‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 41 sur 61 · BASSINS, RÉSERVOIRS DANS LA HAUTE -EGYPTE · texte numérisé non relu

BASSINS, RÉSERVOIRS DANS LA HAUTE -EGYPTE

Gomme ses prédécesseurs, Méhémet-Ali chercha des moyens d'irrigation nouveaux pour l'Egypte ; lui qui, pour ainsi dire, fut le créateur des canaux séfi, et par conséquent des cultures faites à l'aide d'irrigation, comme celles des cotons, du riz, etc. dont nous avons parlé, fut impressionné de ce qu'on lui raconta de l'ancien lac Mœris ; il demanda à ses ingénieurs de lui faire des bassins dans la Haute-Egypte qui pussent être remplis pendant les crues, et contenir une assez grande quantité Jean pour qu'ensuite pendant les basses eaux elle pût servir à arroser les terrains en la laissant simplement écouler.

On répondit à Méhémet-Ali que pour établir des réservoirs de ce genre, il fallait d'abord trouver un lieu et un terrain pro-

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pice^comme od avait anciennement cnoisi avec tant de discernement celui du lac Mœris, ce qui était difficile.

Creuser un réservoir de manière à ce que les eaux pussent s'écouler par un canal dans des terrains inférieurs plus éloignés, c'était chose praticable, avec la pente que les terrains ont du sud au nord; mais on devait craindre que les eaux de ce réservoir ne vinssent à filtrer dans les terres perméables du sol au fur et à mesure que le Nil baisserait, et alors, malgré l'étendue du bassin, on n'aurait pu obtenir que peu d'eau,à moins de rendre imperméable Fextérieur de ce réservoir.

Si au contraire le réservoir était formé par des digues au-dessus du sol, on pouvait arroser immédiatement les terrains environnants ; mais alors les infiltrations seraient plus grandes, et il faudrait pour les empêcher exécuter de grands travaux qui deviendraient considérables si on les faisait sur une échelle convenable.

Un feddan ensemencé pendant l'été en cultures riches a besoin, en vingt-quatre heures, pour son arrosage, de 16 à2i mètres cubes d'eau (1) , ce qui est prouvé par bien des expériences ; ainsi, pour cet arrosage, durant quatre mois de mai à fin juillet, ou cent vingt jours, il faudrait par feddan 120x20 terme moyen, ou 2.&00 mètres cubes ; en donnant au réservoir une couche d'eau de 3 mètres, ce serait pour l'eau nécessaire à un feddan 800 mètres de surface.

Il faut ajouter à cela les quantités d'eaù pour l'évaporation, ce qui pour le temps où le réservoir ne re^vrait pas d'eau d'alimentation, au moins six mois, ferait une hauteur d'eau de l'*,080 pour une eau stagnante, ou 0'",009 par jour selon les expériences suivies de trois années.

Pour les infiltrations qui auron toujours lieu, puisqu'on ne peut penser à faire un réservoir semblable en maçonnerie, nous compterons encore la moitié ou 0*",50i.

n faudra donc par feddan à arroser une surface de 800 mètres, à une hauteur de 4*^,62.

(1) Pour les sucres, dans la Haute-Egypte, il faut compter jusqu'à 30 mètres cubes au moins.

Ainsi en voulant arroser aéfi seulement 10.000 feddans, il faudrait un réservoir de 8.000.000 de mètres de surface ou de 1005 feddaos, ou un réservoir de 2828-,50 de cdté.

Ces résultats firent que l'idée de construction des réservoirs fut abandonnée.

Pourtant il y a en Egypte plusieurs exemples encore existants de semblables réservoirs; traditions vivantes et anciennes du lac Mœris.

Dans le Fayoum, par exemple, ce que Ton nomme Tacsim^ el-Mia à Médinet est un bassin de distribution d'eau apportée par le Bahr Joussef pour tous les canaux qui arrosent la province ; les Khasnés ou réservoirs de Tamiéb, Mahsara, MetartarèSt Garac et tant d'autres ne sont que des petits lacs Mœris ou réservoirs comme en aurait désiré en grand le Vice-Roi Méhémet-Ali; et dans la Basse-Egypte le Malagat Diesci, qui fournissait pendant Tétiage de l'eau au Mahmoudiéh, est bien un réservoir de ce genre, mais la localité y prêtait, comme aussi pour les Khasnés du Fayoum.

DÉMOLITION DBS PYRAMIDES POUR FOURNIR DBS PIBRRBS A LA CONSTRUCTION DBS BARRAGES.

En Egypte on veut que les choses une fois décidées se fassent comme par enchantement ; quand on désire, il faut que cela soit exécuté coûte que coûte; tous les moyens sont bons pourvu que l'on fasse vite ; que le travail désiré soit bien confectionné et durable, ce n'est pas là le but, il faut avant tQOt que Ton puisse jouir vite, et tout doit être sacrifié à cela.

Quand Méhémet-Ali eut une fois décidé la construction des barrages à la pointe du Delta, il s'agissait, même avant que le projet fût bien étudié, l'emplacement de ces barrages bien décidé, de préparer les matériaux et surtout les pierres de taille, quoique l'on eût encore beaucoup à faire avant d'arriver au moment de se servir de ces pierres.

Méhémet-Ali, préoccupé de ces barrages, et les déshant avec ardeur comme tout ce qu'il désirait, soit de son propre mouve-

ment, soit à l'Instigation de quelqu'un, dit à M. Linant qu'il fallait démolir les Pyramides de Gizëfa pour en prendre les pierres, qui serviraient à la construction des barrages.

M. Linant réfléchit à cette déplorable proposition; connaissant le pays et les hommes qui étaient aux affaires, il pensa que s'il faisait une seule observation ou s'il se refusait à un acte de vandalisme semblable, il y aurait immédiatement quelqu'un qui se présenterait pour mettre à exécution l'idée malheureuse de Méhémet-Ali, et qu'il était possible même que l'on fit remplir de poudre une Pyramide et que pour aller plus vite en besogne on cherchât à la faire sauter. Au lieu donc de fsûre la moindre objection, M. Linant demanda qu'on lui permit d'aller sur les lieux pour faire son projet de démolition.

Due commission composée des ministres des Affaires étrangères, des Travaux publics et de l'Instruction publique alla avec lui aux Pyramides.

M. Linant dressa consciencieusement le projet de démolition des Pyramides, bien persuadé qu'il était que lorsque l'on en viendrait à la comparaison des dépenses que cette exploitation occasionnerait, avec celle des carrières, ce serait tout à l'avanti^e de ces dernières.

Dans le rapport qui fut fait, il fit remarquer que dans les trois Pyramides il y avait plusieurs qualités de pierres, selon les carrières de Torah où elles avaient été exploitées, que dans la plus grande étaient les meilleures, tandis que dans les deux autres les pierres étaient mélangées, surtout dans la petite ; celle-ci, dans le cas même où toutes les pierres eussent été de bonne qualité, n'aurait pas suffi à la construction du barrage, puisque cette Pyramide ne cubait que 195.000 mètres cubes et que pour les barrages il en fallait 450.899.

Si l'on empruntait seulement à cette Pyramide les pierres de grandes dimensions, en demandant les autres aux carrières, les travaux qu'il fallait exécuter pour l'exploitation de ces piecres de grandes dimensions nécessitaient des dépenses trop grandes et le prix de revient du mètre cube de pierre devenait beaucoup trop élevé.

Ce fut donc à la grande Pyramide que l'on appliqua le projet

d'extraction de matériaux ; les pierres, il est vrai, étaient de plus grandes dimensions que celles qui étaient nécessaires pour ]e projet des barrages, mais cela pouvait être facilement changé; d'ailleurs toutes les pierres en général devaient être retouchées.

La grande Pyramide ayant un cube de 2.620.000 mètres, en supposant un tiers des pierres de mauvaise qualité, on en avait encore quatre fois plus qu'il n'en fallait.

Il fallait faire une rampe en sable avec murs de soutènement en pierres sèches, depuis le pied de la pyramide jusqu'à la plaine, sur une longueur de 1 .000 mètres au moins.

De ce point un canal de navigation était creusé jusqu'au Ml vis-à-vis des barrages à Rahawé ; ce canal avait une longueur de 30 kilomètres. L'alimentation de ce canal était faite par un canal de moindres dimensions ayant sa prise d*eau à Gerzë, afin qu'étant creusé plus bas que l'étiage, il pût alimenter toute l'année celui qui conduisait des pyramides aux barrages ; ce dernier canal avait 60 kilomètres de longueur, mais en outre qu'il devait servir pour l'exploitation des pierres des pyramides, il devait aussi, avec le précédent, servir à l'irrigation des terres de la province de Gizèh, puisque l'on aurait de l'eau toute l'année, et depuis les Pyramides jusqu'aux barrages on pouvait arroser, sans être obligé d'élever les eaux, seulement par de simples saignées aux berges.

K Rahawé devait être un barrage avec une écluse pour retenir les eaux dans le canal, et permettre aux barques chargées de pierres de passer du bief du canal dans le Nil.

Les travaux préparatoires de terrassements étaient :

Pour le canal de navigation 6.240.000 met cub.

Pour celui d*alimentation 2.912.000

Pour la rampe 2.916.666

Dépenses de ces travaux :

Piastres égTptifimac.

Canal de navigation 3.432.000\

Canal alimentaire 1.601.600 [6.637.767

Rampe 1.604.167/

Le sas écluse 1.200.000 j ^-^ ^jq-

Pont barrage k la prise deau 4S0.000I

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Pour la démolition dQ la Pyramide, on étageait des grues de distance en distance, descendant chacune les pierres d'tme hauteur égale.

On divisait le travail en trois époques, c'est-à-dire que Ton enlevait d'abord le sommet dans une campagne, jusqu'à concurrence de 32 mètres de hauteur à partir de ce sommet; on enlevait dans cette première période, par jour, 480 pierres.

Ces pierres, ainsi descendues d'un étage à l'autre, arrivaient à la rampe et, mises sur des bigues de bois glissant sur d'autres, arrivaient au lieu de l'embarquement.

A mesure que l'on descendait, la quantité de pierres exploitées augmentait, et le prix de revient de chacune diminuait.

Enfin, sans entrer dans plus de détails sur ce projet, qui fut étudié minutieusement pourtant, il suffira de dire que pour les frais des travaux préparatoires et ceux des instruments il fallait dépenser à cette époque :

Piastres égyptieimef .

Terrassements 6.637.767

Trafaux d'art. 4.650.000

Travaux, première époque 679.797

— seconde — 2.293.838

— troisième — t. 613.420

— quatrième — 2.626.386

Total 15.404.208

Si Ton ne travaillait que pendant la première période, ce qui aurait donné un nombre de 28.800 pierres de taillé, elles aursdent coûté environ six fois plus que celles prises aux carrières.

Une fois l'installation de la démolition faite, il aurait mieux valu prendre toutes les espèces de pierres de la Pyramide, et alors la valeur moyenne de toutes les quatre époques difiërentes de la démolition, pour le mètre cube de pierre rendu aux barrages, revenait encore à 10 piastres 20 paras le mètre cube, en prenant 1.288.551 mètres cubes.

En exploitant les cairiëres, avec une bonne organisation, aux prix où des entrepreneurs donnaient la pierre, on pouvait avoir à cette époque la pierre à 8 piastres 35 paras le mètre cube.

Aussi, quand on présenta à Méhémet-Âli le résumé du projet

de démolition de la Pyramide, on ne lui parla pas de l'exploitation des carrières; mais naturellement il demanda ce que la pierre coûtait aut environs, et quand on le loi fit savoir, il dit lui-même : mais alors il vaut donc mieux la prendre aux carrières qu'aux Pyramides, d'autant plus que je ne s^ai pas obligé de faire venir là une quantité d'hommes qui peuvent être occupés ûlleurs; et cette malheureuse affaire se termina fort heureusement ainsi.

M. Mimant à cette époque était consul-général de France en Egypte, et se trouvait à Alexandrie ; la poste était fort mal servie ; chacun, pour son propre compte, envoyait des courriers exprès à pied ; on mettait huit, dix et douze jours pour avoir une réponse d'Alexandrie à une lettre écrite du Caire, et encore davantage pendant les crues. M. Mimant entendit donc dire que le vice-roi avait décidé la démolition de la grande Pyramide, dans le but d'avoir des pierres pour faire les barrages, et que M. Linant était chargé de ce travail : M. Mimant était écrivain, un peu poète, il écrivit à ce sujet une fort jolie lettre dans les journaux contre le vandalisme de celui qui ordonnait et de celui qui exécutait de telles démolitions; heureusement que les faits vinrent détruire l'opinion que la lettre avait pu faire naître.

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