soit que, plus tard, elles y fussent amenées par des canaux pour y déverser la surabondance de celles qui arrosaient les provinces actuelles du Gherkiéh et de l'Ouadée.

Au nord du lac Timsah il y a un terrain plus solide que celui du seuil du Sérapéum ; en partant du lac Timsah il remonte l'espace d'environ 6 kilomètres, puis ensuite descend en pente douce vers le nord jusqu'à Ferdanne, sur une longueur de 6 kilomètres; le seuil a donc une longueur d'environ il kilomètres. Ce terrain, d'après ce que nous avons vu par des sondages exécutés jusqu'à 10 et i2 mètres en contre-bas delà Méditerranée, est formé de dépôts de sables argileux, d'argile brun micacé, le tout étant pour ainsi dire semblable aux alluviens du Nil : des couches de sable mélangées d'argile, des sables fins, rouges, avec de petites couches de grès en formation, et des sables de différentes couleurs mêlés à de petites couches de grès et de marne. Dans les argiles et les sables, on remarque des cristaux de sulfate de chaux, et à la partie la plus septentrionale, de minces formations calcaires. Il en est ainsi jusqu'à la hauteur maximum del6 mètres au-dessus de la mer, qui est le point culminant de ce seuil, à l'endroit nommé El-Gisr. Au niveau de la mer et plus bas on trouve des sables gris et verdâtres, des argiles compactes et Verdâtres et des. terres d'alluvions.

El Gisr veut dire digue; effectivement le point le plus élevé est le cavalier d'un ancien canal venant du côté occidental des bas-fonds des dernières lagunes du lac Menzaléh et allant au lac Timsah ; nous en parlerons plus tard.

Ce setiil du Gisr est la continuation des terrains qui sont entre rOuadée et ceux placés plus bas, entre Sahliéh et les lagunes de Ras-el-Hoye, et qui vont de là vers Test en s' abaissant jusqu'à la plaine, qui en montant ensuite va rejoindre les sables bordant la chaîne de Magarra.

On voit donc que le sous-sol du seuil d'El-Gisr appartient entièrement aux apports de terrains du Nil; mais il est un fait aussi qu'il faut faire observer, c'est que le point le plus élevé de ce seuil, qui a dû constituer de toute antiquité le véritable Isthme et la séparation de la Méditerranée de la mer Rouge, est précisément la digue ou Texcavation d'un canal, et que sur leurs parties les plus élevées se trouvent des terrains d'alluvions et des débris d'un calcaire marneux très-friable ; et cela provenant du fond de l'excavation, puisqu'on les trouve sur le haut du déblai.

Cette hauteur est, pour ainsi dire, au niveau de la plaine du côté de l'ouest, mais à l'est et au nord-est les terrains ont une dépression de 5 à 8 mètres ; ce qui prouverait que, lorsque le canal eut été creusé, ce seuil était loin d'avoir cette hauteur, puisque c'est la digue de ce canal qui est la cause que les sables, graviers, argiles, venant avec les vents du nord-ouest et de l'ouest, se sont accumulés sur elle, et qu'à l'est le terrain, qui est plus bas, est solide jusqu'aux dunes de sable, qui sont fort éloignées du côté du levant.

Au nord de ce seuil, qui a, du lac Timsahau bas-fond de Rasel-Moye, environ 11 kilomètres, sont les dernières lagunes du lac Menzaléh et les dunes de Ferdanne qui les bordent. Ras-el-Moye veut dire la Tête des eaux, et effectivement, c'est le point où se sont arrêtées celles qui viennent du nord ou du lac Menzaléh ; les terrains de ce point de la plaine sont au niveau de la basse mer de la Méditerranée.

Dans les sondages faits dans cette partie, depuis Ferdanne jusqu'au lac, au nord de Gantarrat, à 10 et 15 mètres en contrebas de la mer, on a toujours trouvé des argiles bleues, vertes, des vases compactes, d'autres liquides, des sables marins ; et dans d'autres endroits, au-dessus du niveau de la Méditerranée à 1",60, depuis Ferdanne jusqu'à la mer vers Péluse, le terrain.

— lis —

à Test des lagunes et du lac, est premièrement vers le sud recouvert de hautes dunes de sables nommées Âbou-Eurouq, et d'autres formant des entonnoirs et des hauteurs très-fatigantes à traverser à chameaux ; elles sont remplies de plantes et de broussailles, dont les racines serpentent à fleur du sol et entravent la marche. Mais bientôt ces dunes s'abaissent, et jusqu'à la mer le terrain est plat, semé de petits tertres couverts, comme le sol, de plantes et de broussailles; on y trouve, jusqu'aux sables qui le bordent à l'est, plusieurs étendues de terrains ensemencés et plantés de dattiers formant de petites oasis, et Ton remarque fort bien que sous le sol il y a de la terre végétale semblable à celle des alluvions du Nil.

Les lagunes du lac Menzaléh sont rétrécies à la hauteur de ces oasis, et tellement que les eaux ne peuvent y parvenir que par un canal sur lequel était bâti un pont où passait la route allant de Sahliéh en Syrie.

Au nord de ce point est le lac Menzaléh, continuant jusqu'à la mer où il est borné par le littoral formé par les apports de celle-ci.

Les sondages faits aux environs de Cantarrat, et sur le littoral même, aussi bien que dans la plaine de Péluse, prouvent que tout ce terrain est composé, jusqu'à une profondeur de là mètres, d'argile bleue et verte, de vase compacte et quelquefois coulante suivant la localité, puis d'un sable vaseux, et enfin au niveau de la mer d'une couche de sable, apport de la mer, qui est de 1"*,60 en contre-bas.

Il est donc certain que l'Egypte cultivée s'étendait sur toutes ces plaines au nord de FOuadée et à l'est des lagunes du lac Menzaléh ; d'ailleurs la quantité de monticules, qui annoncent toujours des restes de villes ou de villages, que l'on trouve dans ces lieux, prouverait seule le fait que nous énonçons.

Dans plusieurs parties, depuis Abou-Eurouq jusqu'à la mer, à Péluse, et dans une espèce de bas-fond qui se trouve sur la route de Cantarrat à Gatiéh, que l'on nomme Birel-Devictar (ou Puits du Porteur d'écritoire^ nom que l'on donnait à un des fonctionnaires près des grands personnages d'autrefois), dans ces endroits, disons-nous, on trouve à la hauteur de 3 mètres environ

des laisses de coquillages comme ceux de la Médlterranéei qui sont à l'état naturel, non fossiles» ni pétrifiés, et comme ceux des laisses du grand bassin de l'Isthme.

Une remarque à faire, c'est que la côte de la Méditerranée, depuis Damiette jusqu'à Gatiéh, est la même depuis bien des siècles.

A Damiette, le Boghaz ou la barre de l'entrée du Nil, où il y a une ruine en briques au milieu de l'eau, est encore à la même distance de la ville et de l'église Saint-Jean, aujourd'hui la mosquée d'Abou-Latha, que lorsque Saint-Louis vint en Egypte.

Les ruines de Péluse sont pour ainsi dire encore sur la men

Plus à l'est sont les ruines d'une ville conservant encore son ancien nom de Gerreh qui, au lieu d'être plus éloignée de la mer que dans les temps anciens, conmieon pourrait le croire à cause des prétendus atterrissements sur ces plages, est au contraire à moitié emportée par les vagues qui battent ses restes.

Le mont Gasius, au nord de Gatiéh, est toujours sur la mer.

Ainsi donc les atterrissements sont fort peu sensibles sur la côte, on pourrait même dire nuls.

De toute cette longue description et des faits que nous avons exposés, il résulte qu'on est porté à déduire une conséquence : c'est que si les deux mers ont été primitivement en communication, la première barrière qui s'est élevée entre-elles a été celle du seuil du Gisr.

Cette séparation n'a pu avoir lieu que par quelque soulèvement du sol ou de la mer : par le premier phénomène, la communication pouvait être interrompue, et, par le second,[i Méditerranée s' élevant, le niveau des deux mers s' égalisant, le courant disparaissait pour ainsi dire et alors les atterrissements se formaient; mais ceci n'a pu avoir lieu qu'à une époque antéhistorique. Pourtant, si l'on juge du niveau que la Méditerranée a eu d'après celui des laisses de coquillages dont nous avons parlé, si elle atteignait effectivement jusque là, il y avait équilibre à peu près avec les hautes marées de la mer Rouge, et peut-être alors la base du bourlet de £1-Gisr a-t-elle pu se former, ce qui pourtant est difficile à concevoir, car les deux mers communiquant entre elles, il aurait toujours existé dans ce détroit un

courant, des marées qui auraient empêché les atterrissements de se former, comme au Bosphore, aux Dardanelles, à Gibraltar. Cependant, à Tappui des changements qui peuvent avoir occasionné cette séparation, nous avons à citer quelques auteurs an* ciens.

Diodore parle d'une submersion de File de Samothrace , et ce qu'il dit est assez curieux pour être rapporté ici en entier (Volume II, livre Y, page 209de la traduction de l'abbé Terrasson) : « Quelques-uns disent que cette tte (Samothrace] s'appelait autrefois Samos; mais que depuis on l'a nommée Samothrace pour la distinguer de l'tle voisine où la ville de Samos a été bâtie ; les habitants de Samothrace sont indigènes , c'est pourquoi il ne nous reste rien de certain de l'histoire ancienne de ce pays. D'autres prétendent qu'elle a tiré son nom des colonies de Samos et de Thrace , qui vinrent s'établir en même temps. Puis ses historiens racontent qu'avant les déluges des autres pays, elle en avait souiTert un très grand par les eaux, qui étaient venues d'abord de la séparation de Cyanées ( détroit de Constantinople ou Bosphore) et qui s'étendirent jusqu'à l'Hellespont (détroit de Gallipoli ou des Dardanelles). On dit que la mer de Pont (Mer Noire), autrefois fermée comme un lac, fut pour lors tellement grossie par les eaux des Qeuves qui s'y jettent , qu'elle s'éleva impétueusement par dessus ses rivages et se répandit sur les campagnes de l'Asie.

«Alors une grande partie de la Samothrace en fut submergée, de telle sorte que longtemps après quelques pécheurs amendent encore des chapitaux de colonnes dans leurs filets ; ce qui marquait que cette mer couvrait des ruines. »

Hérodote (1) dit que « les Ichthyophages conservaient la mémoire d'un flux considérable, qui aurait mis à sec le Golfe de Suez et que le reflux aurait couvert de nouveau. »

Quelques auteurs anciens ont dit aussi que l'ouverture du détroit de Gibraltar était due au travail de l'Hercule Gaulois ou Isaï.

Quant à ce que dit Diodore de la Samothrace, on pourrait

(i) Traduction de Larcher, liv. U, sect. 11, note 34, t. II, p. 184.

Yoîr aujourd'hui, dans le fait qui se présente sur la plus grande partie des côtes de la Méditerranée , les résultats de cet écoulement du Pont-Euxin ou mer Noire , dans la Propontide et la Méditerranée ; puisque Ton remarque que plusieurs villes sur ces côtes sont aujourd'hui sous les eaux de la mer. Par exemple : à l'ouest d'Alexandrie, on voit sur la côte plusieurs ruines sous la mer ; ces ruines sont elles plus anciennes que le déluge dont parleDiodore?A Alexandrie même , dans le port neuf, on voit des ruines de monuments à plusieurs mètres sous l'eau ; sur toute la côte jusqu'à Aboukir , on voit de très grandes constructions et des colonnes sous Teau.

Le lac Menzalèh ne renferme-t-il pas plusieurs villes, qui aujourd'hui sont des lies et dont les terrains cultivés autrefois sont aujourd'hui sous l'eau?

Sur toute la côte de Syrie , presque toutes les villes connues appartenant à l'antiquité ne sont-elles pas sous Teau en partie ?

Ceci prouverait donc un exhaussement des eaux de la Méditerranée ou un affaissement général des côtes. Mais, par exemple, pour les villes qui se trouvent dans le lac Menzalèh , celles-ci sont encore au-dessus du niveau des eaux , tandis que les terrains sont recouverts par la mer ; or , si cet état était dû à un affaissement , le sol des villes se serait aussi affaissé , ce qui semble ne pas avoir eu lieu; ce serait donc la mer qui se serait élevée.

Seulement , tous les restes de villes dont je viens de parler appartiennent-ils à des villes existant avant l'époque de la submersion de la Samothrace , dont parle Diodore , qui peut être calculée dater de 1000 avant notre ère ; ou bien serait-ce les restes de villes plus modernes, submergées par un exhaussement plus récent de la mer? On peut faire bien des suppositions.

A piopos de ce que dit Hérodote du flux et reflux considérable de la mer Rouge, dont les Ichthyophages conservaient la tradition , on peut encore remarquer ce fait : au fond du golfe d'Akabah aujourd'hui, l'iËlanitique des anciens, on voit à quelques pieds sous l'eau de grosses parties de maçonneries, qui ont appartenu à la ville d'Aêlah.

On peut encore remarquer un fait assez curieux , qui pourrait faire croire que la mer à Suez n'a pas toujours été au niveau

qu'elle a aujourd'hui* Je sais fort bien que, physiquement, toutes les mers qui communiquent entre elles doivent « bien ' ^

entendu, être de niveau ; pourtant, dans certaines localités, les i

vents, les courants doivent produire des exhaussements acciden- :

tels des eaux, et certainement dans certains parages, comme a

dans le golfe d'El-Âricb, où tous les courants portent et qui ne [t

peuvent être occasionnés que par une plus grande évaporation '

sur ce point , il y a une dépression de la mer. ^

Sur toute la côte de la mer Rouge, à peu près, on observe, à ]

une petite distance du bord, un banc de madrépores ; ce banc i

est plat et taillé à pic ; sur sa surface, à la marée basse, il n'y a qu'environ vingt centimètres d'eau; et du côté du large, on passe verticalement pour ainsi dire à une profondeur de plusieurs mètres avec un fond sablonneux.

Ce banc à pic sur le fond semble avoir servi d'encaissement à la mer Rouge ; on le retrouve dans une grande partie de cette mer avec différentes hauteurs par rapport au niveau des eaux : vers Sawakin il est au dessus des eaux de quelques mètres ; à Moka et à Oudeîda , il est encore élevé au dessus de la mer.

Ceci pourrait faire présumer que ce banc de madrépores était partout à la même hauteur au dessus de la mer Rouge, lorsque celle-ci était en communication avec la Méditerranée et presque de niveau avec elle , et que depuis leur séparation par un événement quelconque, elle est aujourd'hui (étant séparée par l'Isthme) plus élevée, au fond du golfe, que plus au sud, en allant vers l'Océan indien ; ce qui peut s'expliquer par l'action des vents qui engouffrent les lames dans le fond du golfe et occasionnent un refoulement vers le nord, chose que j'ai vue accidentellement; lorsque les vents du sud régnent, ils font monter les eaux au fond de la baie de plus de 60 centimètres.

Aujourd'hui, dans le lac Menzalèh, lorsque leà vents viennent du large, les eaux s'accumulent quelquefois sur les parties méridionales, qui sont ordinairemeni découvertes , jusqu'à une hauteur de 60 à 80 centimètres.

Malgré tous ces faits , il est bien difficile de se figurer que la Méditerranée et la mer Rouge, communiquant d'abord entre elles, se soient ensuite séparées sans un phénomène quelconque;

mais si Ton veut supposer que dans le détroit, qui, alors, aurait existé, il n'y eût pour ainsi dire qu'un courant très-faible, alors on peut concevoir que la mer Méditerranée arrivant jusqu'à El-Ferdanne ait formé sur ce point un liteau , comme celui qui existe aujourd'hui sur le littoral entre la Méditerranée et les lacs Men* zalèh et Bourlos ; et qu'ensuite il se soit peu à peu renforcé par l'apport dessables, des terres, des graviers, etc., comme on le voit dans le seuil de El-Gisr qui est le véritable Isthme ancien. Mais dans un terrain aussi meuble que celui du sous-sol trouvé à 42 mètres au dessous du niveau de la mer, un simple courant, comme celui qui existe aujourd'hui par le canal d'une mer à Vautre, doit empêcher la fermeture de ce passage, malgré l'action des sables apportés par les vents.

Il faudrait qu*au seuil actuel il y ait eu équilibre entre la force du courant provenant de la mer Rouge vers la Méditerranée à cause de l'élévation des marées, et celui du littoral de la Méditerranée aidé par les vents du Nord ; alors, à ce même seuil du Gisr d'aujourd'hui, il s'établissait un remou et par conséquent un atterrissement.

On voit aujourd'hui que la mer Rouge fournit un courant d'environ six nœuds dans la partie du canal depuis Suez jusqu'au bassin de Flsthme, et aussi, que de la Méditerranée au lac Timsah, il y a souvent un courant, très-faible il est vrai.

L'évaporation de la grande superficie des bassins de l'Isthme est donc la cause de ces deux courants : ainsi, dans le parcours de la mer Rouge à la Méditerranée, il y a un point où le courant est pour ainsi dire nul ; alors les sables peuvent s'y accumuler et former un atterrissement qui à la longue intercepterait le canal ou la communication des deux mers, comme elle l'a été au seuil du Gisr dans les temps anté-historiques.

Enfin, quoi qu'il en soit, il est évident, d'après tout ce qui a été dit, que le seuil du Gisr a été le premier Isthme, la première cause de séparation des deux mers.

Le seuil dit du Sérapéum aura été un atterrissement foimé, comme nous l'avons dit, par la continuation des dunes qui bordent l'Ouadéeau nord, et postérieurement à la formation du seuil de El-Gisr.

Enfin le seuil de Chalouf, formé le dernier, aura reculé les limites delà mer Rouge au golfe de Suez d'aujourd'hui.

Quant à ce dernier, comme il devait exister toujours un courant quelconque dans cette partie rétrécie, à cause de Tévaporation des grands bassins de F Isthme, il aura dû son existence à la formation et au soulèvement du banc de grès et de brèche de Chalouf, comme nous l'avons dit ; sur ce banc, se seront accu* iQulés les sables et agglomérations diverses que nous y voyons aujourd'hui.

D'après ce qui précède, les limites de la mer Rouge arrivaient donc jusqu'au lac Timsah et aux environs d'Âbou-Ballah et Sababiars, à l'époque où le seuil du Sérapéum n'était pas encore formé.

C'est dans cet état que les plus anciens géographes et historiens auront connu l'Isthme ; plus tard, d'autres l'auront connu avec Tatterrissement dit du Sérapéum; et enfin, les plus modernes, après l'atterrissement de Ghalouf.

Ce sont ces différents changements qui ont été cause que tant d'écrivains, qui ont parlé et écrit sur la géographie (mcienne de l'Isthme, se sont trompés et ont rencontré de si grandes difficultés.

Nous allons essayer, au moyen de ce que nos prédécesseurs ont fait, par l'examen de ce que disent les auteurs anciens et par la connaissance complète des localités, d'établir cette géographie ancienne de l'Isthme.

Mais, comme cette géographie est intimement liée à celle des anciens canaux qui ont existé entre le Nil, ou la Branche Pélusiaque, la Méditerranée et la mer Rouge ou golfe Héroopolite, et comione aussi tant de positions citées dans les auteurs anciens se rapportent directement à ces canaux, il semble indispensable avant tout de mentionner ceux de ces canaux qui existent encore aujourd'hui , et aussi ce qui a rapport au cours des eaux de listhme.

HYDROGRAPfflE DE L'ISTHME ET DESCRIPTION DES RESTES DES ANCIENS CANAUX.

Au seuil du Gisr le point culmiuant est formé, comme je Tai dit plus haut, par les cavaliers d'un ancien canal ; sa largeur est de AO mètres, et la largeur entre les cavaliers de 80 à 100; il est parfaitement aligné sur de grandes longueurs. On com* mence à voir parfaitement ses deux berges à une distance de 500 mètres environ des bords du bassin du lac Timsah, venant du nord-ouest et se dirigeant vers le sud-est d'un mamelon de grès en formation, où est aujourd'hui bâti, je crois, le palais du vice-roi à Ismailiéh.

De ce point, ce canal courait vers le nord-ouest; et à une distance de 1,800 mètres environ des bords du lac, ses berges étaient trës-élevées ; c'est un point où, pendant les travaux préparatoires du canal de Suez, a été exécuté un des sondages de reconnaissance du terrain; il se trouve à la cote 23,2 au-dessus du niveau de la Méditerranée. Dans la tranchée du seuil et dans la courbe du canal, on peut encore voir la section de cet ancien canal.

Les traces de ce canal sont aussi distinctes que si son creusement avait eu lieu il y a peu de temps; il continue jusqu'aux dunes qui bordent les bas-fonds des dernières anciennes lagunes du lac Menzaléh, qui sont la continuation de celles de Ferdanne vers l'Ouest; en ce point, le canal tourne au Nord et il longe les lagunes au milieu des dunes qui les bordent, et se dirige vers Cantarrat-el-Khasnè.

Aujourd'hui le sol du plafond de ce canal est à lA mètres audessus du niveau de la mer Méditerranée ; mais lorsqu'étant creusé jusqu'à ce niveau, il se trouvait rempli par les eaux de la mer Rouge, soit que les limites de celle-ci fussent, à cette époque, où on les voit aujourd'hui, soit, bien plutôt, qu'elles atteignissent le lac Timsah, comme nous avons vu que cela pouvait être, ou a dû être, il pouvait y avoir alors une hauteur d'eau de l^fOO à 2 mètres, obtenue par les marées de la mer Rouge.

Tel est ce que Ton voit encore aujourd'hui de cet ancien canal.

Il y a plus de quarante années que Ton voyait, dans la partie septentrionale de TOuadée Toumilat d'aujourd'hui » les restes d'un ancien canal qui avait eu de faibles dimensions; il venait de rOuest et courait à l'Est le long du désuet des terres cultivées; il n'était visible que depuis les environs d'Abou-Ahmed et jusqu'aux ruines de Tel-Retabé.

Ce canal était comblé et ne servait que pour les crues, surtout pour l'écoulement des eaux, qui pendant l'inondation couvraient les terrains de TOuadée. Auprès de Tel-Retabé, ce canal en rencontrait un autre beaucoup plus large, à l'endroit nommé Ras-el-Ouadée ; mais il était aussi abandonné en partie.

Comme c'était le principal anden canal, c'est celui que nous allons d'abord décrire.

C'est seulement à Tel*Abou-Soliman, lieu placé à l'ouest du village de Gawarni, que l'on reconnaît parfaitement ce canal ; car de là jusqu'à l'Abou-l'Ardar où l'ancienne Branche Pélusiaque, on ne voit que fort peu de ses berges; les nouvelles digues, les nouveaux canaux et les bassins d'arrosage ont pour ainsi dire fait disparaître les berges de ce canal.

A Tel-Abou-Soliman, on voit parfaitement les deux berges, qui sont éloignées l'une de l'autre de près de 80 mètres. Sur la berge nord du canal , est un monticule qui renferme des restes de constructions en briques cuites au soleil, qui doivent être celles d'un fort. De cet endroit on voit que le canal venait du côté de l'ouest, probablement des environs de Bardouanah sur le Bahr-Abou-FArdar.

De Tel-Abou-Soliman au village de Gawarni, qui se trouve sur la berge même du canal, ces berges sont élevées surtout sur le côté nord du canal ; elles passent au sud du village et courent dans les sables en traversante digue d'Abascé ou de Méhémet- Ali, où l'on voit un petit pont ; ensuite le canal longe les dunes de sable sous lesquelles il a disparu pour ainsi dire depuis trentecinq années, quoique à cette époque on y creusât une rigole pour apporter les eaux des environs de Gawarni. Cependant on

ne perd pas ses traces : elles reparaissent sous les grandes dunes d'Abou-Néchabé, et sont parfaitement à découvert jusqu'à Rasel-Ouadée en passant à Rfègé. C'est là que l'autre canal de la partie nord venait rejoindre celui-ci, qui est bien plus considérable et présente l'aspect d'un très-ancien canal bien exécuté.

A côté des restes de ce grand canal, depuis les dunes d'Âbou- Néchabé jusqu'àRas-el-Ouadée, à 60 mètres, environ, au Nord, on voit un petit canal moderne, creusé pour les irrigations et qui n'a aucune importance.

De Bas-el-Ouadée le canal va directement à l'Est, on le voit toujours ; mais à Ghek Selim ses berges sont très-élevées. Ce canal continue à courir à l'Est, en faisant des sinuosités, et vient passer au pied d'un large monticule de décombres nommé Telel-Maskhouta (1).

Il y avait là autrefois une grande ville, et dans les décombres on voit encore un monolithe en granit représentant un groupe composé de trois statues de Rhamesès II et de deux de ses enfants.

Au sud du canal, il y a aussi des restes d'antiquités. Dans cette partie le canal était parfaitement bien tracé, régulièrement; il continuait ainsi en passant à un lieu nommé Abou-Khcheb, à Oum-Khamer et à Mahfar, jusqu'à Saba-Biars, où il déviait un peu vers le Sud-Est en laissant Âbou-Balâbsur la gauche à l'Est. Il continuait alors, dans de larges proportions, 30 mètres d'une bei^e à l'autre ; ses berges sont encore bien alignées, bien parallèles, sur une longueur régulière de 6 kilomètres environ, jusqu'à l'ouest-sud-ouest de Chek-Ennedek, où le canal avait sur sa berge un mur de soutènement en maçonnerie de briques. De ce point, une dérivation du canal ,^ encore reconnaissable à une haute berge bien alignée, se divise à l'est-nord-est vers la hauteur où est Chek-Ennedek, en allant jusqu'auprès d'un monticule de décombres, où il y a des restes de fondations de constructions ; on y trouve de pauvres restes d'antiquités grecques et romaines avec quelques médailles ; mais ça n'a jamais pu être qu'un petit établissement.

(i) Tel-el-Haskhouta, veut dire le Monticule de la Statue.

Le sol qui environne ces quelques ruines est à 2*,50 au-dessus du niveau de la Méditerranée.

Ici le canal tournait au sud et ne disparaît jamais entièrement sous les dunes de sable ; il est encore bien tracé. A huit kilomètres environ de la dérivation, il passe à une distance de 1.000 mètres à Test d'un monticule plus élevé que les autres, nommé par les arabes El-Téreye, et que Ton connaît depuis l'Expédition française de 1800 sous le nom de Sérapéum. A cet endroit il existait encore une petite dérivation vers l'est, qui pouvait être une rigole d'irrigation ou une digue de retenue pour les eaux afin de pouvoir arroser des terrains^

Plus au sud, le canal diminuant de dimensions et de régularité allait jusqu'au bassin de l'Isthme, ou à la ligne des laisses de la mer dans le bassin ; là il disparaissait entièrement.

A cette jonction du canal et du bassin de l'Isthme se trouvait un grand établissement, dont les murs existent encore en partie ; devant la porte était un escalier descendant au canal. Cette construction était entièrement dans le genre de celles que l'on construisait, il n'y a pas encore longtemps, pour de grands magasins que l'on nomme Chounehy nom que les arabes donnent à cette construction ; elle ressemble aussi à un caravansérail, à un Khan.

Vers le sud, à la fin du grand bassin et au commencement du petit, à une distance de 35 kilomètres de la Ghouneh, à l'endroit nommé Gabret-el-chôf, le canal, qui avait entièrement disparu, recommençait à paraître à une distance de 22 kilomètres du fond du port de Suez ; mais dans cette dernière partie ce canal n'était pas aussi grand que dans la partie précédente, son tracé n'était pas aussi régulier ; ce n'est plus un travail de la même époque.

Cette dernière partie du canal arrivait jusqu'auprès du monticule qui est au nord de Suez, et là on peut encore voir que ce canal avait ses berges en partie faites de bonne maçonnerie, comme celle que Ton remarque aussi au pied du monticule, et dans la mer entre ce monticule et l'ile où est le cimetière européen à Suez ; ce mur semble avoir été un mur de soutènement pour encaisser les eaux du canal.

Voici donc la description du canal qui venait de la Branche pélusiaque à la mer Rouge.

Anciennement, pendant les inondations, TOuadée était entièrement couverte d'eau; à l'époque où il était nécessaire de les faire écouler, pour cultiver les terres, on ouvrait à Test de Ras-el-Ouadée une digue qui les retenait, et alors elles s'écoulaient, en grande partie, par l'ouverture de cette digue dans les bas-fonds de l'Ouadée, à Oum Saracir et Mahsama. Ces eaux allaient aussi en grande partie se déverser par le canal dont je viens de parler jusque dans le lac Timsah, par une dérivation siuée entre les dunes et les puits de Saba Biars et le coude allant au sud-est ; cette dérivation était ravinée par le cours de ces eaux d'écoulement, et on l'appelait Âbou Balâb ; il y avait dans ce lieu un puits de ce nom.

Dne partie de la grande quantité d'eau qui était apportée dans l'Ouadée restait dans les bas-fonds et formait une espèce de marais. Les eaux de ce marais ne pouvaient être écoulées nulle part, sans que l'on creusât des canaux dont les travaux n'auraient pas été compensés, croyait- on, par les résultats qu'on aurait obtenus. Mais Méhémet-AIi, désirant faire jouir cette petite province de tous les avantages que sa position pouvait lui procurer, voulut qu'elle fût arrosée non plus par suite d'une inondation nuisible, mais bien par des moyens offrant toute sécurité, et pouvant procurer l'irrigation non-seulement pendant les crues du fleuve, mais encore pendant les étiages.

On creusa alors un canal, qui avait sa prise d'eau à Zagazig, où l'on établit un barrage sur le canal de Bahr Moèze. En fermant ce barrage, on élevait les eaux du Bahr Moèze et l'on pouvait ainsi les faire entrer dans le nouveau canal, qui fut nommé Canal de l'Ouadée. Par ce moyen les eaux arrivèrent, en toute saison, au nord des terres cultivées de TOuadée ; et aussi cette Ouadée devint une des parties de l'Egypte les plus belles. Beaucoup de Syriens du Mont-Liban vinrent s'y établir pour y planter des mûriers et élever des vers à soie dont les produits précieux les enrichirent.

Ce nouveau canal, qui avait sa prise d'eau à Zagazig au Canal de Moèze (ancienne Branche Tauitique) , rencontrait bientôt l'an-

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cienne Branche Pélusiaque, nommée aujourd'hui Abou-rÂrdar, et passait auparavant près des ruines de Bubaste^ nommées aujourd'hui Tel-Basta (monticule de Basta).

Sur cette ligne, on voyait les traces d'un ancien canal, depuis rAbou-l'Ârdar jusque dans l'Ouadée ; et sur le parcours de cet ancien canal, on remarquait plusieurs ponts ruinés, qui avaient été pratiqués dans les berges vis à vis les uns des autres, pour l'écoulement des eaux d'inondation des terrains supérieurs, au sud, dans ceux inférieurs, au nord ; ces ponts ont été réparés ou refaits.

Ainsi, tout le canal de Zagazig, jusque dans FOuadée, était en partie un ancien canal dont on a profité pour l'irrigation de rOuadée.

La partie de ce canal qui depuis la digue d'Abou-Abmed va le long du désert et des terres cultivées de la partie nord de rOuadée jusqu'à Ras-el-Ouadée, est également un ancien canal qui a été creusé à nouveau par ordre de Méhémet-Ali ] mais il avait toujours de faibles proportions et bien moindres en tout cas que celles du canal qui traversait la partie méridionale.

Remarquons en passant que l'Abou-l'Ardar, qui, pendant les crues et les inondations, est un très-grand cours d'eau fort large, mais presque au niveau des autres terrains, c'est-à-dire à 1", 50 environ en contre-bas, vient des environs de Benha ; il prend naissance aujourd'hui dans les plaines, il coule, seulement dans les saisons de l'inondation» vers le nord, en passant au pied des ruines de Tel-Basta à l'est, et il va conduire ses eaux, sans avoir un lit bien encaissé, jusqu'au lac Menzaléh. Dernièrement, il a été canalisé et Ton a refait ses barrages et ses berges pour le rendre propre à servir aux arrosages.

11 existe encore un ancien canal intéressant au double point de vue de l'antiquité et du sujet dont nous nous occupons : c'est celui qu'on nomme aujourd'hui leKbalig du Caire, qui traverse cette ville. 11 a maintenant sa prise d'eau en aval de Taqueduc du vieux Caire ; mais d'après quelques vestiges de berges, qui se trouvent dans les décombres entourant le Vieux-Caire, à l'est de la mosquée d'Amrou et du couvent Copte, qui est dans l'enceinte romaine de la forteresse de Babylone, on peut croire qae

— ISl —

ce canal avait aociennement sa prise d'eau au sud du Vieux-- Caire actuel, au point où se trouve le grand quai de la forteresse de Babylone.

Ce canal, après avoir traversé le Caire, était parfaitement visible avant que Ton eût creusé celui que Ton nomme aujourd'hui Khalig Zaifranné; mais tout en exécutant ce dernier, on en a creusé un autre, du côté de FEst, qui continue parallèlement celui du Caire, et dans beaucoup d'endroits on retrouve les berges de l'ancien; on le voit à Tel-el-Yehoudiéh et jusque plus bas que Bulbeis; il sert même encore aux irrigations dans plusieurs de ces parties.

Au nord de Bulbeïs, le canal Khalig Zaifranné se dirige vers le Nord-Nord-Ouest, tandis que l'on voit encore des restes de l'ancien canal du Caire, qui se continue très-visiblement plus à l'Est, pour rejoindre le canal, si remarquable, venant de Tel- Abou-Soliman et passant à Gawarni , avec lequel il va se confondre pour ne plus former qu'un seul et même canal.

Le Khalig Zaifranné est devenu aujourd'hui le canal d'Ismaîliéh, depuis sa prise d'eau jusqu'à Sériakos, à peu près ; mais on a dû le creuser nouvellement à Test de (jawarni et lui faire traverser l'Ouadée en suivant la digue d' Abascé. Dans cette partie, à l'est de Gawarni jusqu'à la digue, les traces des deux canaux dont je viens de parler ont disparu.

TeUe est donc la description des canaux qui, dans Tétat actuel, ont rapport à la géographie ancieqne et en même temps historique de l'Isthme et dont nous avions besoin de donner un aperçu afm de fixer les positions anciennes, qui vont nous occuper bientôt.

Il nous reste à parler encore d'une particularité relative aux eaux du désert, surtout à celles qui avoisinentSuez ; et à donner quelques cotes de nivellement se rapportant aux canaux dont nous venons de parler, et à diiférents points de l'Ouadée et de l'Isthme.

Toutes les eaux de pluie qui tombent d'année en année sur la montagne d'Attaka et ses environs, depuis le point culminant ou de partage, entre l'Attaka et l'Awebet, dont j'ai parlé, nommé Chorafa, jusqu'à la partie de cette montagne en face de Suez,

viennent couler près de cette ville par différents ravins. Les plus éloignés de ces ravins, qui passent près d'Agerout au Sud- Ouest, deviennent quelquefois des torrents considérables; ils ont creusé le terrain et formé sur leurs bords des hauteurs de caiUoux et d'argile, qui semblent à première vue de vraies berges d*un canal, faites de main d'homme ; mais, quand on a parcouru le désert pendant quelque temps, on n'est pas trompé par ces faux indices, car on en remarque beaucoup de même genre.

Quelques-uns de ces torrents courent vers l'Est, du côté de la route que suivent les pèlerins allant à la Meck, et se perdent dans les lagunes qui terminent le fond du golfe de Suez ; mais tous les autres coulent vers Suez même, par plusieurs détours. Le plus considérable, qui vient du nord-ouest de la montagne, est nommé Abou-Amatta et Wadée-el-Bahara; ce torrent, après en avoir reçu beaucoup d'autres, vient à l'ouest-nord-ouest de Suez, près de la mer, remplir un grand réservoir formé par une digue où l'on a construit un petit déversoir pour laisser échapper le trop plein. Ce réservoir fournissait de l'eau à la ville pendant deux mois et plus, lorsque les pluies l'avaient bien rempli; le terrain est argileux et contenait les eaux sans une trop grande déperdition*, on nommait ce lieu, qui avait été approprié à ce réservoh*, Moyet-el-Gisr {VEau de la Digue). Aujourd'hui les eaux du Canal d'eau douce y arrivent, et on y fait quelques cultures.

Les autres ravins du versant oriental de la montagne avaient été anciennement réunis et barrés par des digues en argile et en pierres brutes, pour retenir les eaux de pluie et les faire entrer dans des réservoirs creusés dans l'argile , à droite et à gauche du lit du ravin. Ces réservoirs, de forme carrée, étaient revêtus d'un mur en pierres sèches et sans mortier. Il y a encore beaucoup de ces réservoirs, qui tous sont en très-mauvais état et depuis longtemps ne servent plus à retenir les eaux ; cellesci vont se perdre dans la mer au fond de la baie de Suez. Quand tous ces réservoirs et la digue qui barrait le ravin étaient en bon état, on pouvait par une rigole faire arriver l'eau jusqu'à Suez même.

On voit que par tous ces travaux l'on devait avoir des eaux non-seulement pour les besoins des habitants de Suez , mais encore pour la culture de quelques parties de terrain , comme cela se faisait au Gisr quand il pleuvait beaucoup.

Il nous faut dire, en passant, quelques mots des eaux de ce pays.

Il n'est nullement évident que ce soit la négligence apportée à l'entretien de ces réservoirs, ou bien le manque de population, qui ait causé l'abandon de ces réservoirs et leur destruction , ainsi que celle des cultures qui pouvaient en dépendre. On remarque dans beaucoup de lieux , comme dans le désert entre la mer Rouge et le Nil , dans la montagne de Magarra , dans rOuadée-Moussé ou Pétra , dans toutes celles qui sont au nord de l'Âccaba, dans le Yémen et au mont Sinaï ; comme dans l'Etbaye , pays des Bichariéh , où il existait des habitations en grand nombre, qui servaient au temps de l'exploitation par lavage des mines d'or, on remarque, disons-nous, qu'il n'y a plus, dans tous ces lieux, à peine assez d'eau pour les rares populations qui s'y trouvent. Les puits existent dans bien des endroits encore ; mais ils sont à sec; au mont Sinaî, par exemple, où l'on voit beaucoup de restes d'habitations sans voir aucune trace d'eau, on se souvient d'avoir vu couler des ruisseaux assez considérables, qui sont maintenant taris.

J'ai vu moi-même en 1821, au mont Sinaî, le grand ruisseau de l'Ouadée-Faran, celui de l'Ouadée-Abran, couler toute l'année avec assez de puissance pour fournir à l'arrosage de tous les jardins de la vallée, et même pour alimenter des moulins, si on l'avait voulu ; en 1828, l'eau des puits, même dans ces vallées, était tarie; et plus de vingt ans après, elle a reparu, mais en très-petite quantité. Souvent, dans ces contrées, on est resté plusieurs années sans recevoir la moindre ondée de pluie. Il est arrivé que les Arabes du mont Sinaï, qui ont de beaux jardms fruitiers dans leurs montagnes, ont été forcés de les abandonner et de quitter leur pays par suite du manque d'eau , pour venir en chercher en Egypte. Ils sont restés une fois huit années sans pluies, et par conséquent sans pouvoir retourner chez eux. 11 n'en faut pas davantage pour faire abandonner les champs, les jardins et toutes les habitations.

Ces faits prouvent que les ei^ux diminuent toujours dans ces contrées; il est permis de penser que dans les temps reculés les pluies étaient plus fréquentes à Suez qu'aujourd'hui et qu'alors les réservoirs pouvaient être utiles ; tandis que madntenant il ne pleut pas régulièrement, et Ton reste au contraire souvent trois et quatre années sans avoir la moindre ondée de pluie. Dans des cas semblables, la population, ne pouvant baser ses besoins sur une chose aussi incertaine, aura abandonné ses habitations et aura émigré dans d'autres lieux, comme l'ont fait les Arabes du Mont Sinaï dans la circonstance dont je viens de parler. Les habitants restant, étant ceux qui s'occupaient de commerce, n'auront plus eu le même besoin d'avoir des réservoirs, et se seront d'ailleurs trouvés en trop petit nombre pour les réparer ; on les aura négligés, et peu à peu ces réservoirs auront été entièrement ruinés et seront tombés dans l'état où nous les voyons.

Tel était l'état des choses, il y a quinze ans ; aujourd'hui tout est changé : le Canal d'eau douce a rendu inutiles tous les réservoirs possibles.

D'après les nivellements de 18A7, exécutés par une brigade d'ingénieurs français conduits par M. Bourdaloue, et en même temps par une brigade de mes ingénieurs arabes avec des chefs européens, ce qui constitua une expédition que je conduisais avec M. Bourdaloue; puis d'après une vérification que j'ai exécutée moi-même en 1853, sur la demande du gouvernement français et par ordre du vice-roi Abas-Pacha ; ensuite par d'autres nivellements exécutés sous ma direction, ainsi que la triangulation de tout l'Isthme et de la ligne du canal d'eau douce, constituant en partie les travaux préparatoires du canal de l'Isthme de Suez ; tout ce pays, dont la carte est couverte de plus de 30.000 cotes de nivellement, nous est parfaitement connu, ainsi que les hauteurs de chaque point de l'Isthme, jusqu'au Caire au-dessus de la Méditerranée et de la mer Rouge.

Nous allons donner ici celles qui sont nécessaires au sujet que nous traitons :

,., ,.^ . f Basses mers 0.00

Méditerranée. . . . i „ ♦ '

( Hautes mers 0 38

Mer Rouge k Suez. <

Basses mers 0,74

Hautes mers 2,42

Terrains à Ghalouf, baisses du bassin de Tlsthme 3,41

Plus basses 1,86

Seuil du Sérapéum à sa chounah 0,60

Id. près le monument 4,90

Id. monticule du monument 13,00

Plafond du canal, seuil du Sérapéum à différents points. . . 3, 6, 7 Canal à la bifurcation allant vers le Ghek-Ennedek, ruines

au sud-ouest 3,00

Celle au sud-est plus près de la bifurcation 3,72

Lac Timsah : moyenne 3, 4, 5

Point culminant du seuil du Gisr, berge du canal 16,00

Lagunes de Fcrdanne 0,90

Terrains de TOuadée depuis Saba Biars jusqu'à Âbascé, en

moyenne 5,50

!q Cl 4*50 Entre la digue de Gawarni et celle d*Abou Ahmed, lac ancien des pèlerins, a TOuadée 3,00

Prise d'eau à Zagazig du canal de VOuadée dans le Bahr Moèze et dans Vancienne Branche Pélusiaque [Ahou-V Ardar)^ à Bubaste {Telel-Basta) :

Hautes eaux • 100,65

Basses eaux 48,69

Prise dHeau du Khalig du Caire :

Hautes eaux 21,69

Basses eaux 14,06

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