‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 43 sur 61 · HISTOIRE DES BARRAGES DU NIL, A LA TÊTE DD DELTA · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES BARRAGES DU NIL, A LA TÊTE DD DELTA

D'après la conformation du sol de la Basse-Egypte , on a toujours dû penser pour faciliter les irrigations à construire des canaux ayant leur prise d'eau dans la Branche de Damiette pour arroser le Delta, par la raison, que j'ai déjà fait connaître, de la tendance des eaux à couler de cette Branche vers celle de Rosette. On a dû également songera établir sur ces canaux servant à l'irrigation des terres, des barrages en maçonnerie, ce qui a été exécuté en partie ; et dans les lieux où il ne s'en trouve pas encore aujourd'hui on fait ces barrages en terre et fascinages sur le cours de ces canaux, afin de retenir les eaux et de les élever au niveau des terres qu'il s'agit d'irriguer soit à droite, soit à gauche de ces murs-barrages.

Méhémet-Ali avait remarqué que, bien que le Pharaoniéh fût fermé depuis un bon nombre d'années, les eaux diminuaient encore dans la Branche de Damiette et que celles de la Branche de Rosette au contraire augmentaient ; la communication par le Pharaoniéh, il est vrai, ne détournait plus d'eau, mais il y en avait une autre qui l'avait remplacée plus haut : c'était le passage commençant au-dessous de Chalagan, passant devant Derawé et se dirigeant vers la Branche de Rosette. La tète du Delta était alors à la pointe sud de l'île de Ghalagan, où sontaujourd'hui la forteresse Galaat-Saïdiéh et les Barrages^

Méhémet-Ali eut doncTidée de faire dans le Nil un grand batardeau, épi ou chaussée en pierres en enrochement pour rejeter les eaux dans la Branche de Damiette au détriment de celle de Rosette.

Avant lui un autre grand homme avait indiqué la nécessité d'un semblable travail, qui d'ailleurs devait venir à l'idée de tout ingénieur connaissant la Basse-Egypte, le régime du fleuve, le terrain et les besoins des arrosages.

Napoléon P' étant en Egypte aurait dit : Un jour viendra où Von entreprendra un travail d'établiisement de digues barram les Branches de Damielle et de Rosette au Ventre de la Vache, ce gtit, moyennant des batardeaux^ permettra de laisser passer sue-^

eetiivemmt tùuies /es eaux du Nil dans une branche ou daw t autre et de doubler aimi Vinandation.

Je suis loin, en citant ces paroles* de vouloir enleyer à Héhémet-Ali la grande idée, confuse il est vrai chez lui, de la conception des Barrages; car certainement Méhémet-Ali ne savait pas ce que Napoléon I" avait dit de ce travadl, et c*est seulement pour faire voir que souvent cette idée a dû venir à Fesprii des personnes qui en sentaient l'avantage sans la compr^die clairement.

Quoi qu'il en soit, à la fin de 18S3, Méhémet-Ali, ayant été conseillé ou bien l'idée lui étant venue spontanément, ordonna de fermer la Branche deBosette à Gorateîn, et déjà l'on avait commencé à porter les pierres, lorsque M. Linant, qui étadt alors Ingénieur en chef de la Haute-Egypte, fut appelé au Caire ; il était occupé aux études d*un canal qui, ayant sa prise d'eau aa Gebel Gilcilly, devait, en coulant le long du désert libyque et au moyen d'un batardeau sur le Nil au Gébel-Cilcilly, fournir des eaux pour compléter les inondations pendant les crues dass toutes les provinces jusqu'au Fayoum et même plus au nord, et qui, de plus, devait fournir dans toute cette étendue l'eau nécessaire aux irrigations des riches cultures d'été pendant l'étiage.

Méhémet-Ali, en voyant M. Linant, lui dit ces paroles : « Li- « nant, savez-vous ce que je vais faire 7 je veux barrer le Nil à « la Branche de Bosette pour rejeter les eaux dans celle de Da- « miette, afin de pouvoir en donner davantage cet été dans les (c canaux Séfi qui, comme vous le savez, ont tous leur prise tt d'eau dans cette branche, qu'en pensez-vous ?

M. Linant dit à Son Altesse : En barrant complètement la Branche de Bosette, on peut faire une chose dangereuse à cause des perturbations que cela pourrait occasionner dans le régime du fleuve, et quand cela serait fait on aurait certainement davantage d'eau dans la Branche de Damiette pour alimenter te canaux Séfi ; d'ailleurs que ce n'était pas le manque d'eau daos le fleuve qui empêchait les canaux Séfi d'en avoir, c'est qu elles n'étaient pas assez élevées dans le lit du fleuve pour entrer largement dans des canaux, ou bien que ceux-ci n'étaient pas assez profondément creusés; que si l'on rejetait toutes les eaux

dans la Branche de Damiette au détriment de l'autre, on aurait certainement au premier moment une surélévation des eaux, mais que bientôt les eaux approfondiraient leur lit, les terrains étant très meubles, le lit du fleuve s'élargirait et les eaux reprendraient leur pente première. Puis en faisant cela, le canal de Khatatbé n'aurait plus d'eau pour arroser la province de Béhéré, la navigation pour la Branche de Rosette n'aurait plus lieu, pas plus que celle du canal Mahmoudiéh, et Alexandrie n'aurait plus assez d'eau pendant Tétiage.

Mébémet-Ali écouta attentivement, puis dit : Mais alors comment faut-il le faire ?

Il faut, reprit M. Linant, faire sur les deux branches du fleuve deux barrages qui pourraient s'ouvrir et se fermer à volonté, pour laisser passer selon les besoins une plus grande quantité d'eau dans une branche ou dans l'autre, et laisser uïi libre cours aux eaux pendant les inondations.

Très-bien, dit Méhémet-Ali, je comprends; allez aldrs immédiatement au Grand-Conseil que préside Ibrahim-Pacha, et donnez la note des matériaux afin qu'on les réunisse de suite.

Tout ceci a vraiment l'air d'une plaisanterie; et si bien des personnes qui ont vécu en Egypte et qui y ont eu des affaires, ne pouvaient chacune citer des faits de ce genre, on pourrait craindre de ne pas être cru; mais c'est la vérité vraie, et en écrivant l'histoire des Barrages, il faut dire tout ce qui s'est passé à leur sujet. Ton aura ainsi une idée des hommes et des faits du pays.

D'ailleurs, il faut bien faire savoir à ceux qui plus tard sont venus travailler en Egypte et qui ont trouvé tout préparé, combien il a d'abord été diflScile et laborieux de créer quelque chose dans ces premiers temps d'aspiration de l'ignorance vers la civilisation.

Fort surpris et embarrassé d'un ordre tel que celui qu'il venait de recevoir, M. Linant se rendit pourtant près de S. A. Ibrahim-Pacha; là était réuni tout le nouveau Conseil d'État, composé des grands cheiks des provinces que l'on faisait gouverner à la place des Turcs, ce qui ne dura pas longtemps. Ils étaient à peu près ce que sont les uawabs ou députés d'aujourd'hui.

— kià —

M. Lioant ae présenta donc à ce conseil, où il fut tellement pressé par tout le monde de £ûre connaître le matériel dont 3 avait besoin, que pour s'en débarrasser séance tenante il donna un chiffire quelconque* et basé sur bien peu de chose, pour les pierres de taille, le moellon et la chaux; c'était tout ce que l'on pensait nécessaire, et il dit que plus tard il compléterait sa demande.

Sur sa réquisition, on nomma une Commission pour examiner la grande question des Barrages et poser les bases d'un projet; M. Linant ne voulait pas prendre. à la légère une aussi grande responsabilité, dans si peu de temps et sans études préalables.

On embarqua toute la Commission sur des barques avec force provisions, et pendant un mois on resta sur le Nil. 11 est vraiment trop curieux de connaître en partie ce qui se passa pédant cette promenade d'une Commission scientifique en Egypte, pour ne pas la rapporter.

La Commission était composée de :

Athem-Bey, général d'artillerie ;

Emin-Effenoi, architecte en chef j

Chakir-Eppendi« homme de confiance du Vice-Roi, ayant été batelier, n'ayant pas de spécialité, intrigant, se mêlant de tout ;

Souman-Effendi, ingénieur en chef du Delta;

Ahmed-Barouoi, ingénieur en chef de Cherkiéh;

Abdel-Wahab, ingénieur en chef de Calioubiéh et Gizéh;

Moustafa-Rasèm, directeur de l'École des ingénieurs ; •

M. Galloway, ingénieur mécanicien anglais;

M. Walles fils, ingénieur anglais ;

M. Hérékyan, ayant fait ses études en Angleterre-,

M. Lambert, ingéniem* des mines en France ; •

M. HoART, j^mmandants d'artillerie en France; M. Bruneau, \

M. Lambert, ingénieur des mines.

On se rendit d* abord à Ménaché, où l'on transportât des pierres depuis longtemps selon le projet de Son Altesse ; on fat à D^ué dans la Branche de Damiette ; on fit quelques opéra-

tiens insignifiantes ; on revint à la pointe du Delta et à Ghalagan, où eurent lieu les premières discussions. Tous les soirs, pendant que Ghakir-Effendi et Emin-EfTendi s'occupaient de bien traiter les membres de la Commission, car ils étaient chargés de la table, on discutait le grand projet qui était le but de la Commission, et souvent on passait ainsi une grande partie de la nuit.

Pendant cette tournée, il se forma deux camps, ayant chacun une opinion différente.

L'un était composé de MM. Galloway, Walles, Hékékyan, qui, s'étant fixés sur la base de leur projet, se rendirent au Caire pour Télaborer.

Le reste de la Commission était de l'avis de M. Linant, et resta encore quelques jours pour étudier un peu les localités.

Alors on revint au Caire pour dresser un aperçu d'un avantprojet, qui ne formula réellement que des idées plus ou moins vagues.

Le projet de ces messieurs était de faire, à Dégoué sur la Branche de Damiette, et à Béné Salame sur celle de Rosette, un barrage permanent ou plutôt un batardeau en travers du lit du fleuve et le construisant à une hauteur que l'on calculerait, afin par conséquent d'élever en même temps les eaux du fleuve qui couleraient par-dessus ce batardeau ; et alors en amont de ce batardeau seraient les prises des canaux d'irrigation, qui n'auraient besoin d'être creusées que jusqu'à la couche d'eau passant sur le batardeau à la hauteur calculée. Pendant les crues toutes les eaux devaient passer par-dessus le batardeau, seulement il y aurait eu de chaque côté de ce batardeau une grande arche fermée pendant les basses eaux et ouverte dans le temps des crues ; puis enfin un pont de passage d'une construction quelconque sur le batardeau.

L'étude de ce projet n'avait pas encore été faite sérieusement; mais à première vue on pensa qu'il serait difficile d'élever, au moyen de ces batardeaux, les eaux à la hauteur nécessaire pour les irrigations qui se faisaient par les canaux pendant l'étiage, sans que ces batardeaux n'élevassent trop les eaux des crues, et par conséquent sans faire courir de grands dangers ou sans qu'on fût dans l'obligation d'exécuter de grands travaux d'en-

caissemeDt au-dessus du niveau des berges du Qeu?e. On pensa aussi que ces simples batardeaux ne présentaient ni assez de securité, ni assez de facilité pour diriger sûrement les eaux ; car étant placés sur les deux branches si éloignées de la tète du Delta, il était difficile de rejeter à volonté plus d'eau dans une branche que dans l'autre. Tous les terrains qui se trouvaient depuis la pointe du Delta jusqu'à l'emplacement des batardeaux ne jouiraient pas, d'ailleurs, des avantages de ces travaux comme s'ils étaient en aval.

Le projet contraire à celui-ci était de faire le plus près possible de la tète du Delt$i, qui était alors à Derrawé, où se trouvait le passage d'une branche à l'autre, un barrage sur chacune des branches ; l'un sur celle de Rosette à Eafr-Mansour, l'autre aux environs de Derrawé en aval, parce que là le Nil faisait des coudes propres au projet.

Les barrages devaient être construits de manière à ce qu'eo les fermant on pût faire monter les eaux à un niveau voulu, pour les faire entrer pendant l'étiage dans trois canaux ayant leur prise d'eau en amont des barrages, un à l'est de la Branche de Damiette pour les provinces de Calioubiéh» Charkiéh et Daccaliéh, l'autre à l'ouest de la Branche de Rosette pour la province de Béhéré, et le troisième entre les deux barrages pour les provinces de Menoufiéh et Garbiéh. On faisait des sas écluses pour le passage des barques, et des barrages à la prise d'eau de chacun des trois canaux pour y régler les recettes d'eau et le passage des barques.

Il était encore impossible d'établir rien de positif sur le débouché à donner à chacun des barrages sur la hauteur du radier, sur celle des piles, sur rien absolument; puisque Ton n'avait encore aucune donnée, aucun document, aucune observation sur les eaux ni sur le terrain, pas plus pour établir un projet que pour en étudier un autre.

Les idées de M. Linant et celles du projet contraire furent examinées en Grand-Conseil, où il y eut des scènes vraimoit fort curieuses, extrêmement agitées, entre les trois membres soutenant leur plan de batardeau et ceux soutenant celui des barrages écluses.

Gomme on était au Ramadan, mois déjeune où Ton veille la nuit qui est remplacée par le jour, on passa au Grand-Conseil bien des nuits en discussions, je dirai même en disputes; le Conseil soutenait le projet de M. Linant qui, ennuyé de tout cela, ne cherchait même pas à lutter, car, nouvellement au service, il ne pensait pas être assez fort et comptait retourner à son poste d'ingénieur de la Haute-Egypte, lorsque, malgré bien des intrigues, mais soutenu par le Conseil, le Vice-Roi le nomma, sur la demande de tous les ingénieurs de la Basse-Egypte, leur chef comme il l'était pour ceux de la Haute, et lui donna en même temps la direction supérieure des travaux des barrages, parce qu'il lui convenait mieux qu'un autre, disait-il.

Alors, M. Linant se mit sérieusement à étudier ce grand projet, et il déclara au Vice-Roi que, tout en travaillant matériellement aux premiers travaux d*insiallation, ce ne serait que dans une année qu'il pourrait lui remettre le projet complet avec les plans.

M. Linant fat s'installer à l'endroit choisi pour la construction des Barrages, et il commença ses opérations sur le fleuve et sur la levée des plans du terrain. A peine y était-il, que, immédiatement, il lui arriva 1 .200 ouvriers sans outils et sans pain ; il n'avait encore pour ainsi dire rien arrêté, cependant il fallait bien faire faire quelque chose à ces hommes. Il détermina le lieu des fondations, et il eut le bonheur de bien choisir au premier coup d'œil, ce qui plus tard fiit vérifié et n'exigea aucun changement; seulement quant aux dimensions on ne pouvait encore les connaître d'une manière certaine. On mit les manœuvres à l'ouvrage et, c'est àlalettre, ils travaillèrent d'abord en partie avec leurs mains sans instruments; on doit penser que le travail produit par de tels moyens était peu de chose.

Comme les ouvriers n'avaient pas de pain, M. Linant fit arrêter les barques qui passaient sur le Nil chargées de blé; il mit à réquisition les moulins des villages environnants ainsi que les fours, et bientôt les ouvriers eurent à manger.

Les ouvriers n'avaient rien pour se loger : on commença à fadre des briques cnies et l'on construisit de grands hangars en forme de casernes; on établit un hôpital, un service médical;

eDfin on constraisit peu à peu des magasins, des ateliers, des forges; des instruments arrivèrent du Caire, des petits tombereaux, des brouettes, etc. Les ateliers reçurent pour les charpentiers, menuisiers, forgerons, serruriers, tailleurs de pierres, etc., des chefs et quelques ouvriers européens. On acheta des bœufs, des ânes pour les tombereaux. M. linant commença à fedre exploiter régulièrement les carrières de Torah; un chemin de fer fut éiabli dans ce but depuis la montagne jusqu'au Nil.

Les ouvriers furent organisés par bataillons et compagnies et, au bout de six mois, les travaux commencèrent à marcher régulièrement; les ateliers fonctionnaient, les magasins se remplissaient de matériaux et les pierres arrivaient en quantité. On apportait des briques de tous les côtés, on en fabriquait à une briqueterie établie au village de Goreis; elle était assez importante parce que dans ce lieu on en fabriquait déjà, ainsi que de la poterie, et que la terre y était meilleure qu'aux barrages mêmes ; l'endroit était d'autant plus propice que, près de Goreis, il existe un monticule de décombres qui fournit les terr^ nitreuses nécessaires pour faire les briques. Elles étûent destinées non seulement pour bâtir, mais encore pom* faire la pouzzolane artificielle dont on se sert en Egypte depuis toute antiquité pour confectionner d'excellent ciment, et que M. Linant voulait aussi employer (1).

Quelques jours après avoir reçu les 1.200 ouvriers, on avait également envoyé à M. Linant l'École entière des ingénieurs, afin qu'il la dirigeât sur les lieux des travaux mêmes ; il dut pourvoir encore à la nourriture de tout ce personnel pendant plusieurs jours, puisque l'École arrivait sans vivres , sans tentes pour se loger, et qu'il n'y avait pas encore une seule petite construction au barrage.

(1) Quand plus tard Mougel-Bey prit la direction des travaux des Barrages, il retrouva ces brii^ues et même de la brique piiée pour faire du ciment; ensuite, dans ses réclamations envers le gouvernement, il demanda une somme pour avoir découvert une mine de pouzzolane artificielle qui, disait-il, était devenue une source de richesse pour rÉgypte.

Où commença, et Ton construisit promptement une école et quelques maisons; enfin, vers le commencement de Tannée, en février, tout commençait à marcher activement; mais les entraves et les intrigues ne manquèrent pas.

Le Vice-Roi avait placé comme nazers (administrateurs) sur les travaux du Barrage de la Branche de Rosette, l'ancien ministre de la guerre, Mahmoud-Bey, et sur la Branche de Damiette, Soliman-Âga, Fancien domestique de Méhémet-Àli, et plus tard son capitaine d'armes, Sélahdar. Le premier était un homme comme il faut, grand seigneur et sérieux; l'autre était un soldat indiscipliné, un pillard, une tête à l'envers; et voici, pour le faire connaître, deux petites anecdotes qui montreront son caractère et la manière dont on vivait à cette époque, en 183& et 1835, en Egypte.

M. Linant, visitant les travaux ê[ui consistaient à creuser une grande fosse où devait être construit le Barrage de la Branche de Damiette, et où était le nazer Soliman-Aga, allait à cheval en compagnie de cet homme , lorsqu'il se précipita avec son cheval sur une pauvre femme qui portait sur sa tête le dîner et des provisions pour son mari ; la femme fut culbutée et le cheval allait Im passer sur le corps, la malheureuse était enceinte. M. Linant saisit le cheval de Soliman par la bride, . Tentralna malgré les cris et les menaces de ce furieux qui vociférait, disant avoir affaire à une voleuse, accusation absolument fausse, et ce fut lorsqu'il l'eut mené violemment au loin qu'il lui déclara que jamais, en sa présence, il ne permettrait, à qui que ce soit de commettre des actes de barbarie semblables.

Un autre jour, M. Linant et Soliman-Aga étaient dans la même tente à l'heure de midi, où tous les ouvriers mangeaient et se reposaient en plein soleil au milieu de l'excavation ; le nazer, sans aucun motif que la rage qu'il avait au cœur de se trouver remplir, lui si riche, si puissant, une fonction inférieure, loin de sa belle maison du Caire, prit son fusil et tira au milieu de tous les ouvriers dont un fut tué et d'autres blessés. M. Linant, indigné d'une sauvagerie aussi féroce, se précipita sur Soliman- Aga qui allaû; recharger son arme, la lui arracha et la jeta dehors où elle se ciassa. Soliman-Aga, exaspéré, sauta sur son

sabre, M. Linant en fit autant; et on ne sait ce qui se serait passé, si Mabmoud-Bey ne fut intervenu au moment où les deux adverssdres se tenaient déjà par la barbe.

Le lendemain, M. Linant revint sur les travaux, mais il s'était rasé; Mahmoud-Bey lui demanda pourquoi; il répondit que c'était parce que les mains impures de 3oliman-Aga, ici présent, avaient touché sa barbe ; Soliman-Aga enrageait de ne pouvoir en faire autant, quoique ce fût une main chrétienne qui eAt tiré la sienne. Enfin, ce dernier dit : Vous ne me concassez donc pas, Linant-Effendi, que vous me traitez ainâ ? Au contraire, c'est paice que je vous connais que je l'ai fait, et je sais aussi que vous êtes un des principaux et des plus anciens serviteurs de Méhémet-Ali. Quoi, ajouta-t-il, vous savez cela? et il sauta au cou de Linant en l'embrassant et en disant que la paix était faite.

Tels étaient les fous avec lesquels il fallait travailler.

Peu de temps après Soliman-Aga reçut l'ordre de retourner chez lui ; mais en partant il emmena plusieurs barques chai^gées de bois, des outres, des soufflets de forges, du fer, etc., provenant des magasins, sachant bien que Méhémet-Ali se tairait

Il y eut aussi une grosse affaire au sujet de dragues.

Méhémet-Ali étant allé à Candie, y vit des dragues du plus ancien système qui fonctionnaient pour curer l'entrée du port; c'était des dragueuses consistant en une grande roue dans laquelle des galériens marchaient pour mettre Taxe en mouvement ; cette roue servait de treuil sur lequel s'enroulait un câble au bout duquel était amarré un peigne en fer de grande dimension, et derrière un large filet faisant poche que l'on allait jeter en mer avec un bateau et que Ton ramenait plein de vase à terre au moyen de la roue.

Méhémet-Ali fit construire deux de ces dragues et les envoya au canal de Moëze pour en cmer la prise d'eau; il envoya M. Linant pour voir comment elles fonctionnaient : quoique ces machines ne fussent pas bonnes, elles rendaient pourtant dans cette localité de petits services, telle fut la réponse de M. Litiant.

Cela fut-il exactement rapporté ou d'une $utre façon 7 le fait

est que le vice-roi se mit dans la tète de faire cadeau de cent de ces macliines à M. Linant pour excaver ses fondations. Effectivement, M. de Gérisy les fit construire à l'arsenal d'Alexandrie, et elles arrivèrent au Barrage sans qu'on en prévînt M. Linant d'aucune manière.

On ne pouvait se servir de ces énormes appareils dans une excavation ayant 100 mètres de large, 400 et 600 de longueur, et une profondeur de 7 mètres avant d'arriver à Teau ; d'autant plus qu'il n'y avait pas encore d'eau et que quand il y en aurait le temps de battre les palplanches serait arrivé, et alors les dragues n'auraient plus la place nécessaire pour fonctionner.

Mais Chakir-Effendi et un capitaine de marine, qui étaient venus pour faire manœuvrer les dragues, ne trouvant pas leur compte à les laisser chômer, eurent la bonne idée de remplir les fondations du Barrage de Damiette avec des sakiéhs, afin défaire travailler les dragues. M. Linant eut beau protester contre une semblable absurdité, le Yice-Roi le voulait; il se fftcha, chassa le capitaine à coups de bâton, et l'on fut bien forcé de suspendre le travail de ces dragues inutiles, absurdes, dont on n'aurait jamais dû consentir à diriger la construction.

Peu après, comme on avait besoin de curer quelques canaux, on prit toutes ces dragues, M. Linant ayant dit qu elles étaient bonnes pour ce travail ; et c'est à grand'peine qu'il put obtenir d'en conserver quatre pour s'en servir en guise de grues à débarquer des pierres.

Dans la fourniture des matériaux, on avait demandé un grand nombre de pièces de bois, pour faire des palplanches, ce qui était un peu embarrassant. Un renégat, copte d'origine, dit à Son Altesse que l'on n'avait pas besoin de bois tout à fait droits comme des tuyaux de pipe pour ces travaux, et qu'en Egypte même on trouverait ce qu'il fallait ; que d'ailleurs on pouvait faire des palplanches en quatre ou cinq morceaux.

Un soir, on envoya chercher M. Linant, qui arriva à onze heures chez le Vice-Roi ; on alluma alors des torches et, le Vice- Roi en tète, on alla parcourir les forêts du palais de Choubra, plantées depuis dix ans d'arbres épineux : mimosas, acacias, luOriers, sycomqres, etc., r^ardant chaque arbre, mais ne trou-

vant des pièces droites que d'un mètre» aa plas, et de 20 ceotimètres de diamètre. Le Vice-Roi ordonna alors de faire un . pieu de plusieurs pièces, ce que M. Linant fit exécuter pour faire voir Tabsurdité d'une semblable chose.

Le pilot fut fait rond de 20 centimètres de diamètre, ajusté en quatre morceaux, on ne peut mieux, et cerclé en fer; il avait 6 mètres de longueur et coûtait de main-d'cBuvre 250 francs. Lorsqu'il fut terminé, sans rien dire le Yice-Roi le fit prendre, fit apporter une sonnette à tiraudet fort légère et on alla commencer l'opération, dont par le plus grand des hasards M. Linant put devenir le témoin. On avait à peine enfoncé le pieu d'un pied dans la terre molle du bord du Nil, qu'alors le Vice-Roi et toute la cour regardèrent M. linant d'un air triomphant et moqueur, lui qui voulait avoir des bois tout droits et d'une seule pièce. M. Linant dit avec beaucoup de sang-froid que cela allait fort bien, mais qu'il priait Son Altesse de vouloir bien faire enfoncer le pilot au moins de 2 mètres; car sans cela il ne pouvait servir et qu'ainsi ce serait une expérience concluante; mais qu'il craignait que le pilot n'éclatât bientôt avant d'être beaucoup plus enfoncé. Ceci piqua le Vice-Roi, qui ordonna loi-même de frapper fort ; hélas 1 après quatre coups de mouton, le pilot, à peine enfoncé de deux pieds, fut rompu et sauta en éclats. Son Altesse sourit et se retira; toute la cour avec le copte renégat s'en alla en disant : nous, d'abord, nous ne sommes pas ingénieurs, nous ne connaissons rien à cela; et ils se consolèrent ainsi de leur échec.

M. Linant voulait établir une bonne chose : c'était de créer deux régiments d'ouvriers avec des ingénieurs, des conducteurs, des piqueurs, pour former le corps des officiers. Ces deux régiments eussent servi, pour conduire non-seulement les grandes quantités d'ouvriers qui venaient des provinces au Barrage, mais encore les travailleurs sur tous les travaux du pays. Ce projet, soumis au Grand-Conseil, fut approuvé après avoir été examiné consciencieusement; des ordres furent même donnés; mais un intrigant, un des plus mauvais sujets de l'Egypte, un autre copte renégat, Abdelrahman-Bey , dit au Vice-Roi que par cette organisation tout ce que l'on cherchait, puisque les

ingéoieurs allaient être officiers dans ces deux régiments et même colonels, c'était de faire nommer général M^ Linant. Il n'en fallut pas davantage pour annuler celte bonne affaire; on voit que Méhémet-Âli était aussi fort impressionnable à l'endroit des propos de ceux qui l'entouraient.

Enfin, en février 1835, les travaux, qui allaient fort bien, furent énormément ralentis par force majeure : ce fut la peste, qui sévit avec intensité et décima tous les ouvriers du Barrage, comme la population dans toute l'Egypte. Les ouvriers manœuvres des villages furent renvoyés chez eux, et il ne resta bientôt plus que ceux des ateliers et ceux qui étaient absolument indispensables ; beaucoup d'ingénieurs et de contre-maitres européens succombèrent à ce fléau, et pendant quatre longs mois ce ne fut que cris de mourants et enterrements.

Cependant ces quatre mois ne furent point tout à fait perdus, ils servirent à compléter et terminer les projets des Barrages.

Lorsque Méhémet-Ali chargea M. Linant de la direction de ces travaux, il y avait au Caire des Saint-Simoniens et leur père Enfantin. Méhémet-Ali, qui, comme tout le monde, connaissait le mérite de plusieurs d'entre eux» après avoir fait l'honneur à M. Linant de le consulter, engagea plusieurs de ces messieurs à se rendre au Barrage pour le seconder ; le père Enfantin avec M. Lambert furent des premiers ; mais les circonstances firent qu'ils ne restèrent pas longtemps avec M. Linant : le premier partit pour un voyage à Thèbes, le second, ayant été employé par le Vice-Roi comme ingénieur des mines, partit pour aller dans le désert de la Haute-Egypte reconnaître les mines du pays. Ceux qui restèrent furent les capitaines d'artillerie Bruneau et Hoart. D' autres furent employés comme médecins, etc.

Ce fut grâce à ces deux messieurs, qui secondèrent de leur mieux M. Linant, qu'il put présenter plus tôt, dans le mois de juillet 1835, à Son Altesse Méhémet-Ali les plans, calculs, projets, devis, etc. des Barrages, qui consistaient en :

Une carte hydrographique de la Basse-Egypte déjà dressée par M. Linant pendant les années 1824 à 1835 ;

Un plan topographique de la tête du Delta;

Un plan générai de Tensemble des travaux ;

Un plan d'un barrage, Branche de Rosette;

Une élévation ;

Une coupe;

Un plan du déversoir ;

Une élévation ;

Une coupe ;

Un plan du canal de navigation éclusée;

Deux coupes;

Les mêmes pour la Branche de Damiette ;

Dix feuilles de plans de détails ;

Vingt plans de machines nécessaires ;

Un plan de pont de passage en fer ;

Un plan de pont de passage en pierre;

Un plan de pont de passage en bois;

Les métrés; les devis de chaque partie;

Un mémoire sur l'organisation et la marcIie des travaux;

Un mémoire sur les recettes des eaux et leur distribution dans les provinces par le système des Barrages;

Un mémoire sur les différents calculs relatifs aux Barrages.

Le Vice-Roi examina le tout sans y comprendre beaucoup, et dans son entourage plusieurs personnes, qui n'avaient, comme il y en a partout, pour se soutenir d'autre mérite que celui de faire la critique des autres ne pouvant rien faire par ellesmêmes, critiquèrent le projet sans aucune raison et sans pouvoir rien formuler de sérieux.

M. Linant leur ferma la bouche en disant au Vice-Roi qu'il lui demandait comme faveur d'envoyer son projet en France au Conseil des Ponts-et-Gbaussés pour y être examiné, ou bien à une Commission compétente ; que de cette manière il aurait plus de pouvoir, étant approuvé, et Son Altesse plus de sécurité. Méhémet-Ali refusa en disant que cela n'était point nécessaire, qu'il avait choisi pour diriger ce grand travail M. Linant parce qu'il lui convenait, qu'il s'en rapportait à lui, que si la chose réussissait ce serait tant mieux, que dans le cas contraire ce serait tant pis pour lui, qui aurait jeté quelques milliers de bourses dans le Nil ; plusieurs fois M. Linant étant revenu sur celu, Sou

Altease lui disait toujours non, ou bien que, quand le travail serait terminé, on enverrait les plans.

Après cette présentation des projets, quoique la peste fAt pour ainsi dire disparue, les travaux allèrent toujours en diminuant ; les ateliers seuls travaillaient.

On ne pouvait deviner pourquoi Son Altesse, qui dans l'origine avait entrepris avec tant d'activité ce grand travail, le laissait pour ainsi dire chômer. On avait, il est vrai, des guerres, des affaires en Syrie, peut-être d'autres raisons encore : des embarras politiques. On ne porta plus de matériaux et même M. Linant, qui n'avait pour ainsi dire plus rien à faire aux Barrages, fut appelé en 1837 au Ministère des Travaux publics et de l'Instruction publique pour y diriger la division des travaux publics.

A cette époque Mébémet-AIi voulut que Ton examinât la question des Barrages, sur des observations d'un certain Joussef-Aga, ingénieur du génie et polonais de naissance, qu* Ibrahim-Pacha avait connu en Syrie.

On nomma, sur la demande M. Linant, une Commission composée de seize membres, ingénieurs et membres du Ministère des Travaux publics.

L'ordre du Vice-Roi est assez significatif et assez curieux pour être rapporté ici, puisqu'il semble dire que les Barrages sont inutiles.

Nous rapporterons également ici le rapport de la Commission quoiqu'il soit un peu long, mais il donnera d'ailleurs une idée du projet du Barrage et de son utilité.

(« La Commission nommée par Son Exe. le ministre des « Travaux publics conformément à l'ordre de Son Altesse le Vice- « Roi en date du 11 Rabiakher 1254, composée de (viennent les (c noms qui se trouvent à la fin), s'est réunie le 19 du même a mois sous la présidence du Ministre.

(c L'ordre de Son Altesse porte : Ayant creusé cette année le « canal du Khatatbé (séfi, 1), il y aura cette année beaucoup

(1) Les canaux séfi sont ceux que Ton creuse plus bas que Tétiage, afin de donner des cultures d*étè ; séfi^ en arabe, veut dire d'é^é.

« d'eau dans la province. L*année prochaine on creusera ansâ « dans la même province de Béhéré le canal d'Abou-Diab, et a par conséquent on aura par ces deux canaux suffisamment H d'eau pour les arrosages •

Cl Dans le Charkiéh et le Daccaliéb, Abdelrahman-Bey (1) a « fisdt curer presque tous les canaux séfi nécessaires à cette pro- « vince.

« Pour le Garbiéh, avec les canaux qui existent et les canaux Cl que Ton y fera, on aura aussi assez d'eau dans cette jm)- « vince.

« On voit donc par là qu'il n'y avait que la province de Ca- « lioubiéh pour laquelle les travaux du barrage du Nil pour- « raient être nécessaires ; mais avec les canaux que l'on va a faire aussi dans le Calioubiéb, à quoi alors les barrages « serviraient-ils ? et dans le cas où l'on viendrait à les exécuter, « quels sersdent les avantages comparés aux dépenses de leur « construction (2).

« La Commission, après avoir examiné ces difiTérentes ques- « tiens, a reconnu :

« Pour les canaux déjà creusés ou qui doivent l'être séfi dans n les provinces de Béhéré, Garbiéh, Charkiéh et Daccaliéh, le (( creusement séfi est à recommencer tous les ans, parce que ces K canaux servant à la fois pour l'irrigation et l'inondation (3) « se comblent très-vite à cause des barrages établis sur ces dif- « férents canaux, afin de retenir les eaux, de les faire s'éleva « et d'arroser facilement les terres dans toutes les sûsons; « d'ailleurs ce creusement séfi et les barrages n'éviteraient pas « l'emploi des sakiéhs et des chadoufs pendant les basses eaux « jusqu'à 18 ou 20 lieues de leur prise d'eau dans le Nil, et il « n'y aurait donc à cette distance qu'une très-petite partie des

(1) C'est le nom d*un copte renégat gouverneur de cette province.

(2) Gomment concevoir une lettre semblable de Héhémet-Alî, après Tempressement fougueux qu'il avait mis à commencer les travaux et ce qu'il dit quand ou lui présenta les plans.

(3) Irrigation, arrosage pendant Tétiage ; inondation pendant 1^ crues.

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« telrains qui pourrait être arrosée par de simples saignées aux « berges pendant les basses eaux.

« D'ailleurs dans les cas, qui malheureusement peuvent être « fréquents, comme cette année et les précédentes, les canaux « séfi se comblant et ne pouvant être curés dans Tannée même 0 et tous à la fois, restent à sec et ne donnent plus d'eau du Nil.

« On peut citer comme exemple : le Nanakiéh, le Sersawé, le (I Bagouriéh, Bahr Chibine, qui cette année sont tout à fait à « sec; et par conséquent le système de ces canaux séfi étant « même complété, ne peut être considéré comme suffisamment « bon pour les provinces sus-nommées.

(c Que relativement à la province de Galioubiéh les canaux « séfi, lors mêmes qu'ils seraient achevés, seraient également « insuffisants pour les raisons exposées plus haut ; et que de u plus dans le Galioubiéh ces canaux ne pourraient servir à a l'arrosage qu'en élevant les eaux à une grande hauteur, au « moyen de sakiéhs ou autres machines, parce que toutes les « terres de cette province traversées par ces canaux se trou- (I vent à une distance trop rapprochée des prises d'eau.

« Il est bon d'observer aussi que la plus grande partie du « Menoufiéh est dans une position plus désavantageuse que le « Galioubiéh pour l'emploi des canaux séfi ; car, dans cette a partie, l'arrosage ne peut se faire que par le moyen des « machines élévatoires : sakiéhs, chadoufs ou autres.

« Par conséquent, l'emploi seul des canaux séfi, pour ces dia verses provinces et principalement pour celles de Galioubiéh <4 et Menoufiéh, ne peut suffire à tous les besoins d'irrigation, A quelque multiplié que soit le nombre de ces canaux ; ce qui <( s'explique d'ailleurs, parce que ces canaux ne peuvent que « prendre l'eau à la hauteur où elle se trouve dans le fleuve.

(( Le système des canaux ne peut donc être amélioré que par « un autre système, pouvant élever les eaux à la prise d'eau de ce ces canaux mêmes.

« G' est là le but des barrages sur le Nil, qui dans son lit « même et à la prise d'eau des canaux ont pour eifet d'élever « d'une manière permanente les eaux pour ainsi dire à la suce perficie des terrains.

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