‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 44 sur 61 · AA · texte numérisé non relu

AA

« La Commission, arrivée à ce point de son examen, a dû « apprécier les avantages généraux du Barrage da Nil comparés (■ aux effets produits, non-seulement dans la province du Caci lioubiéh, mais aussi dans les autres provinces, par le système « des canaux séfi et l'emploi de sakiéhs; et en second lieu, « comparer les dépenses de la construction des barrages avec « les bénéfices qu'ils produisent, et les dépenses nécessaires ac- « tuellement par le système des canaux séfi.

« Les avantages généraux de barrages énoncés par M. Linant, « discutés d'après les documents et renseignements fournis à la « Commission, sont les suivants :

Q 1* L'arrosage possible de S. 800.000 feddans en aval des « barrages dans les plus basses eaux sans employer aucune « machine, mais seulement par de simples saignées dans les » berges des canaux. La moitié de ces terrains poorraut être « cultivée en produits d'été ou par irrigation ; et il est àremar- « quer que dans la culture par inondation pendant les crues, on « pourrait, par l'abondance des eaux, faire jusqu'à trois récoltes.

« 2* L'arrosage de la même manière des terrains en amont « des Barrages jusqu'au Caire, et de ceux jusqu'à une distance « de huit lieues au-dessus du barrage par des tapoutes, comme <c maintenant dans la Basse-Egypte seulement

« S*" L'énorme avantage de pouvoir tous les ans, malgré les a mauvaises inondations, les compléter entièrement dans toute a l'étendue des provinces de la Basse-Egypte.

« A*" Pouvoir améliorer sensiblement la navigation par les canaux « et faciliter les transports, si longs et si coûteux aujourd'hui

(( 5*" Donner au Mahmoudiéh assez d'eau dans toutes les sai- « sons par le canal Khatatbé, pour permettre d'y faire naviguer « les plus grandes barques, et leur faciliter l'entrée et la sortie a du Nil à l'Âtfé au moyen de la construction d'un sas écluse, « ce qui ne peut se faire maintenant n'ayant pas d'eau à four- « nir pour la dépense du sas.

« & L'avantage de n'avoir plus à creuser que des canaux de « 3 ou & mètres de profondeur ou nili (1), au lieu d'en creuser

(1) Canaux pour Tinondation pendant les crues.

c( de séfi, opération si dispendieuse, occupant tant d'hommes c qui doivent creuser souvent à 8 mètres de profondeur dont c( 4eux dans Teau et la boue, opération qu'il faut recommencer a tous les ans pour beaucoup de canaux.

a 7"* L'avantage de pouvoir, dans le Khalig du Caire, avoir a une eau courante tonte Tannée à la hauteur de celle des inon- « dations, sans avoir besoin de creuser ce canal plus qu'il ne c< l'est ; et il est à remarquer que l'on ne peut atteindre ce but « d'avoir de l'eau au Caire, intention spéciale de Son Altesse, a sans d'énormes frais seulement pour ce canal.

« S"" Entretenir sans aucun frais Teau dans l'ancien canal de c( Suez, qui conduisait autrefois par Ras-el-Ouadée à Birket- « Timsah, sur la route de Syrie, et dans les Lacs Amers ; ce qu « alors donnerait dans ces lieux beaucoup de terrains cultiva- « blés à ensemencer ou en pâturages, pour y nourrir des trouci peaux« qui n'auraient pas à souffrir comme en Egypte, soit a de l'humidité, soit de pâturages peu convenables. De plus, par « ce facile écoulement d'eau, on pourrait former vers la Syrie, « de Suez à la Méditerranée, par des inondations, une frontière rc naturellement fortifiée .alors par des lacs et des marsds que u l'on formerait facilement.

« 9* La suppression des sakiéhs et des chadoufs.

(( La comparaison des bénéfices dus aux barrages avec les « dépenses de leur construction présente les résultats suivants :

I. — Bénéfices dus à l'augmentation des cultures : les bar- « rages étant construits, les terrains anciennement cultivés par a irrigation au moyen de sakiéhs, tapoutes et chadoufs, de- « viennent plus facilement cultivables, de sorte qu'un même « nombre d'hommes peut en cultiver une plus grande quantité.

(( La Commission admet qu'il faut un homme par feddan pour « la cultute par irrigation, indépendamment des hommes € employés aux sakiéhs, tapoutes et chadoufs. Cela posé, il y a < environ 100. 000 hommes employés à ces sakiéhs, tapoutes, etc. « dans la Basse-Egypte, et environ 600.000 occupés à culti- « ver 600.000 feddans asnaf (1), à raison d'un homme par fc feddan; ce qui fait ensemble 700.000 hommes.

(1) Produits d'été : cotons, riz, etc.

« Le barrage fini, les sakiéhs, tapoutes« etc., sont sappri- « mées et la calture élant devenue plus facile, la Gommisâon « admetqu'un homme employé auparavant à laculture d'uofeda dan pourra suffire à celle de trois feddans, et ce chiffire est « pris au plus bas possible.

« D'après cette base, les 700.000 hommes disponibles pour u la culture pourront cultiver 2.100.000 feddans; ce qui fait « 1.500.000 feddans en plus de ce qui existe aujourd'hui, par n le moyen des canaux séfi.

« Sur cet objet déjà le bénéfice du cultivateur sera triplé.

« Gomme culture générale, au lieu du nombre de K 2.1i9.000 feddans actuellement cultivés par inondation et fc irrigation, il y en aurait 3.6&9.000 ; ce qui est près de la « surface totale cultivable de la Basse*%ypte, évaluée fc à 3.800.000 feddans.

« Pour le Gouvernement, on peut évaluer le bénéfice dû à « cette augmentation de culture de la manière suivante :

« Ou bien les 1.500.000 feddans en plus seront cultivés en « denrées non achetées par le Gouvernement (1), et alors le « bénéfice aura lieu par Timpôt seulement, qui, à raison de a &5 piastres par feddan, terme moyen, donne pour les c 1.500.000 feddans rendus à la culture une somme de « 67.500.000 piastres. Ou bien la moitié de ces 1.500.000 fed- « dans ou 760.000 seront cultivés en denrées achetées par le « Gouvernement, et alors, indépendamment de la recette pour « les impôts de 67.500.000 piastres, le Gouvernement faisant tt par la vente de ces denrées un bénéfice qu'on ne peut évaluer ic au dessous de 100 piastres par feddan, soit pour les « 750.000, 75.000.000 piastres, le bénéfice total serait de « 1&2.500.000 piastres. Ou bien enfin la totalité des feddans, et 1.500.000, sera cultivée en denrées achetées par le Gouver- « nement, et alors le bénéfice à joindre à l'impôt, qui est de f( 67.500.000 piastres, serait de 150.000.000 piastres, ce qui

(1) A cette époque une partie du monopole exercé par Mèhèmet- Ali existait.

a porterait le bénéfice du Gouyernement au total de « 21 7. 500. 000 piastres.

0 Or, d'après les devis, la dépense totale des barrages, y com- (c pris les écluses, les quais, etc. , s'élève à 166.163.280 piastres, « d'où il résulte' qu'en adoptant une des hypothèses ci-dessus, ce les dépenses du barrage pourraient être couvertes par cette o seule classe de bénéfices dus au barrage en une année et au f( plus tard en trois années de produit.

« Mais les bénéfices dus aux barrages ne sont pas bornés à « un seul résultat, il en est d'autres dont voici l'énumération.

« IL — Bénéfices réalisés par la suppression du travail « annuel, auquel donnent lieu les travaux des canaux séfi.

« La mise en exécution des barrages amène aujourd'hui la « suppression des travaux indiqués dans le tableau suivant :

Ce Tableau ne porte qne la moitié environ des Ce Tableau indique les

hommes employés à la totalité des nombres totaux des hommes

travaaz annuels : existants dsDS les proTinces :

Gharkiéh 48.020 96.041

Daccaliéh 68.277 68.277

Garbiéh 83.677 167.354

Menoufiéh 8.673 26.021

Béhéré 18.517 55.552

Calioubiéh 43.608 130.825

a Ces 270.772 hommes sont employés au moins pendant a iO jours, ce qui, à raison de 1 piastre 1/2 par jour au trau vail, devenu inutile, du creusement des canaux séfi, donne la a somme de 16.2&3.320

{( Au canal de Khatatbé, il y a 3&.000 hommes pendant « 100 jours, à 1 piastre 1/2 par jour; et 30.000 au Ghercawé, r( pendant 50 jours, à 1 piastre par jour, qui sont employés tt aux mêmes travaux, ce qui fmt 6.600.000 piastres ; en tout, « dépenses annuelles devenues inutiles par la construction des tt barrages, 22. 8&3.320 piastres.

« Il faut ajouter à ce résultat que les hommes consacrés a jusqu'ici à ce travail pourront être employés à d'autres trace vaux profitables.

« III. — Économie produite par la suppression des sakiéhs ^ « des tapoutes :

a II y a dans la Basse-Egypte, en ce moment, environ « 50.000 sakiéhs et tapoutes, sans compter les chadoufs, dont a l'entretien est plus coûteux pourtant, car ce sont des hommes a qui y travaillent en plus grand nombre au lieu de bœufs ; « 50.000 sakiéhs à trois bœufs par machine, cela Eût tt 150.000 bœufs ; à chaque machine il faut un homme, au « moins, ce qui fait 50.000 hommes.

tt La durée de l'ouvrage pour l'arrosage est de six mois « ou i80 jours, ce qui fait pour 150.000 bœufs, à raison « de 2 piastres de nourriture par jour pour chaque bœuf, une a somme de 5i. 000.000 piastres.

u Les journées d'hommes, à 1 piastre 1/2, donnent pour « 50.000 hommes, 13.500.000 piastres.

« L'entretien annuel des sakiéhs étant, terme moyen, de a 120 piastres, l'entœtien total des 50.000 sakiéhs sera de « 6.000.000 piastres;

tt Total de la dépense annuelle poui* les 50.000 sakiéhs : « 78.500.000 piastres.

tt La suppression de cette dépense par la construction des M barrages n'est évaluée ici que comme bénéfice des cultiva- « teurs, qui auront encore l'avantage d'appliquer leurs bœufs à a d'autres travaux.

« IV. — Création d'une force motrice considérable par la « chute d'eau due aux barrages :

tt La chute d'eau, due à la construction des barrages, peut-être « utilisée pour fonder des ateliers, des usines nouvelles, ou tt pour remplacer les moteurs qui existent aujourd'hui. En « l'évaluant au plus bas, cette chute équivaudrait à 1 2.000 chett vaux vapeur travaillant 213 jours par année ; ce qui, ea tt comptant 20 piastres pour la valeur journalière de chaque « cheval vapeur, donne pour la valeur annuelle de cette nouvelle « force due aux barrages, 51.120.000 piastres.

tt Ces quatres classes de bénéfices dus aux bairages, quoique tt de natures très-différentes, doivent être envisagées ensemble, tt pour établir les immenses avantages financiers des barrages

« du Nil ; mais la première classe, à savoir : l'augmentation de 0 culture, applicable directement au trésor du Gouvernement, « ne donne son produit annuel de 67.500. 000 ou de 142. 500. 000 (c ou enfin de 217.500.000 piastres, selon l'hypothèse adoptée « sur les 1.500.000 feddans excédants, qu'après la construc- (( tion des barrages.

a 11 en est de même de la quatrième classe à savoir : la force « motrice annuelle évaluée à 51. i 20.000 piastres, dont le produit « peut avoir une réalisation plus ou moins éloignée.

« Pour la troisième classe, à savoir : la suppression des sa- « kiéhs et tapoutes, son bénéfice annuel de 73.500.000 piasn très n'est applicable qu'indirectement au trésor, et il exige « aussi l'achèvement des barrages.

« Pour la deuxième classe, à savoir : la suppression et le non « achèvement des canaux séfi, qui donne un bénéfice annuel « de 22.843.320 piastres, elle est réalisable immédiatement « avant la construction des barrages, et est par conséquent dès a aujourd'hui en disponibilité pour le trésor.

« Si donc il s'agit de se rendre compte de la possibilité et de d la facilité des moyens d'exécution des barrages, il suffit de re- « marquer que :

« Les travaux de barrages doivent durer dnq ans, et la déa pense totale de 155.163.280 piastres partagée en cinquièmes Il est par année de 31.721.093 piastres ;

ti La dépense annuelle des canaux séfi à supprimer dans le <f cas de l'exécution des barrages, et applicable, comme on l'a « vu, à cette exécution même, est de 22.843.320 piastres.

« Il n' y aurait donc au surcroît actuel de dépense pour le trésor ce que la différence de ces deux sommes, ou 8.877.773 piastres.

(( Une pareille avance annuelle pendant cinq années est certes « assez faible, surtout relativement aux immenses bénéfices des a barrages.

« D'ailleurs au bout de trois ans les piles et les portes des « barrages peuvent être achevées et l'efiFet des barrages aurait a lieu ; puis après la quatrième année, les produits eflfectifs M étant réalisés en partie, le trésor se trouverait à couvert et (( bien au delà de cette avance.

« D'après toutes ces considératioDS, la Commission est â*avis :

ce 1* Que le systëoite des canaux est insuffisant pour l'iniga- « tion actuelle, et qii'à lui seul, et sans le secours des barrages du « Nil, il ne peut réaliser aucun des avantages ënoQcés plus baut

a 2* Que, quelque élevées que paraissent les dépenses de la « construction des barrages, elles sont plus profitables aux in- « térêts de Son Altesse et du pays que celles également consi- « dérables auxquelles donne lieu le système actuel ; puisque, (( outre beaucoup d'autres avantages, elles produisent pour «I le trésor des bénéfices susceptibles, en les évaluant au taux « le plus modéré, de couvrir en un an de produits les avances « faites pour l'exécution desdits travaux.

0 3"* Qu'en prolongeant le système actuel, on accroît chaque fc année les dépenses, sans constituer un système permanent « d'inondation et d'irrigation, et par conséquent sans détruire « les dangers des mauvais Nils et des eaux trop basses, ce qui « est évidemment contnûre au but et aux espérances de Son « Altesse.

« &* Que d'ailleurs les dépenses déjà faites aux barrages resa tendent sans objet et en pure perte, s'il n'était pas donné « suite aux travaux commencés.

« 5* Que pour toutes ces raisons, il est plus avantageux de c continuer avec activité les travaux des barrages, qui devien- « draient beaucoup pluscoûteuxsi l'on en prolongeait l'entreprise.

H &" Qu'enfin, comme moyens d'exécution, ilrésuhe des doca- « ments fournis à la Commission que les travaux destinés à « compléter le système actuel des canaux ne devant pas être c continués et les hommes et les capitaux affectés à ces tra- « vaux devenant libres, d'une part, la somme à ajouter annuel- « lement comme surcroît de dépense pour le trésor serait assez « faible et rapidement couverte, et d'autre part le nombre « d'honmies devenus libres serait suffisant pour l'exécatioo des u barrages sans l'emploi effectif d'un plus grand nombre « d'hommes dans le pays.

« Ont sigtké :

« Charles Lambert, Ingénieur des mines; u LuBERT, secrétaire au ministère;

« Stephat^Resh, chef du matériel; (( Thibaudier, ingénieur militaire; H Bayoumi, ingénieur arabe sorti de l'École

« polytechnique de France; (( Mustapha Bahgad, ingénieur arabe sorti de « rÉcolepolytechnique de France; « Mazhar, ingénieur arabe sorti de TÉcole po-

« ly technique de France; a Bruneau, capitaine d'artillerie sorti de TÉcoIe

a polytechnique de France; « Joseph Hékéktan, ingénieur ayant fait ses

« études en Angleterre; tt Epering, ingénieur anglais ; « Sélim-Bey, officier d*état-major, ayant été (( élevé en France, chef du perce sonnel au ministère ; « Ahmed-Bey, officier d'état-major, ayant été <( élevé en France, chef du peru sonnel au ministère ; « Mouehtar-Bey, ministre et président.

Le Vice-Roi, après avoir lu ce rapport, répondit officiellement au ministre : que la Commission avait parfaitement raison, que tout ce qu'elle avait dit était évident et justement exposé; mais qu'il ne voulait plus de Barrages.

Gomment expliquer ce revirement total dans les idées de Méhémet-AU, lui qui avait voulu avec tant d'ardeur ce grand et utile travail, dont il croyait la conception entièrement de lui, avait-il été influencé par des envieux delà position de M. Linant dans ce grand travail, ou bien était-ce le caprice du moment ; à cette époque les plus grandes choses pouvaient se faire à condition qu'elles pussent être terminées immédiatement, on aurait dit que l'on craignsdt de ne pas vivre assez pour voir la fin de ses œuvres et que tout était pour le moment seulement, l'avenir ne comptant pour rien.

Depuis ce moment on transporta ailleurs les matériaux pour d'autres travaux; les constructions des magasins, ateliers, furent détruites pour en utiliser les bois.

Bientôt M. Mougel arriva en Egypte pour construire le Bassin de radoub à Alexandrie ; il eut nécessairement connaissance da projet des Barrages du Nil, et comme il se trouvait à Alexandrie, où Méhémet-Ali résidait plus souvent qu'ailleurs, il eut Tocéaslon de lui en parler. Méhémet-Ali revint alors à l'idée de la construction des Barrages, pour lesquels M. Mougel proposa un autre système d'exécution, sans cela pourquoi n'aurait-on pas dit à M. Linant de reprendre les travaux par lui commencés 7

M. Mougel avait connaissance du projet des Barrages de M. Linant et ne pouvant faire, ou faire faire, immédiatement toutes les observations et opérations indispensables pour dresser son projet, il fit donner l'ordre par le Vice-Roi à M. Linant de lui remettre toutes les études de ce projet, documents, observations, etc., etc.; ce qui fut fait immédiatement et selon l'ordre du Vice-Roi du 12 juin 1842, conçu en ces termes :

« M. Mougel, directeur des travaux du Bassin à Alexandrie, « a été chargé par le Vice-Roi de préparer un projet de Barrages u du Nil sur des bases nouvelles et d'après les principes qui tt ont mérité l'approbation de Son Altesse.

« Au moment de se rendre sur les lieux où il doit en étudier « l'application, M. Mougel a réclamé le concours de votre expé- « rience, fondant sa demande sur ce que, par ordre du Vice- 0 Roi, vous vous êtes livré à de longues et sérieuses études snr u le régime du Nil et la canalisation de la Basse-Egypte. Son « Altesse a pris en considération les observations de M. Mouu gel, et m'a donné l'ordre de vous inviter à entrer en commuu nicaUon avec cet ingénieur, pour lui donner connaissance des « documents que vous avez dû recueillir à l'occasion des tra- « vaux que vous avez déjà exécutés sur le sujet qui l'occupe « maintenant.

tt Son Altesse attache le plus grand prix à ce que M. Mougel « s'entoure de toutes les lumières que peut lui fournir l'Ad- « ministration, et elle attend de vous. Monsieur, que vousl'édaî- (4 riez de votre expérience, de vos utiles renseignements, et que « vous coopériez ainsi pour votre part à la réalisation d'une « œuvre qui intéressant la prospérité du pays, doit trouver le

« concours de tous les fouctionnaires sur le dévouement des- H quels le Vice-Roi se plaît à compter.

« Le premier secrétaire-interprète du Vice-Roi,

« Sigfié : Artxn-Bey. »

M. Mougel adressait en même temps à M. Linant la lettre suivante :

A HonsiEUR Linant.

« Je compte sur votre obligeance et sur votre désintéressement tt pour me donner tous les renseignements hydrographiques « qui sont entre vos mains; j'ai écrit dans ce sens à Son Altesse, tt en lui disant qu'il était juste^ autant que convenable, de vous a faire une part dans Tœuvre du Barrage, puisque vous étiez 0 l'auteur d'un projet qui avait été jugé digne de l'exécution.

a J'ai demandé à Son Altesse d'être mis en communication « avec vous, pour obtenir les docmnents dont j'aurai besoin et « qui sont à votre connaissance, etc. »

M. Linant remit tout son projet complet entre les mains de M. HougeL

U était donc après cela très-facile de faire un projet ; aussi M. Mougel le présenta-t-il au Conseil des Ponts-et-Ghaussées en janvier 1843]

Le rapport de la Commission donne pour conclusion, en

« Que le projet du Barrage n'a pas été précédé . d'études a suffisantes;

tt Que ce projet n'atteindra pas le but qu'on s'est proposé ;

« Qu'il n'est pas nécessaire, pour produire un grand bien « dans les cultures, d'élever les eaux de 5 à 6 mètres ; et enfin « que la question doit être étudiée à nouveau.

tt Msds à part cela, que le travail de M. Mougel mérite de (( grands éloges, et que les membres de la Commission lui tt expriment toute leur satisfaction. »

Le Conseil des Ponts- et-Chaussées dit aussi, en résumé : c que pour apprécier avec connaissance de cause les consétt quences d'une telle opération^ il serait nécesssdre d'avoir sous

« les yeox nombre de renseignements qoi manqaent aa dossier;

a il indique les documents nécessaires.

« Le Conseil pense qu'on ne peut détourner, au profit de l'ir-

« rigation du Delta, toute la totalité des eaux du Nil à l'étiage,

u sans compromettre gravement la salubrité du pays et la navi-

a gation du fleuve, a Deux membres se sont abstenus de prendre part au vote de

ff ce dernier paragraphe. »

Malgré le manque d'approbation, Mébémet-Ali fit de nouveau

commencer la construction des barrages, et H. Mougel dirigea

les travaux.

C'est ici le lieu de donner une idée des Barrages et de comparer le projet de M. Mougel à celui de M. linant (1).

Le Barrage Mougel est placé, comme tout le monde le sait, à rile de Chalagan, un peu en amont de celui Linant Cette lie formût, à l'époque à laquelle M. Mougel commença son barrage, la pointe du Delta; mais c'est une création nouveUe formée de sable et terre légère, ce qui faisait qu'elle était à peine cultivée et très-facile à afibuiUer par les eaux du Nil. D'ailleurs , ce point n'ét^dt pas plus la tète du Delta que ne l'était la position choisie précédemment par M. Linant (2) .

Le passage d'une Branche à l'autre, en 18S5, était à Derrawé, et l'île de Chalagan se formait; comme, depuis 1843, il s'est formé une grande île devant celle de Chalagan, choiâe par M. Mougel pour y établir ses barrages, cette nouvelle île, trèsagrandie vers le sud, recouvre aujourd'hui entièrement l'éperon où est la prise d*eau du canal du Centre. D'ailleurs c'est la marche régulière des atterrissements du Nil; la pointe du Delta, qui, probablement, se trouvait très-anciennement au Pharaoniéh, est remontée toujours au sud et aujourd'hui elle est à Corateîn, huit lieues environ plus au sud. M. Mougel a choisi cette position afin que ses deux barrages fussent réunis l'un près de l'autre, pour ne pas avoir de difiicultés à relier les travaux; mais ceci n'a pas été une compensation au désavantage

(1) Planche VI, n- 1.

(S) Idem.

d'avoir un terrain moins solide que celui où étaient placés les travaux de M. Linant.

La position choisie par M. Linant est à huit kilomètres plus au nord ; le terrain, dans cette position, est ancien et tassé. Les deux Barrages qui, chez M. Mougel, sont éloignés de 1.200 mètres, le sont, il est vrai, de 8.000 mètres dans la position choisie par H. Linant; mais cependant, comme M. Linant construisait ses barrages en dehors du cours du fleuve , il a dû choisir un coude pour avoir moins de terrassements en creusant le nouveau lit; tandis que M. Mougel, voulant bâtir dans le fleuve même, a dû choisir nécessairement une autre localité.

Dans la position des barrages de M. Linant, il était tout aussi facile de rejeter des eaux à volonté dans une branche ou dans l'autre, le remou se faisant sentir de même en fermant une partie des portes.

Ladifiérence de distance qui existe entre les deux localités est si petite, que cela ne changeait pour ainsi dire rien aux quantités des terrains pouvant profiter des avantages des barrages.

Les dimensions et les débouchés des Barrages des projets Linant et Mougel sont les mêmes , seulement dans celui de M. Linant, les piles ont plus d'épaisseur, ce qui permettait d'y adapter toute sorte de fermeture.

La cote de la surface du radier par rapport à l'étiage et à la hauteur des terrains est absolument la même, ce qui ne pouvait être autrement : quand on sait que les bases du projet Linant, ses observations, ses renseignements, etc., ont servi à M. Mougel pour établir le sien.

M. Linant, avant de dresser le projet, avait fait un long séjour en Egypte, et exécuté déjà beaucoup de travaux dans les provinces; il connaissait parfaitement le terrain et les effets du fleuve, il avait étudié par tous les faits d'expériences la meilleure manière d'établir ses Barrages; il pensa bien à construire les barrages dans le fleuve lui-même, mais il vit qu'il était bien préférable de les exécuter en dehors du cours du Nil.

M. Mougel, qui ne voulait pas faire comme M. Linant et désirait éviter les grands travaux de déblais du nouveau lit, crut plus économique de construire dans le fleuve.

Pour le premier projet, celai de H. Linant, on excayait dans le lieu choisi au coude désigné plus haut une grande fosse de la dimension voulue pour tout le radier du barrage.

Arrivé au niveau de Teau à Fétiage, on battsdt tout autour de l'enceinte deux rangées de palplanches à la profondeur de 7 mètres. Dans cette enceinte, on pouviût encore, comme l'expérience le prouve dans beaucoup de localités, excaver sans machines et pour ainsi dire à sec à S mètres plus bas que l'ëtiage.

Quelquefois même, comme au barrage de Garineîn, d'après ce qui est dit sur ce travail, on peut aller jusqu'à 6 mètres en contre*bas de l'étiage toujours à sec, et souvent sans avoir de palplanches, comme on en a un exemple au barrage cité, bâti en 18i0, il y a trente années passées; cependant il est en parfait état, n'ayant eu besoin d'aucune réparation jusqu'à ce jour, ce qui n'est pas pour les barrages du Nil.

Arrivé à cette profondeur, on creusait avec machines si les eaux étaient trop abondantes, et dans cette excavation on ne craignait pas tous les accidents pouvant être occasionnés par les criies du Nil»

Lorsqu'on était arrivé à la profondeur voulue, et que le terrain était bien aplani, on coulait sur toute la surface du radier une couche de béton, ou on y faisait de la maçonnerie si l'on était à sec, comme à Garineîn: c'était le système des fondations.

Les travaux de terrassements, 3.010.000 mètres cubes, qui sont indiqués dans le projet Linant, sont peu de chose comparés à ce qui se fait en Egypte chaque année en terrassements; et d'ailleurs M. Mougel a été trois fois obligé d'enlever les atterrissements qui se formaient à nouveau, quand la crue avait passé sur ses travaux.

Le grand inconvénient en bâtissant dans le fleuve était que, n'arrivant pas à avoir terminé au moment voulu les travaux projetés pour la campagne avant la crue, celle-ci causait beaucoup de dégâts dans les travaux et forçait à refaire bien des choses à nouveau.

Pour faire un travail de cette nature dans l'eau, on a dû employer des machines et un matériel conduit par des Européens,

le tout venant d'Europe à grands frais; M. Linant se servût des éléments du pays seulement.

H. Linant posait les fondations de son radier sur un terrain de niveau, ce qui lui permettait l'excavation faite hors du cours du fleuve; avantage très-grand. Au contraire, dans la position des barrages de M. Mougel, le sol sur lequel on bâtissait offrait des différences de niveau considérables; par exemple, dans la Branche de Rosette du côté de l'ouest, les sables de l'étiage étaient élevés à h mètres au-dessus des eaux, tandis que sur la rive de l'île de Ghalagan, il y avait à l'étiage 16 met. d'eau (1) .

Il était difficile alors de poser le radier à la même profondeur, avec le même mode de construction ; il aurait fallu sur la cote ouest une excavation d'au moins 18 mètres, et dans l'autre partie 2 mètres; alors comment parvenir à maintenir les sables par des palplanches à cette profondeur? aussi ne l'a-t-on pas fait, ni même essayé.

Dans la partie sablonneuse, le béton a été coulé pour les fondations à b'^^SO et posé sur le sable; dans la partie de Taffouillement où il y avait 16 mètres d'eau, on a fait un enrochement de 12 mètres de hauteur, et sur cet enrochement a été coulé le béton.

Qu'est-il arrivé? C'est que les eaux n'étant pas tranquilles sur cet enrochement, le béton coulé n'a pas pris, et quand plus tard on a voulu faire des batardeaux pour construire les piles, on a été obligé de refaire par partie ce béton; ce qui empêche que le tout soit lié en une seule masse.

Tout ceci eût été évité, si M. Mougel au lieu de bâtir dans le fleuve eût suivi le travail commencé par M. Linant; c'est-à*dire dans une fosse en dehors du cours du fleuve et surtout sans être obligé de faire pour fondation un massif en enrochement de 12 mètres de haut, au travers duquel passe l'eau comme par un crible.

Le radier du projet de M. Linant avsdt d'amont en aval 100 mètres, afin de ne pas craindre les affouillements occasionnés par

(1) Planche VI, fig. 2.

rôcoulement et par la chute des eaox, loraqtie le barrage eftt été établi.

Pois en amont du radier était encore le faux radier formé de gros blocs en enrochements.

Le radier de M. Mougel a seulement de Famont à Taval S&mètrès, Farriëre radier 8 et une espèce de crèche A, en tout &6 mèti*es. Ainsi les eaux retenues à 6 mètres de hauteur, comme dans le projet Linant, auraient bientôt endommagé l'aval du radier.

Dans le projet de M. Mougel présenté au Conseil des Pontset-Gbaussées, où il fait la critique du projet de H. linant, il est parlé d'une arche marinière de SA mètres de longueur.

Il est vrai que, dans le principe, M. Linant avait eu l'intention de faire cette arche comme déversoir ; mais plus tard les calculs prouvèrent qu'en laissant une ouverture aussi grande au passage des eaux, il était impossible pendant Tétiage, en fermant même toutes les portes, d'obtenir l'exhaussement voulu; et qu'une seule ouverture de 8 mètres avec une seule retenue de 6 mètres au-dessus de l'étiage suffisait pour l'écoulement des eaux; alors l'ouverture de SA mètres fut supprimée.

Mais M. Mougel, qui avait critiqué avec raison cette disposition du barrage et qui avait eu le temps de faire ses calculs lorsqu'il en vint à la construction, fit lui-même cette arche marinière ; mais il devait la fermer à volonté avec un bateau-p<^ lorsque les besoins l'exigendent; les barques devaient passer par cette arche, ce qui eût été fort dangereux et inutile, puisqu'il y avait des écluses. Plus tard, lorsqu'on janvier 185S ma successeur eut pris la direction des travaux du Barrage, cette arche fut divisée en deux par une pile, et cela se voit par des arches plus larges et des piles plus épaisses.

Dans le projet Linant, la fermeture des arches avait lieu par des portes d'amont et d'aval, liées entre elles par un système et avec des ventelles dans chaque porte. Les portes d'amont s'ouvraient en amont, celles d'aval en aval ; de aorte que les deux étant fermées, la pression s'exerçait sur celle d'amont. L'entredeux de ces portes devenait une espèce de sas, dans lequel les eaux étaient par conséquent au niveau des eaux d'aval du Bar-

GdSale

rage. Alors lorsqu'on voulait ouvrir, les guichets de la porte d'aval se fermaient et ceux d'amont s'ouvraient; quand les eaux entrées dans l'entre-deux des portes étaient assez élevées pour que leur pression sur la porte d'aval fût plus grande que celle sur la porte d'amont, nécessairement, ces portes étant liées ensemble, celles d'aval faisaient ouvrir les autres.

Un modèle de ces portes fut fait et fonctionna très-facilement.

M. Mougely pour la fermeture de ses portes de barrage, avait, dans le projet envoyé au Conseil des ponts et chaussées, un système compliqué de vannes, de poutrelles horizontales et séparant l'arche par un poteau ; lui-même avait eu l'intention de substituer à ce double système compliqué, celui de poutrelles horizontales et creusées en fonte et en tôle de la longueur de toute la largeur des arches. C'était certainement le meilleur et le plus facile des systèmes, mais celui-ci fut encore abandonné pour un autre bien plus compliqué ; c'est celui des portes , qui est aujourd'hui monté au Barrage de Rosette et qui ne manœuvre qu'avec une extrême difficulté, d'une mauvaise construction, et si peu exacte que, même avec toutes les portes fermées, les eaux ne s'élèvent qu'à 1",40. M. Mougel, pour éviter que les sables ne s'accumulassent sur la porte en amont lorsqu'elle était fermée, a fait le seuil de chaque arche d'une pièce en fonte à jour, où les eaux passent librement ; et plus la hausse occasionnée par le barrage augmente, plus la vitesse dans les ouvertures de ce seuil devient grande. Il est donc impossible avec ce système incomplet de pouvoir obtenir la retenue désirée de 6 mètres.

Au surplus, ce système n'a jamais été approuvé ; et voici, avant de citer l'opinion que plus tard plusieurs commissions ont donnée, celle de la Commission internationale venue en Egypte en 1866 pour le projet du Canal de Suez :

« Le système des portes mues par l'air comprimé est trop (c compliqué pour que l'on puisse en garantir le succès ; la Gom- « mission préférerait un système plus simple, ayant déjà reçu a la sanction de l'expérience ; par exemple : les portes avec « vannes persiennes ou avec des ventelles superposées. >

Quant aux prix des constructions selon les devis : M. Mougel

ne pouvait prévoir et mettre en ligne de compte tontes les dépenses qui ont été occasionnées par les accidents provenant des cruest lorsqu'on n'y était pas préparé, ayant mis beaucoup plus de temps à fûre ce qui devait être terminé avant leur arrivée. M. Mougel certainement n'a pas prévu les énormes dépenses oc- .casionnées par ces enrochements de 16 mètres de haut» sans compter ce qui s'est enfoncé dans le sol ; son devis porte les dépenses à 6 millions.

Le projet de M. Linant portait 1^ dépenses totales à 21.000.000 de francs, tout y était compris; et l'habitude des travaux en Egypte et son expérience étaient des garanties pour penser qu'il ne s'éloignerait pas trop de la réalité.

Pour les barrages de M. Mougel, en avril 185S, lorsqu'il quitta le Barrage, la dépense était arrivée à 47.000.000; les ouvriers de' corvée n'étaient pas compris dans cette somme, et les travaux étsdent loin d'être terminés, puisqu'à pdne quelques piles étaient hors de l'eau.

A cette époque, une commission fit un procès-verbal de l'état des Barrages, afin de recevoir le travail de M. Mougel et de le consigner à Mazbar^Bey, remplaçant Mougel-Bey.

U serait trop long de donner en entier connaissance de ce procès-verbal, seulement :

On reconnut que sur le grand empierrement une partie da béton était en mauvais état, ce qui n'avait pu encore être réparé ; les piles avaient cinq ou six assises, et avaient à peine été commencées.

On constata que le radier était loin d'être en parfait état et que cela provenait de sources surgissantes, dans les endroits non terminés, au moment où les crues ont empêché de continuer les travaux.

Enfin on reconnut, par des sondages, qu'en amont comme en aval du grand empierrement de 12 mètres de haut, il n'y avait pas eu d'atterrissement notable.

Une grande faute qui fut commise, faute d'où proviennent tons ces graves inconvénients des sources dans leradier des parties non terminées ou mal confectionnées, mais qui est bien certainement indépendante de Mougel-Bey, c'est que l'on a commencé à éte-

ver les piles avant que le radier ne fût bien terminé et consolidé ; dans certaines parties c'étaient les sources, dans d'autres l'épaisseur manquait, dans d'autres en(in« comme sur l'enrochement» le béton était à refaire.

On força M. Mougel à élever les piles, Méhémet-Ali le voulait; et ensuite on continua à les terminer, on finit même le corps du Barrage, trottoirs, parapets, tourelles, etc., comme si le travail sous l'eau eût été complété. On plaça même plus tard les portes, on les fit fonctionner ; mais on laissa toujours le radier tel qu'il était en 1847, ou à peu près. M. Mougel eut donc le seul tort de consentir à faire ce qu'il croyait ne pas devoir être fait sans compromettre la sécurité de son travail ^ je sais que s'il avait refusé, il aurait dû quitter le service : mais alors il n'aurait eu aucune responsabilité; d'ailleurs il y a été forcé peu après, et nous croyons que tout ce qui arrive aujourd'hui au Barrage provient de cette faute, du caprice du chef et d'y avoir consenti.

M. Mougel, qui fut démissionnaire en 1853, revint en Egypte la même année, lorsque Saïd-Pacha arriva au pouvoir ; il fut réemployé, mais il ne reprit pas les travaux du Barrage; on les continua sans lui et ils furent mis dans l'état où ils se trouvent aujourd'hui, toujours sans que l'on touchât au radier dans les parties défectueuses.

Pour en finir avec cette histoire des Barrages du Nil, nous allons donner des extraits des rapports de deux Commissions qui furent instituées, la première, le 13 novembre 1861, ordonnée par Saïd-Pacha, la seconde, le 4 juillet 1863, ordonnée par le Vice-Boi actuel.

A cette époque on ne remarquait pas d'autres lézardes dans cet immense ouvrage que celles qui existaient depuis l'origine de la construction dans la première, la deuxième, la troisième Arche de la rive gauche, Branche de Bosette ; pour le moment cela n'offrait pas de danger.

On proposait, avant de faire la moindre retenue, de terminer les portions de radier qui restaient à exécuter et d'aveugler les sources existant encore.

On proposait pour ces travaux un bateau-plongeur pouvant entrer dans les ^ches et approcher partout des piles, ce qui

faciliterait les opérations et offrirait un moyen bien meiUeiir que celui des batardeaux, surtout en ce qui concerne les sources.

Le faux ou arrière-radier n'était pas fini.

On deniandait à s'assurer si les eaux ne passaient pas au travers de l'enrochement qui avait été fait dans une profondeur d'eau de 16 mètres, car on ne remarquait aucun atterrissement, et dans le cas affirmatif, de prendre les mesures nécesssûrfô pour remédier à cet inconvénient : puisqu'une partie des membres est convaincue que les eaux passent librement au travers de l'enrochement, quoique cet état de choses ne présentât aucun inconvénient tant que le Barrage n'aurait d'utilité que comme pont de passage. Si l'on arrivait à faire des retenues pouvant atteindre A mètres, alors il y aurait de très-graves dangers à craindre; la Commission s'ajournait jusqu'à plus amples renseignements pour formuler les moyens à employer afin de terminer promptement ce beau travail.

Dans le rapport de la Commission du mois de juillet de 1863, il est dit que les travaux décidés par la première Commission n'avaient pas été exécutés, que les expériences demandées n'avaient pas été faites, et que les sources n'étaient pas aveuglées.

Quant aux portes et à leur système, les épreuves faites jusqu'au jour où la Commission se réunit, concluaient bien plutôt, indépendamment de toute autre considération, à la condanmation radicale du système des portes actuelles, qu'à leur application au Barrage de la Branche de Damiette, attendu leur mauvaise construction, qui ne pourrait certainement pas résista à la pression due aux retenues projetées. La Commission con^ damne donc à l'unanimité et le système et la construction de ces portes, d'autant plus qu'il est à crsdndre qu'avec elles on ne puisse obtenir la retenue voulue.

La Gonunission penchait à faire la fermeture du Barrage de la Branche de Damiette avec des poutrelles horizontales en tAIe; mais avant de faire les couunandes pour ladite fermeture, elle demandait à ce que des essais fussent exécutés dans un pertuis offrant des conditions analogues.

Les expériences demandées à l'époque de la précédente réunion de la Commission n'ayant pas été exécutées comme (m

l'attendait» la question du passage des eaux au travers de Tenrochement de 16 mètres de hauteur n'a pas été mieux trsdtée que dans la première réunion» et les choses sont dans le môme état

Enfin la Commission» malgré la confiance qu'elle peut avoir dans le succès définitif du Barrage, pense qu'il est sage de ne creuser les canaux alimentaires qw guand* le Barrage aura subi ses épreuves.

Voici donc l'avis résumé de la Commission réunie en 1863, et depuis ce temps on a laissé aller les choses. Pourtant» à l'étiage, le besoin d'une augmentation d'eau s'est toujours fait sentir dans la Branche de Damiette ; afm d'alimenter les canaux séfi» on a fermé alors les portes du Barrage de Rosette» qui depuis avaient été toutes montées, et l'on a obtenu une hausse de 1 mètre à 1»,40.

Tant que l'on n'avait pas fermé les Barrages pour avoir cette retenue d'eau» celle-ci coulait librement et il n'y avait pas de dégâts dans les constructions» excepté tout à fait à l'aval du radier ou à l'arrière-radier et à l'endroit du grand empierrement. Mais du moment où depuis quelques années on a fermé à l'étiage les portes du Barrage de la Branche de Rosettopour déverser des eaux dans la Branche de Damiette» cette hausse d'eau qui a été seulement de 1 mètre à 1",40 a exercé une pression en amont du radier» et les sources» qui n'avaient point été bouchées» aveuglées» ont jailli faisant siphon» et elles ont emporté les sables de dessous les fondations du radier. Alors une partie du Barrage s'est lézardée et a cédé : ce sont neuf arches du côté de l'ouest et d'autres placées sur le grand empierrement. Il est donc de la plus grande impi*udence, dans l'état actuel des constructions» de penser à fermer le Barrage» ce qui peut compromettre encore beaucoup plus sa solidité qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Malgré ce qui a été dit par les Commissions de 1853, de 1861 et de 1863, sur les travaux à exécuter pour terminer le Barrage et le mettre dans un état complet de solidité et de sécurité» rien n'a été fait et aujourd'hui l'état des choses est bien changé.

A la partie des neuf arches où sont les lézardes, celles-ci existent certsdnement dans le radier ; il est pour ainsi dire certain aussi que le grand enrochement est un crible au travers duquel passent les eaux.

Or pour remédier à tout cela, refaire une partie du radier, plusieurs piles, plusieurs arches, rendre l'empierrement de 16 mètres de hauteur.étanche, de manière à ce que la pression due à jk^'.SO minimum de retenue n'occasionne plus de siphons dans le radier , il faut bien des travaux dont la réussite n'est certaine qu'avec de très-fortes dépenses ; il faut pour les deux barrages un système de fermeture ; il faut enfin, pour jouir, si cela est possible, du résultat des Barrages, établir le système des grands canaux alimentaires, et certes, d'après ce qui s'est fait et la connaissance que nous avons de la manière dont on travaille en Egypte, on devra certainement dépenser de 20 à 30 millions.

Pour compléter ce mémoire, nous allons donner ici une note faite pour le Khédive en 1871^ et nous ferons observer qu'aujourd'hui le Barrage delà Branche de Rosette est encore en plus mauvais état ; les réparations, en supposant qu'elles réussissent à souhait, coûteront beaucoup, les autres travaux aussi : car il n'y a que le canal du centre qui soit creusé, et l'on connaît bien aujourd'hui, par tous les travaux donnés à l'entreprise, ce • que vaut la journée d'un terrassier.

Page 1