‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 35 sur 61 · OBSERVATOIRE · texte numérisé non relu

OBSERVATOIRE

Quoique un Observatoire ne soit pas directement un travail d'utilité publique comme le sont bien d'autres, cependant pour rÉgypte, pays où l'astronomie a été en honneur dans L'antiquité, et pour les Arabes qui l'ont pratiquée avec succès, c'est une science indispensable; je crois donc devoir dire quelques mots des observatoires du Caire.

Lorsqu'en 183 A on commençait les travaux du barrage du Nil, plus au nord que ceux qui existent aujourd'hui , on avait pensé que pour établir, d'après le système de ces barrages, un ensemble complet d'irrigation, ainsi que pour la bonne administration des eaux, il fallait, avant tout, avoir une carte exacte du pays, surtout de la canalisation alors existante, et ensuite une carte parcellaire ou cadastrale. En conséquence, on demanda en Europe plusieurs instruments et objets nécessaires pour faire géodésiquement ce travail.

Ces instruments arrivèrent -, mais déjà les travaux du barrage étaient suspendus et ceux de la carte aussi.

Méhémet-Ali ne comprenait pas, malgré sa haute intelligence en bien des choses, Futilité d'une carte, et il n'était pas le seul en Egypte. Voici une des idées de cet homme, à juste titre si renommé, au sujet de la carte.

On Taisait la guerre en Syrie et le major-général Soliman Pacha fit demander en Egypte, au ministère des Trayaux-Pu* blics, une division d* ingénieurs pour lever la carte de la Syrie, et surtout de quelques parties dont il avait besoin de posséder la topographie exacte pour les opérations de la guerre; c'était avant les grandes batailles contre l'armée turque. Comme on approuvait cette mesure, le personnel fut formé et le matériel fourni, et alors on demanda l'autorisation au Vice-Roi de faire partir la division. Méhémet-Ali ayant su que c'était pour lever la carte dit : mais à quoi cela servira-t-il, puisque nous avons le pays ?

Les instruments furent envoyés à l'École polytechnique pour l'mstruction des élèves.

Plus tard, lorsque l'Europe fit faire dans les quatre parties du monde des observations magnétiques, plusieurs sociétés savantes, entre autres celles d'Angleterre, demandèrent à ce que Ton fit aussi en Egypte des observations du même genre que celles que l'on allait exécuter ailleurs, et même elles envoyèrent les instruments dont on devait se servir.

Alors on transforma une ancienne redoute, construite du temps de l'Expédition française en Egypte, en un petit Observatoire. On profita de la construction du fort, qui était sur un monticule de décombres, et l'on y installa les instruments astronomiques, géodésiques et magnétiques que l'on possédait.

On fit peu d'observations, soit magnétiques ou autres. Lambert-Bey, le directeur de l'École polytechnique, n'avait pas le personnel voulu pour faire à l'Observatoire ce qu'il aurait voulu produire comme directeur.

On fit venir un ingénieur très-capable pour construire et diriger un observatoire : c'était M. Achille Boudsot.

Le local à Boulak ne convenait pas pour un observatoire astronomique monté sur un pied convenable ; on en chercha un autre et l'on décida qu'il serait construit aux environs de

Assouan ; mais comme plus tard cet endroit devint un cbamp de manœuvres, d'exerdces, on pensa que l'observatoire ne serait plus bien placé en cet endroit; d'ailleurs, le caprice d'avoir ud observatoire était passé, on n'en parlait que pour avoir l'air de ne pas l'avoir entièrement abandonné. M. Boudsot fut employé à tout autre chose ; il s'en fut du pays, à la fin de son engagement, et l'observatoire de Boulak fut entièrement fermé, oublié pour ainsi dire, car il ne resta plus que sous la garde d'un gardien barbarin.

Le cuivre des instruments fut un objet de convoitise, à ce qu'il paraît, pour quelques personnes qui savaient qu'il en existait dans l'observatoire, et Ton fit si bien que, pendant que l'unique gardien nubien, qui devait surveiller jour et nuit cet établissement isolé, dormait ou allait au marché pour avoir ce dont il avait besoin, ou bien encore tandis qu'il s'absentait forcément pour aller toucher sa paye, sans laquelle il ne pouvait vivre; on Gt si bien, dis-je, sans que la porte fût ouverte, qu'on brisa les instruments et l'on emporta tout ce qui était cuivre, de manière que, lorsque un beau jour le Nazer chargé de cet établissement vint pour le visiter , il n'y trouva que le portier qui, n'étant pas précisément dans l'intérieur, gardait soigneusement sa porte sans se douter de ce qui s'était passé. Le portier et le Nazer furent rendus responsables, quoique bien des fois ils eussent déclaré que cela ne se pouvait, puisque l'un était éloigné de l'Observatoire, que l'autre était seul, qu'il avait besoin de dormir ou la nuit ou le jour et que, par conséquent, l'observatoire ne pouvait être gardé sans d'autres moyens.

L'Observatoire fut donc pour ainsi dire oublié, et ce qui restait fut mis dans des magasins.

Plus tard, le petit fort même qui avait été bâti lorsque Bonaparte était en Egypte et avait servi de local à l'observatoire, fut démoli pour y établir l'usine à gaz.

Lorsqu'on 1868 on voulut encore faire régulièrement dresser la cane de l'Egypte, il fut commandé à Paris une règle géodésique pour mesurer les bases, avec tout ce qui en dépendait; après bien des retards, elle fut enfin terminée, et pour la comparer on chargea Ismall-Bey Moustapha, égyptien et astro-

nome distingué, qui avait été astronome-adjoint à l'Observatoire de Paris, d'aller en Espagne où cette comparaison eut lieu.

Alors Ismaïl-Bey revint en Egypte pour faire usage de cette règle magnifique; mais elle ne fut pas même déballée; on ne pensait plus à s'en servir pour faire la carte, il n'y eut plus d'observations géodésiques et l'on se contenta, peut-être avec raison, des cartes que l'on dressait plus simplement et qui remplissaient, d^ailleujrs, le but que Ton se proposait d'atteindre.

Ismall-Bey Moustapha fut employé à différents services, et pourtant il y eut encore quelques velléités d'établir un Observatoire astronomique ; car on possédait assez d*instruments pour le monter sinon complètement, au moins d'une manière satisfaisante.

Il s'agissait de trouver un lieu convenable.

Lorsque M. Boudsot vint en Egypte pour construire et monter un Observatoire, l'on chercha avec attention et discernement un lieu propice pour y construire cet établissement.

La position sur une hauteur semblait tout d'abord convenable, mais seulement cela se trouvait assez éloigné de la ville.

On aurait pu placer cet Observatoire vers Boulak, dans la plaine; mais là les terrains sont toujours mobiles, peu de constructions y existent sans être bientôt lézardées. Il y a toujours un petit mouvement dans le terrain, occasionné par les infiltrations des eaux du Nil au travers des couches sablonneuses qui composent le sous-sol et sur lesquelles sont posées les constructions.

Le lieu qui semblait le plus propice était l'Abascièb, lieu dans le désert, entièrement découvert et où le terrain est plus solide; mais une chose était à éviter, c'était la proximité des exercices à feu du canon, ce qui se répète souvent, puisque c'était et c'est encore là que se trouvent les Écoles d'artillerie, celle de tir et le champ militaire.

Cependant ce fut cet endroit que l'on choisit, pour profiter d'une construction très-médiocre qui, du temps d'Abas-Pacha, avait été faite pour un télégraphe et un pigeonnien

C'est là qu'Ismafl-Bey dut chercher à établir son Observatoire; des instruments y furent transportés et y sont encore sans qu'on les utilise, car Ismaîl-Bey a dft s'occuper de choses plus immédiatement utiles pour le pays qu'un Observatoire astronomique.

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