CANAL DE GEBEL CILCILLY
Après avoir organisé tout le service des ingénieurs de la Haute-Egypte, après avoir fait un projet d'ensemble de tous les travaux : canaux, digues, déversoirs, ponts, syphons, aqueducs, etc., nécessaires pour compléter le système d'irrigation de la Haute-Egypte, M. Linant avait plusieurs fois entretenu le Vice-Roi Méhémet-Ali du projet d'un grand canal, qui aurait eu sa prise d'eau au Gebel Cilcilly et qui aurait servi pendant l'étiage à l'arrosage d'une partie des terres qui s'étendent depuis le Gebel Cilcilly jusqu'au Fayoum, et à compléter l'inondation de tous les terrains de la Haute-Egypte pendant les années d'une crue insuffisante.
Ce projet avait été goûté par Méhémet-Ali; en 1833, il s en souvint et donna l'ordre à M. Linant, qui était dans la Haute- Egypte, d'étudier de nouveau ce projet et de faire le tracé du t^anaL
(i) Voir la planche L
M. linant se rendit effectivement au Gebei Cikilly et de là descendit vers le nord en faisant le tracé du canal, qui d'ailleurs se trouve avec quelques détails sur ses cartes de TÉgypte publiées en France en 1846, par ordre du roi Louis>Phiiippe ; publication qui fut continuée plus tard, toujours au Mimalère de la Guerre, par ordre de l'empereur Napoléon IIL
Le but de ce canal était donc de compléter les inondations des différents bassins d'irrigation de la Haute-Egypte, puis pendant l'étiage de donner de l'eau sans employer des machines éléyatoires.
Voici les principales dispositions du projet-mémmre qui fut dressé par M. Linant
Au Gebel Gilcilly, les crues eflfoctives maximum sont de 9 mètres.
A cette hauteur d'eau, la vitesse observée au moyen de flotteurs, et calculée aussi sur des vitesses prises dans d'antres circonstances et déterminées d'après l'augmentation de hauteor de Feau, a donné lAS"*, 7S en une minute; vitesse due au rétrécissement du Nil par les roches de ses deux rives, qui ne laissent entre elles qu'un passage de S9A"*,50.
En amont du Gebel GilciUy le Nil est plus large, et de chaque côté il n'y a pas de terres cultivées, jusqu'à l'Ile de Mansouriéh, vis-à-vis de Gom Ombou, et à l'ouest de cette tle on ne voit que les terrains des villages de Mansouriéh et de Bimban. ainsi que quelques lies, ce qui est fort peu de chose.
On choiât ce point du Gebel Gilcilly pour y établir la prise d'eau du canal, parce que :
l"" Le lit du fleuve est formé par des rochers ;
S"" Qu'il est encaissé entre des berges formées par la roche et que sa largeur est très-étroite comparée à d'autres lieux;
S"" Que dans ce lieu on est certain de n'avoir jamsûs aucun changement dans le cours et le régime du fleuve ;
A"* Parce que les matériaux sont à pied d'œuvre ;
S*" Enfin parce que le remou occasionné par le barrage ou batardeau ne nuira qu'à fort peu de terrains, puisqu'il n'y en a pour ainsi dire pas en amont.
Cest donc au Gebel Gilcilly qu'il faudrait établir un travail
ayant pour, but d^^ever les eaux, surtout pendant l'étiage, de manière à les faire entrer dans un canal latéral sur la rive gauche du fleure.
Le travail à faire consiste dans un batardeau submergé en pierres en enrochement; les deux rives se composant de roches de, grès où Ton voit d'immenses carrières qui ont servi anciennement aux constructions de tous les monuments de Thèbes et autres, elles offrent d'inépuisables ressources en matériaux très-faciles à exploiter, et à pied d'œuvre pour les travaux nécessaires au batardeau.
D'après des calculs et des expériences, faites en petit, il est vrsd, mais pourtant donnant des documents précieux, on a pu calculer le cube de pierres nécessaire à ce batardeau.
Les faits de l'expérience en petit n'ont pas manqué, par exemple :
La fermeture des canaux de la largeur de A8 mètres à la surface avec 9 mètres d'eau au moment de l'opération, nécessitée par la rupture d'une berge ou l'écroulement d'un barrage.
La fermeture de plusieurs arches d'un barrage de prise d'eau de grands canaux dont les fermetures avaient été brisées.
Ces fermetures se firent simplement en jetant des pierres d*une petite dimension ; le passage une fois intercepté, il y eut une différence de niveau entre l'amont et l'aval de ces batardeaux de 6 à 7 mètres.
La prise d'eau d'un canal à Gebel Gilcilly doit être faite dans la pierre, qui est d'un grès facile à tailler; et cet ouvrage n'est pas énorme, puisque d'ailleurs les pierres enlevées serviraient à la confection du batardeau.
A la prise d'eau de ce canal sera établi un barrage avec fermeture, pour régulariser, pendant les hautes eaux surtout, les recettes d'eau dans le canaL
Ce barrage, qui aura naturellement pour radier le rocher même, aura ses culées formées du rocher, et elles seront ménagées en creusant le canal.
Sur la rive droite du fleuve sera un petit canal latéral avec écluses pour le passage des barques ; il sera aussi ménagé dans la roche de grès facile à tailler» comme on le voit aux carrières
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mêmes et dans tous les monuments faits de cette pierre.
Le batardeau sera construit à la hauteur calculée» pour occasionner un exhaussement des eaux au dessus de Tétiage deG^.ôO; et la prise d*eau du canal sera creusée à 3 mètres en contre-bas de cette hauteur d'eau obtenue par le remou du batardeau.
Pendant les hautes eaux, rexhaussement occasionné par le batardeau sera moms sensible que celui des basses eaux, mais poiu-tant recouvrira les terres cultivées aujourd'hui des îles Mansouriéb, Beloul et Darrawé; mais aussi on en aura de nouvelles et le Nil sera encore bien loin d*ètre à la hauteur à laquelle il atteignait autrefois à cet endroit, ce dont on peut vcûr la preuve au Gebel Amangar et au Gebel Fetir, comme je le dis en parlant des anciens épis et des barrages naturels au commencement de ce travail.
Ce peu de terrain, disparaissant en partie sous les eaux, s'exhaussera d'ailleurs naturellement; il pourra toujours être cultivé après les inondations, il n'y aura que les dattiers et quelques habitations bien chétivesqui seront perdues, comme à Paresse.
Le canal en partant de Gebel Gilcilly sera creusé en partie dans le rocher, et, du côté du fleuve, la berge du canal sera faite en partie par des pierres des déblais du canal pour la partie qui ne sera pas plus basse que le sol, ou en remblais.
La partie où Ton trouvera pierres et terres est d'environ 10 kilomètres ; en traçant ensuite le canal toujours sur la liâère du désert et près des terres cultivées, on rencontrera peu de points où il y aura de la pierre et où l'on sera obligé de faire des travaux d'art, comme murs de soutènement, quand le canal sera fait en remblais, ce que je vais indiquer bientôt
Lorsque l'on atteindra le point où, par la pente obtenue à cause de l'élévation des eaux au moyen du batardeau, toutes les eaux du canal pourront être maintenues au-dessus du niveau des terres cultivées et inondées pendant les crues, il sera facile sur la pente des terrains du désert, qui va toujours en montant lorsqu'il s'éloigne des limites des terres cultivées, d'établir le canal avec son plafond à la hauteur nécessaire.
Sur une longueur de 50 kilomètres après avoir passé lespar-
ties rocheuses, en aval du Gebel GildUy jusqu'à El-Kçl, le ter- 1
rain est bon. I
A El^Kel on rencontre une partie de rochers friables sur une petite longueur de S kilomètres. Puis ensuite jusqu'à Gebelrïn, -
longueur de 52 kilomètres, le terrain est convenable avec fort i
peu de parties dures. j
A Gebeleîn, quoique Ton rencontre en partie la pierre, le j
passage est facile, puisque d'ailleurs déjà nous avons creusé un 1
canal sur la même ligne ; ce passage est de k kilomètres.
De Gebeleîn à Gornah , distance de 36 kilomètres, rien ne vient entraver la facilité du creusement; à Gornah même, sur une distance de 7 kilomètres, on rencontre la pierre, mais elle est peu compacte ; et d'ailleurs nous avons déjà creusé un petit canal dans cette partie, ce qui prouve qu'il n'y a aucune difficulté à l'élargir.
Ensuite, jusqu'à A6 kilomètres, ce qui porte au nord du temple de Dendera, le terrain est convenable ; puis commence le sol du désert formé de cailloux, d'argile, de sable et de quelques roches très-friables; cette partie a de longueur 12 kilomètres jusqu'à la hauteur de la prise d'eau du canal de Rennané où l'on revient près des terres cultivées.
Cette partie, quoique plus difficile à travailler que celles qui se trouvent dans les terres d'alluvions ou sur les bords du désert, n'est pourtant pas beaucoup plus fatigante pour l'ouvrier.
De ce point, pendant une longueur de 192 kilomètres, et sur la lisière du désert près des terres cultivées, le teiTain est fort propice; seulement dans quelques endroits, comme à la montagne de Sohag, il faut des travaux pour retenir le peu d'eau que les torrents amènent quelquefois des montagnes du désert, ce qui d'ailleurs est rare et peu de chose. Une berge en maçonnerie est indispensable à la montagne de Sohag du côté des terres, pour maintenir les eaux du canal entre le pied de la montagne, qui est à pic sur le terrain, et les terres basses cultivées.
Cette dernière distance de 192 kilomètres conduit le tracé du cimal à la montagne de Siout, où il faut aussi, du côté des terres cultivées, un mur de soutènement, pour retenir les eaux qui
tomberaient dans les terres basses; la montagne est à pic et la longueur de ce travail est d'environ S kilomètres. .
De Siout sur une longueur de 218 kilomètres qui conduit à lUaoun, il n'y a aucune entrave que quelques dunes de sable; mais on peut faire déverser ce canal dans le Bahr Joussef à Geldè ; et maintenir les eaux d'étiage, qui y seront apportées au-dessus des terres, par des barrages servant à exhausser les eaux pour l'arrosage des terres; dans ce cas alors on n'aurait plus à confectionner le canal que sur une longueur de 75 kilomètres de Siout à Geldè, au lieu de 218 kilomètres jusqu'à Illaoun.
Le tracé du canal a été ainsi conçu par les raisons suivantes:
1* Il se trouve entièrement indépendant de tous les autres canaux d'inondation, qui viennent du Mil arroser et remplir directement les différents bassins en y apportant le limon bienfaisant du fleuve.
2* Parce que si l'on traçait le canal dans les terres cultivées, ce ne pourrait être que dans la partie la plus élevée et par conséquent la plus rapprochée du fleuve, puisque les eaux de ce canal doivent être plus hantes que les terrains bas des bassins dont il doit compléter les inondations. Alors ce nouveau canal couperait tous les autres canaux existants, ce qui occasionnerait un changement nuisible dans le système des inondations; car alors le nouveau canal devrait remplacer tous les autres, non seulement pour les quantités d'eau à fournir, mais encore sous le rapport du limon si nécessaire à la fertilité; et si l'ou voulait laisser les anciens canaux fonctionner, les travaux d'art à chaque canal coupant le nouveau seraient très-considérables.
S*" Parce que dans beaucoup d'endroits le fleuve change son lit en détruisant ses propres berges jusqu'à 60 et 100 mètres à l'intérieur, comme cela se voit dans beaucoup d'endroits, et alors ce canal pourrait être coupé, ce qui forcerait à changer son cours et à l'éloigner davantage du fleuve, ce qui peut arriver souvent, car quand le Nil se porte sur un point en y formant un remou, il y fait des affouillements qui ont jusqu'à 28 mètres à l'étiage, comme à Girgé, à Hanfalout, à Bénéssouef. Quels iounenses travaux faudrait-il faire alors pour empêcher ces dégâts?
A* En faisant le canal dans les terres cultivées au lien de l'établir le long da désert, on perdrait une surface de 50,000 fed dans environ de bonnes terres, ce qui est à considérer.
Ce tracé du canal avait été examiné par la Commission internationale venue en Egypte en 1856 pour le canal de Suez, ainsi que l'emplacement pour la prise d'eau au Gebel Gilcilly, et elle y donna son approbation autant quil lui était possible, en ces termes:
« La construction de ce canal ne présentera pas de diflScuItés 0 graves ; le Gebel Cilcilly offre pour la prise d'eau toutes les « conditions désirables : niveau sufSsant, fond de roc, resserre- « mentdu lit du fleuve, matériaux à pied d' œuvre. Le développe- « ment du tracé sur les flancs de la montagne permet de maintt tenir partout le plafond du canal au niveau des terrains les 0 plus élevés de la plaine ; les dispositions générales du projet <i sont en quelque sorte commandées par la configuration du a sol, etc. »
La Commission évalue les dépenses à iO millions. Le canal par ce tracé, pendant les crues, peut au moyen de déversoirs dans sa berge du côté des terres donner une assez grande quantité d'eau pour répandre sur tous les terrains une , couche de 1 mètre, et il y en a beaucoup où cette hauteur iBii plus de celle apportée directement du fleuve même dans les mauvaises inondations est tout à fait inutile.
Les terrains, à l'époque où fut dressé ce projet, étaient de 1.A30.000 feddans pour toute la Haute-Egypte, jusqu'à et y compris la province de Bénéssouef , dont il faut déduire les terrains qui se trouvent à l'est du fleuve, qui ne peuvent profiter des eaux de ce canal et qui sont pour les provinces d'Esnë, Kenè, Girgè, Siout et Uiniet de 250.000 feddans ; il restait donc i .175.003 à inonder, et en donnant une couche d'eau de 1 mètre, cela faisait un cubage de A. 935. 390. 600 mètres cubes.
Le canal pendant les hautes eaux avec l'exhaussement donné encore par l'établissement du batardeau aurait une section de 570 avec une profondeur de 9">,50, à parois verticales à la prise d'eau pour environ 10 kilomètres, avec une vitesse de li3,76 à la minute; ce qui donnerait par vingt-quatre heures, en dé-
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luisant l'évi^ratioD à 87 par année sur la surface des eaux iu canal dans tonte sa longueur, la dixième partie environ des eaux du fleuve en ce même moment au Gebel GilciUy.
Or, comme on peut compter sur au moins cinquante jours de maximum de crue, surtout de la crue artificielle occasionnée aa Gebel GilciUy par le barrage, en ne comptant seulement que quarante jours, on aurait par le canal une recette assez grande pour donner 1 mètre d'eau sur tous les terrains déjà en grande partie inondés par les autres canaux venant directement du fleuve, puisque Ton aurait : 117.901. AQ2 x AO, c'est-à-dire A.716.069.680 mètres cubes d'eau.
Pendant les basses eaux, celles du canal n'ont plus toujours au moyen du batardeau qu'une profondeur de 3 mètres, une section de 180 et une vitesse moyenne de 70 par minute; ce qui donne une recette en vingt-quatre heures de 18.1i&*000; en déduisant la perte par évaporation calculée comme précédemment, il y aura donc pour l'aiTOsage des terrains cultivables en produits d'été, comme cannes à sucre, cotons, riz et autres : 18.0i7.206 mètres cubes.
Dans la Basse-Egypte, il suffirait de donner 16 à 20 mètres cubes d'eau par feddan pour les cultures qui demandent le plus d'eau; mais dans la Haute-Egypte, à cause de la chaleur et de la sécheresse du sol, qui sont plus considérables parce qu'il se trouve plus élevé au-dessus des infiltrations du fleuve que celui de la Basse-Égypite, nous en donnerons 30, et l'on pourra cultiver séfi 601.673 feddans ; ce qui est un avantage énorme puisque l'on obtiendra cette eau en faisant simplement des sûgnées aux berges, tandis qu'aujourd'hui il faut l'élever i S et 9 mètres pour arroser pendant l'édage les terrains à l'abri des inondations.
Ce canal, qm aura des déversoirs établis sur tout son parcours pour distribuer l'eau pendant les crues, et ces déversoirs étant placés à côté des barrages établis sûr le canal où il y en aura besoin, à cause de cette disposition et de la vitesse des eaux, ce canal ne sera pas susceptible d'être obstrué ni par les sables ni par les dépôts de limon. Ce qui serait tout à ùi% le contraire, si l'on voulait, dans la Haute-Egypte, creuser des canaux séfi dans les terrains d'alluvion.
Ces canaux devraient être creusés à leur prise d'eau d'au moins 9"'»50 ; ils doivent être barrés de distance en distance pour élever les eaux en amont de ces barrages et pouvoir arroser les terres, ou empêcher une trop grande quantité d'eau d'y couler, ce qui pourrait compromettre les berges et surinonder les terres s'il se produisait des ruptures. Par conséquent la pente des eaux dans ces canaux, qui pendant l'étiage surtout est minime, permet aux sables et au limon de s'y déposer, et tous les ans il faut toujours les curer en partie à leur prise d'eau, au moins sur une longueur de 20 à 30 kilomètres et sur une épaisseur de 1 à 3 mètres ; ce qui est un travail difficile et coûteux.
Voici un aperçu des dépenses à Fépoque où fut fait le projet, à peu près tel qu'il se trouve dans le procès-verbal de la Commission internationale.
Le batardeau 308.054"' à 8 fr. le mètre cube 2.464.433 fr.
Écluses et sas pour le passage. . ( Les pierres sont prises 600.000
Écluses de prise d'eau ( pour le batardeau. . 500.000
Excavation rocher, terre et mur de soutènement,