PALAIS SOUS MÉHËMBT-ALI
Méhémet-Ali avait conservé les goûts et les habitudes des Turcs nomades, partout campés plutôt que logés à demeure fixe. En 1819, il avait seulement une maison de campagne fort modeste à Ghoubra; le luxe ne brillait ni dans l'habitation, ni dans l'ameublement, ni dans le service. Ses appartements de réception consistaient dans un salon séparé de la salle d'attente par une terrasse découverte ; des divans assez peu luxueux ornaient seuls ce salon, et aux fenêtres il n'existait que des rideaux en indienne à peine de la grandeur de la fenêtre, sans garniture, sans galeries et posés tout simplement avec des clous. Le soir, l'éclairage consistait chez lui en deux gros cierges en cire placés dans des chandeliers en argent, posés à terre; et dans la salle d'attente, où se tenaient ses premiers secrétaires et les principaux fonctionnaires quand ils y venaient, une mauvaise lampe à huile suspendue dans une grossière cage en branches de dattier recouverte de papier était le seul éclairage, comme dans le plus simple ménage de fellah. Mâds il y avait un fanal en verre, contenant deux chandelles en suif, que l'on allumait quand il fallait lire quelque chose, et que l'on avait bien soin d'éteindre aussitôt la lecture terminée ; c'était là où la Cour, les poètes, les interprètes, etc., etc., se tenaient.
Quand Méhémet-Ali quittait son harem, soit de la place de l'Esbékiéh, soit de la Citadelle quand il y eut fait bâtir, il emportait avec lui tout son train de maison, son lit, ses tapis, sa cuisine, etc.
U fit d'abord bâtir les harems de la Citadelle, qui furent grands, mais dont les ameublements ne coûtèrent rien en com-
parsùsoD de ce que Ton a dépensé plas tard pour les ameublements du moindre palais ou de ce que l'on nomme ainsi.
Ses résidences dans les provinces ne furent que de pauvres maisons, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on le fit consentir à laisser bâtir pour lui le premier palais véritable qu'il eut à.Àlexandrie : Ras-el-Tine ; c'est la seule construction qui de son temps ressemblât à un palais.
Plus tard, on voulut faire celui de la Citadelle; tout cela n'était encore que de modestes habitations et non des palais, comparativement à ce qui s'est fait depuis*
Mais ce que ce premier Vice-Roi, régénérateur de l'Egypte, a fait construire d'établissements qu'il pensait utiles et dont les constructions mieux dirigées encore eussent donné d'immenses résultats, est vraiment fabuleux, et m'entraînerait trop loin de mon sujet.