‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 32 sur 61 · EXPLOITATION DES ALBATRES ET DES MARBRES · texte numérisé non relu

EXPLOITATION DES ALBATRES ET DES MARBRES

Lorsque l'idée vint à Méhémet-Ali de commencer la construction d une mosquée à la (litadelle pour y avoir son tombeau, il chercha des marbres ; il en voyait dans les différentes mosquées du Caire de toutes couleurs et d'assez beaux ; il demanda alors à M. Linant s'il avait vu dans ses voyages au désert des gisements de beaux marbres ; il lui fut répondu qu'effectivement dans la chaîne de montagnes qui borde la vallée de l'Araba où est le couvent de Saint- Antoine du côté de l'est, comme dans tout le groupe qui se trouve entre cette vallée et la mer Rouge, surtout dans le haut de l'Ouadée Herkès qui vient aboutira celle de l'Araba, on trouvait différents marbres, les mêmes que . ceux qui formaient les mosaïques des mosquées et des anciennes

maisons. Alors le Vice-Roi voulut envoyer quelqu'un, sur les indications de M. Linant, pour recueillir des échantillons.

Il fut indiqué à cette personne, à deux ou trois lieues plus près de la mer que le couvent de Saint-Antoine et sur le côté droit de la vallée de l'Araba, une carrière de marbre orangé d'une couleur très-belle dont on voit plusieurs pièces dans la mosquée du Sultan-el-Gouri.

Une autre, de marbre noir, à peu de distance du couvent de Saint-Antoine, en remontant la vallée de l'Araba, dans la vallée nommée Ouadée Morakham.

Plus au sud, toujours dans la chaîne élevée qui borde l'Ouadée Araba à Test, est une vallée nommée Oum Damaran, qui vient déboucher dans l'Araba. De chaque côté de l'embouchure de cette vallée sont de grands gisements de marbre blanc couleur de chair et rempli régulièrement de petites veines bleuâtres, ce qui forme un marbre charmant, d'une pâte à grain très-fin et très-beau pour la sculpture monumentale.

A l'entrée de la vallée de Oum Damaran, sur la droite, est une partie détachée de la montagne, qui a été renversée par un bouleversement. Dans ce morceau, qui forme une montagne, les couches ou stratifications qui sont horizontales ailleurs se trouvent inclinées et très-faciles à exploiter. M. Linanten a fait, lui, très-facilement extraire des pièces de trois mètres et seulement comme échantillons.

Enfin dans l'Ouadée Herkès, qui est à Torigne de celle de l'Araba, on trouve des marbres rouges, des jaunes et rouges à veines noires très-fines ; et tout à fait sur le plateau, où prend naissance cette vallée, sont les marbres verts .

A l'Ouadée Sennour, à huit lieues de chameau du Nil, en remontant le lit de la vallée, il y a une carrière d'albâtre oriental ; et un peu plus haut dans la même vallée se trouvent dans son lit des marbres^jaunes comme celui de Sienne.

Puis enfin dans un ravin nommé El-Rélellé, route directe du Nil au couvent de Saint-Antoine, on voit encore une carrière d'albâtre.

Avec ces instructions on donna à la personne que Méhémet- Ali désigna un Bédouin de ceux qui avaient accompagné M. Linant dans ses précédents voyages.

La personne qui fut chargée d'aller chercher ces échantillons était tout bonnement un cawas; un soldat qui ne savait ni où il allait, ni ce que c'était que du marbre ; en route, il trouva dans rOuadée Sennour un morceau d*albâtre, et quoique son guide pût lui dire pour lui faire continuer sa route jusqu'aux lieux indiqués, il ne le voulut pas, disant que ce qu'il avait trouvé était du'marbre superbe, et il revint l'apporter à Méhémet-Âli, qui le trouva magnifique.

Tout le monde se garda bien de dire la vérité, seulement M. Linant assura au Vice-Roi que, quoique cette pierre fût belle et pût servir k certains usages, cependant ce n'était pas du marbre et qu'elle ne pouvait être employée dans des constructions, surtout exposées à l'air. Malgré cela l'exploitation fut ordonnée, et l'on construisit une partie de la mosquée de la Citadelle avec cet albâtre.

Plusieurs morceaux étaient de toute beauté, mais pour un mètre cube de bon, il en fallait exploiter 500 et ce n'était pas là du marbre.

Plus tard Abbas-Pacha voulut encore exploiter les vrais marbres, et M. Linant, alors Bey, fut avec des ouvriers pour bien reconnaître les carrières, avoir de grands échantillons et organiser le service de l'exploitation. Il voulut changer le mode de travail et surtout celui des transports.

A la carrière d'albâtre de l'Ouadée Sennour que l'on exploitait, c'étaient des bœufs qui traînaient les chariots chargés des marbres.

Sur la route il y avait deux stations, ce qui faisait trois postes, et les bœufs pour faire ces dix heures de marche mettaient trois jours, ou un jour environ par poste.

Pour nourrir et surtout donner à boire à ces bœufs, qui étaient en grand nombre, il fallait avoir beaucoup de chameaux ; et le directeur de cette exploitation se faisait un trop bon revenu sur les quantités de chameaux portant de l'eau et sur les vivres pour laisser facilement cette affaire.

Pour l'exploitation des marbres il fallait n'employer que des chameaux, qui sur la route de quatre journées n'avaient pas besoin d'eau, n'avaient pas besoin de stations de magasins pour

— Sosies rations ^ mais cela ne faisait pas l'afTaire des nazers et probablement d'autres personnes encore ; aussi l'exploitation des marbres en resta-t-elle là.

ROUTE DE GOROSGO A ABOU-JIHMBD.

Méhémet-Ali eut l'intention d'améliorer la route qui conduit de Corosco à Abou-Ahmed, au tra\ ers d'un désert de neuf journées de marche, pour faciliter les communications avec le Soudan. On voulait même y établir un service de poste achevai et avec voitures, comme cela avait été fait pour le transit de la route du Caire à Suez.

Pour commencer, on fit d'abord faire une reconnaissance des eaux, soit des puits alimentés par des sources, soit des réservoirs naturels et des citernes anciennes.

Ensuite on envoya des travaillenrs sous la conduite d'un ingénieur pour déblayer ces puits, ces anciennes citernes, et en faire d'autres, là où il y aurait chance de réussite.

En partant de Corosco on traverse, à une distance d* environ Si kilomètres, un lieu nommé Négoud où l'on devait faire établir une citerne ; mais malheureusement les pluies sont si rares dans cette contrée, qu'on n'y trouverait presque jamais d'eau.

Non loin de cet endroit, il en est un nommé Agab Gawab chi Ogab-el-Mara ; c'est une ancienne citerne creusée dans la roche de grès, elle a été réparée ; on y trouve de l'eau quand il pleut, ce qui, nous venons de le dire, est fort rare.

Plus loin, à 50 kilomètres, est la vallée de Bahr-béla-mâ, qui est à lOâ kilomètres de Corosco ; on y a creusé un puits trèsbeau, ainsi que dans TOuadée Bahr-el-Atab-el-Arean ou l'Atchan, mais malheureusement le sol de ces deux vallées étant recouvert entièrement de sables mobiles très-fins, ces puits sont continuellement comblés et par conséquent nuls.

A i2 kilomètres plus loin est le Hor ou ravin de Souffour : c'est le lit d'un fort torrent descendant du groupe de montagnes qui est tout près à l'ouest et nommé Gebel Raft, dans

les gorges desquelles on trouve beaucoup de réservoirs naturels, qui contiennent toujours de Teau de pluie.

Dans le ravin de Souffour il y a un beau puits nouvellement creusé à une profondeur de i2 mètres, et dans lequel on trouve toujours de l'eau» à moins qu'il ne soit comblé par les apports du torrent dans lequel il est creusé ; quand les eaux du torrent l'ont rempli, il est comme une citerne.

Dans la montagne il y a aussi le puits de Raft, qui a été déblayé; il y a de plus le grand réservoir de Oum Riche, qui peut avoir une capacité de 100.000 mètres cubes; aujourd'hui on a pratiqué un sentier pour y arriver.

A 30 kilomètres de Hor Souffour, dans la vallée ou Ouadée Hourrat, est un ancien puits creusé et maçonné dans le lit du torrent même : il a été dernièrement réparé ; malheureusement l'eau, qui y est cependant toujours abondante, est saumâtre et seulement potable pour les chameaux.

A 85 kilomètres de Mourrat est le puits d'Absca, dans le groupe de montagnes du même nom : il se trouve dans un ravin profond et fournit abondamment une eau excellente ; seulement il est souvent d'un difficile accès, à cause des roches que le torrent charrie.

Les Arabes, qui habitent aux environs d'Absca, prétendent que lorsque le puits était déblayé et qu'il donnait beaucoup d'eau, on s'apercevait qu'à l'époque des crues du Nil, lorsqu'elles étaient fort élevées, les eaux, dans le puits, devenaient troubles; et que souvent on y trouvait des morceaux de bois et des plantes qui ne se trouvaient que sur les bords du Nil. D'où ils concluaient que souterrainement ce puits communiquait avec le fleuve, ce qui d'ailleurs n'aurait rien d'extraordinaire ; d'autant plus que ce puits se trouve dans une espèce de fissure de la montagne formée de groes blocs granitiques, et que les eaux arrivent entre deux de ces blocs.

Gomme dans toutes les traditions arabes il se mêle toujours quelque chose de fabuleux, ils prétendent que ce lieu était habité par un très-gros serpent, qui fut tué par des soldats turcs lorsqu'ils passèrent par cette route à Tëpoque où Méhémet-Ali fit

Si

faire la conquête du Soudan par aon fils IsmaîUPacha, et qu'alors le puits ne donna plus que fort peu d'eau et fut encombré par les roclies qui y tombèrent.

Ce puits ou plutôt cette source a été déblayée, restaurée, les abords en ont été rendus faciles, et maintenant on y trouve toujours de l'eau.

En allant toujours vers le sud pour se rendre à Abou Ahmed, à 25 kilomètres de Absca, est un lieu nommé Oum Dereîra où se trouve une ancienne citerne, qui a été réparée et où l'on voit quelquefois de l'eau : c'est la dernière avant d'arriver au Nil à Abou Ahmed.

Tout cela ne pourrait sufGre pour les besoins d'une route trèsfréquentée, d'autant plus que tous ces puits, toutes ces citernes, tous ces réservoirs n'ont d'eau, plus ou moins longtemps, que quand il arrive des pluies, et quelquefois on est resté des dizaines d'années sans en avoir assez pour humecter le désert. C'est bien une amélioration pour les caravanes de chameaux qui voyagent sur cette route et qui peuvent marcher plusieurs jours sans boire pour arriver au puits de Mourrat ou au Nil; mais ce n'est pas encore suffisant pour une route bien fréquentée.

Pour faire une route carrossable comme Méhémet-Ali la voulût, et pour organiser des postes, il aurait fallu établir un service deau pour les chevaux et le personnel des différentes stations de relais; cela eût énormément coûté, en dehors de la dépense d'environ six millions de francs pour les empierrements, les stations, les réservoirs pour l'eau. Puis l'entretien du personnel, des voitures, harnais, etc., cela aurait monté encore à environ un million cinq cent mille francs.

En employant des chameaux, le quintal de marchandise sur le parcours de Gorosco à Abou Ahmed coûtait pour son transport 40 piastres et vice-versa ; en supposant que l'on fît payer le double de ce prix, parce que le temps employé pour le trajet était bien moindre et que le trajet devenait plus commode, enfin qu'il y avait certainement grand avantage, cela eût alors coûté environ 20 francs le quintal.

L'entretien des postes était calculé :

Par année à ^ . . 1.500.000 fr.

L'intérêt du capital déboursé, 7.000.000 a 10 0/0. 700.000

Amortissement du capital et du matériel 40.000

Entretien des empierrements 30.000

Total par année â.270.000

Il aurait donc fallu pour couvrir ces frais qu'il passât par cette route 113.500 quintaux de marchandises par année, ou la charge de 37.833 chameaux, et c'est à peine s'il en passait 6.000.

Une route carrossable n'était donc pas ce qu'il fallait; aussi n'en parla-t-on plus et les choses restèrent dans le même état où on les Yoit encore aujourd'hui.

Nota. Voir les articles Cataractes et CommunkatUms avec le Soudan.

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