‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 42 sur 61 · FABRIQUES DE FILATURE DE COTON A ÉTABLIR DANS LES CATARACTES · texte numérisé non relu

FABRIQUES DE FILATURE DE COTON A ÉTABLIR DANS LES CATARACTES

Lorsque les filatures de coton commençaient à être en décadence et que l'on se fut aperçu que ces filatures n'avaient pour force motrice que des manèges à chevaux et à bœufs ; quand on vit que les métiers se détérioraient par le cUmat, la poussière, le manque de surveillance surtout ; que toutes les fabriques n'occasionnaient que des dépenses et que l'égyptien, fort peu industriel, ne prenait pas goût à ces innovations, faites peut être un peu trop arbitrairement, Méhémet-Ali pensa, je crois, ou peut-être bien cela lui fut-il insinué, à faire établir des fabriques de filature de coton aux cataractes d'Assouan même,

où elles auraient pour moteur la chute des eaux et se trouveraient en présence d'une atmosphère moins chargée de poussière.

C'est en 1843 qu'il manifesta cette intention, et ce qui se passa alors est trop curieux pour ne pas être consigné ici, puisque cela a rapport aux Travaux publics faits ou seulement projetés sous Méhémet-Ali.

Cette même année, vers le mois de septembre, le gouverneur du Soudan (il faut bien le dire ici, quoique cela ait l'air de n'avoir aucun rapport avec V affaire dont nous voulons parler), était en très-mauvsds termes avec Mébémet-Ali, et il se conduisait de manière à faire craindre de sa part une révolte ouverte.

Un soir le Consul général de France, qui était alors M. le marquis de La Valette, se trouvait chez le Vice-Roi ; celui-ci dit au consul : u Savez-vous ce que je vais faire, je suis très-con- « tent des bons et loyaux services de M. Linant, et pour le a récompenser je veux le rendre le plus riche des fonctionnaires, « il va venir avec moi dans la Haute-Egypte, à Assouan, il a choisira l'endroit convenable dans les cataractes pour y éta- « blir une fdature de coton, je la lui ferai construire et je la lui « donnerai en toute propriété pour lui et sa famille, avec tous ce les terrains d' Assouan pour y planter du coton, i» Ceci est officiel, avec preuves à l'appui.

M. Linant fut donc avec Méhémet-AIi dans la Haute-Egypte, jusqu'à Esné et de là à Assouan, pour étudier l'établissement des fabrique de filature de coton dans les cataractes. Sur toute la route Héhémet-Ali donna des ordres aux gouverneurs des provinces pour que l'on préparât les matériaux : briques, chaux, etc., nécessaires à la construction de ces fabriques et pour prendre des mesures afin de les transporter sur les lieux.

Le rapport que M. Linant fit à Méhémet-Ali, au bout de quelques jours, fut en résumé ceci :

Il est certainement possible d'établir des usines dans les cataractes, mais il faut beaucoup de travaux, de temps et d'argent.

En établissant un coursier de l'amont à l'aval des cataractes, on peut avoir une chute d'eau de 5",85 pendant l'étiage, qui diminuera proportionnellement à l'élévation des eaux du

fleuve pendant les crues, jusqu'au moment de l'inondation où elle sera énormément diminoée»

En supposant que les eaux fussent retenues par un barrage, en bas des cataractest on pourrût alors à ce barrage, avec la recette des eaux et au moyen de la chute obtenue, disposer d'une force de 1 35. &08 chevaux. Avec cette même chute on aurait pendant les hautes eaux une force motrice de 9.879«i02 chevaux, ce qui n'est pas pratique.

Aujourd'hui cette grande chute, qui existe à la condition d'être centralisée, est divisée en tant de petites chutes secondaires oo plutôt de rapides que cette force, quoique existant en théorie, n'est pas disposée de manière à pouvoir être employée.

Sans faire de grands travaux pendant l'étiage, la chute, que l'on peut obtenir au passage que le Vice-Roi a fait creuser, n'est que d'environ un mètre ; c'est dans une tle bien peu propice pour l'établissement d'une manufacture, et d'ailleurs dans l'état actuel au moment des crues la chute diminue et finit par devenir seulement un fort courant. Cette irrégularité des hauteurs d'eau, qui varie de 10 à 11 mètres, de l'étiage au maximum des crues, est une grande difficulté pour établir des roues hydrauliques comme moteurs, les turbines seules pourraient peut-être être employées.

Toutes les espèces de roues pouvant être employées sont connues, et pour toutes les difiérentes hauteurs d'eau dont nous venons de parler, elles sont un sujet d'appréhension de bonne réussite.

Le seul moyen régulier et certain est celui d'établir de ramoot à Taval de la cataracte ou d'une des chutes un petit canal latéral, à la prise d'eau duquel on établirait un barrage quelconque pour élever les eaux et les faire entrer dans le canal latéral ou coursier pendant les basses eaux ; et au moyen de vannes oo n'y laisserait passer que la quantité d'eau nécessaire pendant les crues ; la grande masse de cette eau passerait par dessus le barrage sans inconvénient, et ce serait là le moyen de faire marcher régulièrement des moteurs hydrauliques pour des usines quelconque.

Sans former de barrage et faisant seulement un canal latéral

pour avoir à son extrémité d'aval une chute de 3 mètres avec une pente indispensable dans ce canal creusé à sa prise d'eau en contre-bas des etiages, il faudrait lui donner une longueur de 50 kilomètres^ ce qui est un travail considérable ; de plus, ce canal devrait être creusé dans la roche, qui est en partie du granit, et ensuite il faudrait le maintenir dans des parois en maçonneries aux berges, cela occasionnerait un déblai de plus de 12 mètres de profondeur à la prise d'eau et en total plusieurs centaines de mille mètres cubes dans le rocher et les terres ; puis enfln ce canal ou coursier serait tous les ans en partie comblé à sa prise d'eau par les sables et les graviers apportés par les crues.

Les cataractes, quoique propices à première vue pour l'établissement d'usines hydrauliques, seraient certainement, à part les chutes d'eau, des lieux très-mal choisis, car elles se trouvent à l'extrémité de l'Egypte, loin des centres de population et des terrains productifs ; la matière première, tous les matériaux devraient être apportés de la Basse-Egypte et rapportés ensuite, après avoir été confectionnés, dans la contrée d'où ils seraient venus.

Le lieu ne serait donc pas bien choisi, et des usines seraient beaucoup mieux placées aux barrages qui existent déjà sur les grands canaux de la Basse-Egypte, comme à Zagazig, Mahallet, Rabbeîn, etc., etc., ou bien au Gebel Cilcilly, si le Vice-Roi donnait suite au projet du canal du Gebel Gilcilly.

Gette affaire n'alla pas plus loin ; les fabriques ne se firent pas etl a fortune de M. Lioant en resta là ; car ceci n'était qu'un prétexte pour faire un voyage à Assouan, à cause de la conduite du gouverneur du Soudan, qui, du reste, mourut des fièvres avant le retour au Caire de Méhémet-Ali.

KHALIG ZAFFRANNË.

Quand Méhémet-Ali fit creuser tant de canaux, il voulut en faire nn destiné à remplacer, en grande partie, celui nommé le

Khalig du Caire qui a sa prise d'eau au Vieux-Gwe, près de Taqueduc, et qui traverse la ville; on devait l'élargir et établir une prise d'eau à Boulak, près Gasr-d-Nil. Les eaux de ce canal devaient^ en suivant à peu près l'ancien canal de Trajan et le cours des eaux de celui du Caire, alimenter les irrigadons jusqu'à rOuadée Toumilat et même aller plus loin jusqu'à Salhiéh et au lac Menzaléh ; c'eût été un très-beau canaL Dans plusieurs parties il fut creusé presque assez profondément ; les ponts-barrages sur son parcours et à la prise d'eau furent ausâ établis; mais le canal ne fonctionnait pas, parce qu'il n'avùt pas été terminé, et beaucoup de parties même étûent comblées.

En 1838, Méhémet-Ali voulut que l'on reprit ce travail du creusement du canal Zaflfranne ; il confia ce travail à M. linant, qui était alors Chef de la division des Ponts-et-Gbaussées an Ministère des Travaux publics ; et pour l'exécutiou du travail matériel on accorda toutes les troupes disponibles, ce qui se montait à plus de 20.000 hommes sous la surveillance du ministre de la guerre, Méhémet-Pacha Monasterli.

Avant l'arrivée de la crue ce canal ne put être entièrement creusé aux profondeurs voulues pour avoir de l'eau pendant l'étiage, et alors Méhémet-Ali défendit d'y laisser entrer les eaux du Nil pendant la crue ; il craignût qu'il ne fût en partie comblé et il avait l'intention de ne faire servir ce canal que pendant les étiages et de le fermer pendant les hautes eaux du fleuve. Ceci pouvait se faire sans inconvénient : les provinces de Calioubiéh et de Cherkiéh n'ayant nullement besoin alors, pas plus qu'aujourd'hui, de ce canal pour leur irrigation pendant l'inondation, et d'ailleurs, on fit creuser deux petits canaux latéraux bien moins profondément que le Khalig Zaffranne, pour servir pendant les crues ; c'est encore, à peu de chose près, Tétat dans lequel se trouvent aujourd'hui ces canaux.

Le canal Khalig Zafiranne, depuis sa prise d'eau à Gasr-el-Nil jusqu'à une distance de 20 kilomètres, n'était pas creusé suffisanunent et même il avait été en partie comblé par l'écouleoieDt des eaux d'autres canaux qui se déverssuent dans son lit ; il n'était pas utile pour Tirrigation des provinces et n'étsdt tribataire d'aucun des terrains qu'il traversait dans sa longueur;

c'est pour toutes ces raisons que dans Tavant-projet du Canal de Suez il était désigné pour clevenir le canal d'eau douce, dit aujourd'hui IsmaSiéb, portant les eaux du Nil à Suez; il se trouvait tracé sur la carte faite par H, Linant et reproduite dans Tavant-projet, qui a servi aux discussions et décisions de la Commission internationale*

L'étude de ce Canal d'eau douce ainsi que le tracé furent faits par H. Linant et approuvés par M. Conrad, membre de la Commission internationale et délégué pour inspecter ce travail.

Le Canal d'eau douce dans le projet primitif se confondait toujours avec le Khalig Zafiranne jusqu'à Kafr Hamza, et de là il allait joindre la lisière du désert pour être entièrement en dehors des terres cultivées ; il allait traverser l'ouadée à Abascé poar continuer vers Ismaîliéh, qui n'existait pas; mai^ vers Test, près du lac Timsah à Abou Balah, il se bifurquait avant d'y arriver, pour avoir une dérivation vers Suez.

Le projet du canal d'après ce tracé était divisé en différents biefs.

Pendant les hautes eaux, il était rempli pour pouvoir arro* ser non-seulement les terres delà Compagnie, mais encore d'autres terrains ausâ, placés sur son parcours, si la Compagnie y consentait, et ainsi divisé il offrait une parfaite sécurité.

Dans les basses eaux, comme d'après l'avant-projet et les décisions de la Commission internationale il devait être creusé seulement jusqu'à l'étiage, il était alimenté à la profondeur de 2 mètres d'eau sur son plafond au moyen de machines à vapeur.

Plus tard les ingénieurs de la Compagnie décidèrent que le Canal d'eau douce serait entièrement à cours libre sur toute sa longueur, sans biefs, et seulement avec des écluses à Ismaïliéh pour la communication avec le Canal maritime, et une seconde écluse à Suez pour la communication avec la mer Rouge. Us décidèrent aussi que le canal serait creusé de manière à avoir sa prise d'eau à 2 mètres en contre-bas des plus grands étiages, et à maintenir cette profondeur sur tout le parcours du canal à cours libre; puis, pendant les crues, à n'avoir que 1"*,50 d'eau en plus que les eaux d'étiage, en bâtissant un barrage régula-

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teur où il y aurait une retenue d'eau de 7 mètres environ avec écluse pour le passage des barques.

Avant que Ton eût reçu les eaux dans le canal de l'Onadée, qui venait de Zagazig et les portait à Ismaîliéh et à Suez, autrement que par les canaux qui servaient à Farrosage de la province pendant l'étiage, déjà même les ingénieurs du canal de Suez avaient reconnu que la parUe du Canal d'eau douce qui allait d' Ismaîliéh à Suez ne pouvait être d'un régime convenable sans le partage en biefs comme dans le premier projet, et ils le divisèrent par des écluses. Il faut encore dire ici que les eaux alors n'avaient que la moitié de la pente qu'elles auraient en faisant la prise d'eau à Gasr-el-Nil.

On commença la prise d'eau à Gasr-el-Nil d'après les modifications apportées au projet primitil.

Si Ton avait persisté à faire le canal sur le projet modifié, tous les terrains que la Compagnie devait posséder en principe avant l'arbitrage de l'Empereur n'auraient pu être arrosés pendant les inondations avec assez d'eau, et le Gouveniement égyptien reprenant le Canal d'eau douce ne pouvait plus faire jouir tous les terrains riverains du canal, depuis la porte du Gaure jusqu'à rOuadée, de tous les avantages de pouvoir être arrosa par inondation pendant les crues.

Enfin, aujourd'hui on a abandonné l'idée malheureuse d'un canal à cours libre, pour revenir entièrement au tracé primitif de M. Unant, au projet des différents biefs qu'il a indiqué ; mais seulement avec la modification de creuser le canal à 2 mètres plus bas que l'étiage au lieu de l'alimenter comme le Mahmoudiéh au moyen de machines, en ne le creusant que jusqu'à l'étiage, et pour faciliter son curage. Nous souhaitons que ce ne soit pas seulement une étude, et que l'on ne décide pas plus tard de revenir complètement au premier projet approuvé par la Commission internationale.

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