‹ Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publiqué éxécutés en Egypte depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos joursChapitre 46 sur 61 · PORT DE SUEZ. - CALE DE HALAGE. - FORME FLOTTANTE. - BASSIN DE RADOUB · texte numérisé non relu

PORT DE SUEZ. - CALE DE HALAGE. - FORME FLOTTANTE. - BASSIN DE RADOUB

Ces travaux du port de Suez furent commencés par Saîd Pacha et continués, avec beaucoup de travaux complémentaires ei supplémentaires, par le Khédive Ism^ul Pacha.

D'après l'extension que les communications avec les Indes avaient prise par le transit d'Alexandrie à Suez, et diaprés ce que l'on pouvait prévoir pour l'avenir, déjà en i 866 on pensait à avoir sur la mer Rouge un port convenable où l'on pût construire les établissements indispensables à la marine.

Ainsi le Vice-Roi Saïd Pacha voulut avoir des informations sur ce qu'il y aurait de mieux à faire dans ce but, et Linant Bey, alors Directeur-général des Travaux Publics et Ingénieur en Chef du Canal de Suez, reçut du Vice-Roi la dépêche suivante, écrite par le Ministre des Affaires étrangères :

0 Une Compagnie s' étant formée sous le patronage du Vicea Roi, pour entreprendre un service régulier de bateaux à va- (( peur sur la mer Rouge, Son Altesse a pensé qu'il était urgent « de s'assurer dans cette mer d'un port qui réunît autant que « possible, toutes les conditions propres à satisfaire aux divers

ir besoins d*tin service aussi important. Tai en conséquence reçu o Tordre de vous inviter. Monsieur le Bey, à examiner et à re- « connaître par vous-même qu'elle est, de Suez ou de Goseïr, la « localité qui offrirait à la fois le plus d'avantages et de facilités a pour rétablissement d'un port avec bassin de carénage. — Le « Yice-Roi désire que vous teniez compte dans votre étude, non- « seulement des circonstances locales par rapport aux intérêts tt de la navigation, mais encore des considératious qui militec raient en faveur de l'un ou de l'autre des points indiqués, en a raison de la proximité des matériaux et du plus ou moins de u ressources qu'on y trouverait pour l'exécution des trait vaux, etc., etc »

Voici le rapport de Linant Bey :

« Me conformant à l'ordre que Son Altesse le Yice-Roi m'a fait « transmettre par l'entremise de Votre Excellence, le 21 du mois « dernier, je vus considérer les ports de Goseïr et de Suez sous « les points de vue que vous m'avez indiqués, ce qui m'est fa- « cile, connaissant parfaitement le port de Suez, pour en avoir « fait exactement le plan, avec celui du fond du golfe, et ayant « visité celui de Goseïr.

« Dans le choix de l'un de ces deux ports pour y faire les « établissements nécess^dres à la Gompagnie que S. A. le Vie tt Roi veut bien prendre sous son patronage, ce n'est point « seulement, je crois, la seule cause qu'un port est bon qui c doit déterminer à choisir ce port plutôt qu'un autre, car le a meilleur sera celui qui réunira le plus grand nombre de con- 0 ditions exigibles.

« Il me semble que ces conditions, au moins les principales, a sont :

a l"" Que le port soit grand, à l'abri des plus forts vents a régnant dans l'endroit, qu'il ait un bon fond pour l'ancrage, a avec la profondeur d'eau voulue pour les bâtiments du plus tt grand tirant d'eau.

tt 2"" Que ce port soit disposé convenablement pour y établir « un bassin de carénage et où l'on puisse, sans s'éloigner trop tt de la rive, trouver la profondeur d'eau nécessaire pour établir

« le radier du bassin, afin de ne pas être obligé de relier le bas- « sin à la côte par des travaux coûteux, et plus les marées se- « ront fortes, plus les travaux seront faciles ; je ne parie pas de a la considération des ensablements, ni de celle des passes, « car ni Coseîr ni Suez n*ont à craindre les premiers, qni agis- « sent extrêmement lentement, et quant aux passes, il n'y en « a pour ainsi dire pas.

« S* Que l'on puisse trouver les matériaux de constmcticm à « proximité.

(c A* Que le port soit le plus possible rapproché des eaux po- « tables, pour alimenter les habitants et pour servir d'aiguade « aux navires.

« b"" Que le port soit à proximité des voies de communica- « tion les plus faciles avec l'intérieur du pays, près du centre « du commerce et de la population.

« &" Que le port soit autant que possible en dehors des in- « convénients d'une navigation difficile, pour se rendre aux « échelles dans les mois où l'on doit naviguer.

n 7* Que le port se trouve sur la ligne la plus fréquentée par « de grandes communications commerciales et dont on peut « prévoir l'augmentation journalière.

« Le port de Coseîr n'est point fermé, c'est plutdt une pedte tf baie avec mouillage, une rade fordne.

V Les vents, depuis le N.-E. jusqu'au S.-S.-E., battent en « plein ; des autres côtés il est abrité par la terre et par des bancs a de madrépores qui sont à découvert pendant les basses macr rées. A Coseîr, aujourd'hui, il n'y a ni quais ni débarcadères, « et lorsqu'on débarque les marchandises, des hommes vont 1» « prendre dans les canots des navires, à 10 et 15 mètres du bord tt en se mettant à l'eau. La ville de Coseîr a à peu près 250 mètres a de longueur sur la mer et i 50 de largeur dans l'intérieur.

a Quelquefois, des bâtiments du pays qui viennent ancrer « dans cette rade foraine sont jetés à la côte, peut être par la « mauvaise qualité de leurs câbles, car le fond est assez bon; n mais ce mouillage, plutôt que ce port, n'est qu'une anse que a la tranquillité seule de la mer Rouge peut faire considérer « comme un port.

« Les marées en moyenne sont, à Goseir» de 0",A0 à 0",50; <c le maximum est de O'^ySO.

« La baie de Suez, qui a environ 28 kilomètres de tour (1), « par sa conformation et avec son petit port actuel, où les bar- « ques seulement peuvent entrer, est un des plus beaux empla- « céments de ports connus : c'est une baie fermée à tous les « vents. Si celui du sud bat en plein dans la partie où ancrent « aujourd'hui les grands bâtiments, ceux-ci n'en souffrent pour- « tant jamais, puisqu'il y a là une corvette anglaise qui y est o mouillée depuis six années, pour servir de magasin à charbon, « et dont jamais les communications avec la terre n'6nt été in- « terrompues un seul jour, au dire du commandant.

« En mouillant plus à l'ouest, derrière la pointe de TÂdabn bièh, où il se trouve jusqu'à 20 mètres d'eau, sur une superce ficie capable de contenir les plus grandes flottes, avec un fond u uni de la meilleure qualité (sable et vase solide), on a là un « endroit magnifique pour tous les établissements qu'exige un (( grand port de mer. On peut approcher à 25 ou 30 mètres « de terre, avec une profondeur d'eau de 3 à i mètres.

« Les quatre écueils qui se trouvent à l' Adabbieh sont à fleur « d'eau à marée basse, très-peu étendus, et à 10, à 20 mètres « au plus de leur bord, il y a 8 et 10 mètres de fond.

a Ce port, qui a une surface exprimée par un carré de A. 000 « mètres de côté, est toujours tranquille et jamais les tempêtes, a si rares d'ailleurs et si fsdbles, provenant du sud et sud-ouest, c( n'ont agité la mer dans ce lieu. — Lorsque par des coups de a vent du sud, les bâtiments du pays arrivent à Suez, ils vont a mouiller à l' Adabbieh pour être à l'abri jusqu'à ce qu'ils « puissent entrer à Suez.

« A Suez, les marées sont en moyenne de 1",60.

a Les petites barques entrent, aujourd'hui, jusque sous la « ville, et débarquent les marchandises assez difficilement sur ce les parties de qusds de la place.

(( La ville de Suez a sur la mer une étendue de 700 mètres et « 300 à 350 au plus de largeur jusqu'à la muraille.

{{) Planche VU, <>M.

« On voit donc que pour le premier point, le port de Suez est « préférable à celai de Goseîr.

« Dans le port de Goseîr, on peat construire des quais et des « bassins de carénage \ mais ces travaux ne seront jamais dans « un port abrité, comme s*ils étaient exécutés dans la baie de « Suez à l'Adabbieh, où l'on peut choisir la profondeur d'eau « désirable d'un bassin de radoub, qui peut être à peu de dis* a tance du bord et dans un endroit où jamais h mer n'est grosse.

« Sur ce point encore Suez est préférable à Goseîr.

tt Aux environs de Goseîr, les matériaux pour constructions, à « part l'argile pour faire des briques, le gypse pour le plâtre, c sont aune assez grande distance; aussi toutes les maisons i a peu près sont en bpques crues, le château seul est en calcaire. « A une grande distance on ne trouve pas de combustible, si ce « n'est dans les ravins ou Ouadées des montagnes qui sont assez

« A Suez, on trouve de la pierre pour bâtir, de la pierre à « chaux, de l'argile, du plâtre ; on calcine la chaux et l'on cuit « le plâtre avec des broussailles et des plantes du désert, ce qui « plus tard, il est vrai, ne pourrait être suflSsant. C'est aux « carrières mêmes que l'on caldne la chaux et le plâtre, qui a ensuite sont transportés par barque à pied d'œuvre à Suez.

« Des lieux où sont ces carrières jusqu'à Suez, il y a environ a 20 kilomètres par mer, 2h kilomètres par terre; mais pour le « point de TAdabbieb cela est bien moindre.

tt Dans le port de l'Adabbieh, qui est dans la baie de Suez, « on a la montagne calcaire à 2 kilomètres, et l'endroit où foQ « prend la chaux est aujourd'hui à 6 kilomètres; enfin, dans « la montagne d'Âbou Daragué, à 8 kilomètres de la mer, il y a a dans rOuadée Gaffour de la pierre donnant une excellente « chaux hydraulique.

« Ainsi, sous le rapport des matériaux, Suez est toat à fait « préférable à Goseîr.

0 A Goseîr on a, dans le château, un puits d'une eau si saa- « mâtre, si lourde, que c'est à peine si les animaux peuvent « en boire.

« A quelque distance de la ville on peut avoir des nuits en

fc creusant à 2 mètres, m«s l'eàa qu*OD en retire, sans être « salée, n'est pourtant pas potable, à cause de la grande quan- « tité de sulfate de chaux qu'elle tient en dissolution.

« A 20 et 25 kilomètres de la ville se trouve de Teau un a peu meilleure.

« Enfin, à 36 kilomètres environ, se trouve une autre eau, € dans le lit d'un torrent nommé Terfaoué, qui est passablea ment bonne et que les habitants de Coseïr qui possèdent de c l'aisance envoient chercher par des chameaux. On pourrait « probablement avoir des citernes qui seraient remplies par « l'écoulement des torrents venant des montagnes, quand il « pleut, ce qui n'arrive pas tous les ans.

« A 6 kilomètres de Suez on a le puits de Suez, qui fournit tt abondanmient de l'eau pour les animaux; elle est trop sau- « mâtre pour être bue. Cette eau peut être conduite facilement « à Suez.

a A 19 kilomètres dans le nord est le puits d'Agerout, dont a les eaux sont les mêmes que celles du puits de Suez : mais c au lieu d'être à 21 mètres de profondeur, elles sont ici à € 70 mètres.

a A 7 kilomètres de l'autre côté de la mer, sur la rive orien- « taie, est la source de Gargadé, qui fournit aujourd'hui toute c( Teau nécessaire aux habitants de Suez : elle est potable et, tt avec du soin, cette eau peut devenir fort bonne et plus abon* a dante.

c II y a encore les sources de Hoîse qui fournissent beaucoup « d'eau, seulement elles sont à 16 kilomètres de distance enc viron et Teau en est saumâtre, lourde, désagréable à boire; tt elle n'est bonne que pour l'arrosage des jardins.

a Dans l'Est de Suez sont les eaux de Mahbehouk, à environ c 16 kilomètres; elles sont excellentes, peuvent être fort abon- « dantes à l'aide de quelques travaux et peuvent être conduites c jusque vis-à-vis Suez, au bord de la mer, par une conduite c qui a jadis existé, et par le même moyen on peut réunir à la tt source de Mahbehouk une autre source dont l'eau est encore tt meilleure, nommée Nabé, qui est aujourd'hui ensablée.

tt Enfin à £1 Hédeb, qui est à 10 kilomètres de i'Adabbieb,

« entre TAttaka et Abou Daragaé, à i kilomètre de la mer, on (c peat avoir beaucoup d'eao. H y a eu là des terrains cultivéset « arrosés par des sakiéhs dont on voit les restes. L'eau eo est « bonne.

« La forte source de Goufibé, qui est au pied de Gébel Aboa « Daraguét est trës-adondante; malheureusement elle n'est pas « potable et est fort éloignée de Suez, à plus de 36 kilomètres.

« n y a bien aussi dans le fond de la baie de Suez, à 6 oo « 7 kilomètres, d'andens réservoirs creusés dans le sol, avec « des parois en pierres sèches, et des travaux andens barraDt « les ravins pour faire entrer les eaux dans ces réservoirs quand a il pleut; ils pourraient être remis en état pour consenrerles « eaux de pluie; mais cela est fort précaire, car aujourd'hui 3 tt est loin de pleuvoir tous les ans.

< On voit donc que dans l'état actuel des choses, sous le rap- « port des eaux, Suez est préférable à Goseîr.

c Le port de Coseir est éloigné du Nil de AO lieues an moins. « Il n'y a aucune route établie, et dans quelques endroits efle « est fort mauvaise ; de plus, pour la navigation sur le Nil, de- « puis Kennéh jusqu'au Caire, ou bien depuis Akbmim, lieu où c peut aboutir la route de Goseîr, on a une distance de plos « de 110 lieues à parcourir, en remontant contre le courant ou c en le descendant. Pendant la bonne saison, pour remonter tt quand le Nil est haut et le vent bien établi du Nord, il faut, « pour les barques, en moyenne, douze jours ; pour les grands « vapeurs, ce n'est que pendant environ cinq à six mois qu'ils « peuvent naviguer ; et pour descendre pendant les basses eaux, < le courant étant faible, les barques mettent beaucoup de a temps et échouent souvent.

0 Pour aller du Nil à Suez, il n'y a que S2 lieues, « avec une très-belle route, que tout le commerce suit aojour- « d'hui ; les transports alors ne se font plus sur le Nil, puisque tt le chemin de fer d'Alexandrie au Gaire existe et que celui du a Caire à Suez sera bientôt fini; alors on évitera et la nayigatt tion du Nil sur une longueur de 110 lieues, et la traversée du « désert à dos de chameaux.

« Suez, tout naturellement, se trouve donc à proxinûté des

c grands centres de population, comme Alexandrie et le Caire, c Les communications sont faciles, et pour y faire un port avec « deà bassins de radoub, on est à portée des arsenaux d'Âlexan- « drie et du Caire.

a Suez, sous ce point de vue encore, est bien préférable à « Coseïr, qui n'a aujourd'hui que le commerce des comestibles m de la Haute-Egypte pour le Hégias, commerce qui peut tou- « jours lui rester, à moins que par les remorquages on ne trouve « plus avantageux de faire descendre les comestibles par le Nil, c pendant les inondations, jusqu'au Caire, et de là à Suez par la « voie ferrée.

« Si quelques pèlerins allant à la Mecque passent encore par « là, ce n'est point qu'ils y trouvent leur avantage, c'est qu'ils y « sont forcés; et quand sur la mer Rouge ils pourront avoir de (f bons bâtiments, qui offriront plus de sécurité que les carcasses c sur lesquelles on les entasse aujourd'hui, pas un ne voudra <c passer par Coseïr, même pendant la S£Ûson où l'on risque d'a« « voir des vents contraires sur la mer Rouge, vents qui durent n sur cette mer beaucoup moins que sur le Nil.

<c On pourrait peut-être penser que Coseïr étant plus avancé a vers le Sud dans le bassin de la mer Rouge et placé dans la « partie la plus large de cette mer, la navigation pour les bàti- € ments qpi iraient à Djeddah et dans les ports qui se trouvent « au Sud serait plus facile. Il est vrai que de Coseïr à Suez il n'y « a que Moëlab, petit endroit très-peu important; mais, comme « nous l'avons dit, la navigation de Suez à Coseïr est plus facile c( avec de bons bâtiments et surtout des vapeurs que celle du c Caire à Kennéh sur le Nil, et les communications du Nil à la 0 mer Rouge sont toutes à l'avantage de Suez; ainsi, sous tous « les rapports et sous les points de vue d'aujourd'hui, Suez est t< bien préférable à Coseïr.

« Seulement la position de la ville actuelle de Suez n'est « point propice pour y établir dans le port, ni un chantier, ni « un établissement, ni un bassin de radoub, comme il le faut « pour la compagnie dont S. A. est le protecteur, puisqu'il n'y c( a que 2 à A mètres d'eau pour y arriver; mais l'emplacement « de l'Adabbieh dans la baie de Suez est le plus convenable.

t et il ne s'agit* pour que ce lieu soit absolument préférable « à Suez comme ville, que de prolonger le chemin de fer d'eoc viron 16 kilomètres le long de la mer, et immédiaiement on « verra s'établir à i'Adabbieh tous les magasins, chantiers et a habitations.

« Si Suez est aujourd'hui préférable à Goseîr sous toas les « rapports, au point de vue dont il est question, que sera-ce doue « bientôt, lorsque le chemin de fer sera terminé et que le canal « dérivé du Nil pour l'Isthme de Suez pourra porter les eam « douces et de petits navires ou barques du Nil jusqu'à cette « ville ; sans parler encore de ce qui arrivera, quand le Canal i maridme de Suez à Peluse sera terminé 7

« Si l'on avait la persuasion que ce grand travail se terminât « comme il est projeté, il serait inutile de construire dans la « baie de Suez des chantiers, docks et bassins, etc., puisque « le lac Timsah est désigné comme le port intérieur, où tous 0 ces établissements doivent se trouver.

« Je conclus, Excellence, en donnant mon opinion qui est: « que les choses restant ce qu'elles sont aujourd'hui, c'est a dans la baie de Suez à I'Adabbieh que la Compagnie doit aroir « des établissements, qui ne peuvent qu'acquérir tous les jours t de plus en plus d'importance ; mais que si l'on croit au per- « cément de l'Isthme et au projet du port à Timsah, on ne doit « faire à Suez que des établissements provisoires.

« Le Caire, le 4 septembre 1856. >

On ne parla plus de cette affaire ni du port d'Alexandrie que neuf mois après.

Linant-Bey reçut alors une dépèche du sécrétant des commandements de Saîd Pacha, ainsi conçue :

« r ai l'honneur de vous informer que S. A. le Vice-Roi ayant reconnu la nécessité d'établir sur le rivage de la Mer Bouge une cale de halage qui puisse recevoir, outre ses propres bateaux, ceux de la Compagnie Maritime de la Mer Rougié|c ceux de la Compagnie Péninsulaire-Orientale et de la Compagnie Australienne, a résolu de nonuner une Commission, dont il espère que vous voudrez bien faire partie, et qui serait chargée

d'explorer la portion de côte comprise entre Suez et l'Attaka, et d'indiquer quel serait le point le plus favorable pour établir la susdite cale, sdnsi que les ateliers qui devront être construits dans son voisinage.

0 Cette Commission serait composée ainsi qu'il suit :

« Son Excellence Linant-Bey, « M. 6b£En-Bey, « M. le capitaine Mansel, « H. le capitaine Hommet , « M. le capitaine Frédrigo»

a M. HOLTON»

« H. Dervieu, « H. Roose.

« Ne doutant pas, Excellence, que vous ne soyez disposé à accepter la mission que S. A. me charge de vous confier, je vous prie de vouloir bien fixer, d'accord avec les autres membres de la Commission, l'époque à laquelle devra avoir lieu l'exploration ci*dessus mentionnée, et de me faire part en temps opportun de la décision qui aura été prise à cet égard.

« Agréez, etc., etc. n

D'après cet ordre, la Commission fut réunie à Suez, le 13 août 1867, et voici son rapport :

Rapport de la Commission nommée par ordre de 5. A. le Vice- Roit sur V emplacement à choisir entre Suez et VAttaka pour la construction d'une cale de halage et d'ateliers de réparations.

La Commission nommée par ordre de S. A. le Yice-Roi, d'après la lettre de S. E. Kœnig-Bey, secrétaire des commandements, en date du 6 juin dernier et composée de... (noms des membres comme ci-dessus, excepté M. Green-Bey, remplacé par S. E. Afour-Pacha), s'est réunie au Caire le 12 août 1867, et a décidé de se rendre immédiatement à Suez, pour y procéder à l'examen des localités.

Réunie de nouveau à Suez le 13 août, après examen de la carte de la baie de Suez, dressée par le capitaine Mansel, après

avoir étudié les cotes entre Soez et Jattaka (1), reconnu le pea de profondeur de Teau dans les environs de Suez, après s'être rendue à Jattaka dans la baie de l'Adabbieh et avoir reconnu Texactitude du plan et des sondages du capitsûne Hansd, la Commission a décidé à l'unanimité :

1* Que le point le plus favorable à rétablissement d*aieliers de réparations et d'une cale de halage qui puisse recevoir, outre les bâtiments de S. A., ceux de la Compagnie naritime de la Mer Rouge, de la Compagnie Péninsulaire Orientale et de la Compagnie Australienne, était Jattaka, dans la baie de FAdabbieh ;

2* Que rétablissement d'une cale de halage sur ce point nécessite la construction d'une jetée pour préserver et abriter la cale des vents du Nord, qui pourraient fréquemment retarder la réparation des navires.

Pour obtenir tous les avantages possibles de cette jetée, il serait à désirer que le chemin de fer du Caire à Suez pût y aboutir; elle pourrait alors servir à Famarrage des navires en chargement et en déchargement, ce qui économiserait tous les frais et toutes les longueurs de temps du transbordement qui a lieu aujourd'hui.

Fait et rédigé séance tenante à Suez, le 18 août 1857, à dix heures du soir.

Signé par tous les membres de la Commission.

Voici la lettre d'envoi de Linant-Bey au secrétaire des commandements de S. A. le Yice-Boi.

(( J'ai l'honneur, Excellence, de vous envoyer ci-joint le rap- « port de la Commission de Jattaka.

« Vous verrez. Excellence, que nous nous sonunes bornés, « pour ainsi dire, à répondre aux instructions que nous avons c reçues, qui sont : de décider quelle est, dans la baie de Suez, « depuis cette ville jusqu'à Jattaka, la localité la plus convenable « pour y établir une cale de halage et des ateliers.

a Les marins fsdsant partie de la Commission ont pensé, avec

(i) Jattaka est un écueil dans la baie de PAdabbieh, sous la montagne de TÂttaka.

« d'autres membres, que le port de l'Âdabbieb, que j'avais désitt gné déjà à S. A. le Yice-Roi, dans mon rapport sur Suez et c< Goseîr, était uaturellement assez fermé et abrité contre tous « les forts vents, pour ne pas avoir besoin de faire un port ar- « tificiel ou un bassin.

« Maintenant, il faudrait qu'il fût fait un programme des tra- « vaux à exécuter, selon les exigences des différents services de ce la Compagnie de remorquage de la Mer Bouge, de ceux de la <f Compagnie Péninsulaire, etc., etc., programme où l'on indi- « querait quels sont les ateliers qui devront dépendre du serft vice de la cale dehalage, les magasins, logements des emu ployés, etc., etc.; quelle sera la quantité de bâtiments d'une « grandeur déterminée qui devront décharger ou charger dans c( un temps donné, sur la jetée et au débarcadère; enfin quelles 0 sont les eaux que l'on devra conduire au nouvel établissement.

« Ce programme, une fois fait, les ingénieurs désignés étuii dieront l'ensemble du projet et en feront l'estimation; le tout tt sera ensuite soumis une autre fois à l'approbation de la « Commission.

0 M. Mouchelet, ingénieur-en-chef du chemin de fer de Suez, 0 qui devra être conduit plus tard, par conséquent, jusqu'aux « nouveaux établissements à l'Adabbi^h, connaît déjà une partie a des localités nécessaires à connaître pour faire le projet désiré ; « ce serait une raison de plus pour qu'il fût chargé avec moi de « faire les études de détail et le projet, afin qu'il y eût le moins « de temps perdu possible.

« Il serait à désirer que l'on employât, le plus possible, les « ressources du pays et que nous donnent les matériaux que « nous possédons, afin que les dépenses ne soient point trop a augmentées en commissionnant à l'étranger ce qui pourrait (I être remplacé par ce que nous avons ici.

« Le Directeur général des Travaux Publies a et des Ponts et Chaussées,

A ceci, le Vice-Roi fit répondre, par son secrétaire des commandements, à Linant-Bey :

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