‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 31 sur 61 · FABRIQUES · texte numérisé non relu

FABRIQUES

Quoique les fabriques établies en Egypte par Méhémet-AIi soient plutôt du domaine de l'industrie que de celui des travaux d'utilité publique, nous en dirons cependant ici quelques mots.

Dans les premiers temps où Méhémet-Ali planta le coton en grande quantité, il voulut également avoir des manufactures pour le filage et le tissage de ses produits.

En 1819, la culture du coton avait déjà pris de l'extension, et sous la direction de M. Jumel. on construisit de belles fabriques, des filatures ; on fit des tissus de laine et de soie à l'instar des plus belles étoifes de Lyon ; on fit aussi des toiles peintes. Ce ne furent absolument que des essais, car bientôt tout tomba, excepté une fabrique de tarbouches à Fouàh, qui dura longtemps à cause des fournitures pour l'armée.

Les filatures de coton furent montées sur un très-grand pied, c'étaient de magnifiques établissements. Dans les premiers temps, et sous les yeux du directeur, elles donnaient de forts beaux résultats comme travail, jamais pécuniairement; les cotons étaient filés au plus fin numéro et même on en vendait sur les marchés des Indes; l'outillage, les machines s'usaient, les réparations devenaient difliciles et les dépenses augmentaient; et, comme cela se fit toujours en Egypte, au lieu d* attendre les résultats d'une entreprise pour en faire d'autres semblables , on construisit dans tous les chefs lieux de provinces d'immenses établissements de filature et de tissage, même dans la Haute-Egypte où il n'y avait pas encore de coton sufiisamment; il y avait fabriques au Caire, à Calioub; c'était là certainement le plus bel établissement de ce genre : lieu trèsmal choisi d'ailleurs quant à la position, éloigné du fleuve, loin des carrières, au milieu des terres, sans communications établies par canaux. D'autres étaient à Mit-Camar et à Zifté, deux villes vis-à-vis l'une de l'autre; à Mahallet, située comme Calioub, près d'un canal qui pourtant pouvait servir de voie de

communication pendant l'inondation ; d'autres à Mansoura, à Sammanoud, à Damiette, k Fouàb, Chébreket, etc.

Dans la Haute-Egypte : à Benessouef, Miniet, Monfalout, Siout, Tartha, Guirgé, Sobag, Akmin, Esnè.

Plus de vingt mille ouvriers étaient occupés dans ces fabriques.

Bientôt tout cela tomba, fut fermé, les métiers dispersés, et Ton ne fabriqua plus qu*une toile de coton grossière, qui esta peine connue aujourd'hui. Il en fut de même pour les autres établissements industriels; et toutes ces immenses dépenses furent faites en pure perte.

On fit aussi beaucoup de nitrières, où l'on traitait le nitre par l'évaporation au soleil seulement; c'étaient de grands établissements. L'un d'eux, le premier créé en Egypte, fut établi à Bedrechem ; comme il donnut d'assez bons résultats, on en construisit dans tous les lieux propices où il y avait des monticules provenant des ruines d'anciennes villes; on commença par exporter les salpêtres provenant de ces établissements, et les premiers produits furent vendus avec avantage ; mais bientôt les frais occasionnés par ces salpètrières et ces nitrières, les frais de réparations, la mauvaise administration firent que les salpêtres revinrent plus cher que l'on ne pouvait les vendre; les nitrières furent en partie abandonnées et l'on ne conserva que celles qui étaient indispensables pour les besoins du Gouvernement.

L'Egypte n'est pas un pays à établissements industriels de ce genre ; il aurait fallu alors des manèges à bœufs, à chevaux ; car il n'y avait pas de chutes d'eau, et pas encore de machines à vapeur. D'ailleurs, comment conserver des machines aussi délicates que celles des filatures, l'été, pendant les fortes chaleurs de mai et de juin, où l'atmosphère est comme une fournaise, où la poussière est partout en suspension dans l'air ; poussière qui pénètre partout et détériore tout ; on abandonna celles-ci, mais on commit les mêmes fautes dans d'autres voies.

Un homme de peu de connaissances voulut introduire la grande culture de l'indigo : on fit venir des Indiens ; il fut ordonné de planter dans chaque district et par village un certain

nombi^ de feddans en indigo, et Ton ordonna la construction d'indigoteries d'après le système employé aux Indes dans les grands établissements.

Gela fut bientôt fait: quand Méhémet-Ali voulait quelquechose, on obéissait vite et sans tergiverser.

Quand vint le temps de la récolte de la plante, on l'amassait sans chercher celle qui était à l'état voulu, ne laissant pas sur pied celle qui n'était pas encore à l'état de maturité nécessaire, et prenant aussi celle qui était déjà passée ; cela est d'ailleui-s assez difficile à suivre en Egypte, où d'un jour à l'autre une plante en bon état est séchée et grillée. Toutes ces plantes coupées en masse sans aucun soin étaient mises en tas sur des chameaux et portées ainsi pendant plusieurs heures pour arriver aux fabriques, où elles étaient jetées en plein soleil ; beaucoup étaient perdues. L'indigo était bien inférieur à celui que les fellahs fabriquaient eux-mêmes eu petite quantité à l'aide de leurs moyens primitifs; il était même inférieur à celui des Indes, quand cependant celui produit par les fellahs était meilleur.

Ces indigoteries coûtant si cher, ces belles constructions furent entièrement abandonnées et cela en très-peu de temps.

Page 1